MOBURS ET USAGES DES NÈGRES
Ce que nous avons dit dans les cahiers précédens sur l’état des esclaves au Brésil, fait connaître assez qu'ils ne sont pas aussi malheureux qu’on se l’imagine généralement en Europe. Peut-être même y a-t-il lieu de craindre que notre pensée n'ait été mal saisie; en effet, notre impartialité pourrait avoir donné des idées trop favorables de l'esclavage à ceux qui ne jugent que d’après les impressions des sens, ou à ceux qui ne voient qu'un côté des choses. Il ne serait pas impossible que ce que nous en avons dit les eût même rangés parmi les défenseurs de l'esclavage. Il est beaucoup d'Européens qui, une fois venus dans le pays, trouvent qu’on dépeint de couleurs fort exagérées la situation des esclaves ; et tout aussitôt ils changent d'idée et deviennent des esprits forts. Ce qui contribue beaucoup à rendre la position des esclaves tolérable, c’est que les Nègres, semblables aux enfans, jouissent de l’heureuse faculté de goûter les plaisirs du moment sans éprouver aucun souci du passé ni de l'avenir; et il faut très-peu de
chose pour les jeter dans une joie poussée jusqu’à l’étourdissement et l'ivresse.
On dirait qu'après les travaux de la journée les plaisirs les plus bruyans produisent sur le Nègre le même effet que le repos. Dans la soirée il est rare de voir plusieurs esclaves assemblés sans que leurs groupes s’animent par des chants et des danses; lon a peine à croire qu’ils aient pendant toute la journée exécuté les ouv ages les plus pénibles, et l’on ne peut se persuader que ce sont des esclaves qu’on a sous les ÿeux.
La danse habituelle des Nègres est la Batuca. Dès qu'il y en a quelques-uns d’assemblés, l’on entend des battemens de mains cadencés; c’est le signal par lequel ils s'appellent et se provoquent en quelque sorte à la danse. La Batuca est conduite par un figurant ; elle consiste en certains mouvemens du corps, qui peut-être sont trop expressif; ce sont surtout les hanches qui s’agitent : tandis que le danseur fait claquer sa langue, ses doigts, et s'accompagne d’un chant assez monotone, les autres forment cercle autour de lui et répètent le refrain.
Une autre danse nègre, trè
connue, est le Zandu, usité aussi chez les Portugais ;
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elle est exécutée au son de la mandoline par un ou deux couples : peut-être le Fandango ou le Bolero des Espagnols n’en est-il qu'une imitation perfectionnée.
Il arrive souvent que les Nègres se livrent à ces danses pendant des nuits entières sans interruption; aussi choisissent-ils de préférence les samedis et les veilles de fêtes.
Il faut aussi parler ici d’une sorte de danse militaire : deux troupes armées de perches se placent en face lune de l'autre, et l'habileté consiste pour chacun à éviter les coups de pointe que son adversaire lui porte. Les Nègres ont encore un autre jeu guerrier, beaucoup plus violent, le Jogar capoera : deux champions se précipitent l’un sur l'autre, et cherchent à frapper de leur tête la poitrine de l'adversaire qu’ils veulent renverser. C’est par des sauts de côté, où par des parades également habiles qu’on échappe à l'attaque; mais en s’'élançant l’un contre l'autre, à peu près comme les boucs, ils se heurtent quelquefois fort rudement la tête : aussi voit-on souvent la plaisanterie faire place à la colère, si bien que les coups et même les couteaux ensanglantent ce jeu.
