‹ Voyages autour du monde et en Océanie :Chapitre 48 sur 179 · GÉNÉRALITÉS SOMMAIRES · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS SOMMAIRES

La découverte de l'Amérique est l'œuvre de Christophe Colomb. Ce fut en 1492 que l'intrépide Génois, alors au service de l'Espagne, posa le pied sur le Nouveau-Monde, que l'injustice dota d'un autre nom que le sien, c'est-à-dire de celui d'Améric Vespuce, lequel n'y avait cependant abordé qu'en 1499, autrement dit sept ans plus tard.

Avant d'offrir la relation de l’immortel navigateur, il nous paraît indispensable de présenter à nos lecteurs quelques aperçus généraux et sommaires sur Ce nouveau continent.

L'Amérique est située entre le 74e degré de latitude boréal et le 54e de latitude australe, et entre le 36e et le 170e de longitude occidentale. Si l'on voulait comprendre aussi les îles que leur situation géographique doit rattacher à l'Amérique, la longitude serait entre 10 et 1700 occidentale, et la latitude pour les parties connues serait entre 799 boréale et 700 australe.

Ce continent, fertilisé par les plus grands cours d'eau du globe, et si remarquable par ses forêtsimmenses, ses énormes plateaux disposés par étages, ses vastes plaines, ses lacs, ses plages marécageuses, ses chaînes de volcans, sa végétation, ses déserts et ses animaux par-

Pants. — Hinp. Lacuu et Cf, rue Soutlut, 16

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ticuliers, se développe donc du pôle nord au pôle austral sur une étendue d'environ 1300 en terre ferme, ce qui revient à trois mille deux cent cinquante lieues de vingt-cinq au degré. Ce nouvel hémisphère, aussi nommé hémisphère occidental par rapport à l'ancien hémisphère ou hémisphère oriental, se compose, ainsi que le continent renfermé dans l'autre hémisphère, de deux masses solides unies entre elles par un isthme, avec cette différence que la direction de ces deux masses américaines court du nord au sud, et que dans l’autre hémisphère ou ancien continent elles vont de l'est à l'ouest, outre que l’isthme de Panama, qui forme leur point de contact, est beaucoup plus allongé que l’isthme de Suez.

L'isthme de Panama est une petite langue de terre sinueuse, large au plus de douze lieues (1), et qui, comme l'isthme de Suez entre l'Afrique et l'Asie, divise ainsi l'Amérique en deux longs massifs bien distincts, celui du nord et celui du midi, formant, le premier l'Amérique septentrionale, et le second l'Amérique méridionale ; mais avant de parler de chacun d'eux en particulier nous avons encore à donner quelques généralités sur leur ensemble.

Vers le pôle boréal la limite américaine n’est pas entièrement déterminée, à cause des glaces dont le littoral est hérissé, barrière jusqu'à ce jour insurmontable pour les navigateurs, excepté pour les célèbres capitai-

(1) Dans l'endroit le plus étroit cette largeur n’est que de huit lieues, A. M.

nes Franklin, Ross et Parry. Le capitaine Parry s’est avancé jusqu'au 82€ degré de latitude boréale, etle capilaine Ross a démontré que lecontinent américain, par l'isthme de Boothia,se prolonge sans interruption jusque par 740 de latitude. Au nord-ouest le point extrême est le cap du prince de Galles, 660 de latitude nord et 1700 de longitude ouest. Si, comme il le paraît, le Groënland se rattache à l'Amérique, un des caps de cette terre où île est l’un des points extrêmes dù Nouveau-Monde au nord-est; tandis que sa limite vers le pôle austral est marquée par la Terre de-Feu au Cap Horn, à moins qu'on ne s'arrête au cap Froward au sud de Ja Patagonie. La limite orientale est formée par l'océan Atlantique, et Ja limite occidentale par l'océan Pacifique, lesquelles mers, en isolant l'Amérique de l’ancien continent, la baignent dans toute sa longueur du nord au

sud, longueur de ‘plus de trois mille lieues, comme nous

l'avons dit tout à l'heure.

