Machine d'aujourd'hui. — Il la faut copier
2. [N., p. 8:]. Les mines les plus riches de l'Empereur, à Temesvar, seront les plus riches.
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Phototypîe Charles Chambon. - Bordeaux.
n'en est pas continuelle: les ouvriers chaument. De plus, le mouvement n'en est pas uniforme. Il y a aussi des modèles de machines que l'on a exécutées en Suède. Mais elles sont trop composées. 5 Ce pays est plein de réservoirs, dont les eaux, qui viennent de source ou de pluie, font aller les machines. J'en ai été examiner un. Il est formé par une digue entre deux montagnes, qui les joint. Elle est faite avec des gazons, de l'argile de chaque côté et io des pierres derrière l'argile.
J'ai dit que, dans les mines du Hartz, on employé la poudre à canon; c'est que le minerai est très dur. Chaque homme doit travailler huit heures par jour et est obligé de faire 2 trous de 3o pouces de long, ,5 d'un pouce et quelques lignes de diamètre, et, comme ils ont trop de temps, ils s'employent, environ une heure, à accommoder le bois et les charpentes. Ces trous se font avec un fer, qui, par le bout, est presque plat, excepté qu'il s'élève en une espèce 20 de tranchant, fait en forme de croix. A mesure qu'un homme frappe d'un marteau sur le fer, un autre, qui le tient des deux mains, le tourne. Il faut, à chaque trou, faire acérer l'instrument. On verse de l'eau dans le trou; ce qui fait que les parties de 25 la pierre que l'instrument a enlevées en sortent. On met plus ou moins de poudre selon que la mine est plus ou moins dure: c'est ordinairement 3 livres, 3 livres et 1/2, et même 4, pour toute la semaine: c'est-à-dire pour 12 trous1.
1 La mine fournit aux mineurs la poudre et les outils. [N.,p. 10:] Dans le rouleau de papier à poudre, ils mettent
On connoît très bien la veine où le métal est bon, et on la suit '. Elle est même plus aisée à rompre et à détacher. Si la veine est trop large, on met de la pierre de la montagne à côté, pour étayer dans le trop grand vide qu'on a fait. 5
En général, le fort portant le foible, on a peine à trouver dans les mines du Hartz 2 onces d'argent par quintal de minerai.
Le métal du Hartz ne contient point d'or, si l'on n'en excepte celui qui est tiré de la montagne de 10 Rammelsberg, près de Goslar, où on trouve les 3/4 d'un grain sur chaque marc d'argent divisé en 288 grains. On commence à précipiter l'or par le soufre et le plomb. Après quoi, on sépare avec l'eau régale. Si l'on faisoit d'abord la séparation par i5 l'eau régale, elle ne vaudroit pas les frais.
La mine de Lautenthalsglùck - ne rend qu'une once et 1/2 d'argent par quintal de minerai; mais elle rend 5o à 60 livres de plomb, chaque quintal. 20
Dans la belle mine du Roi, la Dorothée 3, on trouune espèce de canevelle trouée, par laquelle ils mettent d'autre poudre, qu'ils enfoncent dans la poudre; puis, ils bouchent bien le trou. Il n'y a donc que le trou de la canevelle, comme le trou du bassinet. Ils mettent de l'argile, et, avec une mèche de soufre, qui leur donne le temps de se retirer, ils mettent le feu.
1. [N.,p. 10:] Les mineurs connoissent où il faut entrer et reculer à merveille.
2. [N., p. 1:] La principale mine est située près de Lautenthal [et] appelée Lautenthalsglùck, c'est-à-dire la Fortune de Lautentkal .
3. C'est une mine de Clausthal. J'y ai descendu. Elle a 96 klafters de profondeur.
ve 4 à 6 onces d'argent par quintal, et 3o à 36 livres de plomb.
A chaque mine du Hartz, on a établi r 35 actions, qui ont pour dividende le profit de la mine. Le 5 Souverain, comme seigneur du territoire, a toujours 4 de ces 1 35 actions dont il ne paye aucune contribution, et dont il retire le dividende dès que la mine commence à gagner.
Un autre profit du Prince est qu'il reçoit le marc
io d'argent pour 9 à 10 écus, et qu'il le vend à 12 écus. Il prend, de même, le plomb à 2 écus, 2 écus et 1/2, 2 écus 3/4, le quintal, et il le vend 3 écus et 1/2, et jusques à 4 quand le commerce va bien. Il y a ceci de particulier pour Clausthal que le Roi prend la
i5 dîme de tous les métaux qui sortent de la terre.
