‹ Voyages dans l'intérieur du BrésilChapitre 4 sur 23 · I.IBRAIRB liL L.V kOClKlÈ DE CÉOURAI>UIE · texte numérisé non relu

I.IBRAIRB liL L.V kOClKlÈ DE CÉOURAI>UIE

RUE IIAUTEFEUILLE , N** 21.

les côtés. On met le sel par terre, en petits tas, et Ton a soin de choisir, pour la distribution , un lieu voisin de quelque ruisseau. Le bétail, après avoir mangé du sel, va boire, revient, mange ce qui reste, lèche la terre et n*abandonne la place que quand il n'y reste plus la moindre parcelle de son mets favori.

Dans ce pays, on peut compter, chaque année, sur un nombre d'élèves égal au quart de celui des vaches. Il naît, à la vérité, plus de veaux qu'on ne fait d'élèves ; mais les maladies en enlèvent quelques-uns, d'autres deviennent la proie des voleurs ou sont mangés par les bètes sauvages.

A l'époque où les vaches mettent bas , il est essentiel de visiter les veaux pour faire périr les vers qui se forment dans la cicatrice ombilicale. Les vachers, à cheval, se répandent dans la campagne; ils entourent un certain espace de terrain, font une battue, cherchent les veaux dans les endroits reculés et couverts où les vaches ont coutume de mettre bas , se rapprochent peu à peu , rendent le cercle de plus en plus étroit, et ramènent le troupeau vers un point convenu. Là ils font leur visite et poussent vers la fazenda les veaux qui ont besoin d'être traités, en ayant soin de chasser la mère avec eux. Ce sont les seules vaches dont le lait se mette à profit ; celui des autres est perdu pour le propriétaire. Quand les fazendas ont une grande étendue, on passe plusieurs jours à les parcourir «Dtièrement : à Paranapitanga , par exemple, habitation dont j'ai déjà parlé, on faisait chaque jour un rodeo nouveau ; au bout de la semaine, toute la fazenda avait été visitée, et l'on revenait au premier rodeo (i).

<1) L'asage de rassembler le bétail à des époques fixes et dans an lien

DE SAI^T-PAUt ET QE SilNTO-GATHERINE. 1&

On marque Ie$ bestiaux à F agis de deux aDs; on châtre lestauream^ quand il$ en ont quatre; on les laisse engraisser pendapt un an, et on les vend ensuite (1).

bans Facte de la castration , plusieurs propriétaires enlèvent entièrement les testicules des taur^ux ; d'autres arrivent au même |)ut par une opération iiff^rm^- Je vais 1^ décrire telle que jq l'ai vu pratiquer à la fazenda de Morangâva, ^pnt je parlerai bientôt. Tous les taureaux avaient été enfermas ^ans le çurral, qui, ppipme je l'ai dit ailleurs , est une espèce de parc ordinairement carré» entouré de pieux long^ et très-gros. Un vaeber jetait le lacet et prenait un des taureaux par les cornes ; un autre lançait à F animal un second lacet dans une des jambes de derrière, et, pendant qu'on tirait les deux lacets en sens contraire, un troisième vacher l'abattait en attirant sa queue vers la terre. Quand le taureau était cquché sur le flanc, on lui liait les deux jambes de derrière; on plaçait sa queue sou$ une des cuisse^ , PU passait autour d|ss cornes le lacet qui liait les jambes, on rapprochait ainsi ces dj^rnières de la tète, et on faisait paraître les testicules ^n

déterminé se retrouve dans certaines parties de Minas ( Voyage aux sources du Rio de S. Francisco y eic, ï, 249); mais je crois qu'on ne commence à se servir de Teipression fazer o rodeo que dans le midi . de la proirincQ d^ S. Paul ; puis elle est généralement employée dans Ifi ptoviBCe de Rio Grande do Sul et, selon Azara, dans le Paraguay.

