‹ Voyages de Montesquieu (volume 2)Chapitre 108 sur 152 · En marge :] A revoir · texte numérisé non relu

En marge :] A revoir

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Alexandre Sévère, encore moins bien : pour faire

la barbe, ils ont fait grossièrement des trous dans le

visage; ses oreilles sont très grossièrement faites.

Sa mère Mammée est aussi d'une pauvre sculpture.

5 — Voir Mammée.

Julia Mœsa est sans art : il semble que le trou de ses oreilles entre dans sa cervelle.

Le vieux Gordien a une barbe faite avec aussi peu d'art qvf Alexandre Sévère. Celle de Dèce est d'un io mauvais tour. Herennius , encore pis. Volusien est une tête plus que commune. Pour lors, on ne trouve plus d'art, plus d'air de tête, et on trouve ce droit et cette roideur du gothique.

Enfin, la suite finit à Gallien.

•5 II y a encore quelques statues d'Empereurs qui viennent après la suite. On voit un Constantin entièrement et totalement gothique. Il a un diadème de perles; ce qui convient bien à ce qu'en dit Julien dans ses Césars. On a donné le nom de Gallien à •2o une tête qui est très bonne; ce qui fait manifestement voir que ce n'est pas un Gallien.

Cela me fait croire que la manière gothique ne vient point des Goths et autres peuples du Nord : ils ne l'introduisirent point, mais ils la confirmèrent, 25 en faisant régner l'ignorance.

Il y a apparence qu'à mesure que les Chrétiens se provignèrent, on acheta moins de statues ; de même que Pline dit à Trajan qu'on n'achetoit plus de victimes. Ce nombre innombrable d'ouvriers qui étoit à 3o Rome ne fut plus occupé. Plus d'émulation! Les ouvriers ne travaillèrent plus que pour gagner leur

vie, et travaillèrent à la hâte. Il n'y eut plus des gens qui eussent une certaine éducation, qui se mêlassent des arts. Le long séjour des Empereurs dans les provinces fit encore tomber cette école de Rome, où le bon goût régnoit plus que pas (sic) dans les pro- 5 vinces T.

On peut surtout juger de l'antiquité d'une statue par les cheveux, la barbe et les oreilles. Les Anciens avoient une industrie singulière à faire ces parties. Les oreilles toujours découvertes attiroient leur 10 attention, et ils y donnoient ce tour que nous pouvons si difficilement attraper: comme on le peut voir dans les portraits que les historiens nous ont laissés, comme Suétone.

On le connoît encore bien dans les plis et la finesse i5 des draperies. Les anciens sculpteurs les faisoient nombreux, légers, pour faire paraître le nu. Dans la suite, ils les firent boudinés, grossiers et sans art.

De plus, les Anciens possédoient mieux que nous l'art de donner une certaine mollesse et rondeur aux ^o parties: on ne voyoit rien d'aigu dans les membres des femmes ou des hommes jeunes et vigoureux.

Je dirai, en passant, que le goût d'architecture gothique n'est, non plus que la sculpture, un goût du pays dont venoient ces peuples, qui certaine- 25 ment ne menèrent point d'ouvriers avec eux. C'est

i. [En marge :] On comprendra ce qui est arrivé à Rome par ce qui est arrivé à Florence, où, depuis Jean de Bologne et Francavilla, la sculpture étoit entièrement tombée (comme il paroît par les ouvrages qu'on voit à Florence, de ce temps-là), jusques à ce que le Grand-Duc envoya Foggini et autres jeunes gens à Rome.

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le goût de l'ignorance. Lorsqu'on ne connoît pas les véritables beautés, on s'imagine d'abord que la multiplicité des ornements donnera de la grâce, et que la beauté augmentera à proportion du nombre des 5 choses qui composeront le tout. Ainsi les gens du peuple assommeroient une jeune mariée sous les ornements, s'ils pouvoient y fournir par la dépense. Ainsi les femmes et les enfants aiment- ils les colifichets. 11 n'y a que les beaux génies qui soyent 10 d'abord capables du grand simple.

Ces bustes d'Empereurs et d'Impératrices ont entre eux toutes sortes de statues et de groupes grecs et romains d'une grande beauté.

On voit la différence du goût grec et du goût i5 romain, les statues grecques étant plus ordinairement nues; ce qui vient de ce que les Grecs représentoient ordinairement leurs Dieux et les représentoient nus '. Car quels habits leur donner? Les Romains représentoient plus souvent leurs magistrats 20 et leurs empereurs; ce qui fait qu'ils les habilloient comme ils les voyoient. D'ailleurs les Grecs voyoient sans cesse des hommes nus dans leurs jeux. Mais, dans les commencements de la République, il n'étoit guère question de ces jeux, où l'on combattoit nu; 23 ce qui fît un goût différent.

