MODÈNE, PARME ET MANTOUE
Le 17 juillet 1729, après dîner, je suis parti de Bologne et suis arrivé de bonne heure à Modène, qui n'est qu'à 3 postes de là. On trouve, sur les 5 confins du Bolonois, le Fort-Urbain, qui paroît être assez considérable. La garnison et le fort sont entretenus par le Bolonois. On passe, ensuite, une petite rivière, appelée le Panaro, qui sépare le Bolonois des États de Modène. A 5 milles de là, 10 on arrive à Modène, petite ville, faisant environ le tiers de Bologne, sans beauté et triste. Je pensois, en entrant à Modène, à l'étonnement de Made de Modène lorsqu'elle entra pour la première fois à Modène. «5
Le Palais du Duc seroit beau, s'il étoit achevé. Il aura trois ordres : dorique, ionique et corinthien, et quatre aux pavillons. Ce sera un bâtiment carrélong. La largeur de la cour se trouve dans la longueur du carré. Cette cour est entourée de portiques 20 qui régnent sur tous les étages. Du milieu de la ligne qui fait la longueur de la cour, il part un autre portique qui sépare la largeur du bâtiment en deux. C'est au côté gauche, qui est fini, que l'on trouve l'escalier. 25
Ce qu'il y a de singulier à Modène, et qui est une des belles choses d'Italie, c'est la Galerie du Duc, qui n'est pourtant pas une galerie, mais un appartement. C'est un recueil des plus beaux tableaux
5 du Corrège, des Carrache, du Parmesan, de Paul Véronèse et du Titien, et quelques Raphaëls. Il y a la Nuit du Corrège et un petit tableau enfermé, qui est sa Madeleine. Ces deux pièces sont sa (sic) dernière manière, et elles sont sans prix. C'est là qu'on
io admire cette fusion de couleurs qui n'est qu'en lui, et qui semble seule faire le relief des corps et donner quelque chose de tendre à la chair. Il y a un saint Georges de la première manière, que quelques-uns estiment plus, parce qu'étant plus sec il est mieux des-
i5 sine et les contours mieux marqués. Il y a, du Titien, un petit tableau du Pharisien qui tente Jésus-Christ , en lui demandant s'il faut payer le tribut, et lui montrant une pièce de monnoye. Il est impossible de mieux marquer l'air d'un fourbe et l'air sage de quel-
20 qu'un qui s'aperçoit de la tromperie. Il y a de très beaux tableaux de Paul Véronèse, et en quantité, et ce sont de très grandes pièces; une Vierge admirable de Louis Carrache, qui est aussi à Bologne ; beaucoup de grands tableaux des Carrache : ce sont ces grandes
25 machines de tableaux qui sont difficiles à trouver.
La manière dont les ducs de Modène ont fait
cette galerie est aisée : ils ont pris tous les tableaux
qui étoient dans les églises de Modène, et les ont
fait porter chez eux; c'est ce qui leur a donné ces
3o belles et grandes pièces, et ce qui fait que, du reste, à Modène, il n'y a rien qui vaille.
t. il. ii
Il y a là une chose qui impatiente; c'est qu'on a mis sur les soffites des originaux des meilleurs maîtres. Ils sont hors de la vue, et ils sont mis là comme dans un puits. Il y a une chambre où il n'y a au soffite que des tableaux de l'Albane; une autre 5 où il n'y a que des tableaux du Tintoret.
Lorsque le duc de Modène a eu acheté La Mirandole, on lui a fait donner de l'argent pour acheter les meubles, et on lui a fait acheter jusques aux cloches, comme étant de bronze. Puis, on a dit qu'on »o n'avoit pas vendu la place, et on y a laissé une garnison, qui n'est pas commode.
Le Duc a, de plus, une pension à payer au cardinal Pico, à cause des biens allodiaux.
La Mirandole vaut 5, 000 pistoles de revenu. Le duc >5 de Modène en a payé, pour le prix et les suppléments, 180,000. Le duc de Novellara étant mort, le duc de Modène a succédé à une partie, comme fief de la maison d'Esté ; l'Empereur a pris possession de F autre.