Mais une réjouissance à laquelle les Nègres attachent beaucoup de prix, c’est l'élecüon du roi de Congo. Nous ne pourrions en donner une meilleure description que celle qui se trouve dans l'excellent ouvrage de Xoster sur le Brésil‘. Qu'il nous soit donc permis de la transcrire textuellement : « Au mois de Mai les Nègres célébrèrent « la fête de Nossa Senhora do Rosario. C’est dans cette occasion qu’ils ont coutume « délire le roi de Congo, ce qui a lieu quand celui qui était revêtu de cette dignité « est mort dans l’année, quand une raison quelconque lui a fait donner sa démission, « ou bien; ce qui arrive quelquefois, quand il a été détrôné par ses sujets. On permet « aux Nègres du Congo de se donner un roi et une reine de leur nation, et ce choix « peut tomber aussi bien sur un esclave que sur un affranchi. Ce prince exerce sur « ses sujets une sorte de puissance qui prête beaucoup à rire aux Blancs; elle se « manifeste surtout dans les fêtes religieuses des Nègres, par exemple dans celle de « leur patronne spéciale, Nossa Senhora do Rosario. Le Nègre qui occupait cette « dignité dans le district d’Itamarca (car chaque district a son roi), voulait déposer « Sa couronne à cause de son grand âge, et pour cette raison l’on avait élu un nou- « veau roi, était un vieil esclave de la plantation Æmparo; mais la vieille reine « m'avait pas l'intention d’abdiquer : elle demeura donc en possession de sa dignité.
« Le Nègre qui devait être couronné dans la journée, vint de bon matin chez le
à De tous les ouvrages qui ont paru sur le Brésil, il n'y en a aucun qui l'emporte sur celui de Æoster
par sa richesse en excellentes observations sur les mœurs et l'état de la société.
Car)
curé pour lui offrir hommage de sa vénération. Fort bien, seigneur, répondit celui-ci sur le ton de la plaisanterie; je serai donc aujourd'hui votre auménier. À onze heures je me rendis à l'église avec l'aumônier, et bientôt nous vimes arriver une foule de Nègres au son des tambours et drapeaux déployés; hommes et femmes portaient des vêtemens des couleurs les plus voyantes qu'ils avaient pu trouver. Quand ils se furent approchés, nous distinguâmes le roi, la reine et le ministre d'État. Les premiers de ces personnages portaient des couronnes de carton recouvertes de papier d’or. Le roi avait un habit vert, un gilet rouge, un pantalon jaune; le tout selon la forme la plus antique. Il tenait en main un sceptre de bois doré. La reine avait une très-vicille robe de cérémonie, en soie bleue. Quant au pauvre ministre d'État, il pouvait se vanter de briller de tout autant de couleurs que son maître; mais il wavait pas été aussi heureux dans le choix de ses vêtemens : le pan-
talon était à la fois trop étroit et trop court, tandis que le gilet était d’une longueur
gres : OI
démesurée. Les frais de la cérémonie devaient être supportés par les N
avait donc dressé dans l’église une petite table, à laquelle étaient assis le trésorier et quelques autres employés de la confrérie noire do Rosario (du rosaire), et ils recevaient les dons des assistans dans une sorte de boîte destinée à cet effet. Mais les offrandes étaient maigres et rentraient lentement, beaucoup trop lentement au gré du curé, car l'heure de son dîner avait sonné. Aussi le vit-on savancer avec impatience vers le trésorier, en lui protestant qu'il ne procéderait pas à la cérémonie que tous les frais ne fussent couverts ; et tout aussitôt il apostropha les Nègres qui l'entouraient, leur reprochant leur peu de zèle à contribuer à la solennité. A peine eût-il quitté ce groupe, qu’il séleva entre les Nègres qui le composaient
une suite de contestations et d’altercations, accompagnées des gestes et des expres-
isément conformes à la sainteté
sions les plus comiques, mais elles étaient pas préc du lieu. Enfin on s’entendit. Leurs Majestés noires s’agenouillèrent devant la balustrade de l'autel et le service divin commença. La messe terminée, le roi devait être solennellement investi de sa dignité; mais le curé avait faim, et sans scrupule il
abrégea la cérémonie : il demanda donc la couronne, et la prenant, se d a vers
la porte de l'église, où le nouveau roi vint au-devant de lui et se mit à genoux. Le curé lui posa la couronne sur la tête, lui mit le sceptre à la main et prononca ces paroles : Agora, Senhor Rey, vai le embora (Maintenant, seigneur roi, décampez)! Il dit, et de suite courut regagner sa maison. Les Nègres partirent en poussant des cris de joie et se rendirent à la plantation d’Amparo, où ils passèrent le jour et
la nuit à se livrer aux plaisirs de la boisson et de la danse. »
On sétonnera peut-être de retrouver chez les Nègres du Brésil si peu de traces des idées religieuses et des usages qui règnent dans leur patrie; mais en cela, comme en beaucoup d’autres choses, on acquiert la preuve que pour les Nègres la traversée qui les conduit en Amérique est une véritable mort. L’excès des violences qu'ils éprouvent, anéantit presque entièrement toutes leurs idées antérieures, efface le souvenir de tous les intérêts : l'Amérique devient donc pour eux un monde nouveau; ils y recommencent une nouvelle vie. L'influence de la religion catholique est incontestable à cet égard; elle est la consolatrice du Nègre; ses ministres lui apparaissent toujours comme ses protecteurs naturels, et le sont en eflet. D'un autre côté, les formes extérieures de ce culte doivent produire une impression irrésistible sur l'esprit et sur l'imagination de Africain. On concoit donc qu’au Brésil les Nègres deviennent promptement de zélés chrétiens, et que tous les souvenirs de paganisme s’effacent en eux ou leur deviennent odieux.