Le dividende de la mine de Lautenthal est de 40 écus de 2 florins, chacun, tous les trois mois, par action. Celui de la mine du Roi, la Dorothée, donne 110 écus de dividende, par action, tous les
20 trois mois l.
L'administration de ces mines est admirable. Le revenu en est constant, parce que chaque mine a des fonds dans sa caisse. S'il y a un excès sur le dividende ordinaire, on le met dans la caisse. S'il y
25 a moins, la caisse supplée. La Dorothée a dans sa caisse plus de 200,000 écus, et Lauthentalsglûck, 120,000. Lorsque quelque mine pauvre est aban-
1. [N., p. 1 et 2 :] Le Roi a, à lui seul, dans le district de Clausthal, la principale mine, qui s'appelle la Dorothée... Les frais, le profit du Roi et des particuliers montent à 2 5o,ooo écus en espèces de 2 florins.
2bb MONTESQUIEU
lonnée par les actionnaires, on prend de l'argent e ces caisses pour la faire travailler jusqu'à ce
l'on trouve de nouveaux actionnaires '. Le Prince
rantit cet argent en cas qu'on ne trouve pas c ~tionnaires. Le cas n'est pas encore arrivé. 5
y a de ces mines qui ne donnent rien aux ac. nnaires, et un très grand nombre qui leur coûtent.
Les lieux où l'on fabrique les espèces sont Clausthal et Zellerfeld. On y fait 12,000 écus par semaine: 10 8,000 à Clausthal ; 4,000 à Zellerfeld; ce qui revient à environ 624,000 écus, outre les autres métaux et minéraux qu'on en tire. Le tout va à 1 million d'écus ou environ, qui entrent dans le pays ; sans quoi la Basse-Saxe auroit peine à vivre, manquant de bien i5 des choses, surtout de vin. Cet argent est très pur, et la Maison des Brunswicks s'est toujours piquée d'avoir la plus belle monnoye d'Allemagne, ne tirant pas même les droits de fabrication; ce qui fait que les orfèvres la fondent, et que les états voisins 20 l'enlèvent.
Le Roi tire de ces mines environ 3oo,ooo écus en espèces, de revenu, et le Duc, 70,000.
Il y a, aux villes métalliques, environ 3o,ooo habitants; parmi lesquels il y a 4,000 ouvriers qui vivent 25 et les font vivre. Les profits de cette espèce de manufacture se répandent au loin, ceux de Hanovre, de Brunswick et de Wolfenbuttel y ayant part.
Depuis deux cents ans, à Hanovre et en Hongrie,
1. [N., p. 3 et 4:] Les nouveaux actionnaires payent la mine riche peu à peu, par les contributions qu'ils font tous les quartiers.
les salaires des ouvriers n'ont point augmenté, quoique les denrées ayent beaucoup enchéri. Ils sont nés là-dedans et souffrent patiemment leur misère, au lieu que les premiers mineurs ne purent être 5 déterminés à ce travail que par un profit considérable. Ils sont soutenus là-dedans par une espèce d'honneur, s'estimant plus que les autres artisans. Ils peuvent devenir officiers des mines : il y a 3o ou 40 de ces petits officiers, dont chacun peut avoir de
10 4 à i5 écus par semaine '. Ils sont sûrs, d'ailleurs, de ne pas manquer de pain, ni leur famille, quand ils sont vieux ou malades. Il y a une caisse particulière pour les faire vivre, qui est fondée sur 4 pfennings que l'on retient sur le salaire de ceux qui travaillent,
i5 à peu près comme ce qu'on retient en France de la paye de nos troupes pour les Invalides.
Un homme, pour huit heures par jour de travail, reçoit, par semaine, 26 gros, qui est 1 florin et 2 kreutzer ou 2/24 de florin. S'ils veulent travailler
20 plus, ils ont plus. Il y en a de laborieux, qui gagnent,
par semaine, 2 florins. C'est un avantage de ces
mines qu'il n'y a presque point de fêtes dans le
pays: une de saint Michel et une de la Vierge.
Les enfants des mineurs commencent à travailler,
23 dès l'âge de neuf, dix à douze ans, à des ouvrages assez pénibles; comme, par exemple, à séparer le minerai. Ce travail prématuré fait que les hommes y sont petits et mal faits; et, comme, plus un homme a d'enfants, plus il gagne, le nombre des enfants se
1 . [N., p. 1 o :] De plus, il y a une certaine fête où le Prince les régale.
multiplie jusqu'à devenir à charge aux mines; ce qui a fait qu'on a conseillé au Duc de faire entrer dans ses régiments plusieurs jeunes mineurs.
