‹ Voyages d'un fantaisiste Vienna--Le Danube--Constantinople--Chapitre 43 sur 122 · LE FOYER DU THEATRE · texte numérisé non relu

LE FOYER DU THEATRE

les danseuses n'ont plus de taille. Ce sont des tonneaux vêtus de gaze, et coiffés de fleurs. En revanche, la première danseuse est maigre à elle seule pour tout le reste des coryphées.

Halévy est un nom qui semble fort goûté à Pesth ; quand ce n'est pas l'oncle, c'est le neveu. Vous direz à mon ami Ludovic que j'ai vu jouer Tricoche et Cacolet en hongrois. La pièce y perd beaucoup ; le quatrième acte surtout échappe à l'intellect des enfants du Danube. Il faut dire aussi que la fameuse partie de beuillard est remplacée par un aimable domino.

J'ai hésité jusqu'ici à faire un peu de pédantisme, il le faut cependant, dans l'intérêt de mes concitoyens.

Nos romanciers et nos dramaturges ont souvent parlé des magyars. Quand le mot magyar vient sur les lèvres d'un Parisien, il croit devoir dire « un magyar hongrois. » Pour les Français, un magyar est un grand seigneur de Hongrie, un gentilhomme du cru, un vieux suzerain» à trois chevrons et à trente-deux quartiers.

Erreur, mes frères 1 Magyar est tout simple-

ment un adjectif qui veut dire hongrois. Le mot hongrois n'existe pas en langue hongroise. — Magyar frordo'k veut dire Bain hongrois. Tout homme né en Hongrie, est Magyar, et quelqu'un qui vous dit : Je suis Magyar, n'a droit à aucun respect, à aucune admiration de votre part. C'est comme s'il vous disait : Je suis Hongrois !

C'est toujours par suite de l'erreur plus haut signalée que j'ai dit à un domestique de l'hôtel :

— Avez-vous des Magyars, à Pesth ?

— Comment, m'a répondu cet excellent serviteur, mais moi, je suis Magyar ! Tout ceux qui sont nés en Hongrie, sont Magyars !

J'avais cruellement offensé ce brave garçon, en doutant qu'il fût Magyar.

La vie à Pesth. Mœurs et coutumes. La vie des hôtels. — Le Kaiser-Bad. Les pères capucins. Un établissement de bains modèle. — Les cabinets. Les écoles de natation. Conseils à Eugène Paz. — La gymnastique navale. — Un roman dans une baignoire. Le 4 et le 5. — Autres romans du même acabit. — L'île Marguerite.

Pesth, 8 septembre.

La vie que Ton mène à Pesth est une vie poéticosensuelle. On y mange beaucoup, on y boit sec et on s'amuse à l'avenant. La population est intelligente, elle travaille vite et beaucoup , gagne en proportion et dépense facilement. Les restaurants sont toujours pleins ; on y trouve la population mélangée qui est propre à toute ville située au centre de plusieurs nations. L'Orient et l'Occident se confondent autour de la même table.

On vit facilement et gaiement. Cette promiscuité de tous les peuples de la terre a engendré une sorte de facilité de mœurs qui n'est pas de la corruption,, mais qui y ressemble. C'est plutôt une corruption extérieure ; car, au fond, nul peuple n'est plus énergique, plus sobre et plus vertueux que le Hongrois. L'amour et l'orgueil de leur pays sont pour les Magyars des boucliers inaltérables.

C'est plutôt dans la population cosmopolite qui traverse continuellement Pesth qu'on peut observer cette quasi dissolution morale que je signalais plus haut.

Dans les hôtels et dans tous les hôtels, on est frappé des facilités peu déguisées dont se sème la vie des voyageurs. On rencontre dans les escaliers des visages féminins qu'on a l'habitude de rencontrer ailleurs que dans les rues à Paris. Un voyageur n'a pas encore eu le temps de quitter ses bottes que les propositions les plus étranges lui arrivent de tous côtés. Le cicérone italien, qui peut s'appeler d'un autre nom, si ^l'on veut, n'est rien à côté du cicérone hongrois, homme char-

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