I ne faut pas s'étonner si, dans les colonies des autres nations, les Nègres conservent beaucoup de leurs premières idées, ou du moins s'ils n°y substituent rien de mieux. Cette absence de progrès est remarquable surtout dans les colonies anglaises, où l’on néglige, sans aucune espèce de conscience, éducation morale et religieuse des esclaves, où les prêtres anglicans que l'on dit si éclairés, saccoutument à peine à regarder les Nègres comme des hommes, et ne songent pas même à sacrifier une seule des aisances de la vie pour descendre jusqu’à ces malheureux. Cela explique aussi l'influence choquante et presque incroyable que les obeahs ou magiciens exercent dans les colonies anglaises : on a eu occasion de remarquer aussi plusieurs traits de cette influence à l'ile d'Haïti à l’époque où l’on y faisait la guerre contre les Français. Toutefois les Nègres du Brésil ne sont pas entièrement libres de ce genre de superstition. Ces magiciens y portent le nom de Mandingos ou Mandingueiros. On leur croit entre autres la puissance de manier sans danger les serpens les plus venimeux, et de préserver les autres personnes de l'effet de leur poison par leurs chants et leurs conjurations. Ces conjurations, dit-on, font sortir les reptiles de leurs retraites, et les rassemblent autour des Mandingos; elles agissent encore sur d’autres êtres venimeux ou malfaisans; et cette espèce de magie domine surtout le serpent à sonnettes. Les enchanteurs ont coutume d’apprivoiser les serpens qui ne sont pas venimeux, et l’on regarde ces animaux comme doués d’une puissance surnaturelle. L’on redoute principalement l'effet de ce qu’on appelle mandingua, sorte de talisman, au moyen duquel le Mandingueiro peut faire mourir d’une mort lente les personnes
qui l'ont offensé, ou celles auxquelles il a des raisons de nuire : il peut aussi s’en
(29 ) servir pour les frapper d’un sort quelconque. Cette mandingua consiste en un grand nombre d'herbes, de racines, de terres; il y entre de plus des ingrédiens du règne animal. Le mélange s'opère sous l'empire de formules magiques; on enveloppe ces maléfices, et on les place, soit dans le lit, soit sous le lit de la personne
à laquelle on en veut. On appelle aussi ces enchantemens Feiticos, et les initiés
Fei
ceiros. Il y en a de plusieurs
pèces; par exemple, pour exciter l'amour et la haine, etc., etc. Gette superstition n’est pas particulière aux Nègres, elle règne sur
toutes les cla
s du peuple : il serait difficile de dire si elle est d’origine africaine ou européenne; car, malgré son nom africain, ce talisman a la plus grande analogie avec des idées qui sont fort répandues en Europe depuis les temps les plus anciens. Néanmoins les Mandingueiros sont presque toujours des Nègres : la plupart d’entre eux joignent à cette profession la danse de corde et les tours d'adresse; ils y sont fort habiles, et il leur faut très-peu de moyens pour produire des effets étonnans. Quoique ces Mandingos soient pour les Noirs un objet de haine et de crainte, quoiqu’on ne les honore nullement, et que beaucoup de Nègres condamnent cette
superstition comme antichrétienne, ces hommes exercent souvent une influence
très-puissante sur ceux qui les environnent, au point qu'ils occasionnent quelquefois des désordres sérieux et font même commettre des crimes. Pour rétablir le repos et l’ordre dans un district, il n’y a bien souvent d’autre moyen que leur éloignement.
