‹ Voyages d'un fantaisiste Vienne Ledanube ConstantinopleChapitre 33 sur 110 · UN SOUPER AU LAMM · texte numérisé non relu

UN SOUPER AU LAMM

se groupe, se reconnaît, marche à son rang, fait son entrée dans son pas, sort, revient, change de costume, reparaît, disparaît avec un ordre admirable, une exactitude merveilleuse.

Les décors, sans qu’on voie les mains qui les font mouvoir, se placent d’eux-mêmes, les ram- *pes , les becs, les transparents subissent leurs variations lumineuses sans danger, mus par l’action invisible de la machine à vapeur.

Nous quittons ces tableaux féeriques pour aller souper au Goldenen Lamm. Je vous ai déjà parlé de ce singulier hôtel, mais je ne vous ai pas tout dit. Aujourd’hui nous sommes servis par Charles, et c’est un honneur que Charles ne fait pas à tout le monde.

Charles est un garçon qui s’est fait une tête. Il porte ses cheveux longs et fatalement hérissés. Il est pâle et tient sa serviette comme une écharpe.

Nous demandons des côtelettes à Charles.

Charles est appuyé sur un bois de chaise et posé sur une jambe ; il se contente de transmettre notre commande à un subalterne.

— Ces messieurs, nous dit Charles, ont-ils été

Vio

hier au Volgs' Garten et ont-ils entendu ma valse?

— Commeht, Charles, Vous êtes musicien?

— Oui, messieurs, je fais des valses et des polkas qu’Edoüârd Strauss mesuré au Volgs ’ Garten , et je ne crains pas d’avouer qu'elles ont un certain succès.

Peu â peii, 'Charles s’assied sur Une chaise voisiné; Nous l’interrogeons, fcharles est garçon de restaurant par nécessité, et mélomane par goût; il sert à tablé et fait dù piano.

Parfois accoudé Contré le poêle, quand il néglige de répondre à Un consommateur qui l’interpelle, c’est qii’îl compose. Charles parle le français admirablement, fait des vers et les met eh mu-

sique; il nous a fait hommage de quelques-unes dé cés compositions, que jé lui ài promis de faire connaître à Paris.

Charles, qui pourrait vivre de la musique, reste au Goldenen Lamm , où il jouit d’une certaine considération et d’tihé grande liberté. Il aimé le Làmm, parce qu’il est lé rendez-vous des célébrités littéraires et hhiSÏcàles de Vienne, et qu’il reçoit quètqüèS âutrèl përSônhàges connus des

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