Arrivant à Modène, j'avois une lettre pour M. Mu- 20 ratori, qui est le bibliothécaire du Duc, et qui me fit bien des politesses. C'est un habile homme. Il donne au jour le Recueil des Historiens d'Italie, qui s'imprime à Milan.
Je trouvai, de plus, à Modène le comte Guicciardi, 25 fils du comte du même nom qui est envoyé de l'Empereur à Genève, et qui est de Reggio. Je l'avois vu à Venise, et il était parti de Vienne peu de temps après moi. Il m'a fait beaucoup de politesses.
Les principaux savants d'Italie de mon temps étoient Mgr. Bianchini, qui mourut à Rome; le père Galliani; à Venise, l'abbé Conti; à Vérone, le marquis Mafïéi, qui a fait la Mérope et bien d'autres 5 livres ; à Bologne, M. Manfredi et autres professeurs : entre autres, un professeur pour la philosophie naturelle, qui se nomme (je crois) Monti; à Modène, M. Muratori; à Turin, le père Roma et l'abbé Lama; à Milan, la comtesse Borromeo ; à Naples, le conseilla 1er Grimaldi. Je les ai tous vus, excepté Manfredi et Bianchini. Plus, il y a le marquis Orsi, Bolonois, à Modène.
J'ai eu une audience de M. le duc de Modène, d'une bonne heure. C'est un vieillard de y5 ans,
i5 qui a vu les pays étrangers, a été longtemps cardinal. C'est un homme de bon sens, qui gouverne bien. Dans la conversation, il m'a parlé de son âge et m'a dit que les princes de sa maison ne vivoient pas; mais que Muratori lui avoit dit qu'il y en avoit un de
20 sa maison qui avoit vécu cent ans; qu'il étoit maigre comme lui et vivoit comme lui. L'envie de vivre fait que nous autres hommes nous prenons à tout ce qui peut nous persuader que notre fin est reculée. Nous avons beaucoup parlé du Pape, qu'il regarde comme
25 un saint; du Roi, de Louis XIV, qui lui avoit fait bien des politesses à son voyage de France, avec la duchesse d'York, sa nièce, qui passoit en Angleterre.
J'ai vu la bibliothèque du Duc; elle est assez nombreuse, et Muratori l'a augmentée.
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M. Muratori n'a trouvé, dans la bibliothèque et dans les archives, aucune pièce de la langue italienne avant le siècle mille cent (sic).
M. Muratori a fait la généalogie de la maison d'Esté, imprimée, à Modène, dans l'Imprimerie 5 ducale (1717). Incontestablement, la maison de Brunswick vient de celle d'Esté, par Azon d'Esté, marquis de Lombardie, père de Guelf, duc de Bavière, fait duc de Bavière en 1071, comme le raconte Lambert d'Aschaffenbourg. 10
M. Muratori, dans la préface, traite des différents sentiments sur la généalogie de la maison de France. Il traite encore de la généalogie des ducs de Savoye. Il prouve incontestablement qu'elle ne vient point de celle (sic) des ducs de Saxe, et en met les conjec- i5 tures en poudre. Il la fait commencer à Bérold, qui vivoit l'an 1014.
Il commence la maison d'Esté à 930, d'où il la conduit, par preuves, jusques ici, et, par des conjectures, il la fait commencer du (sic) 810, en l'atta- 20 chant à Adalbert, marquis et duc de Toscane.
Il y a encore dans le Milanois une branche de la maison d'Esté, et qui succéderoit aux États de Modène, si cette maison venoit à manquer. Elle a des fiefs dans le Modénois, dans le Milanois. Elle 25 a perdu ceux qu'elle avoit dans les états du roi de Sardaigne par la dernière réunion. Je crois qu'ils s'appellent Saint- Martin.
Ils disent que la maison de Hanovre est attachée à cette maison-ci, parce qu'elle en descend, et que 3c
c'est celle sur laquelle ils pourroient le plus compter.
Ils avoient marié Amélie avec l'empereur Joseph:
sa mort les a empêchés d'en recueillir le fruit; le
prince héréditaire avec une fille d'Orléans : sa mort
5 en a empêché aussi le succès.
