Div
h.— 6. Liv. 4
VA C14) mouvyemens contraires , et les commencemens de leur civilisation sont peu à peu
et écrasés; car bientôt les conquérans partagent le sort des vaincus par suite
disper:
d’une irruption nouvelle, venue de l’intérieur. Ces guerres, ces victoires et ces dominations ont un caractère de fureur et de cruauté poussées jusqu’à la démence et telles qu'aucune autre partie du monde n’en offre d'exemple. Souvent on est tenté de regarder l’eau-de-vie des marchands d'esclaves comme le seul mobile, le seul principe moral de l’histoire de ces peuples. Un récit détaillé de ces événemens, une énumération suivie des tribus de Nègres qui parurent sur ce vaste champ de bataille, ne serait susceptible d'aucun intérêt : nous rappellerons seulement les conquêtes des Giagas au commencement du 17. siècle, et leur reine Jem-ban-Dunba, faisant piler dans un mortier son propre fils, afin d’en composer un onguent qui devait la rendre invincible, elle et ses guerriers.
Ce qui importe le plus aux destinées futures de l'Afrique, ce sont évidemment les essais récens tentés par l’Angleterre pour rendre la civilisation de ce continent possible et pour parvenir, au moyen de la suppression du commerce des esclaves, à mettre fin à un état aussi violent. Les hommes qui les premiers, en Angleterre, se déclarèrent au nom de l'humanité contre ce commerce, furent long-temps un objet de dérision; on les regarda comme des rêveurs égarés par une folle sensibilité, jusqu’à ce qu’enfin les publicistes qui dirigeaient le gouvernement se fussent con-
vaincus du désavantage qui résultait de ce trafic et du bien qu’entraïnerait sa sup-
pression. En excluant Angleterre de l'Europe, le système continental lui donna une domination illimitée sur toutes les mers; il lui fournit à la fois le prétexte et les moyens d’éloigner de la côte africaine les pavillons européens et d'arrêter la marche du commerce des esclaves. Ce peu d’années de repos commencait à produire les plus heureux effets : à la place des dévastations et des violences on voyait partout se développer un germe d'industrie; les nombreux produits de ces contrées étaient échangés contre les marchandises anglaises, et les deux parties pouvaient en attendre des avantages toujours croissans. Le christianisme commençait à se répandre dans l'intérieur du pays au moyen des missionnaires; il amenait à sa suite la paix, puis de nouveaux besoins et de nouvelles jouissances.
Par une réaction singulière , la chute de Napoléon eut pour Afrique les plus fâcheuses conséquences. La plupart des possessions de la côte retournèrent à leurs anciens maîtres : leur réintégration, la fin de la suprématie que le pavillon anglais tenait du droit de la guerre, laissèrent revivre ce commerce des esclaves et toutes ses
suites désastreuses; elles détruisirent en peu de temps tous les germes de civilisation que
(15) l’époque précédente avait fait naître et fomentés. Ce fut partout avec une véritable fureur que les marchands d'esclaves excitèrent les princes et les chefs de la côte contre les missionnaires; ils prodiguèrent les présens, ils promirent des gains rapides, enfin ils employèrent l’'eau-de-vie, ce poison auquel le Nègre ne résiste jamais, et bientôt ces missionnaires furent obligés d'abandonner ces peuples à la perte à laquelle ils semblent être condamnés pour toujours. La suppression du commerce des esclaves fut lun des engagemens sacrés contractés par les maîtres de l'Europe envers l'humanité aux congrès de Paris, de Vienne et d’Aix-la-chapelle; mais jusqu’à ce jour, en dépit de l’infatigable activité et des représentations de l’Angleterre toujours reproduites de la manière la plus pressante, rien d’essentiel n’a été fait pour l’accomplissement de cet engagement. Il y eut des demi-mesures, des lois et des ordonnances insuffisantes pour le fond des choses, ou bien dont le but apparent était manqué par suite de la négligence volontaire apportée dans l'exécution. Tout cela n’eut d’autre effet que de rendre le commerce des esclaves plus lucratif et par conséquent d’en augmenter l’attrait, de le livrer entre les mains d’hommes qui sont le rebut des nations maritimes, enfin de lui donner une extension et un caractère de violence et de cruauté qui n'avait jamais été poussé au même point. Les bâtimens négriers sont la plupart disposés de manière à pouvoir opposer de la résistance aux vaisseaux anglais qui croisent dans ces parages pour faire exécuter, autant que le permet le droit mutuel de visite, les lois
prononcées contre la traite des esclaves. Ces négriers ne craignent point, lorsqu'il
agit de compléter leur cargaison, d’enlever les habitans de la côte et les riverains des
grands fleuves ; il est prouvé aussi que souvent ces bâtimens exercent la piraterie. Les
combats entre eux et les croisières anglaises sont très-fréquens. Toutefois Ià où la
résistance à force ouverte m'est pas possible, il existe, pour éluder les lois, un sys-
tème organisé de parjure et de fraude qui pass
> toute croyance, et dont l’impudence a gagné depuis le dernier matelot jusqu’au fonctionnaire le plus éminent dans les colonies des nations qui déshonorent leur pavillon par ce trafic.
