‹ Voyages de Gulliver (volume 3)Chapitre 47 sur 49 · FREYCINET · texte numérisé non relu

FREYCINET

E# 1817, M. le capitaine fYeyeinet obtint le commaïide/jnent d'un voyage autour du monde dont il avait mûri leplap dans, s„a pensée. Déjà, un premier voyage qu'il ayait fait au* terres australes l'avait familiarisé avec les grandes navigations, et les connaissances théoriques qu'il avait acquises dans les dir verses branches dans l'art nautique, le rendaient capable de diriger une expédition de ce genre pour le plus grand progrès des sciences : celle-ci eutpooir but principal la recherche de la figure du globe et des découvertes du magnétisme terrestre dans l'hémisphère australe. Les observation^ du pendule et de l'aiguille aimantée, celle de plusieurs phénomènes météorologiques, furent les objets dont les nouveaux navigateurs curent particulièrement à s'occuper. On ne leur adjoignait ni naturaliste, ni ingénieur de profession : le soin de recueillir les précieuses dépouilles des climats étrangers pour enrichir nos musées et agrandir le domaine de l'histoire naturelle, fut confié aux seuls médecins de l'équipage, et les officiers du vaisseau subvinrent également aux travaux hydrographiques, aux observations de tous genres qu'offrent à l'instruction du voyageuses mœurs, les religions, les arts et les langues des peuples sauvages.

Le gouvernement ayant équipé et mis à la disposition de

M. Freycinet la corvette V Héroïne qui se trouvait dans la rade de Toulon, le capitaine fit voile de cette rade, le 17 septembre 1817» Entré dans l'Océan atlantique, il relâcha Quelques jours à Téneriffe, et gagna Rio-Janeiro, où il jeta l'ancre, le 6 décembre. Le séjour de près de deux mois qu'il y fit, fut employé aux observations du pendule et des boussoles , et prendre connaissance du pays, dont il dressa une fort belle carte.

De là, il se rendit au cap de Bonne-Espérance, où il séjourna du 7 mars au 3 avril 1818, et vint le 12 septembre mouiller dans la rade des Chiens-Marins : il la quitta au bout de quelques jours pour atteindre Coupang, chef-lieu des établissements hollandais dans l'île Timor ; puis il visita plusieurs autres îles du grand archipel d'Asie, et alla faire dans l'île de Guam une relâche de trois mois, pendant laquelle il explora cette île et plusieurs autres des Marianes avec un soin particulier.

Il en partit le 5 juin 1819 pour les îles Sandwich: il examina cet archipel avec tout l'intérêt que la civilisation naissante et les événements dont il fut le théâtre peuvent inspirer, et s'en éloigna, le 30 août 1819, pour gagner directement le port Jackson ; de là, il partit pour la Terre-de-Feu qui ne présente à l'œil du navigateur qu'un spectacle de rochers menaçants et d'une plage désolée. Les orages et les tempêtes qui régnent habituellement dans ces tristes parages, l'assaillirent avec une violence extrême. Croyant trouver un abri dans la baie de Bon-Succès, que Cook recommande comme une bonne relâche, il y vint jeter l'ancre, le 7 février 1820; mais à peine y était-on, que des rafales horribles descendant des montagnes le forcèrent d'en partir, et pendant deux jours consécutifs, il lut en proie à la tourmente, sans pouvoir seulement reconnaître sa position, sans savoir vers quel lieu il était entraîné.

Quand la bourrasque fut apaisée, il s'aperçut que les vents l'avaient trop éloigné de la Terre-de-Feu pour qu'il songeât à s'en rapprocher, il se dirigea vers les îles Malouines où le sort lui réservait un coup plus funeste que ceux qu'il venait d'essuyer : en cherchant à entra auns la baie française, le 14 fé-

vrier, par une mer calme et un temps magnifique, une roche sous-marine arrêta tout-à-coup le navire avec un choc des plus violents. Le bâtiment fut remis à flot, mais l'eau y pénétra bientôt de manière à ne lui laisser d'autre ressource que de l'échouer sur une plage favorable. On exécuta en effet cette triste opération avec assez de soins pour que non-seulement l'équipage ne courût aucun danger, mais encore pour sauver la précieuse cargaison, fruit des travaux de presque toute la campagne; il ne resta plus qu'à songer au moyen de sortir de l'île déserte et inculte sur laquelle on se trouvait jeté et de s'arracher au sort affreux dont un séjour prolongé présentait la redoutable perspective. Un navire américain que de fortes avaries contraignaient à chercher une relâche sur cette côte vint enlever les naufragés à leurs inquiétudes en les recueillant à son bord. Ils quittèrentle théâtre de leur malheur, le 27 avril 1820, et vinrent à Rio-Janeiro. M. Freycinet ayant fait pour le gouvernement français l'acquisition du bâtiment qui l'avait secouru, lui donna le nom de la Physicienne, et opéra heureusement son retour en France sur cette nouvelle corvette. Il entra dans le port du Havre, le 13 novembre 1820, après avoir navigué pendant trois ans et près de deux mois, et parcouru une route d'environ 23,600 lieues.

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