Je quittai Zellerfeld pour aller à Goslar. C'est une petite ville misérable et impériale, qui ne subsiste 5 que par la fabrique d'une espèce de bière très forte, dont il se fait une grande consommation, et que, vu la vertu particulière des eaux, on n'a pu encore bien imiter.
Auprès de là est la fameuse mine de Rammels- 10 berg1, dont on tire de l'argent, du cuivre et du plomb. On croit qu'elle fut ouverte du temps de Henri-l'Oiseleur, vers l'an 940.
Ce qu'il y a de particulier à cette mine, c'est que le minerai ne s'y trouve pas par veines, comme dans ^ les autres; mais dans toute la masse de la montagne.
Dans les autres mines, en suivant les veines et tirant le minerai, on a fait des espèces d'allées. Dans celle-ci, où le minerai est partout, on a fait treize salles. On s'est servi des pierres stériles pour en 20 soutenir la voûte.
La mine est excessivement dure; mais on la rend traitable par le moyen du feu. On l'allume dans ces salles; la pierre se calcine; le métal s'amollit. Après quoi, on enlève le minerai avec des pinces, comme z5 on démoliroit une vieille muraille.
Le feu sert encore à assurer la voûte : car la couperose, qui est entre deux pierres, se séchant, for-
1. [N., p. 12 :] Le 3o, j'allai avec M. Imhof à la mine de Rammelsberg, près de Goslar, qui est une mine de cuivre, d'argent et de plomb.
MÉMOIRES SUR LES MINES lÔQ
me un ciment si bon et si fort qu'il n'y a pas de muraille mieux bâtie. J'ai vu sur ma tête des pierres de 10 ou 12 pieds de long, suspendues à faire peur. Dans les salles où l'on ne travaille plus tant, et où 5 l'on fait moins de feu, ces masses se détachent, et il y a quelquefois du péril à y travailler.
Il est arrivé d'étranges accidents dans cette mine. Schreiber dit que* dans le xne siècle, 6oo ouvriers y furent écrasés. On voit encore aujourd'hui une io fente dans la montagne, qui la sépare en deux. Depuis ce temps -là, le travail fut abandonné jusqu'au milieu du xive siècle, qu'il fut repris par des particuliers de Goslar.
La salle la plus profonde de la mine est à 120 quel-
i5 ques (sic) klafters du lieu par où je suis descendu,
qui est presque aux pieds de la montagne. Les
anciens ont travaillé au-dessus. Mais on ne peut voir
ces salles anciennes : elles sont tombées en ruine.
Le samedi, à midi, on allume le feu dans les salles. 20 II y a plus ou moins de bûchers selon qu'il y a plus ou moins de minerai à enlever. On met à chaque bûcher, depuis une jusqu'à 3 mesures de bois; la mesure est un cube de 40 pouces.
Le feu brûle ou fait son opération le samedi, 25 depuis le midi, et tout le dimanche. Le lundi matin, on commence à travailler.
Les ouvriers vivent dans ces espèces de fours toute la semaine '. Ils mettent leurs habits sur la pierre et
1. [N., p. 14:] J'y entrai le samedi, et la chaleur étoit encore très grande, quoique le bûcher eût brûlé huit jours auparavant. Que devoit-ce être le lundi?
couchent dessus, ne sortant, la plupart du temps, que le samedi, au soir, pour aller voir leurs familles.
Ils travaillent tout nus, excepté qu'ils ont un tablier de cuir, où est attaché une espèce de couteau ou strigile, pour ôter la sueur. 5
De tout ceci, ils ne reçoivent aucune incommodité, et, moi, qui demeurai plus d'une heure dans un four pareil, je ne sentis aucune de ces foiblesses que l'on a dans des lieux moins chauds, et m'y trouvois à peu près aussi bien qu'ailleurs. 10
Ces ouvriers vivent très longtemps; plus même que ceux du Zellerfeld et autres mines voisines. Ils conservent leur force jusqu'à une grande vieillesse. A 70 ou 80 ans, ils travaillent encore, et, quand j'étois là, on venoit de donner la pension que l'on i5 accorde aux mineurs qui ne peuvent plus servir, à un homme qui y avoit travaillé jusques à 82 ans.
