EL
te collation est complétée par des figues et des raisins 3, puis par une tasse de café.
\ peine de retour à nos tentes, nous voyons appror le vénérable supérieur. Il s'avance d’un pas appeti par l’âge, accompagné d'un valet qui nous apporte > bouteille de vin du crû. Le supérieur en boit avec 1. C'est un vin qui pourrait être très-bon, mais qui, nme tous les vins de Palestine , est mal fait, épais et er, — en un mot, il est détestable.
Le soir venu, je gravis seul le sommet le plus voisin. Comme on se représente bien, dans ce pays-ci, cette squente retraite de Jésus montant sur la montagne mr étre seul afin de prier !* L'air est pur et frais, après 1e journée brülante. Les tours et la coupole du count, les rochers du Cédron, les sommets des montades rondes, la paroi lointaine des monts de Moab, tout efface et disparaît dans l'ombre. Le bruit des sonnettes > n0S chevaux s'assoupit. Partout la nuit et le silence, — silence complet, absolu, que connaît seul le désert et li ne règne jamais, ne fût-ce que pour un instant, dans tre atmosphère tout imprégnée des agitations humai- 3. [l me semble que la journée qui vient de se passer, - Que mon voyage entier n’est qu'un rêve ; j'ai quelque ne à me figurer que tout ceci est réel, que je suis bien ir ces montagnes de Juda où ont vécu les ermites des remiers siècles et qu'ont foulées les patriarches.
Je me lève de bon matin, comme on se lève à la mongne. Les moukres se @ettent en devoir de fourrager
‘Matth. XIV, 23 et ailleurs.
les chevaux, pendant que Haslin et ses gens s'occuper à préparer le déjeûner. Au bout d’un instant, les quatr Américains sortent de leur tente et me secouent cordi: lement la main, en me disant Fine morning et Rat warm, assertions des moins compromettantes sous ce ci de Palestine d'une implacable sérénité. Après déjeûne je monte une fois encore sur la cime. Quand je rede cends, tout est prêt pour le départ : les Américains soi en selle; les tentes levées et roulées sur les mulets. | cherche du regard, sans la retrouver, la place où elle s’élevaient. Il a suffi de cinq minutes pour qu'il ne res plus de trace de notre campement. Son lieu ne le recoi naît plus. Il faut avoir logé sous la tente, pour compre dre le charme de la vie nomade et la douceur incomp: rable que l’on éprouve à pouvoir emporter son che: sot, sinon à la semelle de ses souliers, du moins au d« de son cheval.
Il n'y a que trois heures de marche de Mâr-Saba à J rusalem. On suit toujours, mais en se tenant sur la hat teur, le ravin du Cédron, appelé aussi vallée du Fe (Ouddi en-Ndr). La nature est toujours déserte et déso lée. Par-ci par-là, cependant, à une petite distance de Mâr-Saba, on voit quelques champs labourés. Autant on est heureux en Europe de retrouver de temps en temps une nature sauvage et insoumise, échappée au cordean de l’arpenteur, aux tuyaux du draîneur et à la hache du bücheron, — autant et plus encore on l’est ici, en apercevant tout à coup au milieu de désert quelque trace de l'intelligence et de la volonté humaines.
Sur cette route, Jérusalem se voit de fort loin, — au
moins une heure avant qu'on y arrive. Elle apparaît dans toute son élévation, au sommet de sa montagne. Dans la partie supérieure du ouddi, à gauche du chemin, il y a quelques plantations d'oliviers et de figuiers. Le figuier commence à pousser ses premières feuilles, c'est un signe que l'été est proche ‘. La plupart des arbres de la Palestine, ne perdant pas leurs feuilles en hiver, ne peuvent guère servir à marquer la différence des saisons : l'olivier, le cyprès, le térébinthe, le grenadier, ne changent pas d'aspect d’une manière sensible; et l’amandier, qui renouvelle ses feuilles toutes les années, les renouvelle bien avant la fin de l'hiver; il n’est, comme l'indique son nom hébreu”, qu'un gage de l'été qui doit venir et non un signe que l'été est déjà proche. — De l’autre côté du chemin, il n’y a que des épines et des chardons. « Cueille-t-on du raisin sur des épines ou des figues sur des chardons ?» * Cet exemple est tout naturel et se présente de lui-même en Palestine. Partout où il n'y a pas de culture, l’épine et le chardon abondent. L’épine dont il est question dans
‘ Matth. XXIV, 32. Marc XIII, 28. Dans le passage parallèle à ceux-ci, saint Luc (XXI, 29), connaissant moins la Palestine et écrivant pour tous les pays, dit: Le figuier et Tous LES ARBRES, mais Matthieu et Marc nomment le figuier seul : Apprenez cette similitude prise du figuier.