Les statues grecques sont toutes représentées avec de la barbe. Les romaines, non, jusqu'à l'empereur Hadrien, qui, ayant reçu une blessure au visage dans une bataille en Afrique, se laissa croître la barbe

i. [En marge :] De Piles a dit cela avant moi. t. h. 3g

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pour cacher cette difformité. Que s'il y a des bustes de Néron avec très peu de barbe, ce pouvoit être une fantaisie de ce prince chagrin et peu sensé (dit Bianchi) l.

Toutes ces impératrices sont différemment coiffées, 5 soit que la mode changeât sous différents règnes, soit que chacune se coiffât à l'air de son visage : car ce sont des coiffures en (?) cheveux qu'on peut faire d'une infinité de sortes, et ne sont pas comme les nôtres, qui sont faites par des ouvriers. Je crois qu'il 10 faudra bien remarquer la différence de toutes ces coiffures. L'abbé Nadal, qui a écrit là-dessus, auroit bien fait de consulter les statues, et non pas les auteurs.

Il n'y a rien de si admirable que la finesse des dra- i5 peries grecques et romaines. Il y a des habits longs romains qui semblent voler : ils sont pleins de plis légers, et la robe remonte ou se met sous le bras avec les contours du monde les plus naturels. On voit tous les membres d'un consul dans une robe qui 20 l'entoure de tous côtés.

On voit, dans les antiques, la nature presque toujours imitée. Les femmes, sveltes par en haut, plus grosses par les hanches. Les hommes, au contraire, puissants par en haut et sveltes par en bas. 25

C'est avec bien de la discrétion qu'il faut donner le nom à une statue. Bianchi (car les cicérons (sic) des diverses galeries se détruisent tous) dit qu'à Rome,

1. Il faut mettre : « C'étoit une trace du dérèglement de ce prince, qui déshonoroit son sexe, et qui s*étoit même marié avec un de ses affranchis. »

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lorsqu'ils voyent un homme sans barbe, grave, c'est un consul; avec une grande barbe, un philosophe; un jeune garçon, un Antinous '.

Les têtes des statues grecques sont ordinairement 5 petites. Cela a plus de grâce, les grosses tètes étant un signe de stupidité ou grossièreté. Lysippe remarqua qu'il faut faire la tête petite; il vouloit qu'on la diminuât plus que ne portent les proportions ordinaires de l'art.

10 D'ailleurs, coiffures de cheveux, long col des statues grecques et romaines.

Il paroît que les Romains n'allèrent jamais si loin en sculpture que les Grecs. Lors de la prise de Corinthe, les Romains n'entendoient rien dans cet art,

i5 comme il paroît par l'ignorance du consul qui dit à ceux chargés de porter les admirables ouvrages de cette ville que, s'ils les cassoient, il leur en feroit rendre d'autres. Aussi ce ne fut que peu à peu que les Romains s'y rendirent habiles, et peut-être que le

20 règne d'Auguste ne fut pas celui où les Romains allèrent au dernier degré où ils ayent été, et que les sculpteurs étoient encore meilleurs du temps de Trajan et d'Hadrien.

Voyez page [47], ce que j'ai dit sur les petites figures

25 antiques, où généralement il paroît beaucoup d'ignorance ou de négligence de l'art. C'est que c'étoient des choses faites pour la dévotion du peuple, aussi

1. [En marge :] En Italie, les diverses galeries se disputent les têtes comme les églises se disputent les reliques.

Ils se disputent les têtes des Empereurs comme les églises et les monastères se disputent les têtes des saints.

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généralement mal travaillées que nos images. Mais, quand ces petits morceaux représentent quelque grand homme, héros ou héroïne, elles (sic) sont estimées (?); non, quand elles sont sur un sujet idéal.

Il y a quelques statues que les connoisseurs ont 5 établies pour l'exemple et pour la règle, chacune dans leur espèce : la Vénus de Médicis, le petit Faune, le Paysan qui écoute et les Lutteurs (ces quatre pièces sont chez le duc de Florence), et (à Rome) V Apollon du Belvédère, V Hercule Farnèse, le Lao- 10 coon. Et ces statues ne sauroient être assez regardées: car c'est sur elles que les Modernes ont établi les proportions, et elles nous ont presque rendu l'art.