La superficie lotale du nouveau coftinent est d’environ deux millions trois cent mille liéues carrées : celle de l'ancien continent dépassant quatre millions six: cent mille lieues carrées, il en résulle que l'Amériqueaenvironda moitié du térritoire del'ancien monde; et cetté"moitié réunit une population d'à peu près cinquanté millions d'habitants, lorsque l’ancien continent en renferme presque vingt-quatre fois plus, c'est-à-dire environ neuf cent soixante millions d’âmes.

Les deux massifs dont se compose le sol américain ont, celui du nord environ dix-sept cents lieues de lon gueur de là mer polaire boréale à l'isthimé de Panama, et celui du midi environ seize cent cinquañté lieues du même isthme à la Terre-de-Feu. La plus grande largeur du premier massif est dé quinze cents lieues dans la partie septentrionale, qui va toujours en diminuant vers le sud, au point de sé réduire à une douzaine de lieues à l'isthme qui lie ou divise les deux massifs; la plus grande largeur du massif du midi ou de l'Amérique méridionale, par 50 de latitude sud, est de douze cent cinquante lieues, largeur qui diminue, de même que le massif du nord, à mesure que l’on avance vers le cap Horn.

Les deux grandes péninsules américaines sont sils

lonnées dans toute leur étendue du midi au nord par une chaîne de hautes montagnes rapprochées de l'océan Pacifique et plus éloignées de l'océan Atlantique. Cés montagnes ant une pente raide à l'ouest, et plus inclinée ou plus douce à l'est, dans toute la longueur de la chaîne. Sur le massif du midi ces montagnes portent ‘le nom général dé Cordillières des Andes, mot péru- “vien dérivé du mot antis, qui veutdire cuivre, parce que les Andes contiennent beaucoup de ce métal. Franchissant l'isthme de Panama, elles entrent sur le massif du nord sous le nom de Cordillières où Alpes de Californie, pour prendre ensuite, plus au nord, celui de Montagnes rocheuses ou pierreuses, qui jeitent à l'orient un rameau appelé les monts Alleghany et Apalaches, dépendants des Etats-Unis de l'Amérique septéntrionale.

Le pic le plus élevé des montagnes des Andes st le Chimboraco, près de Quito et de l'équateur, dans l'Amérique du sud; il a six mille sept cents mètres audessus du niveau de la mer. Le plus haut pic des monts Rocheux a cinq mille neuf cents mètres au-dessus du niveau de la mer. On se rappelle que l'Himalaya en Asie a plus de huit mille mètres; que le Mont-Blanc en Europe a quatre mille neuf cents mètres, et le Geesh en Afrique quatre mille sept cent six mètres. Les maxima des lignes de faîte des Andes sont dans le rapport suivant: Andes du Chili et du Haut-Pérou, cinq mille mètres ; Andes de Popayan, cinq mille six cents mètres; Andes de Santa-Martha, six mille ; Andes vol caniques de Guatemala, {rois mille six cents; Andes du Nouveau-Mexique et de la Haute-Louisiane, parties des monts Rocheux, trois mille huit cents; Andes du Brésil, deux mille mètres; groupe des Antilles, deux

mille deux cent quatre-vingts; chaîne des Alleghany, deux mille quatre-vingts mètres,

Ces montagnes qui offrent les cimes les plus élevées près de l'équateur, où se trouvent également les plaines les plus étendues et les plus basses, donnent l’origine à de grands fleuves, dont cinq doivent figurer en première ligne, savoir : le Saint-Laurent et le Mississipi dans l'Amérique septentrionale; l’Orénoque, l’Amazone et le Rio de la Plata dans l'Amérique méridionale. Ces fleuves descendent du versant oriental des deux massifs américains, car le versant occidental n’a que des cours d'eau peu étendus.

Les côtes du Nouveau-Monde sont découpées de manière à offrir plusieurs mers méditerranées et un grand nombre de golfes. L'océan Atlantique forme deux grandes méditerranées qui ont plusieurs issues, et un golfe du même genre. Les deux médilerranées sont la méditérranée arctique et la méditerranée colombienne; lé golfe est celui de Saint-Laurent. La méditerranée arélique, à laquelle un géographe a proposé de donner le nom de mer des Esquimaux, offre deux enfoncements principaux, qui sont la mer d'Hudson et la mer de Baffin; celle-ci se développe au nord de la précédente, à l’ouest du Groënland. Le golfe de Saint-Laurent, où aboutit le grand fleuve de ce nom, a Son contour formé paï l'extrémité du { abrador et du Canada, et son entrée est resserrée à l’est par les îles de Terre-Neuve et du cap Breton, devant lesquelles s'étend le fameux banc de Terre-Neuve, où depuis le xve siècle se fait la pêche de la morue. La méditerranée colombienne se développe entre la côte méridionale des Etats-Unis et la côte septentrionale de la Colombie ou de la république de Venezuela. Elle présente deux mers secondaires, qui sont : 4° le golfe du Mexique, lequel reçoit le Mississipi et se trouve à l’est des Hlals mexicains; 20 la mer des Antilles, au sud de ce golfe, et dont les principaux enfoncements sont le golfe de Honduras et le golfe de Darien, avec le golfe de Maracaibo.

