LA CITHARE
nir l'instrument, font leur partie sur les cordes. L'un pince, un autre doigt presse, un troisième appuie. Le moindre contact suffit à faire vibrer le sensible instrument.
Thérèse a, pendant une heure, exécuté sur ce piano tyrolien toutes les valses et toutes les polkas nationales, et ensuite a accompagné son beaufrère, qui nous a récité les chansons tyroliennes les plus étranges et les plus imprévues.
Pendant ce temps, Isabelle pinçait de la guitare. Les dilettantes de l'endroit se pâmaient d'aise. Nous, nous étions surpris par la nouveauté du concert et surtout par son extrême bizarrerie.
Derrière les deux instrumentistes, Rainer était debout, chantant à pleine voix ; auprès de lui son garçon de ferme, mâchonnant un cigare à demi éteint ; devant lui, son fils, jeune moutard de dix ans, et sa fille qui n'en a que six. Non loin, madame Rainer, bonne grosse femme en robe de chambre et assise sur une chaise dans l'ombre. Les servantes, les garçons de service au dernier plan. Tout ce monde chantait les refrains , et
accompagnait Rainer avec des la la ou, oulliê lar halle la ! ou ou la la ou !
Rien n'est plus surprenant, plus curieux, plus imprévu que cette famille perchée sur une montagne et chantant ainsi par cœur, sans musique, sans préparation, côte à côte avec les spectateurs, les cris étranges du Tyrol et filant des sons comme au Conservatoire.
Après le concert, Rainer nous dit: « Descendez, on va danser. » Nous ne nous fîmes pas prier.
Dans une sorte de masure dépendant de l'hôtel, au fond d'une petite pièce meublée de bancs de bois et blanchie à la chaux, se tenaient autour d'une table deux ou trois naturels du pays, simples paysans qui gagnent quelques florins par semaine à tailler du bois. L'un d'eux tenait une cithare et charmait ses compagnons en buvant du vin et en fumant. C'était un garçon de dix-huit ans , vêtu du costume tyrolien , orphelin et recueilli par Rainer, qui le fait travailler. On nous invita à prendre place et à trinquer avec eux.
C'est toujours dans les mœurs du pays : une