J'ai été voir la Galerie avec mon sculpteur, après l'avoir vue tant de fois avec Bianchi. 15

Pourvu qu'on ait une tête antique, il est facile de lui mettre un buste, et la plupart des statues de la Galerie de Florence ont été raccommodées par Foggini et par d'autres avant lui. Souvent il n'y a pas la moitié du groupe ou statue qui soit antique. Le prince 20 Ferdinand faisoit beaucoup travailler à cela ce Foggini.

Le clair -obscur doit être mis dans les cheveux; c'est-à-dire qu'il faut qu'il y ait de grandes masses dans le commencement de la racine; qu'ensuite elles 25 viennent en pointe, et que là on mette des ombres par des trous, rayes et enfoncements. C'est ainsi que sont faits les cheveux de V Antinous qui est dans la Galerie, et ceux des deux bustes d'Hadrien, et que le cavalier Bernin a bien imité dans un buste d'une de 3o ses écolières ou maîtresses qui est dans la Galerie.

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Et il ne faut pas que l'on commence, dès la racine des pelotons, à faire des rayes et des trous pour des obscurités. C'est ce qu'ont suivi nos modernes, et il me semble qu'ayant trouvé impossible d'imiter cet 5 art suprême des Grecs, d'imiter la chevelure humaine et la frisure des cheveux, ils se sont jetés dans le clair-obscur, comme une beauté plus imitable. Souvent la ligature même des cheveux fait l'effet du clair-obscur : exemple, dans Sabina, femme

io d'Hadrien. Les cheveux ne doivent donc pas être accompagnés de la masse d'obscur dès leur naissance, à moins que ce ne soit des cheveux qui tombent sur les épaules, parce qu'ils portent toujours avec eux une grande masse de clair dans le milieu.

i5 II ne faut pas que les masses des cheveux soient trop égales, comme au Soldat qui est dans le fond de la Galerie. Sa barbe forme des boucles rondes et si égales qu'il semble qu'on l'a voulu faire exprès. Dans les fameux bustes de (sic), qui sont dans la Galerie,

20 celui de Sénèque, de Cicéron et de Caligula, on voit bien de l'art dans les cheveux et la barbe, mais non pas ces masses de clair-obscur. Il faudra observer des chevelures et barbes grecques, et quel art il y a, à cet égard-là, dans le fameux Sanglier de la Galerie.

25 Les soyes commencent à être divisées et sans masses dès la racine; ce qui vient de leur rigidité. Mais il est vrai qu'elles font ensemble des masses séparées, et qui ont des ombres entre elles.

Remarquez que vous ne trouvez point dans les

3o têtes de Cicéron, de Marc Agrippa, de Sénèque, cet art du clair-obscur dans les cheveux que les

Modernes trouvent dans les bustes d'Hadrien et de Y Antinous. Dans Cicéron et Sénèque, les cheveux et la barbe sont à peine marqués, mais avec beaucoup d'art. Dans Marc Agrippa, les cheveux sont très bien faits, mais d'une autre manière et un peu plus 5 confuse. Et, dans quelques têtes grecques, comme Sophocle, il y a bien des masses; mais elles ne sont pas dans la manière d'aujourd'hui : les ordres de masses étant plus confuses et d'une manière qui (me semble) approche plus de la vérité exacte et est plus io inimitable. Enfin, ces cheveux grecs me paroissent plus mois.

Dans les antiques, les plis qui collent la (sic) chair sont souvent dans un même ordre, sans qu'un domine plus que l'autre. Il n'y a aucun pli descendant ou i5 montant qui s'élève plus que l'autre; ce qui les rend secs, disent nos modernes. Nos sculpteurs d'à présent en font de plus relevés les uns que les autres l ; ce qui rend la draperie et les plis plus riches.

Il me semble que nos modernes ne pouvant attra- 20 per la finesse des draperies des antiques, ont eu raison de changer de méthode : car ils auroient fait une draperie toute d'une venue, sans aucune utilité; on n'auroit pas vu le nu, et on n'auroit pas vu une draperie agréable. 25

Il me semble que les Anciens regardoient avec raison les plis et draperies comme accessoires et ne songeoient qu'à faire voir le nu. Il semble que nos modernes en ayent fait le principal.

1 . Comme dit de Piles, ils ont imité en cela les peintres et se sont gâtés : car il faut de petits plis dans la sculpture.