Dans les endroits chauds, on tombe ordinairement en défaillance, parce que l'air trop raréfié n'a pas la force de soulever les poumons ', et encore parce que, 20 l'air n'ayant pas assez de ressort, il ne donne plus assez de mouvement aux bouts des fibres, pour faciliter le retour du sang des extrémités dans le cœur.
Mais, les mines de cuivre étant pleines de vitriol, il s'en détache par la chaleur beaucoup de parties. 25 L'air en est très chargé: il devient plus pesant. Dailleurs, elles lui rendent son ressort, et il se trouve capable d'entretenir dans le corps la circulation ordinaire.
1 . Aussi les animaux meurent-ils dans la machine pneumatique.
On tireroit plus de profit de cette montagne, si l'on n'y travailloit avec discrétion, afin d'épargner le bois, qui commence à devenir rare. De façon que, depuis deux ans, on a été obligé de retrancher les 3 deux tiers de l'ouvrage et des ouvriers. Avant cela, le Roi et le Duc en tiroient, chaque année, plus de 80,000 écus courants, tous frais faits.
Depuis la réduction, on ne consomme plus, pour amollir la mine, que 60 mesures de bois tous les io samedis.
Cette mine a, en des endroits, de l'argent et du plomb; en d'autres, du cuivre1. Chaque quintal de minerai d'argent et plomb donne la quatrième partie d'une once d'argent et 20 à 3o livres de plomb. i5 Mais, quoique le minerai en soit si pauvre, la quantité et la facilité de le détacher fait que le profit en est toujours certain. On n'est pas obligé, d'ailleurs, de mettre cette infinité de bois de charpente pour soutenir l'ouvrage, qu'il faut mettre dans les autres 20 mines pour les soutenir.
On dit au Hartz qu'il n'y a point d'autre mine en Allemagne où l'on travaille par le moyen du feu; mais qu'il y en a en Suède -.
Au sortir de la mine, j'ai été voir la préparation
1. Ces deux espèces de minerai se tirent de la même manière, avec le feu.
2. [N., p. 1 5 :] Il y a une fontaine dans la mine, à une quarantaine de brasses du lieu où nous sommes descendus, qui peut avoir un pouce d'eau. Elle sort au pied de la montagne. Elle est très bonne à boire : elle n'a qu'un goût métallique très léger et presque imperceptible. Elle est située là où la mine est d'argent et de plomb, et à 10 ou 12 brasses du lieu où il y a du cuivre.
que l'on fait sur le minerai que l'on en tire, sur une couche de bois de 3o pieds en carré, et haute de l'épaisseur de 4 bûches mises les unes sur les autres. On met 4,5oo quintaux de minerai. On y met le feu, et le bois est bientôt consumé. Mais le feu ne laisse 5 pas de durer de seize à dix-huit semaines: car le soufre brûle toujours. On brûle ainsi le minerai, sans le fondre, pour le séparer de son soufre. Si on ne faisoit pas cette opération, et qu'on fondît d'abord le minerai, l'argent s'en iroit en l'air avec 10 le soufre. Comme le minerai de Neu-Sohl, en Hongrie, ne contient que peu de soufre, on ne fait pas ces préparations -là. Le soufre s'élève, et, trouvant l'air froid, il se condense et retombe dans des trous faits sur la surface supérieure de la masse, où on le i5 va prendre liquide. Les côtés de la masse sont couverts de terre, afin que le soufre monte en haut. Lorsqu'il pleut, il se recueille moins de soufre: la pluie ou l'humidité ayant mouillé le dessus, il se consomme dans le feu ou change de nature. Il y a 20 du soufre qui coule en bas, où il se fige et se durcit comme un bâton; c'est le plus pur et le meilleur. On fait un second bûcher, comme le premier; ensuite, un troisième, pour achever l'opération.
On fait fondre le cuivre par les différentes opéra- zb tions que j'ai décrites dans ma description des mines de Hongrie. Je remarquerai seulement que, dans la dernière, on connoît qu'il est dans le degré de perfection, lorsqu'il n'y paroît rien de jaune, mais que le tout est rouge; que, lorsqu'il est tombé en 3o bas, dans le fond où il doit être reçu, on le retire
MÉMOIRES SUR LES MINES 2y3
en parties et en plaques, en jetant de l'eau tiède pardessus : car la partie supérieure se congèle et forme une plaque, tandis que l'autre reste liquide; et ainsi de suite.