(1) MM. Spix et Martins, qpi n'ontifras voyagé au delà de SorocÂba, disent, dans un morceafi trèstabrégé, mais fort bien fait, scip les troupeaux de-la province de$. Paul, qa« Ton mtfqaele bétail à uo^n, qu'on châtre iestauteanx, àdeqx^t qu'on tue les- bettes de quatre ans ou même davantage ( ttme\ l yU7S ). Il n'est nullement impossible qae ^ >dans une province aussi grande que eelle de S. Paul> il j ait, «ous^ ce rapport, des dif| férences notables. '" •- s ^

dehors des deux cuisses; enfin, immédiatement au-dessus d'eux, on attachait le scrotum à un morceau de lK)is long d'environ 4 pieds , qui était appuyé sur la terre. Ces préparatifs terminés, un vacher donnait des coups de béton de toutes ses forces sur la partie du scrotum qui était fixée au morceau de bois; par ce moyen, il brisait les vaisseaux spermatiques, et, quand l'opération était faite, on déliait le bœuf et on le laissait aller parmi les autres. Les éleveurs qui préfèrent ce mode de castration à l'ablation des testicules disent que celle-ci occasionne souvent des plaies où les vers se mettent, et qu'il est difficile de guérir. Quelques-uns des taureaux poussaient des mugissements affipeux pendant qu'on les châtrait; mais la plupart supportaient cette douloureuse opération avec une tranquillité merveilleuse. On m'a assuré qu'à la suite de ce genre de castration les testicules diminuent peu à peu de volume et finissent par s'oblitérer presque entièrement (i).

Ce ne sont pas seulement des bêtes à cornes, mais encore des chevaux que l'on élève dans les Campos Geraes. Mon excellent hôte de Jaguariaiba, le colonel Luciano Carneiro , outre ses bestiaux , possédait encore huit cents juments, et il achetait, dans le Sud, de jeunes chevaux, qu'il revendait avec bénéfice après les avoir fait dompter.

(1) Dans mes relations précédeates, j'ai doiiné des détails sar la manière dont o^élèye les bestiaux en différentes parties da Brésil. On a pu y voir que, si nulle part on n'a d'étables , que si , dans une foule d'endroits, on est obligé de distribuer du sel aux troupeaux, les soins qu'on leur donne varient suivant la nature du pays, les habitudes des cultivateurs , leur degré de civilisation, et que, par conséquent , il s'en faut qu'on élève les bétes à cornes A Minas, à Goyaz et aux environs des Xampos dos Goitacazes exactement comme dans les Campos Geraes, et que les produits du bétail soient partout les mêmes.

J'ai été témoin de la méthode que Ton suit à cet effet ; je vais la décrire. Lorsqu'un des chevaux sauvages venait d'être monté par le nègre dompteur (negro domidor) , on faisait passer tous les autres d'un curral très-petit, où ils étaient pour ainsi dire entassés, dans un autre plus grande séparé du premier par une barrière. On jetait le lacet autour du cou d'un des chevaux, qui s'arrêtait au même instant, et on faisait rentrer les autres dans le petit curral. On mettait une bride au cheval qu'on venait de prendre , on l'attachait à un piquet , on lui mettait sur le dos la petite selle appelée lombilho, et le nègre dompteur commençait à le monter. Je ne pouvais m' empêcher d'admirer le sangfroid et la parfaite tranquillité de cet homme. Quelque fougueux que fût le cheval, quelques sauts, quelques mouvements qu'il fît, il était impossible de découvrir la plus légère altération sur la figure du negro domidor; quand l'animal se jetait par terre, le domidor sautait avec légèreté, remontait de même et ne proférait jamais une seule parole. Bientôt cet homme faisait sortir le cheval sauvage du curral ; un autre serviteur, monté sur un cheval dompté qu'on appelle mMrinhay mareine, galopait devant le premier ou à côté de lui ; au bout d'environ dix minutes , les deux cavaliers rentraient au curral ; le cheval indompté paraissait déjà plus tranquille, et on le laissait échapper dans les campos. Deux ou troil^mois d'un semblable exercice suf&ent, m'at-on dit, pour dompter les chevaux les plus fougueux.

La race des chevaux de ce pays est , au reste, petite et ne me parait pas bien faite.

