DERNIERES LETTRES DU DOCTEUR J. CREVAUX
l. — Lettre a m. le ministre de l'instruction publique, a paris.
Tarija (Bolivie), 13 mars 1882.
Monsieur le Ministre,
Après un voyage de trois mois à travers la République Argentine et la Bolivie, nous sommes à la veille d'entreprendre l'exploration du rio Pilcomayo. Nous avons été admirablement accueillis par les Boliviens, particulièrement par les habitants des villages de Tupiza et de Tarija. Le préfet de cette dernière ville, M. Samuel Campero, a bien voulu nous prêter son appui, non seulement moral mais encore pécuniaire, en se chargeant de nos transports (dix journées par mule) jusqu'à la rivière, et de l'entretien complet d'une escorte composée de onze volontaires.
L'exploration du Pilcomayo est une entreprise beaucoup plus difficile et plus onéreuse que nous ne nous y attendions. Mais le gouvernement de Bolivie, qui porte un intérêt particulier aux résultats de ma mission, prendra à sa charge nos frais extraordinaires. Avant de partir, ce qui se fera dans une heure, je vous prie de vouloir bien récompenser le senor Campero pour les nombreux services qu'il nous a rendus, en lui conférant le titre d'officier d'académie.
Nous partons pleins de confiance dans les résultats de notre voyage; nous sommes persuadés que nous atteindrons le but que nous nous sommes proposé. Nous ne manquons de rien et nous sommes tous en parfaite santé. Les Révérends Pères franciscains du couvent de Tarija, qui sont Italiens, nous ont fourni les renseignements les plus précieux sur les indigènes du Grand Chaco, et nous ont offert leur concours pour la construction de nos pirogues. J'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien leur donner un témoignage de reconnaissance pour ces services.
J. Crevaux.