5 Pour tirer l'argent qui est dans le cuivre, on mêle du plomb, qui se charge de l'argent. On met le composé de cuivre, de plomb et d'argent, dans un fourneau. Le plomb, beaucoup plus tôt fondu, tombe en bas avec l'argent, dont il se charge, et le cuivre seul
io reste dans le fourneau en de lourdes masses. On met, ensuite, le plomb et l'argent dans un autre fourneau. 11 est bâti en voûte de brique, et le bas du fourneau est enduit et couvert de cendres de bois dont on a tiré la lessive ou les sels. Sans quoi, ce
i3 fondement ne résisteroit pas au feu et deviendroit trop solide. On retire le plomb en forme de litharge, qui n'est que du plomb brûlé, ou bien il se retire dans le fondement des cendres. On connoît qu'il n'y a plus de plomb, lorsqu'on ne voit presque plus
20 dans le fourneau que quelque chose de blanc, et que toutes les autres couleurs se sont évanouies, et qu'on n'aperçoit qu'une espèce de nuage appelé blick.
Il y a un lieu dans le fourneau, derrière le mur de devant, qui est une espèce de marche, de degré, où
a5 le feu n'est pas. Là s'amasse une espèce particulière de métal ou minéral, appelé zinc; lequel, avec le cuivre, fait le métal de prince : c'est la pierre calaminaire non brûlée. On fait sortir peu à peu le zinc qui est à la porte, en y ouvrant un trou, et, comme
3o il dépend de la sagacité de l'ouvrier d'en faire sortir peu ou beaucoup, on lui donne 4 gros par livre,
que l'on vend 8 gros. Ce zinc est sonnant: c'est un étain parfait. Il ne résiste pas tant au feu que l'étain. Si vous le fondiez trois fois, vous en gâteriez la substance.
Ce zinc ne se fait que dans les mines de Rammels- 5 berg. On dit qu'on en trouve aussi dans les Indes Orientales; mais les Anglois estiment plus celui-ci. Vous remarquerez qu'il n'y a d'autres mines à Goslar que celles de Rammelsberg.
Le vitriol blanc ne se trouve que dans les seules m mines de Rammelsberg. Le bleu et le vert sont très communs; mais le blanc est meilleur pour de certaines teintures '. Cela fait que le quintal de vitriol bleu ou vert ne se vend que 3 florins, tandis que le vitriol blanc en vaut 20: car, comme il ne se fait i5 qu'à Rammelsberg, on en maintient le prix, et, pour cela, on ne le fait que tous les trois ans.
Le vitriol bleu ou vert est une couperose qu'on met dans de l'eau pour en tirer la lessive. On fait bouillir cette lessive dans de grands chaudrons, jus- 20 qu'à ce qu'elle prenne une certaine consistance. Après qu'elle a bouilli neuf heures, on la met refroidir dans de grandes futailles de bois. Elle est couverte de longues perches, où l'on attache des pailles ou des roseaux qui entrent dans l'eau. La liqueur, 2? comme toutes les liqueurs salées, se congèle en se refroidissant, s'attache aux roseaux, et se forme en cristaux.
1 . [N., p. 24 :] On dit qu'on se sert du vitriol blanc en Angleterre pour blanchir les cheveux pour les perruques; aussi (je crois) pour les teintures.
Le vitriol blanc se fait d'une matière qui se trouve au fond du bûcher où l'on a mis le minerai pour en tirer le soufre, suivant l'opération que j'ai décrite ci-dessus. Elle se trouve à terre, en 5 forme de sable. On en tire le vitriol blanc par le même procédé que l'on employé pour le vitriol vert et bleu.
Voici comment on fabrique le laiton. On met 3o livres de cuivre avec 42 de pierre calaminaire, 10 et on en retire 4? livres de laiton. On le met en tables, en le jetant fondu entre deux pierres dures, séparées par une plaque de fer. On le coupe en carré, de la grandeur qu'il faut pour faire des chaudrons, ou bien on le coupe comme il convient pour i5 le faire passer par les filières.
Il y a à gagner à employer ce métal parce qu'il pèse moins à proportion que le cuivre et est d'un plus grand volume. On fait, dans cette même fabrique, de l'oripeau. Ce sont des feuilles minces, à qui 20 on donne la couleur d'or, en les mettant dans une liqueur qui (sic) distille du bois de sapin quand on en fait du charbon.