Tous les propriétaires de fazendas possèdent un troupeau de moutons ; mais on ne vend point ces animaux m et peu de personnes mangent leur chair (1820) : on les a

uniquement à cause de leur laine^ dont on fait des couvertures et d'autres tissus grossiers (1). En général , on laisse les agneaux et leurs mères paître en liberté dans les campos; cependant, quoique ces animaux s'éloignent peu des habitations, quelques personnes les font entrer chaque soir dans un curralf où ils sont moins exposés qu'au milieu de pâturages à être dévorés par les bètes sauvages. Lorsque les brebis mettent bas , un petit nombre de propriétaires soigneux enferment les agneaux dans une étable pour les soustraire à la voracité des earacaras (â) , qui , dit-on, leur mangent la langue. C'est m mois d'août, avant le retour des chaleurs, que l'on a coutume de tondre les moutons. Ces animaux sont encore plus friands de sel que les bètes à cornes, et, quand on a soin d'eux, on leur en donne tous les quinze jours (3).

D'après tout ce qui précède , j'ai à peine besoin de dire que ce sont les vastes pâturages des Campos Geraes qui forment la source principale de la richesse de ce pays. Ils sont excellents et très-substantiels; excepté pendant les mois où la gelée se fait sentir,, ils conservent une verdure aussi fraîche que celle de nos prairies aux jours du prin-

(1) Dans ao document dû au Curitibanois Francisco de Paala e Silya Gomea, publié dans VAnnuario do Brasil, 1847, p. 526, il est dit qa'avec la lainç des nombreux troupeaux de moutons éterés dans les Campos Geraes W fait une quantité considérable de couyertures de chevaux de diverses sortes (xergas e cochonilhoi) que Ton exporte pour le marché de Sorocàba.

{Tj Les earacaras dont il s'agit ici me paraissent évidemment devoir être rapportés au Falco Brasiliensis, Lin.— BJax. Neuwied , Beilraege, III, 190.

^ (3) On trouvera , dans mes relations précédentes , des détails sur la manière dont on élève les bètes à laine en diflérentes parties du Brésil.

temps , mais ils ne sont pas émaillés d'un aussi grand nombre de fleurs. L'herbe qui les compose, quand elle est encore jeune, est extrêmement fine, et elle porte le nom de capim mimosa (herbe délicate).

Comme à Minas et à Goyaz, on met le feu aux pâturages pour que le bétail trouve, dans Therbe tendre qui natt après r incendie, une nourriture à la fois agréable et substantielle. Ainsi que le pratiquent les éleveurs du canton de Rio Grande, près S. Joâo del Rei (i) , ceux des Campos Geraes ont soin de diviser leurs pâturages en plusieurs portions auxquelles ils ne mettent le feu que successivement , afin que leurs chevaux et leur bétail aient toujours une herbe nouvelle. Suivant l'étendue de leurs fazendaSy ils incendient, dans le courant d'une année, deux ou trois portions de cafnpo, la première au mois d'août , la seconde en octobre, la troisième eh février. Où ne brûle pas un pâturage qu'il n'ait un an pour le moins, et l'on a remarqué que plus l'herbe est ancienne, plus elle repousse avec vigueur. L'herbe nouvelle s'appelle verde, l'ancienne macega; la première forme un gazon presque ras, la seconde atteint à peu près la même hauteur que celle de nos prairies. Je vis (le 13 février) incendier un pâturage [queimada); le feu consumait toutes les tiges et les feuilles anciennes , mais il ne faisait que dessécher celles qui étaient encore vertes : ces dernières restaient étendues çà ^.1^ sur la terre, et le pâturage, après avoir été brûlé, ressemEla assez bien à nos prairies quand on a coupé le foin , qu'on l'a mis en meule, et que le râteau n'a pas ramassé les brins

(1) Foyo^e auœ soweei du Rio de S. Franeiiéo, etc., I, 69.

échappés aux faneurs. On n'aperçoit pas encore de verdure dans un pâturage qui n'a été incendié que depuis trois jours; mais au bout d'une semaine le bétail peut déjà y trouver de la nourriture. Les campos que Ton brûle trop souvent et ceux qui sont foulés sans cesse par les pieds des bestiaux se fatiguent ; les Graminées y deviennent plus rares; des herbes appartenant à d'autres familles, et surtout des sous-arbrisseaux, en prennent la place. Il n-y a, par exemple, jamais de bons pâturages autour des habitations; mais on peut rendre leur qualité primitive à ceux qui Font perdue, en les laissant longtemps sans y mettre le feu. Je ne trouvais aucune fleur dans les macegas; à l'époque de mon voyage, au contraire (février), il y en avait un assez grand nombre dans les portions de campo qui n'avaient pas été très-anciennement incendiées.

