MONSEIGNEUR
En dédiant mon premier ouvrage à l'évêque du Texas, je m'acquittais d'une dette naturelle; en dédiant celui-ci à Votre Grandeur, je remplis un devoir de reconnaissance, et je le fais avec bonheur, car il est bien doux pour moi.
Lorsque, de retour du nouveau monde, je prêchais en France pour intéresser mes compatriotes à mes chers sauvages, vous m'avez accueilli avec une bonté que je n’oublierai jamais, et vous m'avez comblé de dons que je ne devais qu'aux libérales tendances de votre excellent cœur. Plus tard, lorsque épuisé -par les travaux de mon apostolat, je m'engageai timidement dans la carrière littéraire, sans autre stimulant que l’impitoyable nécessité, vous m'avez élevé au rang de chanoine de votre cathédrale, pour me donner un encouragement et un appui
moral. En m'honorant ainsi, Monseigneur, vous m'avez retiré de mon isolement
! Par la date de cette lettre, on voit que nous n'avions pas encore publié notre Manuscrit pictographique américain, ni l'Histoire de l'origine du jansénisme. Le travail que nous publions aujourd'hui parut d'abord en anglais l'année dernière, avant la publication des deux ouvrages ci-dessus mentionnés et la mort prématurée de l'excellent évêque, On comprendra que, malgré cette perte douloureuse, à laquelle nous ne nous attendions pas, notre reconnaissance nous faisait un devoir de laisser notre dédicace telle qu’elle se trouve dans l'édition anglaise,
et vous m'avez donné pour protecteur un des évêques dont l'admirable éloquence, le zèle pour les vrais intérêts catholiques et la touchante sympathie pour
tout ce qui souffre, portent au plus haut degré cette gloire réelle qui fait briller
l'Eglise de France entre les autres Eglises.
Laissant à d'autres les rayons équivoques d’une renommée factice, vous avez compris, Monseigneur, que dans ce siècle, où l'épiscopat est si souvent taxé d'obscurantisme, c'était sinon un devoir, du moins une bien noble tâche que celle d'aplanir les obstacles que les jeunes intelligences rencontrent en commençant, et qui les font parfois défaillir dès le début de leur carrière. Mieux que personne, vous avez compris que c'était continuer sur terre le rôle de la Providence de seconder et tendre une main bienfaisante, énergique et généreuse à ceux qui, voulant faire fructifier les dons du ciel, soutiennent péniblement la lutte de l'esprit contre les difficultés matérielles de la vie.
Je serais bien heureux, Monseigneur, si, en me permettant de graver votre nom au commencement de cet ouvrage ethnographique, destiné à faire connaître les grands déserts de l'Amérique et leur population indienne, Votre Grandeur dainait considérer cet hominage comme une preuve de ma profonde gratitude pour vos hontés, de mon admiration sincère pour vos vertus épiscopales, et du respectueux attachement de votre très-humble, très-reconnaissant et tout dévoué
protégé ,
Em. DOMENECH,
Missionnaire apostolique, chanoine honoraire de Montpellier, ete,
Paris, oclobre 1860.
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