Il me semble qu'il y a un grand avantage de faire voir le nu sous les draperies : car on peut donner plus aisément à sa figure une attitude qui ne soit pas dure ni droite. Ainsi, dans Y Auguste de la Galerie, 5 on voit tout son flanc sous sa robe, fait de manière que la statue paroît posée dans une bonne attitude, et non pas trop droite, d'une position dure.

Il faut bien prendre garde dans cette Galerie : car on a bien des fois raccommodé ces antiques, qui

io sont comme le Palladium, ex ossibus factum ; de façon que souvent, dans une statue, il n'y a que le torse ou la tête d'antique ; ce qui peut induire en erreur. Il y a même des bustes qu'on donne là pour antiques, et qui pourroient bien ne l'être point. Ce

i5 sont des mystères de la Galerie.

J'avoue que nos modernes ont fait de plus grands plis que les Anciens, mais ces plis n'ont pas si bien accompagné les membres, et j'avoue que je ne sache rien de si désagréable, dans une statue, que

20 des plis trop séparés du corps. Dans le naturel, vous voyez bien distinctement la différence du corps et des habits. Dans la peinture, vous le voyez encore par les couleurs des draperies. Mais, dans la sculpture, où le même marbre fait la figure et les draperies,

25 vous ne pouvez bien faire sentir la différence qu'il y a de l'un à l'autre qu'en montrant tous les deux à la fois, l'un à travers de l'autre. Mais quand vous ne montrez que les draperies, vous ne montrez qu'une masse de pierre. Quand je vois une statue d'un évêque

3o en chape, il me semble que sa chape fait partie de son corps, et je dirai que cet habillement et celui de

quelques moines n'est pas favorable aux sculpteurs, qui ne devroient jamais en vêtir leurs figures.

Au commencement de la Galerie, il y a deux statues assises : ce sont deux statues sépulcrales, et elles se trouvent ailleurs de même. Il paroît à l'air que Tune 5 est Félicitas, et l'autre, Securitas. Il y en a une assise dans un fauteuil long et fait à peu près comme nos verrues. Ces statues représentent parfaitement chacune leur attribut moral. — Légèreté des draperies.

Au milieu est un groupe à? Hercule qui abat le \o Centaure. On voit dans Hercule des muscles puissants, mais moins que ceux de l'Hercule Farnèse. Il met sa main sur la tête et une autre sur un bras du Centaure, qui souffre une contraction générale dans tous ses membres. Sa queue est roide. Il semble i5 qu'il soit dans une attitude qui le disloque. Il est à demi abattu sous ses quatre jambes, et il n'y en a qu'une qui le soutient encore. Sa peau se replie dans sa longueur sous le poitrail. Il porte sa main x contre celle d'Hercule, sans la prendre ; ce qui est un signe uo de douleur et de foiblesse : il semble qu'incapable de se défendre il ne fasse que sentir sa douleur.

Le peu d'effort d'Hercule 2 et l'impossibilité où le Centaure paroît être de se défendre a peut-être donné à Raphaël l'idée, dans son fameux tableau où 23 il fait combattre saint Michel avec le Diable, de ne

i . Elle est moderne ; mais cette attitude est bien, et c'étoit apparemment l'ancienne.

2. Je me suis trompé à (sic) cela : car Hercule a une attention dans le visage, qui marque de l'effort.

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donner aucun effort à l'Ange, qui, d'un coup de pied et sans toucher le Diable, le terrasse, comme par une vertu invisible.

On voit le buste de Sapho. Elle ouvre un peu la 5 bouche, et l'on voit le bout de ses dents, qui, plus blanches, semblent être d'un autre marbre. Elle a une espèce de diadème, marque peut-être de divinité: car ce ne peut être un attribut royal. — Il faut voir si les femmes grecques se coiffoient ordinairement

io de même.

César est représenté effectivement sans cheveux sous (sic) les tempes. Cette tête ne me paroit pas bien belle. — On lui a mis un trop grand buste pour sa tête. — Le buste est moderne, comme il y en a

i5 plusieurs qu'on a ajustés sur des têtes antiques. Buste d'Augttste. — Les cheveux lui tombent sur le front, comme à Antinous.