La pierre calaminaire se trouve de trois manières: on la tire des fourneaux de cuivre, où elle s'attache, 05 n'étant que du métal brûlé; ou bien on la trouve dans de vieux monceaux d'écume de métal de cuivre, où elle est parce qu'on ne l'employoit point autrefois; et celle-ci est la seule que l'on employé actuellement à Goslar, que l'on trouve meilleure, parce ?o qu'elle a été longtemps exposée à l'air. Il y en aune troisième, qui est naturelle, et qui se trouve dans
la terre auprès d'Aix-la-Chapelle, où la Nature fait là ce qu'ici peut faire l'Art '.
Je retournai à Lautenthal, pour aller voir la mine de Lautenthalsglùck 2. On en tire les métaux avec la poudre, comme dans la Dorothée. Le métal est 5 argent et plomb.
Lorsque le minerai en est tiré, on le met dans trois fourneaux. Dans le premier, il reste environ douze heures; ce n'est que pour séparer le plus grossier du minerai. Dans le second, il reste de seize à vingt 10 heures; le métal se fond, et on en sépare des écumes de plomb, que l'on envoyé à Goslar pour rendre le métal plus fluide. Dans le troisième fourneau, on sépare l'argent du plomb; j'en ai mis ci-dessus le procédé: le plomb entre dans les cendres; par une i5 autre opération, on met le plomb dans un fourneau pour le séparer de la cendre.
On appelle glœtte la partie la plus friable du plomb, qui est séparée de l'argent, et qui est comme en poussière. On la vend pour les teintures. On 20 peut la remettre, si l'on veut, en plomb.
Les mines du Hartz sont très saines, et Ton ne remarque pas que l'on y abrège ses jours, sinon à quelques mines particulières, comme à celles de Lautenthalsglùck, qui a été autrefois travaillée, et 25 qui, ayant été abandonnée, a sous elle des trous
1. [N., p. 16:] Je voudrois voir en combien de compositions l'Art fait les effets de la Nature : en faveur des chimistes.
2. [N., p. 28:] J'allai avec Made de Stein et Madle sa fille, Made de Felter et la frceulein sa fille, et plusieurs cavaliers, voir à Lautenthal la mine de Lautenthalsglùck. Nous y descendîmes. Elle n'est pas perpendiculaire non plus.
souterrains, qui ont été rebouchés, et qu'on ne peut retrouver.
Les seules vieilles mines (j'appelle ainsi celles qui ont été autrefois abandonnées) sont malsaines: la 5 chandelle s'y éteint; les mineurs y respirent difficilement; il est surtout dangereux d'y travailler en été. On a des machines pour pomper l'air le plus grossier. Cela ne fait rien ou peu de chose, surtout en été. Ceux qui périssent de maladies contractées dans ces
10 mines meurent éthiques ou asthmatiques.
Quand je dis que les seules vieilles mines sont malsaines, je ne parle point de celles de vif- argent ou de celles que l'on travaille en Amérique avec du vif- argent: celles-ci sont non seulement malsaines,
i5 mais destructrices.
Comme, dans les vieilles mines, les bois qui soutiennent se pourrissent, et qu'en des endroits lamine s'éboule, il se fait des cavités où l'air, qui n'a plus de communication avec l'atmosphère, ou en a peu,
20 devient grossier. De plus, les conduits qu'on avoit faits se bouchent, et les eaux croupissent. On y respire donc un air si grossier que la circulation ne peut bien se faire.
De là, je tire la raison de l'intempérie de la cam-
25 pagne de Rome : c'est que c'est une vieille mine. Comme les faubourgs de Rome s'étendoient dans tout ce pays, il étoit plein de bâtiments. Les voûtes sont encore sous la terre. Il y a des lieux qui se remplissent d'eau dans une saison, qui se corrompt
3o dans une autre. Il y en a d'autres qui sont pleins d'air grossier, et, dans l'été, que l'air extérieur est
raréfié, l'air intérieur sort de dessous terre et monte à une certaine hauteur.
Lorsque j'étois à Rome, M. le cardinal de Polignac faisoit creuser en plusieurs endroits pour chercher des statues. Il trouvoit qu'à environ 2 pieds sous 5 terre la Campagne de Rome étoit presque toute pavée de mosaïque. Les bâtiments se sont enfoncés, et il s'est fait des campagnes.
Je crois avoir remarqué que la plupart des villes détruites n'ont été rebâties qu'à environ une lieue 10 où (sic) elles étoient autrefois. C'est que quelques habitants échappés ont été grossir le village voisin, et, lorsque eux et les autres habitants ont voulu revenir, ils ont trouvé l'air mauvais.