L'océan Pacifique ou le Grand-Océan forme sur la côte occidentale de l'Amérique des enfoncements beaucoup moins considérables et beaucoup moins nombreux que ceux qui sont formés per l'océan Atlantique sur la côte opposée. Les principaux de ces enfoncements sont : 4° la méditerranée de Behring, qui est commune à l'Asie et à l'Amérique et qui elle-même a plusieurs enfoncements; 2 la méditerranée ouverte de Cook, formée par la côte méridionale de l'Amérique russe et par la côte occidentale de l'Amérique anglaise du nord ; 30 le golfe de Californie, vulgairement nommé mer /'ermeille ou mer de Cortés, formé par la grande presqu'île dont il prend le nom, et par la côte mexicaine; 4o la méditerranée ouverte de Panama , qui a pour enfoncements les golfes de Tehuantepec, Fonseca, Papagayo, Nicoya et Panama ; 5e le golfe de Güayaquil, entre le Pérou et la Colombie ou Nouvelle-Grenade; 6° le golfe de Chon)s, vers la Patagonie et Chiloé, etc, ]

Dans l'océan arctique, les principaux enfoncements sont le golfe de Kotzebue près le délroit de Behring, le golfe de Mackenzie à l'embouchure du grand fleuve de ce nom, le golfe de Georges IV à 1 embouchure du Coppermine ou de la rivière de la Mine-de-Çuivre, le golfe de Boothia, découvert et reconnu en 1834 par le capitaine Ross. À ATOS

Ces mers se lient par un grand nombre de détroits, entre lesquels nous ne signalerons que les principaux, savoir : le détroit de Lancaster, qui mène de la mer de Baffin dans la mer arctique; le détroit de la Furie et de l'Hééla, qui établit une autre communication entre la méditerranée arctique et le mème océan; les détroits de Cumberland, de Forbisher et d'Hudson, qui forment la communication entre la méditerranée aretique et la mer d'Hudson ; le détroit de Davis, qui mène de la méditerranée arctique dans la mer de Baflin; le détroit de Belle-lle, entre l'ile de Terre-Neuve et la côte du Labrador, lequel, ainsi que le détroit du Canso, inène de l'Atlantique dans le golfe Saint-Laurent; le nouveau canal de Bahama et le canal de la Floride, qui font communiquer l'océan Atlantique avec le golfe

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du Mexique; le détroit appelé BZouche-du-Dragon, qui joint l'océan Atlantique au golfe colombien de Paria ; le fauneux détroit de Magellan, un des plus longs que l'on connaisse, et qui, entre la Patagonie et la Terrede-Feu, joint l'océan Atlantique à l'océan Pacifique; le détroit de Le Maire, entre la Terre-de-Feu et la Lerre-des-Etats, passage ordinaire pour aller de l'Atlantique au Grand-Océan et en revenir ;le détroit de la Nouvelle-Géorgie sur la côte nord-ouest, entre le conlinent et la terre de Quadra et Vancouver, lequel détroit, comme celui de Messier dans l'archipel Campana en Patagonie, est un des plus longs du globe ; enfin le détroit de Behring, qui sépare l'Amérique de l'Asie, et fait communiquer le Grand-Océan avec l'océan arctique.

L'Amérique offre un grand nombre de caps ; nous ne cilerons que les plus remarquables. Sur l'océan Allantique on trouve le cap Nord, en Islande, presque sous le cercle polaire ; le cap Farewell, extrémité mé ridionale du Groënland; le cap Charles dans le Labrador ; le cap Frio dans la province brésilienne de Rio-Janeiro; les caps Santa-Maria et San-Antonio, à l'embouchure du Rio de la Plata; les caps des Vierges et de Espirilu-Santo, à l'entrée orientale du détroit de Magellan ; le cap Froward sur le même détroit, extrémité méridionale du même continent, tandis que sur l'océan austral Je cap Horn est l'extrémité méridionale de Ja Terre-de-Feu.