Outre le buste d'Auguste, il y en (sic) a une grande statue. Il harangue au (le) Sénat et tient d'une main

20 son papier roulé. Les bras sont nus, et il en avance un. Légèreté des plis de sa robe. Il semble qu'il y a deux robes. Celle de dessous les plis descend sur les jambes et remonte, pour passer du côté droit sur le bras gauche, où elle descend par derrière jusqu'à

25 terre. La robe de dessus vient des épaules, et, sans couvrir le dos, un côté descend à droite au-dessous du genou, et remonte sur l'épaule gauche, et tombe à terre; l'autre côté, qui est à gauche, passe sur l'épaule gauche et va se fourrer (?) dans le contour

3o qu'a fait, sous le ventre, l'autre partie de cette espèce de manteau. Comme cette robe se replie, il y

a un contour ovale de quelques plis admirable (sic), et ils ne sont point trop ronds dans le lieu où ils sont plies davantage. Comme cette robe n'est fendue nulle part, on croit qu'elle se mettoit comme une jupe de femme. 5

Les bustes de Cicéron, et de Sénèque, et de Marc Agrippa, avec ceux d'Hadrien, dont nous parlerons, sont les plus estimés des connoisseurs. Ces trois premières têtes, outre l'expression, ont un art qu'il est très difficile d'imiter. On en sentira encore mieux io la beauté, en les comparant avec la tête de Claudius, qui n'a point ce tour qui plaît, qui est plate, mal tournée et sans art.

Matrona Romana. — Il suo abito è nero, ai marmobasalte. La tête, les mains et les pieds sont de mar- i5 bre blanc, qui sont postiches. Le voile qui couvre la tête est encore de basalte, et l'on y a rapporté la tête dedans. — Ce basalte est un marbre d'Egypte, couleur de plomb.

Léda. — Elle a la gorge et la poitrine découverte 20 jusqu'au genou (sic) et une espèce d'indusium, qui lui descend du bas de l'épaule gauche et laisse voir toute la droite; de façon que tout le bras droit est découvert. Les deux bouts de cette espèce de manteau passent sur le bras gauche, et, au-dessous, sort 25 un cygne qu'elle tient par la main. Cette chemise est légère comme du linge, et le nu est marqué, surtout ses fesses. Vous diriez que les draperies sont d'un autre marbre que le nu. Sa posture, un peu accroupie, est un signe de honte. Elle baisse un peu la tête 3o et présente sa main à ses tétons. Elle a une noble

pudeur; elle n'ose regarder son cygne, qui la regarde amoureusement. Ses cheveux sont arrêtés par une espèce de diadème étroit, qui étoit (je crois) la coiffure grecque. Elle est dans une pondération juste. 5 Ses membres sont d'une rondeur admirable : vous diriez que c'est de la chair. Elle est svelte et dégagée. — C'est une très belle statue : plis beaux, en petit nombre; les membres paroissent.

Tibère. — Cette tête pourroit bien n'être pas de io son temps et être un peu moderne.

Une grande statue de Marc-Aurèle jeune, avec un ornement impérial, qui, sans prendre les bras, va, du côté droit du col, envelopper le bras gauche et tombe. De la main gauche, il tient le globe du i5 Monde, et, de l'autre, une espèce de sceptre. Il est couronné de lauriers, le corps nu; les contours sont nobles, et il paroît dans les membres une fraîcheur et une rondeur admirable.

Un Lutteur, qui regarde avec plaisir un vase qui 20 est le prix de sa victoire. — Rondeur dans les membres. Les muscles des bras sont un peu plus marqués depuis le coude. Très bonne statue.

Caligula. — Bonne tête.

Celle de Claude n'est pas bonne.

25 Agrippina.

Il y a quelques bustes hors de la suite, dans une

pièce à côté. Il y a un buste du feu Grand-Duc, de

Montacuti. Il a fait une perruque, non un visage

ou un buste, tant le visage est enfoncé dans la

3o coiffure.

Une Bacchante. — Un tigre auprès d'elle. Elle lui

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met la'main sur la tête. Elle marche et semble se mouvoir. Le pied de devant, qui n'appuyé que des doigts, et celui de derrière, qui se lève, semblent être en mouvement. Le vent ou l'air agité fait aller ses habits en arrière, et ils plaquent sur le devant de 5 ses cuisses. Ses bras sont admirables.

Buste de Néron, une Méduse sur la poitrine, imité dans plusieurs bustes de ses successeurs : il semble que les Empereurs voulussent se rendre formidables1. I0

Galba a sur sa poitrine une tête double; apparemment c'est Janus.

Une Bacchante . — Il me semble que le contraste de ses bras, étendus, l'un, en haut et, l'autre, en bas, et (sic) de façon qu'il est trop contraste (sic), c'est- i5 à-dire trop affecté.

