SIS
AffTOB, LSNOX AN»
CDJWN fOCHDèflOH»
%/%^%^^%^^%^^%^^*^^m.^»»^^*^^^»^%^*.v^«k^^».'i-^.'».«.-*^.%.^fcv^v%.'»^\. ■%.'».*. •%*».
J'allai pendant la révolution française dans la Grèce pour y chercher des ruines et des souvenirs : j'y portai des illusions charmantes , et je les perdis toutes en arrivant. Il fallut alors m'occuper de
{ tout autre objet que de celui de mon voyage- J'avais étudié par goût dès ma jeunesse la politique et l'art de la guette ; et comme on revient toujours
f dans le cours dé la vie -à l'objet favori de ses études, j'observai le pays sous les rapports politique et militaire. Je publiai à mon retour en 1800 le Tableau du commerce de la Grèce , parce que je pensai que ce tableau pouvait être utile au commerce de la France; mais je gardai dans mon portefeuille mes observations militaires , parce que . je craignis que leur publication n'éveillât alors l'ambition de la Russie ou celle de l'Autriche, et qu'une nouvelle guerre contre la Turkie n'entraînât une guerre générale en Europe; Je ne voulais pas d'ailleurs, par une sorte de pudeur diplomatique, soulever de mes mains le voile mystérieux
qui couvrait encore la faiblesse d'un empire, dès long-temps notre allié; mais aujourd'hui que ce voile a été déchiré par tant d'autres mains, mon travail n'a plus l'importance politique que j'y attachais, et ne peut plus être considéré que comme un objet de curiosité , ou , si l'on veut, d'instruction topographique et militaire. Il ne peut donc plus y avoir d'inconvénient à le publier.
Je ne l'aurais pas publié cependant, si je n'avais eu occasion de le revoir en 1817 durant l'Inspection que je fis par l'ordre du gouvernement dans toutes les échelles du Levant, et si les voyageurs, qui ont parcouru la Turkie après moi, avaient envisagé ce pays sous le même aspect; mais la plupart de ces. voyageurs l'ayant envisagé sous un aspect différent, j'ai pensé que mon ouvrage pouvait servir à compléter les leurs. Je ne me flatte pas toutefois d'avoir mieux vu qu'eux; mais j'ai vu différemment.* Je dois même ajouter que j'ai vu moi-même très-imparfaitement, parce que l'œil curieux d'un observateur éveille partout le soupçon, et que nulle part on n'est plus soupçonneux qu'en Turkie. J'ai donc souvent observé en courant, et je puis m'être trompé dans mes observations. J'ai vu sans doute dans mes excursions tout ce qu'un étranger peut voir; mais je n'ai pas tout va, et j'ai été quelquefois obligé de
m'en rapporter aux yeux d'autrui ou de deviner moi-même. C'est ainsi que j'ai déterminé mainte fois d'après l'inspection d'un ouvrage de fortification la dimension d'un ouvrage correspondant, et le relief du terrain d'après le cours des eaux. Ceux qui ont comme moi voyagé en Turkie, s'apercevront sans doute que je hasarde peu; mais enfin je hasarde quelquefois, et je puis alors tromper les autres, après m'être trompé moi-même.
Outre ces erreurs plus ou moins graves, je puis en avoir commis de plus légères, contre lesquelles je dois également prémunir mes lecteurs. Je puis m'être trompé sur les distances, parce qu'on ne peut les déterminer en Turkie que d'après les heures de marche et que l'on marche tantôt plus vite, tantôt plus lentement; sur les noms, parce que les noms ne sont pas toujours les mêmes chez les Chrétiens et chez les Musulmans, que l'on donne souvent divers noms à un fleuve, à une montagne, suivant les lieux d'où on les voit, que l'on donne quelquefois à un contrefort le nom de la montagne principale et à un affluent le nom du fleuve; enfin sur la configuration et la forme du terrain, parée que cette forme varie suivant le point de vue où l'on est placé. J'ai peint le pays , tel qu'il s'est présenté à mot en le parcourant, et non tel qu'on le verrait à vue d'oiseau. Ces
erreurs sont inévitables, quand on observe en voyageant ; et en Turkie on ne peut pas toujours les corriger, parce qu'on y manque de renseignements. On ne peut donc considérer mon travail que comme une sorte de reconnaissance militaire, uniquement propre à donner aux lecteurs une notion générale du pays, et c'est ce qui m'a engagé à y joindre plusieurs cartes; mais pour ne pas mêler à mes notions des idées fausses ou obscures, je dois définir ici quelques mots que j'ai souvent employés et dont la signification n'est pas encore bien déterminée.