Après tant de preuves palpables et réitérées du peu de foi que l’on peut accorder aux paroles trompeuses des autres puissances, on ne fonde l'espérance de voir enfin cesser ce déplorable état que sur la possibilité d’une crise politique quelconque, qui rendrait au pavillon britannique la domination exclusive de la côte africaine. Le gouvernement anglais, pendant une longue suite d'années et dans une multitude de circonstances, à démontré que ses intentions sur l'abolition de la traite des Nègres
étaient sérieuses, et quoique nous ne puissions avoir une grande confiance dans la
générosité et dans l'humanité de ce gouvernement, nous trouvons une garantie sûre
(16) de la continuation de ses efforts dans l'intérêt bien entendu de VAngleterre. A la vérité, l'intérêt des peuples et des États pourrait dans tous les cas s’accorder avec les lois de lhumanité, et l’on ne saurait rendre de plus grand service au genre humain que de démontrer la liaison qui existe entre ces choses. C’est le seul moyen d’amener et lopinion publique et ceux qui gouvernent à des mesures dont les déclamations des philantropes ne sufhront jamais à leur démontrer la nécessité, leurs propres intérêts étant toujours, sans qu’on puisse les en blâmer, ce qu’ils mettent en première ligne.
On se convaincra facilement que les mesures prises jusqu’à présent par l'Angleterre pour labolition de la traite des Noirs, sont parfaitement en harmonie avec la vaste politique commerciale de cette nation; politique qui se dégage de plus en plus des entrayes qui s’opposaient à ses développemens. Que l’on réfléchisse seulement que le but principal et la première règle de cette politique doit être d'ouvrir à l'industrie britannique de nouveaux marchés et d'étendre encore les anciens. Si jusqu’à ce jour lexportation des produits anglais vers l'Afrique a été si peu considérable, la cause en était uniquement dans le commerce des esclaves, qui exclut toute espèce de culture, d'industrie, de sécurité dans les propriétés, enfin qui paralyse tous les élémens qui constituent des relations amicales, tandis qu'il ne peut apporter pour compensation à une nation industrielle que de très-petits avantages; car les marchandises avec lesquelles on a coutume de payer le prix des esclaves sont de la plus mauvaise et de la plus grossière qualité. Le gouvernement anglais ayant interdit le commerce des esclaves à ses sujets et par là ayant empéché totalement le minee débit de marchandises que pouvait offrir ce commerce, il faut de toute nécessité qu'il mette d'autant plus de zèle à contraindre les autres nations à cesser aussi ce trafic, afin que les grands avantages que l'industrie anglaise a droit d'attendre de cette cessation en compensation de la traite, ne se fassent pas plus long-temps attendre. On comprendra facilement l'étendue de ces avantages, si lon songe qu'ils reposent sur deux conditions principales; savoir : d’une part sur les besoins de ces peuples, et sur les commandes qu'ils font, par suite de ces besoins, des produits de l’industrie anglaise; de l’autre, sur leur aptitude à se gouverner et à se conduire par eux-mêmes, et sur. leurs moyens de solder le prix des marchandises. Toutefois ces choses agissent mutuellement et sans cesse les unes sur les autres, leurs avantages peuvent s’accroître à l'infini au moyen de la paix et des relations amicales : chaque pas dans la civilisation amène un nouveau besoin, et tout besoin accompli amène à son tour un nouveau pas. Grâce à la nature du sol et au climat, il ne faut que peu d’eflorts de culture
de la part des habitans pour pouvoir offrir à l’industrie anglaise, en échange de ses
(CRUE) marchandises, non-seulement tout ce qu’elle trouvait dans les deux Indes, mais
liers à cette partie du monde. Il est vrai que le
encore une foule de produits parti développement complet de ces avantages ne peut être que le résultat de beaucoup d'années; mais ce doit être précisément un mouf de ne pas perdre un instant et d’écarter de suite tout ce qui s’opposait jusqu'à présent à ces progrès. L’abolition de la traite est et demeurera toujours la condition essentielle de ce mieux-être. Parmi les mesures que les Anglais ont prises pour parvenir à ces avantages, la
plus digne d’être citée est l'établissement d’une colonie de Nègres libres à Sierra-
Léone : sa prospérité, sous l'empire des circonstances les plus défavorables, autorise à concevoir les plus belles espérances pour l'avenir. Les traités conclus à Madagascar avec Radama, le plus puissant prince des Noirs, ne sont pas moins importans : dans tout ce qu'on à de relations sur ce Radama, il est représenté comme un homme vraiment extraordinaire; il a fait faire en peu d'années des progrès surprenans à la civilisation de son peuple, et bien que de pareils germes de civilisation de quelques tribus sauvages de Nègres n’excitent souvent que les railleries d'un vulgaire léger et frivole, tout homme qui, dans l’histoire de Pesprit humain, juge sans prévention la naissance et la marche des révolutions, considérera ces commencemens sous leur véritable jour. On peut les comparer avec les premières et maigres formations de végétaux qui s’établissent sur la roche de granit, et qui s’enlacent par d’imperceptibles mousses, jusqu’à ce qu’enfin elles fassent éclater le roc et le changent en terreau fertile.