On profite des excellents pâturages des Campos Geraes pour y faire hiverner les nombreuses troupes de mulets qui viennent de Rio Grande do Sul , divisées en bandes (pontas) de cinq à six cents bêtes. Ces troupes arrivent en février, après avoir traversé, entre Lapa et Lages, le désert de Viamào [Sertâo de Viarmo) , où elles ont beaucoup maigri ; très-souvent , au lieu de leur faire continuer immédiatement leur voyage, on les laisse reposer ici jusqu'au mois d'octobre, et alors on les faitavancerversSorocôba. Au commencement de Thivernage , on avait renvoyé , à Texception dé deux pu trois, les serviteurs libres [camaradas) dont on s'était servi pour conduire les différentes bandes . de mulets ; on en prend d'autres quand on veut se remettre en voyage.

Tous les propriétaires des Campos Geraes sont des éleveurs; ils cultivent la terre uniquement pour leurs besoins

et n'exportent aucune denrée (1820) , maïs il n'en est pas moins vrai que le pays est favorable à tous les genres de culture que le climat peut admettre; ses productions principales sont le maïs, le froment, le riz , les haricots , le tabac et le coton (1).

Le système d'agriculture généralement adopté par les cotons de ce pays est le même que Ton suit dans tout le reste du Brésil : comme à Minas , à Espirito Santo , à Rio de Janeiro et à Goyaz , on coupe des bois , on les brûle et Ton sème dans leurs cendres. On va voir cependant que, pour la culture du blé, on se sert de la charrue et qu'on sait mettre les campos à profit. Cette déviation d'une pratique essentiellement destructive est d'un heureux augure pour l'avenir de l'agriculture brésilienne; espérons que les habitants des Campos Geraes ne borneront pas à la culture du blé l'usage de la charrue , et que l'exemple qu'ils auront eu la gloire de donner finira par être imité dans les provinces plus septentrionales de l'empire brésilien.

II faut le dire cependant , il est peu de pays auxquels la méthode défectueuse adoptée par les cultivateurs brésiliens convienne moins mal qu'aux Campos Geraes. Déjà favorisée sous tant de rapports par la nature, cette contrée jouit encore d'un très-grand avantage : les terres ne s'y épuisent pas en peu d'années, ainsi que cela a lieu dans la province des Mines , 6a , si elles se fatiguent , il est facile de leur rendre, par un peu de repos, leur fertilité priifiitive.

(1) Les Campos Geraes sont aujourd'hui florissants , dit Pedro Millier (1838); mais c'est toujours, on ne saurait eu douter, l'éducation des bestiaux qui fait la richesse des propriétaires de ce pays, car le même statisticien ajoute qu'ils ne sont pas de grands agriculteurs.

C'est encore au milieu des forêts incendiées qu'on cultive le maïs . On le plante une seule fois dans les terrains où les bois n'avaient jamais été coupés : après la récolte , on laisse communément reposer la terre pendant quatre années; ce temps écoulé , on coupe et Ton brûle les taillis ( capoeiras ) qui ont remplacé les bois vierges , et tous les quatre ans on peut recommencer ses plantations dans le même terrain , pourvu que Ton ait soin d'en éloigner le bétail. Il y a même bien des q^ntons ou les taillis sont assez grands pour être coupés au bout de deux années , et ceux de dix-huit ans ont la même vigueur que les bois vierges eux-mêmes. C'est en novembre , à peu près avant le temps des plus grande pluies ^ que l'on plante le mais, et on le récolte en juin. A la vérité , il est mur dès les mois d'avril et de mai; mais on a observé qu'il pourrit quand on le cueille avant que les gelées aient achevé de le sécher, et c'est par cette raison qu'on attend le mois de juin pour faire la récolte. Ce grain, qui, dans d'autres parties du Brésil, rapporte jusqu'à i'OO pour 1 , ne produit pas ici plus de 100 à 150.