Vestale. — Elle a une tunique qui tombe sur les talons, par-dessus un autre habit, qui ne joint point en devant (sic), mais se relève et se plie de droite à gauche et va passer sur le bras gauche, qui en est 20 couvert. Une ceinture lie ces deux habits immédiatement sous les épaules et forme mieux la rondeur du sein, qu'il semble que l'on voye nu sous l'habit. Elle a, à côté droit (sic), le feu sacré; une tasse à la main gauche. Ses cheveux sont arrêtés par un 25 bandeau, et son voile laisse voir les cheveux et le bandeau. Le diadème est donc un ornement sacré.

Mercure appuyé contre un tronc d'arbre, avec son bonnet ou petasus.

1 . [En .marge :] Les auteurs le disent de certains : de Caligula, par exemple, et de Commode ou Caracalla (je crois).

Othon, avec son galerins ou fausse perruque; le visage délicat, comme celui d'une femme.

Le Bacclms de Michel-Ange est parmi ces statues antiques et ne cède à aucune. L'ivresse y est admira- 5 blement exprimée. Beauté des contours. Il est droit; mais on sent la peine qu'il a à se soutenir. Ce ne sont point ces attitudes violentes qui mettent un homme en l'air, comme le font voir les peintres flamands : un Dieu ne doit pas tomber. Il est appuyé

io sur un petit Faune, aussi ivre, qui est lui-même appuyé sur un tronc. — C'est ce Bacclms que Michel- Ange fit enterrer, lui ayant auparavant cassé une main, pour faire une pièce à Raphaël.

Bérénice. — Elle étoit là inconnue ; le père de Mont-

i5 faucon, passant à Florence, la baptisa et fit voir une médaille où elle est de même. Le Grand-Duc a cette médaille, m'a dit le sieur Bianchi. Elle a beaucoup de cheveux, et ils sont artistement arrangés dessous et dessus son bandeau royal. Cependant ce

20 n'est pas cette reine d'Egypte Bérénice dont les cheveux furent changés en une constellation. Les rois et reines d'Orient ont tous le diadème. Il paroît que Monime pouvoit bien s'en servir pour s'étrangler. Censor romanus. — C'est la gravité même.

25 Julie, femme de Tite. — Coiffure de cheveux très haute.

Une statue d'un jeune homme penché, qui se retourne et regarde vers le ciel. Un chien est derrière lui, qui regarde aussi vers le ciel et jappe; ce

3o qui fait voir que c'est Endymion, qui regarde la Lune.

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Une Bacchante couronnée de lierre. — Des raisins dans la main; un tyrse de l'autre.

Domitia. — Elle a un voile sur ses cheveux. Son front paroît presque en triangle: car ces cheveux se reculent, et font une pointe au milieu, et 5 tombent jusque sur les sourcils au (sic) côté.

Nerva a l'air d'un bon prince.

Matidia.

Plautina, femme de Trajan. — Elle pria (?) les Dieux.

Une statue d'un homme nu, sans aucuns attributs 10 particuliers. Lorsqu'on en trouve de telles, on juge que c'est un Génie, et il y a raison pour cela, parce qu'on en trouve de tels dans les médailles. Mais, d'ailleurs, si cela n'étoit pas ainsi, l'ignorance le demanderoit de même. i5

Une autre Vénus, comme celle de Médicis. Le torse, antique; et les jambes ont été faites par Foggini. Il y a une troisième statue de même dans la Galerie, et toutes trois, dans les mêmes attitudes; ce qui fait voir que c'étoit une manière particulière pour 20 représenter la honte matronale. En effet, elle fait tout ce que peut faire une femme nue pour se couvrir : s'accroupit; met une main en bas; l'autre à son sein.

Nerva et Trajan. — Bonnes physionomies. ib

Hadrien est le premier empereur qui ait de la barbe *.

Mars. — De marbre noir d'Egypte, appelé basalte.

1. [En marge:] Il y a deux têtes (bustes) d'Hadrien dans cette Galerie, et toutes deux admirables. Beaux airs de tête. Capelli e barba dolci al principio, e poi ritrovati.

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Les contours me paroissent ondoyants, incertains et grossiers. Tient d'un côté une épée où il n'y a que la poignée : point de garde, mais des branches; et le doigt index passe par-dessus. Les autres doigts sont 5 à la poignée; de façon qu'elle se tenoit différemment de la nôtre. Il tient de l'autre main un bouclier. La poignée est toute grossière.

L'Apollon qui se repose. — Il est assis et paroît fatigué. Il a un pied sur une tortue. Son carquois

10 pend à l'arbre sur lequel il s'appuye. Il tient d'une main son arc; la flûte, de l'autre.