Le système que l'Angleterre a suivi dans cette circonstance relativement à la côte occi-
dentale d'Afrique, promet sous tous les rapports des avantages plus durables que ceux
qu'on obtiendrait par une implantation immédiate de la ciy ilisation ou par des établissemens anglais proprement dits, tels que ceux de la côte orientale. Favoriser le développement libre de tous les élémens qui se trouvent dans le pays, pour constituer l’ordre civil, la richesse, la civilisation; apporter dans toutes les relations avec les naturels la plus exacte justice, la plus g rande humanité; éviter soigneusement chaque occasion de vaincre ou de conquérir : tels sont les principes auxquels doit s'attacher la politique commerciale anglaise, et l’on a tout lieu d'espérer que le gouvernement les a reconnus, qu'il les observera; enfin, que l'histoire de la domination anglaise dans l'Inde orientale servira de lecon pour la politique future à suivre envers l'Afrique. La guerre contre les Ashantès a déja montré clairement combien il est difficile, combien il est impossible même à une puissance qui, proportion gardée, s’est montrée aussi supérieure que
ssion et les
Angleterre, de conserver toujours ses avantages après la prise de po:
€ Div., 2.° Cah. — 6° Liv.
premiers pas de la conquête, de dominer sans cesse les événemens, ses propres
ressources, la fortune et la mer. Quiconque juge impartialement la conduite du gouvernement anglais, et surtout dans les Indes orientales, doit demeurer convaincu que ce gouvernement désire sérieusement éviter toute conquête. Toutefois en Asie cela ne lui est plus possible, et la force des circonstances l’entraïnera toujours d’un envahissement à l’autre, jusqu’à ce qu’enfin cette avalanche atteigne le rocher sur lequel elle doit se briser.
Il n’y a peut-être qu’un moyen d'empêcher que la même chose n’arrive en Afrique, ce serait de renoncer sur-le-champ à toutes les possessions de la côte, de s'assurer, par des traités et par des avantages réciproques, le commerce avec les Nègres, en le protégeant par une croisière imposante. Entre la prise de possession d’un pied de territoire en Afrique et la conquête de la moitié de ce continent, il n’y a nul point qu'une puissance humaine puisse déterminer en disant : on ira jusque-là et l’on ne
dépassera point cette limite.
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Publié par ENCEILMANN & C% Rue Louis le Grand N° À PARIS,
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PORTRAITS ET COSTUMES
L'Arrrque fut dès les temps les plus anciens un marché d'esclaves, mais ce commerce
ne prit une importance politique que par la découverte de l'Amérique. On croit
fort généralement que le père las Casas, le protecteur des Indiens, fut le premier qui imagina l'importation des Nègres en Amérique, dans la vue de soulager les Indiens, qui n'étaient point de force à supporter les travaux que leur imposaient les conquérans. Néanmoins cette opinion est inexacte; car à une époque antérieure à
celle où las Casas se déclara le protecteur des Indiens, on avait importé déjà des
esclaves noirs à l’île d’Hispaniola. Nicolas Ovando, lorsqu'il prit le gouvernement de l'ile, recut, entre autres instructions, celle d'y faire venir beaucoup de Nègres pour les travaux des mines et des plantations. Cet ordre fut exécuté avec tant de zèle, qu'Ovando se vit bientôt contraint de prier le gouvernement de n’en plus envoyer, par le motif qu'ils échappaient facilement à leurs maîtres, et qu'ils allaient s'établir
parmi les Indiens, auxquels ils communiquaient beaucoup de mauvaises habitudes.