La canne à sucre et les caféiers ont leurs limites sur le plateau de S. Paul, en deçà des Campos Geraes (1); mais le cotonnier, moins ennemi du froid , a les siennes dans ce pays même, à environ 20 legoas de Curitiba. Au delà de l'endroit appelé Serra da$ Furnas , les capsules de cette

(1) Oa verra , dans le chapitre suivant, que , en se donnant qaelqae peine, le propriétaire de la fazenda de Cachambù était parvenu à avoir un petit champ de cannes à sucre. C'est probablement aussi par des soins particuliers que, en 183S, certains cultivateurs du district de i)astro réussirent à récolter assez de cannes pour faire 50 canadas (209 litres) de tafia. (Voyez VEnsaio esUUiêtico de P. Millier, taè. 3.)

plante ne sont point encore mûres quand les gelées surviennent, et par conséquent il serait inutile de les cultiver ; plus au nord , au contraire , il ne commence généralement à geler qu'après la récolte , et , quand celle-ci est achevée, on a soin découper au pied les tiges du cotonnier que le froid ferait périr (1). Je n'ai pas besoin de dire que le coton que l'on recueille dans une contrée où la température diffère extrêmement de celle qui convient le mieux à ce produit est d'une qualité fort inférieure.

On plante les haricots au mois d'octobre ; ils se cueillent en janvier et rendent environ 1 50 pour 1 . Quand on les mêle avec le maïs, ils ne produisent rien.

Le blé se cultive dans les terrains qui ont été couverts de bois et dans les campas. On ne le plante pals , on le sème; il rend peu quand il remplace immédiatement un bois vierge ; aussi a-t-on soin de ne le semer que sur les capoeiras ou taillis et dans les campos. Lorsqu'on veut mettre en blé une portion de campo , on commence par y faire parquer le bétail ; on donne un labour à la terre; on sème à la main , et on recouvre le grain en faisant passer par-dessus , en guise de herse , la cime d'un arbre traînée par des bœufs. Le froment se sème deux ou trois années de suite dans le même parc sans qu'on y fosse rentrer les bestiaux. Quand les deux ou trois ans sont écoulés , on remet le bétail dans le parc, en commençant au mois de dé-

(1) A Minas Novas , pays fort chaud , qai fournit une très-grande quantité de coton, on brise aussi les tiges des cotonniers au-dessus du sol , mais c*est pour que la souche ait moins de bois à nourrir, et que le peu de hauteur de Varbrisseau rende la cueillette des semences plus facile. (Voyez mon Voyage dans la province de Rio de Janeiro et d» Minas Geraes, U, 108.)

24 VOYAGE Dans les provinces

cembre, époque de la récolte, et continuant jusqu'au temps des semailles , qui se font au mois de juin ; le champ se trouve encore fumé pour deux ou trois années , et de cette façon on peut toujours ensemencer la même terre. C'est à l'extrémité méridionale des Campos Geraes que l'on sème en juin et qu'on récolte en décembre ; du côté opposé , on fait les semailles en mars et la moisson en septembre ou en octobre. D'après les observations de tous les cultivateurs, il parait que la récolte est d'autant meilleure que la gelée a été plus forte. Le froment cultivé dans ce pays est barbu et produit un grain fort petit; je ne me rappelle pas , au reste , que jusqu'alors j'eusse vu aucune autre espèce de blé dans les diverses parties du Brésil que j'avais parcourues. Soit dans les campos y soit dans les terrains qui ont remplacé des bois, ce blé rapporte environ 46 pour 1 (1) ; mais, comme à Minas, les cultivateurs se plaignent beaucoup de la rouille. Le pain que l'on fait dans les Campos Geraes est fort blanc et très-savoureux. D'après ce que je viens de dire de la petitesse des grains du froment cultivé au Brésil, il me parait évident que cette céréale a diminué de grosseur dans ce pays , conune elle avait déjà fait au Paraguay du temps d'Azara (2); par conséquent, il serait extrêmement essentiel que l'on tirât d'Europe de nouvelles

(1) Par les détails oue j'ai donnés sur la manière dont on caltiye le blé à Minas , on verra (|imi y plante le grain au lieu de le semer comme dans les Campos Geraes ; que , d'ailleurs , les semailles et la récolte se font à peu près aux mêmes époques dans les deui pays et que la semence rend autant dans Tun que dans Fautre. (Voyez mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeirolet de Minas Geraes ^ 1, 390 )

(2) Voyage dans V Amérique méridionale, 1, 139.