* +9w, l'amandier, signifie proprement celui qui veille (pendant le sommeil du reste de la nature). Voyez Jér. I, 11-12 (dans le texte hébreu ou dans la Vulgate).
* Matth. VII, 16. Luc VI, 44. Si je ne craignais d’être accusé de minutie, je ferais remarquer que, dans ce passage encore, on re- Connait que la Palestine est le pays natal de Matthieu, tandis que Luc trahit son origine étrangère. Celui-ci dit en effet: On ne
l'Evangile est certainement la petite épine ligneuse et presque rampante, qui couvre le sol aux environs de Jérusalem. On en fait grand usage pour allumer le feu, on en hérisse aussi les murs afin d’écarter les maraudeurs. Je ne doute pas que ce ne soit de cetk épine qu'ait été faite la couronne du Sauveur, car il peut venir aisément à l’esprit d'en former des guirlandes; les aiguilles en sont fines, les branches s’arrondissent d'elles-mèmes; les fleurs sont très-petites, mais d'une belle couleur pourprée et le tout a quelque chose de gracieux et d’élégant. Ces épines sont dures et très— piquantes.
Au bout de la vallée du Feu, à peu près au point o&z elle se réunit à celles de Hinnom et de Josaphat, dom € elle n’est que la continuation, on remarque un puits dæ construction antique, encore en assez bon état et auque À les gens du pays donnent le nom de puits de Job. Le= voyageurs l'appellent aussi puits du Feu, puits de Joab> , — de Jacob, — de Jérémie, — de Néhémie, — de Næ— hum. Aucun de ces noms ne nous apprend grand chose ; je ne les cite que pour montrer la richesse de la syn@nymie dans la topographie de la Terre-Sainte. Nous son
cueille pas des figues sur des épines et l'on ne rendange paS des raisins sur des buissons. Un habitant de la Palestine auraïît pu à là rigueur contredire la première partie de cette assertionuu du moins elle n'aurait pas éveillé dans son esprit l'idée de quelque chose d'abolument impossible, comme l'expression dont so sert saint Matthieu : car c'est sur des arbustes épineux que S€
vuebillent les figues de cactus. si communes à Jérusalem. En outre:
le buisson dont il est question ensuite est un nom bien général,
taudis que les chardons de saint Matthieu sont notés d'après
nature.
mes Sur un Sol qui appartient à l'humanité tout entière. Conquérants francs et arabes, pélerins juifs, chrétiens ou musulmans, l'ont foulé dans tous les sens, en ne lais- Sant sur leur passage que de nouveaux noms et de nouvelles ruines. On peut conclure de la position de ce puits que c’est l'ancien En-Rogel (fontaine du Foulon, — Ou de l’Espion), nommé dans l'Ecriture comme un des points qui devaient servir de frontière entre les territoires de Juda et de Benjamin“. C’est là que, pendant l'usurpation d’Absalon , les fils d’Abiathar , Jonathan et Mahatsa se tenaient cachés, n'osant pas entrer dans la ville et cherchant à apprendre ce qui s’y passait pour le rapporter à David*. C’est près de là que, plus tard, Adonija, au moment de se faire proclamer roi, apprit par ce même Jonathan que David avait déjoué son complot’.
Josué XV, 7,8: XVIII, 16, 17.
? 2Sam. XVII, 17.
* ]RoisI,9, 42, 43.