= Les presqu'îiles de l'Amérique se trouvent généralement dans le massif du nord, entre autres la presqu'ile Melleville, la plus septentrionale de cette partie du monde; la presqu'ile de Californie, dans la partie occidentale de Ja confédération mexicaine ; les péninsules des Tchougaches, d'Alaska et des Tchoutkchis, dans l'Amérique russe, vers le détroit de Behring. L’Amérique méridionale n'a que de petites péninsules, dont deux à l'entrée du golfe de Maracaïbo, et plusieurs vers le détroit de Magellan.

Pour ce qui est des lacs, l'Amérique en présente un irès grand nombre, surtout dans la partie septentrionale. Le bassin du Saint-Laurent offre une série de lacs, savoir : le lac Supérieur, le Michigan, l'Erié, l'Ontario, le Ghamplain, que l’on pourrait appeler une mer -d'eau douce, car c'est la plus vasle masse d'eau douce qui existe sur la surface du globe; aussi quelques géographes la nomment-ils la mer du Canada. Dans l'Amérique anglaise du nord il y a le lac Winnipeg, un des plus grands de ces contrées, Le bassin de Mackenzie offre les trois grands lacs Alapeskow ou des Montagnes, de l'Esclave et du Grand-Ours, Le delta du Mississipi montre le lac Pontchartrain, le bassin du Rio-Grande, le grand lac de Ghapals. Le territoire mexicain a beaucoup de lacs plus ou moins importants. L'Amérique centrale ou Guatemala compte le lac Nicaragua ; et le Pérou, dans l'Amérique du sud, lelac Titicaca, plus élevé que le'pic de Ténériffe, et environné de montagnes d’une hauteur prodigieuse, Le vaste bassin du Rio de la Plata offre le long du Haut-Paraguay le grand lac Temporaire des Xarayes, dont les bords, dans la saison des pluies, s'étendent sur les deux rives du fleuve, à quelques centaines de milles sur les territoires brésilien et bolivien ; c'est une sorle de marais, mais un des plus considérables de l'Amérique. 3 j

Ainsi que nous l'avons dit, l'Amérique laisse entre ses montagnes des plaines immenses et basses, et des plateaux très étendus : c'est dans le vaste bassin du Mississipi que se montrent les terrains unis désignés sous le nom de savanes ou de prairies. L'espace énorme qui-s'étend depuis l'embouchure du fleuve Mackenzie jusqu'au-delà du delta du Mississipi, et entre la chaîne centrale du système missouri-mexicain et la chaine principale du système alléghanien, forme la plus vaste plaine du globe; elle embrasse les bassins du Mississipi, du Saint-Laurent, du Nelson, du Curchill, presque tout Je bassin du Missouri, la presque totalité des bassins du Saskatchawan et du Mackenzie, et tout

celui du Coppermine. Dans l'Amérique du sud sont des plaines analogues nommées //anos, et traversées par l'Orénoque et l’Amazone, ou pampas, autres steppes entre Buenos-Ayres, la Patagonie et la chaîne: des Andes. La plaine de l'Amazone comprend toute la partie centrale de l'Amérique du sud, étendant son domaine sur plus de la moitié de l'empire du Brésil et sur le sud-ouest de la Colombie, sur la partie orientale de la république du Pérou et sur la partie septentrionale de la république de Bolivia, La plaine du Rio de la Plata s'étend entre les Andes et leurs branches principales; elle embrasse le sud-ouest du Brésil, le directorat du Paraguay et la plus grande partie de la confédération du Rio de la Plata. Les Ilanos comprennent proprement la Nouvelle-Grenade et le Venezuela dans la Colombie, La plaine du Mississipi-Mackenzie nourrit à l’une des extrémités de ses bambousacées etdes palmiers, tandis qu’à l’autre, pendant une grande partie de l’année, elle est couverte de glaces et de neiges. La plaine de l'Amazone, ayant un elimat chaud et humide, présente dans ses immenses forêts une force de végétation prodigieuse. La plaine de l'Orénoque et celle du Rio de la Plata manquent d'arbres, mais offrent d'innombrables graminées; en d’autres termes, le sol brülant des llanos est tantôt nu comme le désert de la Libye, tantôt couvert d'un tapis de verdure comme les sleppes de la Haute-Asie; au sud une forêt immense se prolonge jusqu’au-delà du fleuve des Amazones.