En général, les divertissemens des Nègres amènent des querelles, qui sont d'autant plus graves que rarement ils ont l'esprit dégagé des effets de l'ivresse, non-seulement parce qu'ils boivent immodérément, mais encore parce qu'ils supportent fort mal la boisson, et qu'il suffit d’une très-petite dose de cachaza, assez mauvaise espèce de
rhum, pour les enivrer complétement. Tout aussitôt les couteaux sont tirés,
et rien n’est plus ordinaire alors que les blessures graves et les meurtres. La punition de ces crimes et d’autres de même importance est confiée à l'autorité publique; mais comme elle entraîne fréquemment pour le maître la perte d’un esclave, qui peut subir le supplice de la perche, la déportation ou les travaux publics, il arrive assez ordinairement que le maître fait tous les efforts imaginables pour arracher l’esclave des mains de l’autorité, pour l’échanger ou le vendre furtivement, de manière à ce qu'il s’en aille dans un pays éloigné. IL ÿ a même des colons qui profitent volontiers de ces occasions d'augmenter à bon compte le nombre de leurs esclaves, s’en reposant sur leur fermeté et sur leur courage personnel, du soin de contenir de pareils hommes. Il en résulte qu'il y a des plantations où lon voit un assez bon nombre de Nègres dont chacun peut-être a mérité la mort, sans que cependant les autorités s’en
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(:3o1) soucient beaucoup, tant que le propriétaire croit pouvoir les gouverner. Toutefois ce sont de rares exceptions, et les colons qui font de pareilles entreprises, sont pour la plupart des hommes célèbres ou plutôt décriés par leur violence et leur audace. Il est d’autres circonstances, au contraire, où les propriétaires abandonnent à lautorité publique la punition de leurs esclaves ; cela arrive dans les cas où elle n’interviendrait pas sans en être requise : par exemple, quand l'esclave a commis une contravention ou un vol de quelque importance. Le maître alors l'envoie au village ou à la ville voisine chez le Juiz ordinario, qui lui fait administrer dans la prison publique cent ou deux cents coups, selon le nombre réclamé par le maître; ou bien on l’enferme autant qu'il plaît à ce maître, lequel paie les frais de la peine, qui sont proportionnés dans la taxe au nombre de coups que le Nègre a recus, ou à la durée de son emprisonnement. Quand il s’agit de fautes graves, ces punitions sont toujours infligées avec une sorte de solennité en place publique, et en la présence des esclaves des plantations voisines. Dans les villes elles ont lieu au milieu d’un grand concours de tous les Nègres qui se trouvent dans les rues.
La fuite des esclaves est, comme on peut bien le penser, ce qui fournit le plus d'occasions à de pareilles scènes. Ordinairement ils ne s’évadent que de chez les propriétaires qui les traitent fort mal; toutefois les traitemens les plus doux n’empêchent pas ces évasions, car l’amour de la liberté est toujours très-puissant sur le Nègre, et il ne faut parfois qu’une très-petite cause pour lui faire prendre une résolution précipitée : mais le repentir parle bientôt, et ramène souvent le fugitif chez
un ami de son maître; il en obtient une lettre dans laquelle on implore la grâce
de celui qui rentre volontairement au logis. Quand les esclaves possèdent de quoi racheter leur liberté, et que cependant on la leur refuse, ils profitent ordinairement de la première occasion de s'évader, et il est fort difficile de s'assurer d’eux.
