‹ Voyage pittoresque dans le BrésilChapitre 16 sur 38 · TT | “ DEA · texte numérisé non relu

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Publie par ENGELMANN & CE Rue Louis le Grand N° > À PARTS

et à Londres, chez Ki née mann, Gr a Coindet & (C:!° 66, Si Martins Lane.

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PORTRAUTS ET COSTUMES.

IL race africaine compose une portion si notable de la population des États d'Amérique et surtout du Brésil, elle forme un élément si essentiel de la vie civile et des relations sociales de ce pays, que nous n’aurons, sans doute, pas besoin d’excuse, si, proportion gardée, nous consacrons une grande partie de cet ouvrage aux Nègres, à leurs habitudes, à leurs mœurs. On est surtout plus autorisé à en agir ainsi quand on écrit un voyage pittoresque : d’abord, la couleur des Nègres se présente au premier aspect comme un trait caractéristique à marquer dans l’image de ce pays; en second lieu, les habitudes et le caractère particulier des Nègres offrent encore, en dépit de cette couleur et de leur physionomie, beaucoup de côtés vraiment dignes d’être observés et décrits. Toutefois, s'il se trouvait quelqu'un qui pensât que dans un pareil voyage c’est trop de deux cahiers entièrement remplis de portraits de Nègres, qu'il veuille bien considérer que le seul endroit de la terre où l’on puisse faire un pareil choix de physionomies caractéristiques parmi les différentes tribus de Nègres, est peut-être le Brésil, et notamment Rio-Janeiro, et que dans tous les cas c’est le lieu le plus favorable pour ces observations. En effet, la singulière destinée de ces races d'hommes amène ici sur un même marché des membres de presque toutes les tribus d'Afrique. L'artiste peut d’un seul coup d’œil obtenir des résultats qu’en Afrique même il n’attemdrait qu’en faisant dans toutes les contrées de cette partie du monde de longs et périlleux voyages. L'Amérique même ne lui offre dans aucun

autre lieu les mêmes avantag

à cet égard, le Brésil ayant dans ce moment le déshonorant privilége d’être le seul pays où, de fait, le commerce des esclaves se continue sans aucune espèce de restriction.

Si donc l'artiste a saisi l'occasion que lui offrait son séjour dans ce pays, s’il offre au public un choix des physionomies de Nègres les plus intéressantes , il aura d’autant plus lieu d'espérer son suffrage, que c’est pour la première fois qu'on a entrepris

2e Div., 2° Cah. — 6. Liv 3

SU») quelque chose de semblable. Malheureusement tous les ouvrages de ce genre, ou du moins la plupart d’entre eux, sont exécutés avec fort peu de conscience et avec une négligence égale des traits caractéristiques, tant en ce qui concerne les formes humaines ou les traits du visage, qu'en ce qui regarde la création végétale : on y chercherait aussi infructueusement une bonne physionomie de Nègre qu’un palmier bien fait.

Le commerce des esclaves d'Afrique, celui qui donne aux Nègres une place dans cet ouvrage, est, sans contredit, l’un des phénomènes les plus importans et les plus mémorables de l'histoire de l’humanité, tant par sa nature, que par ses conséquences, et plus encore par les résultats qu’on peut se promettre de sa cessation. L’observateur reporte toujours avec un nouvel intérêt ses regards vers ce commerce; il peut ainsi découvrir dans le passé la liaison des causes avec les effets, il peut en séparer les élémens qui appartiennent au temps présent, afin de calculer pour l'avenir les conséquences possibles de nouveaux développemens progressifs. Ce n’est qu’en apercevant clairement la possibilité d'attendre à un but et à une destinée plus nobles, qu’il lui devient possible de s'élever au-dessus de la décourageante impression que l’on recoit des cruelles misères du moment et des infortunes particulières : peut-être celles-ci ne sont-elles nulle part ailleurs plus propres à produire cette impression que dans la traite et l'esclavage d'Afrique et d'Amérique.

Le sort paraît avoir destiné l'Amérique à fournir une suite à l’histoire de l’ancien monde. Mais, quoique sous plusieurs rapports elle commence là où peut-être un jour nous nous arrêterons, elle a conservé dans l'esclavage lun des principaux élémens de cette barbarie que l'Europe, après des milliers de combats et de révolutions, a enfin anéantie avec effort et qui paraît absolument incompatible avec le degré de civilisation d’où partent, en Amérique, les sociétés politiques. On ne peut nier non plus que l'esclavage ne soit lun des écueils les plus dangereux de la plupart des États de ce continent : ils ont, au moyen de leur population d'Afrique, introduit chez eux le véritable principe tragique de leur histoire; c’est là cette teinte noire qu’Aristote veut trouver dans son héros, L’esclavage, le commerce des esclaves, et la question de leur abolition, sont de la plus haute importance par leur influence sur l’agriculture de l'Amérique, sur le prix de ses produits, sur le commerce des Européens non-seulement avec cette partie du monde, mais encore (par suite d’une inévitable réaction) sur leurs relations avec l'Asie; enfin, ces questions sont importantes encore par l'influence du commerce sur la politique des états de l'Europe,

influence toujours croissante dans un siècle qu'on pourrait appeler exclusivement celui

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