L'Amérique a plusieurs déserts qu'on peut comparer à ceux de l'Afrique et de l'Asie pour l'aridité de leur sol et pour le sablequi les recouvre; mais ils sont loin d’avoir la même étendue. Les plus remarquables sont: le désert d'Atacama, renfermant la bande étroite du pays que la république de Bolivie possède sur le Grand- Océan; le désert de Pernambuco, qui s'étend sur une partie du plateau du nord-est du Brésil : c'est le plus grand désert américain,

La configuration de l'Amérique, la disposition de ses vastes chaînes de montagnes et de ses plaines immenses influent considérablement sur sa température. Placé comme une longue langue de terre entre deux océans, et longeant à peu près à distance égale, d'un côté l'Afrique et l'Europe dont l'océan Atlantique le sépare, et de l’autre côté toute l'Asie et les iles de la mer Pacifique, le nouveau continent a une température de près de dix degrés plus basse qu'aux lieux silués sous les mêmes latitudes dans les autres parties du monde : cela vient d'abord de ses nombreuses chaînes de montagnes, dont les Andes aux cimes couvertes de neiges pérpéluelles, mème sous la zône torride, forment la base ; cela lient ensuite à son peu de largeur, car l'Amérique a sa surface principalement disposée en longueur ; cela tient en outre à ses nombreuses rivières de même qu'à ses forêts impénétrab!es, Toutes ces causes produisent dans les parties basses de l’Amérique un climat qui contraste singulièrement par sa fraicheur et son humidité avec celui de l'Afrique; c'est à elles seules qu'il faut attribuer celte végétation si forte , si abondante, si riche en sucs, et ce feuillage si;épais qui forment les caractères particuliers du nouveau continent,

Le Nouveau-Monde, plus favorisé à certain égards que l'Ancien, par la variété ou la richesse de ses montagnes, par l'amplitude ou l'étendue de ses cours d'eau, l’est moins sous d'autres aspects, et par exemple, à cause de ses voleans ou de ses tremblements de terre, surtout dans les régions équatoriales. Ces tremblements de terre renversent, détruisent de fond en comble les villes et Jes populations, en ne laissant plus que des débris ou des cendres dans les lieux où l'industrie humaine avait développé toute sa puissance. Presque lous les volcans américains aujourd hui enflammés se trouvent sur le flanc occidental de la chaîne des montagnes de l'Amérique du sud et de l'Amérique du nord, On n'en voit sur aucun point de la côte orientale, si ce n'est trois petites éruptions à l'est des Andes propres, et que le savant Humboldt attribue aux actions latérales

des volcans de Popayan et de Pasto, vers les Provinces-Unies de l'Amérique centrale. Sur la côte nordouest on cite principalement le volcan du mont Saint- Elie ; au Mexique, on remarque le volcan de la Puebla ; en Guatemala, le groupe de Popayan ; en Colombie. le groupe de Quito ; au Pérou, l'Arequina : au Chili, seize volcans, el trois aux Antilles

Ce n'est pas toutefois que ces tremblements de terre

endent stériles les contrées où ils se manifestent; la nature semble vouloir aussitôt réparer d'une main le mal qu’elle vient de faire de l’autre; scuvent même en ouvrant les entrailles de la terre, elle révèle de nouveaux trésors. Au surplus, les productions naturelles de l'Amérique sont assez renommées ; aucune conlrée ne possède d'aussi riches mines d'or et d'argent, si l'on excepte peut-être la Chine et le Japon. L'arbre du quinquina croît sur le flanc des Andes près de la ligne équinoxiale, à côté de ce précieux tubercule qui de l'Amérique est venu comme nne autre manne consoler l'indigence des peuples de la vieille Europe. D’autres végélaux servent encore à nos besoins, comme l'ipécacuanha, l'arowrout, la salsepareille , la vanille, le cacao, le bois de campêche, l’indigo, le tabac, le cotonnier, la canne à sûcre et le café. On a dû admirer les pins superbes qui bordent le fleuve Colombia et qui atteignent jusqu’à trois cents pieds de hauteur ; on a de même admiré les platanes de l'Ohio qui ont jusqu'à cinquante pieds de circonférence.