DE SâINT-PâUL et de SâINTE-GâTHERINE. S5

semences, et, si Ton ne prend pas ce parti , la dégénératîon ne s'arrêtera probablement pas au point où elle est aujourd'hui (1).

On cultive le riz sur le bord des rivières , principalement de celle i'Assunguy (2), qui n'est, comme je l'ai déjà dit, que le commencement du Ribeira d'Iguàpe. On le plante en septembre, en le mettant par pincées dans des trous distants de 1 palme (22 centimètres] faits avec la bêche. Les champs de riz se nettoient une fois , mais on ne prend pas ce soin pour ceux de maïs, ni ceux de haricots ou de froment.

Le tabac se cultive également dans les parcs et dans les capoeiras incendiés. Quand on donne la préférence à cellesci, on fume la terre et on la prépare à la bêche ; lorsque la plantation doit se faire dans un parc, on se contente de donner un labour avec la charrue. On sème en planches depuis la S. Jean jusqu'à la mi-août, et, avant l'époque de la transplantation , on dégarnit les planches, de manière qu'il y ait 1 palme de distance entre les différents pieds (22 centimètres). En octobre, on transplante ceux qui restent ; on les range en quinconce , et on laisse entre eux

(1) M. le D' Neves de Ândrada était parti de France poar Rio Grande do Sol il y a quelques années, avec d'eicellente semence de froment de Beauce et de blé noir de Sologne que je lui avais procurée ; je ne sais quel résultat il aura obtenu.

(2) On trouve Açongui dans les Memorias éaneapitania de S. Vieenle de G. da Madré de Deos (93), Assoungui dans le Diario da Viagem, etc., de Martim Ribeiro de Andrada {Revistatrim., 11, 2* sér.); enfin ArcLSSungui sur la carte fort utile de la province de S. Paul qui a paru à Rio de Janeiro en 1847. Cazal , généralement si eiact , écrit , comme moi , Assunguy , et c'est bien certainement de cette manière qu'on prononce dans le pays.

4 palmes (88 centimètres). On conserve la terre toujours propre, on la ramasse au pied de la jeune plante, et on enlève les feuilles inférieures. Quand les boutons commencent à paraître, ce qui arrive en janvier, on retranche la sommité de chaque pied ; depuis cette époque, on a soin d'ôter de huit en huit jours les bourgeons qui se forment à la base de la tige et à Taisselle des feuilles, et Ton continue jusqu'à la maturité, qui a lieu en février. On reconnaît que la plante est mûre lorsque, en pliant les feuilles, on les brise. Ce sont celles d'en haut que Ton éprouve ainsi, par la raison que, lorsqu'elles sont mûres, celles d'en bas ne manquent jamais de l'être. Après avoir cueilli les feuilles, on les suspend à un séchoir, en les appliquant deux à deux l'une sur l'autre. Le séchoir est fait avec deux grandes gaules qu' on enfonce dans la terre, et auxquelles on cloue, de distance en distance, des baguettes transversales placées deux par deux l'une devant l'autre. Une des baguettes se cloue d'un côté de la gaule , et l'autre du côté opposé, de manière qu' il y ait entre elles un espace correspondant à l'épaisseur de la gaule, et c'est dans cet espace que l'on fait passer les feuilles pour les suspendre. On les laisse un certain temps sur le séchoir, qu'on a eu soin d'établir sous un hangar; puis, après avoir tiré leurs côtes moyennes, on les file sur un cylindre auquel est fixé un tourniquet. Quand une certaine quantité de corde a été filée , on la déro u|fcw ir jin bâton ; deux fois par jour, on tord sur le cjjWAâwiilV de chaque bâton ; à chaque

fois on la remet surlâ)âton, et l'on continue ainsi jusqu'à ce que le tabac soit parfait (i).