Une Vestale, et, vis-à-vis d'elle, Antinous. — Il a la tête un peu penchée : signe pour le reconnoître. Ses cheveux tombent sur son front et en couvrent une

i5 partie. Je croirois que les Anciens, qui parlent sans cesse d'un petit front, n'ont jamais voulu parler d'un front qui n'eût point de hauteur : ce qui feroit paroître un crâne étroit ou le haut de la tête trop grand et disproportionné; mais qu'ils ont voulu parler d'un

20 front sur le haut duquel les cheveux tombent, comme ceux d'Antinous : « Et ingros angusta fronte capillos l. » Cet Antinous est une des plus belles têtes de la Galerie.

Prométhée . — Torse très beau. Il élève un bras et

25 un doigt en haut. Sa tête est élevée et tournée un peu de l'autre côté. Il s'appuye sur un tronc, encore de l'autre. Tout cela pour la pondération. Il tient un

1 . [En marge : ] Et, en effet, le front de Pan est excessivement étroit. Il (sic) est camus ; défaut que les Anciens haïssoient beaucoup : témoin le Pan antique qui est dans la chambre que Bianchi s'est réservée pour son étude, dans la Galerie de Florence. — Voyez page 53.

flambeau à la main. Ses cheveux tombent sur le devant de ses épaules avec tendresse. Tout est proportionné. Il est svelte. Beauté, et grandeur, et noblesse des contours. Sa tête est (je crois) moderne.

Le jeune Faune masqué qui dérobe les raisins de 5 Bacchus. — Bacchus lui ôte le masque et le découvre. Le petit Faune lui embrasse les genoux. Attributs.

Lucius Verus et Lucilla. — Têtes rares. Autres...

Mars et Vénus. — Mars veut s'en aller. Vénus le retient. Elle a au bras le cestus. C'est cette divine 10 ceinture qu'Homère décrit si bien. Il me semble que la raison pourquoi les sculpteurs n'ont pas voulu la mettre autour du corps, c'est qu'ils n'ont point voulu couvrir et rompre le nu de cette partie ; ce qui auroit empêché de voir la beauté du dessin. l5

Bacchus et Faune. — Bacchus, orné de lierre, s'appuye sur le petit Faune. Il semble lui demander de le suivre, et le Faune, lui demander de rester. Il a une peau de bélier. Au bas est sa flûte, qui, au lieu de sept tuyaux, en a dix ; ce qui pourroit bien venir 20 de l'ignorance de l'ouvrier. La chaussure de Bacchus est singulière : ce sont des espèces de brodequins; une jarretière sous le gras de la jambe, et, dessous la jarretière, quatre figures de tête de bélier.

Ensuite la Galerie retourne en équerre une ving- 25 taine de pas, et on voit sur ce bout :

Sabina, femme d'Hadrien. — Les ligatures de ses cheveux tiennent lieu d'obscurités, et les cheveux, même liés, de grands clairs.

Plus, une statue d'une fille, élève ou maîtresse du 3o cavalier Bernin.

Une ébauche d'un buste de Brutus, avec ces vers :

Dum Bruti effigiem sculptor de marmore ftnxit, In vicntem sceleris venit et abstinuit.

L'inscription dit que ce sculpteur étoit Michel- 5 Ange.

Un petit Annius Ver us.

Un Dieu Pan affreux: des grimaces; hirsuta barba.

Deux trophées ou deux colonnes carrées, où io sont exprimées en bas-relief toutes les armes dont on se servoit.

Très grand buste d'Hadrien. — Très beau.

Grande Statue étrusque. — C'est un Magistrat en

robe longue, qui harangue le Peuple. Elle est en

i5 bronze. Sa robe est moins étendue que celle des

magistrats romains; mais elle se relève sur le bras

comme la leur. C'est une bonne sculpture. Il y a des

lettres étrusques qui ne se peuvent entendre, et

l'attitude et l'air d'un homme qui harangue sont très

20 bien exprimés.

Une Muse, avec une robe qui lui descend jusqu'en bas. Aujourd'hui, on feroit moins de plis.

Une statue du moyen empire, où l'on voit le mauvais goût commencer : car les lettres latines sont, 25 dans l'inscription, mêlées avec des lettres grecques. La Vénus qui se tire une épine du pied. — Elle est assise, et s'appuye d'une main, et porte son pied sur son genou. On voit qu'elle souffre, et elle va pleurer. Corps grec et svelte. Elle a une épaule un peu 3o contrainte (?).

La Chimère, en bronze.

Ganymède, une grande aigle à son côté, qui, avec une aile lui couvre une fesse et le regarde amoureusement. Ganymède lui montre un aiglon. Les plumes de l'aigle s'élèvent. Les cheveux du garçon sont 3 admirablement bien bouclés.