Tout le monde entend ce que l'on nomme montagnes. J'appelle chaîne, une suite de montagnes, dont les bases se touchent : chaînons, des bandes de la chaîne qui lui sont plus ou moins parallèles : branches ou contreforts, des montagnes détachées de la chaîne , qui lui sont plus ou moins perpendiculaires : crête > l'arête qui divise les eaux des deux revers opposés : col, l'abaissement ou l'inflexion de la crête : plateaux, les montagnes convexes ou les lieux élevés qui dominent les bas -fonds : bassins, les bas -fonds environnés de tous côtés de montagnes : défilés, les passages entre les montagnes qui sont ou qui paraissent détachées par leur base les unes des autres.
Je désigne par heure de marche le chemin qu'un
homme parcourt en une heure de temps, en marchant d'un pas ordinaire; et quand j'emploie les mots lieue, mille, verste, stade sans autre qualification, je désigne la lieue commune de France de 2 5 au degré, le mille d'Italie de 60 au degré , le verste de Russie de 1 04 au degré et le stade grec de 94 toises et demi; en sorte qu'il faut à peu près 24 stades pour faire une lieue. Enfin je désigne par marche l'espace qu'une arriiée parcourt ordinairement en un jour et qui est de 5 à 6 lieues.
J'appelle forteresse une place forte où plusieurs ouvrages de fortification sont liés ensemble, fort un ouvrage détaché et citadelle ou château le réduit le plus fort d'une place forte. J'appelle en général villes les lieux où il y a plus de cinq mille habitants, petites villes ceux où il y en a de trois à cinq mille , bourgs ceux où il y en a de quinze cents à trois mille, villages ceux où il y en a de cinq cents à quinze cents, hameaux ceux où il y a moins de cent familles ou de cinq cents habitants.
Enfin j'entends par lignes simplement ou lignesfrontières, des zones ou bandes de terrain qui enveloppent un pays et qui le défendent contre les entreprises de l'ennemi par des obstacles, soit naturels soit artificiels. Ces lignes sont ordinairement formées par des chaînes de montagnes, par
des cours d'eau ou par la mer, et il faut bien distinguer les lignes-frontières des lignes d'opération , qui ne sont que des lignes de marches ou de manœuvres, conduisant de la base, où une armée est établie , au point où elle Yeut aller. Les lignes d'opération sont proprement des lignes stratégiques, parce- que dans toutes les opérations de stratégie, il y a trois choses à considérer : la base, la iigne et V objet coopération* La base est le point d'où l'on part , la ligne la direction que l'on suit et l'objet le point où l'on va. La base doit être plus ou moins étendue pour former avec le point objectif un angle obtus : elle est mauvaise quand elle forme avec ce point un angle aigu, parce qu'alors la ligne d'opération ou de marche peut être tournée» Les lignes^frontières sont donc plutôt des bases d'opération que des lignes de marches; et voilà pourquoi ces deux. sortes de lignes doivent toujours être bien distinguées et n'être jamais confondues. J'appellerai toujours les unes lignes d'opération ou lignes de marches et de manœuvres, et les autres lignes-frontière?.
Quand les lignes-frontières ne sont paç bordées par la mer, par de grands fleuves ou par des monr tagnes inaccessibles, il est d'usage de les couvrir de places fortes. On construit aussi des places fortes sur les côtes pour défendre les rades et les ports,
I3fTRODUCTKnr. 7
ainsi que sur les fleuves et dans les montagnes pour défendre les principaux passages.
Les Romains dans le temps de leur splendeur n'avaient que peu de places fortes : ils plaçaient ordinairement leurs légions le long des fleuves, en élevant des tours de distance en distance pour loger les soldats. On voit encore des restes de ces tours dans les palanques construites sur le Danube. On environna ensuite ces tours d'une enceinte ou bien on les lia les unes aux autres par des murailles, et la plupart des forteresses turkes ne sont pas autre chose encore. Il y en a peu qui aient des bastions, et ces bastions ont presque tous été construits par des ingénieurs européens. On se tromperait donc si on attachait aux fortifications turkes la même idée que nous attachons aux nôtres. Ces fortifications ne sont ordinairement que de simples enceintes, flanquées de tours et percées de meurtrières.
J'ai décrit les forteresses turkes, telles qu'elles étaient au commencement du XIXe siècle, depuis 1800 jusqu'en 1817. Il est possible qu'on y ait fait depuis des changements; mais ces change* ments ne peuvent pas avoir été bien importants, et je n'ai pas eu l'occasion de m'en instruire.
Les frontières de la Turkie, sur lesquelles la plupart de ces forteresses sont placées et qui
8 IïfTRODUCTIOCT.
touchent, pour ainsi dire, aux portes de l'Europe, ont été jusqu'à ce jour si mal ou si peu explorées, qu'elles nous sont encore iiïconnues sous presque tous les rapports; et si j'ai pu les faire connaître moi-même sous un &eul, mon objet sera rempli.