(1) La inaDière de cultiver le tabac à Minas et les procédés qu'on suit

Quelques personnes ont semé le lin dans les Campos Geraes, et il a parfaitement réussi; on m'a même assuré que Ton pouvait en faire trois récoltes par année. Il y avait dans les environs de la fazenda de Jaguariaiba un homme de la comarca de S. Joâo del Rei qui cultivait le lin et en faisait des tissus dont il habillait les gens de sa maison. Il aurait été facile aux cultivateurs du voisinage de savoir quels procédés il suivait , mais personne n'avait voulu prendre la peine de s'en informer. La culture du lin pourrait cependant devenir très-utile aux habitants des Campos Geraes. On sait, en effet, combien nos toiles si fraîches et si agréables à porter étaient recherchées dans les parties chaudes de T Amérique , avant que nos guerres avec l'Angleterre eussent forcé les colons k se contenter des tissus de coton ; si, dans leur propre pays, ils retrouvaient ceux de chanvre ou de lin que j'ai vu regretter avec tant d'amertume [bretanhcis da Franco), ils n'hésiteraient certainement pas à y revenir.

Ce ne sont pas seulement notre lin et nos céréales que l'on cultive dans cette belle contrée , on y plante avec succès presque tous nos arbres fruitiers ; malheureusement, comme j'ai déjà eu occasion de le dire (1), l'époque des

dans les Campos Geraes pour la même plante se ressemblent, à quelques différences près , résultat nécessaire de celles du climat dans les deui pays. (Voyez mon Voyage dans ^^PWÊÊÊSl* ^ ^^^ ^^ Janeiro et de Minas Geraes, l, 418.) — Le minisMHymiiiKe dit, dans son rapport à l'assemblée législative générale flr JlpfV, qti'il a envoyé à S. Paul des semences de tabac de la Havane et 9^ Maryland, avec des instructions sur la manière de cultiver ces variétés {Annuario, anno 1827, 25). Je souhaite que ces semences aient un meilleur soitquft celles dont j*ai fait l'envoi à Paris , lorsque j'étais au Brésil. (1) Voyei le premier chapitre de cet oavrage.

pluies les plus abondantes coïncide avec celle de la maturation des fruits, et ceux-ci n'atteignent jamais ou presque jamais le dernier degré de perfection. Il faut cependant excepter les figues, qui, comme celles de Minas, sont excellentes. J'ai aussi mangé, en février, de très-bons raisins blancs; mais, en général, ces fruits, comme les autres, ne mûrissent qu'imparfaitement : la vigne ne craint point de très-fortes chaleurs, mais il ne faut pas, pour cette plante, qu'à une température sensiblement élevée il se joigne une trop grande humidité ; les raisins qui mûrissent à Goyaz au temps de la sécheresse, et n'ont été humectés que par la rosée des nuits, sont délicieux ; ceux des Campos Geraes restent médiocres. Le pécher s'est presque naturalisé en ce pays (1), et on l'emploie même pour faire des clôtures ; comme à S. Paul (2), il est le premier de tous les arbres fruitiers qui porte des fleurs ; il perd ses feuilles, chaque année, dans le courant du mois d'août, fleurit immédiatement après, et produit une immense quantité de fruits que l'on commence à manger, en février. Les cerisiers et les pruniers donnent les leurs dès le mois de janvier, et j'ai encore mangé, dans les premiers jours de février, des prunes qui étaient assez bonnes pour l'espèce à laquelle elles appartenaient. On commence à cueillir les pommes et les coings dans le courant de février, et on continue jusqu'en avril. Les poiriers, m*a-t-on dit, portent de bons fruits. Quant aux bananiers , on peut considérer la ville d'ItapévftJMphie étant sur le plateau de S. Paul, leur

(1) Go verra alUeurs qu'il en est de même dans la province pins méridionale des jidissions.

^2) Voyez le chapitre du premier volume intitulé, La ville de S. Paul.

véritable limite; cependant on obtient encore de trèsbonnes bananes dans les Campos Geraes lorsqu'on choisit des expositions favorables, et qu'on donne à la plante des soins particuliers.