Ce qui caractérise la maladie de la Campagne de i5 Rome, c'est qu'elle ne se prend que lorsqu'on y dort. J'ai fort demandé si, dans les mines nuisibles, le sommeil augmente le danger. Mais je n'ai pu savoir que personne y ait dormi.
On sait que, dans la veille, les fibres de notre 20 corps ont plus de ressort, et que, dans le sommeil, elles sont plus relâchées. Il suit de là que l'on doit plus transpirer dans le sommeil que dans la veille, et effectivement on transpire beaucoup plus. La communication entre les fluides de notre corps et 25 l'air qui nous environne, est donc plus grande dans le sommeil que dans la veille.
L'action des bains et celle de la térébenthine que l'on rend par les urines, pour s'être tenu dans une
1 . Mont Testaccio. — Si le fond de ce mont étoit malsain, quel mal ne feroit-il pas?
chambre qui en a été enduite, font voir que, dans notre corps, les fluides se portent de dehors en dedans, comme de dedans en dehors.
On a tort de regarder cet accident comme parti-
5 culier à la Campagne de Rome. Il y est plus marqué ; mais, dans le fond, il est général, et, partout où le chaud, le froid, le brouillard, feront mal à un homme qui veille, ils lui en feroient encore plus s'il dormoit.
10 Je suis persuadé que, si ceux qui travaillent dans les vieilles mines y couchoient, le sommeil leur seroit pernicieux, et que l'on diroit, comme à Rome : « Il est mort pour avoir dormi dans la mine '. »
Dans les vieilles mines, les eaux qui croupissent
i5 causent bien de l'incommodité, mais moins que la grossièreté de l'air. Ceux qui y vivent périssent peu à peu; mais ils peuvent être tout d'un coup saisis par une vapeur si grossière qu'elle leur ôtera toutes les fonctions2; comme il arrive dans la Grotte du
20 Chien, à Pouzzoles.
J'entends par les vieilles mines, non pas celles qui sont les plus anciennes, mais celles qui ont été
1. [N., p. 24:] Comme personne n'y a dormi, on ne sait pas si d'y dormir est plus mortel. Mais il est impossible de bien faire cette expérience, puisque la vapeur attaque de même ceux qui ne dorment pas. Voyez page 260, dans le Coringius, où Boërgrave explique comment les mouvements intestins (?), dans le sommeil, se font plus laborieusement; d'où il sera aisé de comprendre comment l'air qui est nuisible à la respiration offense plus dans le sommeil.
2. [N., p. 24:] Quand on entre dans cette vapeur, la chandelle s'éteint; l'homme ne peut pas respirer; il mourroit si on ne le retiroit pas...
abandonnées, et qu'on recommence à travailler. Or, indépendamment de la pauvreté du minerai, il peut arriver de bien des manières que les travaux cessent: une invasion, une dispersion des mineurs, la destruction des machines, le feu mis aux bois qui sou- 5 tiennent la mine (qui souvent suffiroient pour bâtir une ville), produisent cet effet. Si le dommage n'est pas réparé sur-le-champ, les ouvriers qui restent manquant de subsistance, achèvent de se disperser; les terres s'éboulent; les conduits se bouchent; les 10 eaux s'amassent, pourrissent les bois qui restent, et couvrent la mine.
Ce qui faisoit surtout la rareté de l'argent et de l'or en Europe, il y a cinq ou six siècles, c'est que, le gouvernement gothique y étant partout établi et i5 chaque seigneur faisant ses guerres particulières, il étoit presque impossible que le travail des mines pût subsister: car les ouvriers étoient d'abord dispersés ou sollicités à prendre les armes.
A la Chine, où l'on ne veut pas que beaucoup de 20 gens s'assemblent dans un même lieu, il est défendu d'ouvrir les mines: car le premier voleur viendroit solliciter les ouvriers et s'en feroit suivre.
Extraits des Notes autographes de Montesquieu
sur les Mines du Hartz. 25
[Page i :] De Hanovre. — Il faut aller à Zellerfeld, à 6 lieues d'ici, chez M. Imhof. On passe par Goslar, à 4 lieues d'ici, où il y a des mines; mais c'est pour
le retour. Je trouverai aussi à Zellerfeld M. Didon, de Hanovre, qui a écrit à M. Schliiter.
[Page 4:] Il y a, dans la liste, une mine qui ne b donne ni ne dépense, et subsiste par elle-même; c'est la Grâce-de-Dieu. Elle donne une once et 1/2 d'argent par quintal et 5o à 60 livres (sic) : car la veine de Schulenberg est fort riche en plomb. Mais ceci n'est pas général : car le tout dépend de la faci- 10 lité qu'il y a à tirer et détacher le minerai.