On pourrait croire que dans un pays comme le Brésil, il doit être presque
impossible de ressaisir un Nègre fugitif : cependant il arrive bien rarement que lesclave échappé ne soit promptement repris. On doit cette facilité avec laquelle on s’en remet en possession à l'institution des Capitaes do Matto. Ce sont des Nègres libres qui jouissent d’un traitement fixe, et qui sont chargés de parcourir leurs districts de temps à autre, afin de s'emparer de la personne de tout Nègre errant, et de le reconduire à son maître, ou, s'ils ne le connaissent pas, à la prison la plus voisine. La capture est ensuite annoncée par une affiche apposée à la porte de église, et le propriétaire est bientôt trouvé. Souvent ces Ca-
pitaes do Matto se servent pour leurs recherches de grands chiens qui sont dressés
(31) à cet usage. Les Nègres ont d’ailleurs à redouter les Indiens et la faim; aussi ne se déterminent-ils guères à pénétrer fort avant dans l'intérieur du pays ni à se perdre dans les forêts. Ils se tiennent donc presque toujours dans le voisinage des lieux habités : or, on ne tarde pas à sapercevoir qu'ils sont fugitifs, soit parce qu'on les connaît,
soit par cela même qu’on ne les connaît pas; enfin c’est précisément parce que le t l ê ï l t pas; enf tf a: que
nombre des habitans est fort petit que ces évasions réussissent si rarement, bien qu’au premier apercu cette circonstance semble devoir les favoriser. La punition d’un esclave fugitif est entièrement abandonnée à l'arbitraire du maître.
Quelquefois plusieurs Nègres s’évadent ensemble et parviennent à se procurer des armes à feu : alors ils peuvent réussir à trouver un asile dans Pintérieur des bois, à se nourrir de leur chasse et à se défendre contre les Indiens. Assez fréquemment ces hommes, appelés Nègres des bois (Negros do Matto ou Cajambolas) se forment en troupes plus nombreuses, exercent le brigandage sur les grands chemins et attaquent les voyageurs isolés, les tropas, les caravanes ou les plantations qui font
le commerce de l'intérieur avec la côte. De nos jours il est rarement arrivé que ces
Nègres des bois aient causé des inquiétudes sérieuses, comme celles qu’inspirent dans les colonies anglaises les Haroous. Les insurrections de Nègres ont été également rares au Brésil, et n’y ont jamais eu une grande importance.
Il est un fait remarquable dans l’histoire des Nègres du Brésil : c’est la fondation de la ville de Palmares au milieu du dix-septième siècle. Cent ans auparavant quelques troupes nombreuses de Nègres fugitifs s'étaient réunies aux environs de Porto- Calvo dans la province de Pernambuco, et y avaient formé un établissement; mais ils furent bientôt repoussés par les Hollandais, qui occupaient alors Pernambuco. Cela n’empêcha pas qu’en 1650 il ne s’élevät encore dans la même contrée un établissement de Nègres fugitifs sous le nom de Palmares. Is enlevèrent toutes les femmes dont ils purent s'emparer, soit qu’elles fussent blanches soit qu’elles fussent de couleur, et bientôt leur nombre s’accrut tellement que les colons des provinces voisines jugèrent plus prudent de traiter avec eux pour se préserver de leurs rapines, que d’avoir recours à la violence pour les expulser. De la sorte ces Nègres parvinrent à se procurer des armes et d’autres marchandises d'Europe en échange des produits des forêts et de leurs propres plantations, et peu à peu l'agriculture et l’industrie vinrent remplacer un genre de vie consacré au brigandage. Après la mort de Hombé, leur premier chef, ils s’organisèrent en royaume électif. Leur religion était un mélange de christianisme et de leur ancien fétichisme. Après cinquante ans d'existence la population de Pal-
mares s'était accrue jusqu’au nombre de 20,000 habitans. Un abbatis protégeait la
32 ) ville, dont le pourtour était fort vaste, les maisons étaient disséminées et entourées chacune des plantations du propriétaire. Ces progrès excitèrent enfin les inquiétudes du gouvernement portugais. En 16096 les gouverneurs généraux de Bahia et de Pernambuco, Joao de Lancastro et Gaetano Mello, se réunirent pour faire de concert une expédition contre Palmares. Une armée de 1000 hommes attaqua la ville, mais elle manquait d'artillerie et fut repoussée. On ne réussit à battre les Nègres que quand il fut arrivé des renforts et de la grosse artillerie. La ville fut prise et détruite; on réduisit en esclavage les femmes, les enfans et tout ce qui avait pu échapper au
carnage du champ de bataille. Le chef des Nègres et ses compagnons préférérent la
mort à l'esclavage : ils se précipitèrent tous du sommet d’une roche qui s'élevait
au-dessus de leur ville.
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