D'après tout ce que je viens de dire , on voit que je n'ai point eu tort de surnommer les Campos Geraes le Paradis terrestre du Brésil. De toutes les parties de cet empire que j'avais parcourues jusqu'alors , il n'en est aucune où l'on pût établir avec plus de succès une colonie de cultivateurs européens ; ils y trouveraient un climat tempéré , un air pur, les fruits de leur pays, un terrain où, sans des efforts extraordinaires , ils pourraient se livrer à tous les genres de culture auxquels ils sont accoutumés. Comme les habitants du pays, ils élèveraient des bestiaux ; ils en recueilleraient le fumier pour fertiliser leurs terres, et, avec un laitage aussi crémeux que celui des contrées montagneuses de la France , ils feraient du beurre et du fromage qui trouveraient des consommateurs dans les parties plus septentrionales du Brésil. Quel avantage, par exemple, on eut procuré à ce pays si, au lieu d'envoyer la colonie suisse à Cantagallo, on l'eût établie dans la partie des Campos Geraes voisine des terres habitées par les Indiens sauvages. Par leur nombre, ils auraient intimidé ces barbares et mis le pays à couvert de leurs ravages ; ils auraient enseigné aux anciens habitants les pratiques de l'agriculture européenne, qui sont certainement applicabtos à cette contrée, et, selon toute vraisemblance, rauFij^î^|Hh>rus difiQcilemenl aux terres voisines de Rio de Janefro. ileureux dans leur nouvelle patrie , dont l'aspect leur eût , en certains endroits, rappelé les lieux où ils étaient nés, ils eussent peint le Brésil à leurs compatriotes sous les plus belles

couleurs, et cette partie de T empire eftt acquis une population active et vigoureuse (i).

(1) Des colons saisses appelés an Brésil par le goayemeineDt du roi Jean VI forent établis en 1820 dans les environs de Cantagallo , à environ 32 lienes de Rio de Janeiro. Ces hommes étaient mal choisis ; la pluptrt d'entre eai désertèrent ; mais la colonie s'est reformée depuis , et il parait qu'elle est actuellement dans un état assez prospère.— On trouvera d^ détails sur le Novo Friburgo dans le Dieciùnario de MM. Milliet et liOpes de Moura, ainsi que dans les ouvrages de Gardner et de madame Ida Pfeiffer (Travelê, 515 ; — Frauenfahrt, I, 84). — TéUis à Rio de Janeiro lorsque se négocia toute l'affaire de la colonisation de N. F. Mon ami M. Maller, chargé des affaires de France, écrivait au ministre à Paris : « n y a ici un aventurier qui traite avec le gouvernement portugais de « rétablissement d'une colonie suisse au Brésil ; il trompera le gouver- « nement, et celui-ci le trompera à son tour. » U n'en fat réellement pas ainsi; le roi Jean VI fut trompé par tout le monde. Il avait à sa disposition des terrains immenses, etceui qui Tentouraient lui firent acheter une fazenda qui, située dans un canton peu fertile, ne produisait presque plus rien. D'un autre côté, l'aventurier Cachet s'était engagé à amener à Rio de Janeiro des agriculteurs , et parmi les hommes qu'il y conduisit il y en avait qui peut-être n'avaient jamais vu labourer ou semer. Ce Cachet me fit une visite ; c'était un petit personnage large et contrefait , d'environ quarante-ciiiq à cinquante ans , dont la tête était grosse et longue, l'air commun, le langage fort incorrect, mais dont la physionomie indiquait beaucoup d'intelligence et de vivacité. Je crus devoir lui adresser quelques paroles graves : Monsieur, lui dis-je, je suis sûr qu'en très-peu de temps je réunirais , pour les faire venir au Brésil , autant d'Européens que l'on voudrait; mais ce seraient des aventuriers, des gens sans consistance dont il ne m'aurait pas été difficile de monter la tête; ce n'est pas là ce qu'on attend de vous ; le gouvernement de ce pays vous témoigne assez de bienveillance pour que vous vous conformiez strictement à ses intentiniifJHlB'amenant ici que des cultivateurs honnêtes. Cachet me promit îpi'OTKlIrii'* pas autrement ; on sait de queUe manière il a tenu parole. ' ^t

DE SAINT-PAini ET DE SAfNTE-CATBERlNE. 31

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