[Page 10 :] De la Dorothée, nous avons été à la Caroline.
i5 [Page 1 1 :] Lorsque les trous de deux mines se communiquent, un vent passe. Mais, indépendamment de la plus ou moins grande profondeur relative, le vent entre ou sort indifféremment par un des deux trous. Cela dépend de la direction d'un
20 tel ou tel vent.
[Page 21:] Nous allâmes, ensuite, à Goslar, voir le cabinet de minéraux de M. le receveur Schliiter. On y voit, d'abord, une grande quantité de ces 25 pierres, appelées en Allemand drïtsen, qui se trouvent dans les mines. Il y en a de très singulières, et qui semblent dénoter une végétation. On les trouve quelquefois dans des trous qu'on découvre dans la pierre; ce qui semble prouver qu'il n'y a pas eu de 3o congélation de matière, mais que le tout s'est fait par intussusception (?); outre qu'il y en a de tirées t. 11. 36
des mines de fer de Styrie (?), et qui sont blanches, qui sont véritablement comme les plantes ou fleurs d'un parterre. Ce qui fait croire le contraire, et que ce ne sont que des cristallisations, c'est : i° la régularité de la plupart de ces drilsen, dont les 5 branches ont toujours six faces, comme les cristaux; 20 c'est qu'il y en a dans ce cabinet une qui est venue sur un morceau de bois, où il paroît manifestement une congélation.
J'arrivai à Gênes, Monsieur, le 9 novembre 1728, et,fpuisque vous voulez que je continue à vous parler de ce que j'ai remarqué dans mes voyages, je vais vous obéir.
5 La mer entre dans la terre et fait une espèce d'arc. C'est tout autour de cet arc qu'est situé le faubourg de Saint- Pierre-d'Arène, du côté du couchant, et la ville de Gênes, du côté du levant. On a assez bien fortifié le tout: du côté de la mer, par une muraille,
10 et, du côté de la terre, par des bastions.
La rade de Gênes est très mauvaise, et, pour assurer les vaisseaux, on a fait deux môles. Le Môle- Neuf est du côté du couchant, à la tête de Saint- Pierre- d'Arène; mais il est fort délabré. Au-dessus
i5 de ce môle, du côté de la terre, est la Tour de la Lanterne, qui a été bâtie pour les François; de façon que le môle commence à peu près de (sic) cette tour, aussi bien qu'une petite jetée, qu'on a faite, il y a environ vingt- cinq ans, dans la mer, pour y mettre
20 une batterie de canons. C'est sous le Môle -Neuf que se tiennent les galères de la République. Au (sic) côté opposé est le Môle -Vieux, qui prend son origine du milieu environ de la Ville. Ces deux môles forment
ce qu'on appelle le Port, qui est un des plus mauvais de la Terre : car la mer entre avec impétuosité par l'ouverture qui est entre ces môles, surtout lorsque le vent du midi et celui de l'est et l'ouest (sic) soufflent; d'autant mieux que l'ouverture qui est entre 5 les môles est très grande, que la mer y est très peu profonde, que le fond y est assez mauvais, et que cette ouverture est très exposée; de façon que les navires chassent sur les ancres, se heurtent les uns contre les autres, et il y a peu d'années que quelque bâti- 10 ment ne périsse dans le port.
Comme la mer est moins profonde au Môle-Vieux qu'au Neuf, les Génois viennent de faire une prolongation au Môle-Vieux de So pans1 , et l'on remarque que cela fait un très bon effet, et que les vaisseaux 15 sont un peu plus sûrs; ce qui fait qu'on a dessein de continuer. Mais cela coûte beaucoup : car il faut faire, avec du ciment, une espèce de maçonnerie dans des bateaux faits exprès. On envoyé des plongeurs voir et accommoder le lit où doit être assise cette maçon- 20 nerie. Ensuite, on la laisse tomber, avec le bateau, dans le lieu convenable, où elle s'enfonce par son propre poids.
Vous savez que le Pays de Gênes a environ 170 milles de long, et 20, 25 à 3o milles de large, et 25 il seroit impossible de défendre ce pays s'il n'étoit couvert de montagnes et de rochers.
Il n'y croît presque point de bled du côté de la mer. Le long de la côte, il y a beaucoup d'oliviers: cet arbre aime l'air de la mer. Depuis que les Génois 30