‹ Voyage sentimental (volume 2)Chapitre 19 sur 57 · LE POSTILLON · texte numérisé non relu

LE POSTILLON

Cette histoire me toucha vivement. Le postillon n'y prit pas garde, et il m'entraîna sur le pavé au grand galop.

Le voyageur que la soit dévore dans les sables de l'Arabie n'aspire pas plus vivement à trouver une eau vive que je n'aspirais moi-même à un peu de calme et de repos. J'aurais donné tout au monde pour que le postillon fût parti moins vile ; mais au moment où le bon pèlerin achevait son histoire, le drôle donna de si terribles coups de fouet à ses chevaux, qu'ils s'élancèrent comme l'éclair; on eût dit que le diable était à leurs trousses.

«Pour l'amour de Dieu! lui criai-je, postillon.

allez moins vile ; » mais plus je criais, plus il poussait ses chevaux. « Que le diable l'emporte, donc, à ion lour! Vous verrez qu'il continuera d'aller au galop jusqu'à ce qu'il me nielle en colère..., après quoi il ira au pas pour mieux me faire jouir de ma mauvaise humeur. »

Ainsi lit-il; il alla très-vile jusqu'à la première montée, et alors il se mil à grimper la côte... Je m'étais fâché contre lui d'abord;... je m'étais lâché contre moi-même onsuite, pour la colère qui me tenait...

Un grand galop dansée moment m'aurait si fort arrangé!

« Allons un peu plus vite , je t'en prie, mon bon garçon! »

Le postillon me montra la montagne... Je voulais alors nie rappeler l'histoire du pauvre Allemand et de son àne; mais j'en avais perdu le (il , et il me fut aussi impossible de le retrouver qu'au postillon d'aller au trot.

« Kh bien donc! que tout aille à l'aventure!

Que m'importe? je me sens disposé à y mettre beaucoup «lu mien, et cc|KMidant tout va de travers. »

La nature, lionne mère, sait trouver un remède à toutes ehoses. Je m'endormis , et je ne me réveillai qu'à ce mot-là : « Amiens, » qui frappa mon oreille.

« Oh ! oh ! dis-je en me Trottant les yeux...; voiei justement la ville où ma l>elle dame doit venir. »

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