‹ Voyages d'un fantaisiste Vienne Ledanube ConstantinopleChapitre 35 sur 110 · LE PRATER · texte numérisé non relu

LE PRATER

C'est tout à la fois les Champs-Elysées et le bois de Boulogne de la ville. Une allée spéciale, appelée l'Allée populaire, ' est réservée aux chevaux de bois, aux chiens savants et généralement à tous autres spectacles en plein vent. Une autre allée se remplit, vers cinq heures, d’équipages et de promeneurs. C’est l’allée du high life. On y rencontre, en une heure, plus de jolies femmes qu’en une journée à Paris.

Vienne n’a pas volé sa réputation, sous le rapport des jolies femmes. Elles sont, au point de vue plastique, à peu près irréprochables ; mais quoi qu’on en dise, les Viennoises ne ressembleront jamais aux Parisiennes. Fort aimables, d’un abord facile, aimant causer et parlant le français, si peu qu’elles soient bien élevées, elles n’ont pas cet esprit de la Parisienne, cette verve, ce brio, ce bagout (excusez le mot) qui séduit les étrangers.

Les Viennoises s'habillent mal et se chaussent admirablement ; il y a ici un cordonnier qui fait fureur comme Worth à Paris. Contrairement à l’usage des cordonniers, on se met à ses pieds. C’est chez lui que l’élégante madame de Metter-

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nich, qui habitait Paris, commandait ses chaussures.

L’usage des faux cheveux est mains général qu’à Paris. Les femmes, surtout celles de la bour* geoisie , portent les cheveux courts, très-frisés et tombant sur les épaules, sans chignon et sans filet. Ce n’est pas beau, mais c’est naturel. Il y a cette différence entre la Parisienne et la Viennoise que la première est artificielle et l’autre naturelle. La nature embellit la beauté, l’art l’embellit davantage. C’est absolument comme le bifteck : on l’aime mieux aux pommes que nature.

Tout en faisant ces réflexions plus philosophiques qu’anacréontiques, ô mon cher monsieur de Pêne, nous arrivons chez Constantini, le restaurateur du Prater. Là, dans un kiosque situé sur un monticule d’où l’on a une admirable vue sur Vienne et les Alpes, qui bleuissent au loin, nous sommes attendus par notre amphytrion.

Ledit amphytrion est le plus aimable des banquiers viennois ; sa modestie ne me permet pas de le nommer, mais tous ceux qui ont passé par

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Vienne le peconnaîtrpnt à l’épithète. Par pne délicatesse toute gracieuse, ses hôtes sont tous Français ; c’est en quelque sorte un dîner sympa-, thique, un prétexte à souvenirs du terroir, à ne parler que de la France et que de la patrie, dans la langue maternelle.

On a en -effet beaucoup causé ; et cependant il y avait majorité de diplomates autour de la table;. Le colonel de Vptry, attaché militaire près l'ambassade de Vienne, et qui a appris l’allemand à Francfort, en qualité de prisonnier • ayec lui, un autre attaché, M. Maurice Baudens, lieutenant au 3* hussards, qui relève à peine d’un açcidept où il a failli perdre la vie.

Le bruit a dû ep arri ver jusqu’à Parjs, et si j’en parle, c’est pour ^assurer tous ceux qpe son pccidept a pu inquiéter. M. Baudpns., qui a échappé à Sedan au* désastres dp l’armée de l’Est, a failli sauter dans sa chambre en jetant un bout de cigpre daqs un cpaphoir, où un domestique imprudent avait jeté le reste d'un pprnet de ppudre.

M. Baudens a eu son uniïppme brûlé, pu ppiq dp la jpue sérieusement atteint, et p ptp, forcp de

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garder la chambre pendant dix jours. Nous n’affirmerons pas qu’il n’y ait eu un peu de coquetterie dans cette solitude prolongée. Il a fallu raser de précieuses moustaches et attendre qu’elles repoussent d’une façon visible. Dix jours, ce n’est pas trop pour des moustaches.

Il me reste à vous parler d’un troisième convive. C’est aussi un jeune homme de trente ans à peine, ou du moins qui n’en paraît pas davantage, doux quoique énergique, très-causeur quoique très-réfléchi, quia joué et qui jouera un rôle dans l’histoire de notre temps.

C’est M. de Serres, l’ex-général de l’armée de l'Est, démissionnaire de tous ses grades , qui, après avoir fait à Lyon le mois de prison auquel il a été condamné, est revenu à Vienne reprendre son poste administratif à la compagnie de la Staad Bahn (chemin de fer de l’Etat), dont il est inspecteur.

M. de Serres n’est ni républicain, ni gambettiste ; il est patriote, on ne peut en douter. Ce n’est pas dans une lettre de voyage que je discuterai la conduite de M. de Serres et que j’appré-

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