Dans le règne animal, le nouveau continent nous a offert d'innombrables troupeaux de chevaux ou de bœufs sauvages, des lapirs, des castors, des légions d'oiseaux parmi lesquels brillent l'oiseau - mouche et le colibri, le kamichi, le yals, curieux par sa voix retentissante et par ses armes redoutables; le jabiru, destructeur des reptiles ; le condor, espèce d'aigle des Andes; l'aigle-chauve, qui habite les deux Amériques sous toutes les latitudes, pour vivre aux dépens des habitants des eaux comme de ceux de la terre ; l’agami, le moqueur et quelques autres. Le serpent à sonneltes est commun dans les deux Amériques entre les deux tropiques , et les rivières sont remplies de caïmans,et de crocodiles. On trouve aussi en Amérique, notamment dans l'Amérique centrale, la cochenille, insecte si précieux, à cause de la belle couleur qu'il donne pour la teinture.

Quand les Européens eurent mis le pied sur le sol du nouveau continent, et qu’ils en apercurent les habitants, ils leur donnèrent le nom général d'Indiens, parce qu'ils se croyaient aux extrémités orientales de l'Inde : ce nom est demeuré aux indigènes de ce continent, mais aujourd hui les vrais Indiens ne se rencontrent plus guère que dans les forêts, qui leur ont servi de refuge contre les alrocités des premiers Espagnols. Dans les régions équatoriales il s’est formé, de l'union des nègres d'Afrique avec les blancs, une race nouvelle qui a reçu le nom de mulâtres, pendant que l'union des indigènes américains et des Européens produisait les créoles.

En général les indigènes américains sont bien constitués, ont le teint d'un rouge cuivré, la chevelure noire , longue et peu fournie , la barbe rare et semée par bouquets, le front court, les yeux allongés , les sourcils éminents, les pommettes saillantes, le nez un peu camus, les lèvres étendues, les dents serrées et aiguës, l'expression du visage naturellement douce, la tête carrée, la face large sans être plate, mais s’amincissant vers le menton, la poitrine haute, les cuisses grosses, les jambes arquées, le pied grand, tout le corps trapu , avec l'os frontal très déprimé en arrière et le crâne ordinairement léger. Tels sont à peu près les traits physiques et généraux des indigènes américains. Il y a une exception à faire pour deux nations qui vivent aux deux extrémités opposées de ce continent, savoir : les Esquimaux et les Palagons. Les premiers, qui habitent au milieu des glaces vers le pôle arctique, semblent offrir le plus bas degré de l'échelle humaine, pour la taille du moins, car elle est

encore au-dessous des Lapons; au contraire, les Patagons , et leurs voisins les Puelches , se distingnent par une haute stature, sans qu'elle atteigne toutefois les gigantesques proportions que les premiers navigateurs avaient données aux habitants des côtes magellaniques.

Une autre distinction doit être faite encore, c'est celle de la couleur. Quelques indigènes, comme les Caraïbes, sont rouges ; le coloris des indigènes du Brésil et de la Californie est foncé ; celui des Mexicains est plus basané que celui des habitants de Ja Colombie ; les peuples du Rio-Negro sont plus basanés que ceux de l'Orénoque ; ceux du Rio-Gila sont plus bruns que ceux du Guatemala; aux sources de l'Orénoque on aperçoit des tribus blanchâtres au milieu de peuplades noirâtres; les Indiens des plateaux les plus élevés de la Cordillière des Andes ont le teint aussi cuivré que ceux des plaines brûlantes de l'équateur. Partout on s'aperçoit que la couleur d'un Américain dépend très peu de la position locale dans laquelle il vit.

