LA PLACE DEL' ATMÉIDAN
étaient teintes de sang et ont laissé leur trace sur le mur. Voilà la légende; elle me paraît invraisemblable, ou bien Mohammed était un géant et son cheval un colosse, car l'empreinte est marquée à dix mètres du sol pour le moins.
En quittant Sainte- Sophie, on arrive presque aussitôt à la place del' Atmeidan, célèbre par le massacre des janissaires. La place et les rues avoisinantes ont été restaurées, le pavé y est neuf et facile, les maisons construites en pierre et alignées au cordeau. C'est le quartier élégant de Constantinople ; on peut s'y promener à pied ou en voiture , sans s'écorcher les pieds ou sans craindre les accidents.
Sur la place del' Atmeidan se trouvent les débris de la colonne Serpentine. Il n'en reste plus qu'un tronçon insignifiant; tout auprès s'élève un obélisque en assez bon état, mais d'une hauteur et d'un calibre indignes d'une description. Quand j'aurai parlé des murailles de la ville, construites par les Romains et dont une partie est encore debout, quand j'aurai dit un mot de l'aqueduc de Constantin, dont on se sert encore aujourd'hui et
qui domine la ville au-dessus du Phanar, je me serai acquitté de tous mes devoirs de touriste à l'égard de Constantinople.
Il est cependant encore un monument au centre de la ville qui n'offre aucun intérêt architectural, mais qui mérite une mention spéciale à cause de son importance. C'est la tour du Séraskier, sorte de phare très-élevé, planté sur un promontoire et qui plane de loin sur toute la ville et les faubourgs. C'est de cette tour que l'on signale les fréquents incendies qui désolent les villes et les villages du Bosphore. Peu de nuits se passent sans que le gardien de la tour de Séraskier ne signale, au moyen d'une ou plusieurs lanternes, que le feu vient de prendre à quelque quartier de Stamboul ou des faubourgs. La façon dont sont placées les lanternes indique aux divers postes de pompiers l'endroit exact où le fléau consomme ses ravages.
Une autre tour, située à Galata, sert de contrôle à la tour de Séraskier, et confirme les signaux de celle-ci avec des signaux équivalents.
J'ai dit que les incendies étaient fréquents à