Peu de temps après, l'introduction des Nègres en Amérique fut effectivement défendue; mais l'expérience prouva de jour en jour davantage, qu'il fallait absolument que; d’une manière quelconque, les Indiens fussent affranchis d’une partie des travaux que leur imposaient les conquérans, à moins qu'on ne voulût s’exposer à manquer bientôt entièrement d'ouvriers. Les Dominicains, qui dans toutes les occasions ont soutenu la cause des Indiens avec le plus grand zèle, et qui voulaient que les plantations et les mines d'Amérique fussent exploitées par des Nègres, disaient que ceux-ci l'emportaient tellement sur les Indiens par les forces physiques, qu'un Nègre à lui seul travaillait autant que quatre Indiens. Le licencié las Casas avait fait diverses autres propositions pour adoucir le sort de ces derniers, sans qu'une seule de ces propositions ait été jugée d’une exécution possible ; il se rangea donc enfin à l'avis des Dominicains, dans l’ordre desquels il entra dans la suite, et il le soutint de toute
2 Div., 3. Cah. — 10° Liv 6
(630) la considération que lui donnaient ses vertus et sa position sociale. Depuis lors, au moyen d’une légère rétribution pour le trésor royal, l'importation d'esclaves noirs fut Fr dans le système colonial espagnol. Une philanthropie mal entendue a fait
ime de cette mesure, tant au généreux las Casas qu'au gouvernement espa-
un € gnol, sans réfléchir que ce qu’elle pouvait avoir de blâmable était la faute du siécle et non celle des individus. Il leur reste le mérite d’avoir profité d’usages établis long-temps avant eux; d’usages indépendans de leur volonté, pour éviter un mal nouveau et pour atteindre un bien qui était possible. Il ne serait pas juste de juger les intentions et les vues des auteurs d’une mesure d’après les suites qu’elle a entraînées plus tard. Par elle-même cette mesure m'avait rien qui pût l’empècher d’être un bienfait pour les Européens, pour les Indiens et pour les Nègres eux-mêmes; et si elle n’a pas eu pour effet d'arrêter lanéantissement successif des habitans primitifs; si dans ce moment les Européens éprouvent plus d’inconvéniens qu'ils ne recueillent d'avantages de la présence des populations noires, il est certain néanmoins, cela dût-l paraître un paradoxe, il est certain, qu’à tout bien considérer, les Nëgres gagnent à leut translation en Amérique, et que, vu la situation actuelle de PAfrique, leur position est préférable à ce qu’elle serait dans cette contrée: du moins cela est-il
hors de doute, quant aux colonies espagnoles et portugais
; enfin, PAmérique ouvre aux noirs des voies de civilisation, que l’on ne pourrait même aujourd’hui espérer d'établir en Afrique. Notre but n’est pas de donner ici l'histoire du commerce des esclaves; qu'il nous sufise de dire que peu à peu toutes les nations de PEurope y prirent part, comme on les vit peu à peu s'établir dans le Nouveau-Monde, et surtout
dans les Indes occidentales.
Les Allemands eux-mêmes, quoiqu’ils n’eussent avec ce nouveau monde aucune relation immédiate, encoururent à cet égard des reproches, et sous Charles-Quint plusieurs d’entre eux ont fait le commerce d'esclaves en Amérique. Herrera en cite deux, à raison des nombreuses plaintes qui de tous côtés S'élevaient contre leur avarice et leur cruauté : ce sont Henri Lieger et Jérôme Sayler.
On peut se faire une idée approximative du nombre de Nègres arrachés à l'Afrique depuis la découverte de l'Amérique, si l'on réfléchit que, pendant les dix dernières années, le Brésil à lui seul a recu annuellement une importation de 80,000 Nègres. Vraisemblablement ce nombre doit être considéré comme maximum, car elle n’a dû s’'accroître que lentement et à proportion de l'augmentation de la population blanche et de la culture des colonies. La proportion actuellement existante entre la population noire et la population blanche, entre les hommes libres et les esclaves de l'Amérique,
importe plus à connaître que le compte exact de tous les Nègres qui y ont été amenés;
{ sw } ; : $ à :
car c'est sur cette proportion que se règlent tous les besoins de circonstance et de localité, et toutes les mesures à prendre pour y répondre.
AMÉRIQU E SEPTENTRIONALE. axée. BLANCS.