Les Européens, en étendant leurs conquêtes sur les deux Amériques, y ont en même temps apporté et étendu leurs langues; et comme les trois nations dont les conquêtes ont eu en Amérique le plus de développement sont les Espagnols, les Portugais et les Anglais, il en est résulté que les langues de ces trois nations sont devenues dominantes parmi les peuples du nouvel hémisphère : l'anglais et l'espagnol se parlent le plus généralement dans l'Amérique du nord, c'est-à-dire l'anglais aux Etats-Unis , et l'espagnol au Mexique ; l'espagnol et le portugais se partagent presque entièrement 1 Amérique du sud, c'est-à-dire que l'espagnol est la langue dominante en Colombie , au Pérou, au Chili et dans la république Argentine, tandis que le portugais est pour ainsi dire universel au Brésil.

On peut admettre qu'en général, dans l'Amérique continentale et insulaire, peuplée d'environ cinquante millions d'habitants, il y a sur six millions quatre cent trente-trois mille noirs, plus de 457100 qui parlent anglais, plus de 107100 qui parlent portugais, et plus de 147100 qui parlent la langue française.

Sous le rapport des religions, l'Amérique est généralement chrétienne; elle compte environ vingt-cinq millions de catholiques romains, et seize millions de protestants; le reste de la population professe divers autres culles qui se rapprochent plus ou moins du christianisme, car il n'existe plus qu'un très petit nombre d'idolâtres. L'illustre de Humboldt avait trouvé que l'Amérique espagnole , en 4823, tant au-delà qu'en deçà de l’isthme de Panama, réunissait quinze millions neuf cent quatre-vingt-cinq mille catholiques romains, dont deux millions neuf cent trente-sept mille blancs, sept millions cinq cent trente mille Indiens, cinq millions cent dix-huit mille mixtes et nègres; que l'Amérique portugaise avait quatre millions de catholiques ; les Etats-Unis, le Canada et la Guiane française environ cinq cent trente-sept mille; et les Antilles françaises, avec Haïti, Cuba et Porto-Rico, un million neuf cent soixante-quatre mille. Le mème savant faisait concourir au protestantisme, savoir : 4° les Etats-Unis de l'Amérique du nord pour dix millions deux cent quatre-vingt-quinze mille, et il y en a aujourd'hui plus de quinze millions; 20 le Canada anglais, la Nouvelle-Ecosse et le Labrador pour deux cent soixante mille ; 3° la Guiane anglaise et hollandaise pour deux cent vingt mille; 4 les Antilles anglaises pour sept cent soixante-dix-sept mille ; 5° les Autilles hollandaises, danoises, elc., pour quatrevingt-quatre mille.

Suivant les documents ou observations des voyageurs, le nombre des protestants dans toute l'Amérique continentale et insulaire, depuis l'extrémité méridionale du Chili jusqu'au Goënland, est à celui des catholiques romains comme un est à deux. Les Indiens indépendants, qui n’appartiennent directement

où immédiatement à aucune communauté chrétienne, sont à la population chrétienne comme un est à quarante-deux. La population protestante du nouveau continent paraît s'accroitre plus rapidement que la

opulation catholique , et il est présumable que, eu égard aux progrès de la civilisation, avant un demisiècle le culte purement évangélique aura encore, par son extension , modifié considérablement ce terme de comparaison.

Les peuples américains sont gouvernés aujourd'hui par des institutions généralement démocratiques. II y a soixante-dix ans qu’une grande portion de l'Amérique septentrionale, alors depuis plus de deux siècles colonie britannique , secoua le joug de l'Angleterre et se constitua en république fédérative sous le titre d'£tats-Unis. 1] y a trente ans que le Mexique avec le Guatemala, qui dépendent de l'Amérique septentrionale, et toute l'Amérique méridionale, sont en jouissance également de leur indépendance la plus complète. Les Nord Américains ayant fait les premiers pas dans un ordre politique mieux approprié à leurs besoins et à leurs goûts, et ayant empreint leur marche d'une sagesse el d'une maturité qu'ils devaient à la vieille Europe , les Sud-Américains les ont généralement pris pour modèles, et leurs républiques se sont organisées d'après les mêmes bases. Aussi, à quelques différences de formes près, tous les nouveaux Etats ont adopté le principe de la souveraineté du peuple, la représentation nationale et la distinction des trois pouvoirs législatif, exéculif et judiciaire.

Après ces généralités qui s'appliquent à l’ensemble du continent américain ou qui sont communes à plusieurs de ses parties à la fois, nous allons ajouter les généralités relatives à chacun des deux massifs américains , en commençant par celui de l'Amérique septentrionale.

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