Un joli groupe : V Amour caresse Psyché, qui le serre de ses bras. L'Amour lui passe une main derrière la tête, et, de l'autre, il lui touche la joue. Psyché paroît languir d'amour. Cupidon est plus 10 animé. Psyché a ses ailes de papillon.

Un bel Apollon de marbre.

Un bel Apollon en bronze, avec un piédestal orné d'un beau bas-relief de Ghiberti, le même qui a fait la belle porte de Saint-Jean. Il y a la même légèreté. '-ï Un côté représente un sacrifice à Bacchus. Il y a un feu sur un bûcher très bien représenté, aussi bien que la résistance de la victime qu'on conduit. Dans l'autre, on voit Ariane traînée par des tigres; une Bacchante la couronne. Feuillages et pampres très 20 bien faits.

Une Muse, un papier à la main. — La draperie en est admirable.

- Un Alexandre mourant. — On voit qu'il avoit le visage beau; il étoit assez plein. C'est un buste 25 admirable et un des plus beaux de la Galerie.

Un Buste inconnu. — C'est sans doute quelque roi d'Asie. Il a au-dessus du front cinq rangs ou boucles de cheveux. Derrière sa tête, ses longs cheveux sont tournés en forme de couronne, et entre cette cou- 3o ronne et les cheveux du dessus de la tête est un

enfoncement de séparation, comme si c'étoit le lieu où il mît son diadème. Il n'y en a pourtant point. — C'est un buste des plus beaux de la Galerie.

Là commence la seconde aile de la Galerie. Non 5 seulement les bustes, mais aussi les statues qu'on a mis dans cette partie de la Galerie ne sont pas de la force de celles (sic) de l'autre aile.

Le Satyre Marsyas, attaché par les bras à un arbre et écorché. — Ses bras sont trop petits et trop grêles; io le reste paroît bien proportionné. L'expression n'est pas vraye : il semble que c'est une espèce de rire. On a bien vu des gladiateurs blessés sous les aisselles rire; mais c'est un accident peu ordinaire.

Un Scrinarius, en grand. — Sa robe est un peu i5 moins ample que celle des consuls. Il y a, à côté de lui, une espèce de coffre fait comme un boisseau, où ils (sic) mettoient leurs papiers. Il tient un papier à la main gauche, un peu déroulé, et il indique, de l'autre main, l'endroit cherché.

20 Le jeune Commode, sans barbe.

Crispine, sa femme, assez laide. Le devant de ses cheveux est comme une perruque d'abbé.

Un Pertinax, dont la barbe n'est pas encore finie, tant il régna peu. — Les médailles et statues de ces 2b empereurs (sic) doivent être très rares. Par exemple, les statues de Didius Julien et de sa famille pourroient bien n'être qu'ébauchées, tant elles sont mal faites, et tant cette famille subsista peu. — Voir cela. Le buste de Pertinax. — Assez bon.

3o Didia Clara, fille de Didius Julien.

Statue d'Esculape, avec un serpent autour du bâton où il s'appuye, et des herbes dans la main. — Sa tête et ses cheveux sont liés par un cordon, un peu au-dessus du front.

Une statue assise : Venere génitrice. — Elle tient 5 l'Amour naissant sur un bras, et lui montre, de l'autre, son arc. L'Amour lui tend les bras.

Consul loquens.

Julianus.

Manlia Scantilla, sa femme. — Buste assez bon. 10

Albinus. — Tête rare, d'albâtre oriental.

Un Roi de Plirygie, avec ses longs cheveux. — Paludamento reale lia soprà il braccio ; la fibula, soprà il petto, con un elefante dentvo ; il scettro alla incuio ; il petto nudo al mezzo ; et les culottes ont des jours i5 par lesquel on voit la peau. Il est presque tout moderne: les cuisses, les jambes, la tête. Il n'y a que son torse et une épaule d'antique.

Narcisse, qui se regarde avec attention et amour dans une fontaine. Pondération et équilibre : la main 20 droite étant en avant, la gauche se porte derrière.

Septimius Severus. — C'est un buste qui n'est pas rare. La position de sa tête est dure. Ses cheveux moins bien faits que ceux des premiers temps; mais assez bons. 25

Julia Severina. — Son col, contre les règles, est plus grêle en bas qu'en haut. Ses cheveux sont un peu mieux que ceux des deux ou trois bustes précédents.

Julia Severi (sic) ». — Bona testa. 3o

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