Ils ont un procès à Vienne, au sujet des allodiaux d'un prince de la maison d'Esté, mort à Modène. Le Duc a succédé à une belle terre dans les États de Modène. Mais les allodiaux sont disputés par les io princesses de Carignan, qui prétendent être plus près. Les Modénois prétendoient que cela devoit être jugé par les juges du pays : s'agissant de biens situés dans leur pays, et les princesses de Carignan n'étant là que particulières. Mais l'Empereur a attiré i5 cela au Conseil aulique, comme s'agissant d'affaires de princes.
Ces gens espéroient aussi avoir part à la succession de Brunswick. Mais M. le duc de Bourbon a acheté la duché de Guise. La duchesse de Brunswick 20 a (sic) resté quelque temps à Modène. Mais quelques démêlés avec la princesse héréditaire de Modène lui firent prendre le parti de se retirer.
Il y a, outre la duchesse de Parme, deux autres filles du duc de Modène. L'aînée a environ 32 ans.
25 II y a à Modène un canal qui va se jeter dans le Pô, qui porte à Venise dans trois jours et demi. Ce canal commence à ioo pas du Palais.
Les Écuries du Duc sont belles. Il n'y en a que la moitié d'achevé, c'est-à-dire un côté. Il v avoit
ioo chevaux assez beaux. Il y avoit, de plus, d'autres écuries. Le Duc aime les chevaux.
Le Collège de Modène. — Ce sont des prêtres qui en ont soin. On n'y reçoit que des cavaliers, et de l'approbation de M. le Duc. Ils sont séparés en 5 chambrées, et qui ne se communiquent point. On les (sic) apprend à être gentilshommes, et non pas à être moines ni prêtres. Ils ont une maison de campagne, où ils vont à la chasse, dans les jours de congé, dans des plaisirs destinés pour eux. Ils 10 ont toutes sortes de maîtres. L'entretien d'un écolier, en tout, va à 5o pistoles d'Espagne. Ils vont à la Cour, dans les fêtes publiques, montent à cheval avec les chevaux du Duc. Cela les (sic) apprend à être moins timides et les accoutume au monde. Les i5 Jésuites ont bien souvent couché enjoué ce collège; mais ils n'ont pu y mordre, parce que c'est une ancienne fondation, et que, d'ailleurs, leur manière est différente.
Bernardi Ramazzini Opéra omnia (Genève, 171 7, 20 in-40). — On y trouve plusieurs traités : un De admiranda Fontium Mutinentium Scaturigine ; un autre De Morbis Artificum ; un autre De Barometro ; un autre De Virginum Vestalium Sanitate tuenda; un autre De Principum Sanitate tuenda. Il faut l'acheter 25 à Genève.
A Modène, les Rangoni, les Montecuculli, les Cesi.
Une branche Montecuculli est allée à Bologne, épouser une Caprara; l'autre est restée.
La marquise Cesi tenoit la conversation. C'est une jolie femme. J'y ai vu la comtesse Marchani, 5 sœur du comte Ercolani, qui est (je crois) de Bologne.
J'ai remarqué, dans presque tous mes voyages, que plus le peuple est misérable, plus il est rusé et fripon. A Modène, où le peuple est accablé 10 d'impôts, on ne peut changer une pièce d'argent sans être trompé. A Bologne, où il est à son aise, la bonne foi y est assez. Il n'y a pourtant que 2 postes de différence.
La monnoye de Modène est de méchante monnoye i5 de billon : l'argent est altéré; et le reste, en cuivre, porté très haut : en sorte que 4 espèces de liards et 1/2 valent un jule du Pape.
Les deux principales familles de Modène, et qui sont au-dessus des autres, sont les Rangoni et les 20 Montecuculli.
Le Duc est très avare. Il a donné sa confiance à des étrangers, qui se sont enrichis à lui faire croire qu'ils faisoient mieux ses affaires et faisoient mieux valoir ses revenus. Il y avoit, de mon temps, 25 un home de Lucques, nommé le marquis Lucchesi, qu'on disoit avoir, en cinq ou six ans de temps, gagné dans le pays 5oo,ooo écus romains. Je veux
croire qu'il y a de l'exagération. Il n'a d'autre charge que celle de l'intendance des Ecuries : la place de grand écuyer étant vacante, comme ne pouvant être conférée à un homme de sa naissance. Mais le Duc ne fait rien sans lui. 5
J'ai connu les comtes Molza, dont le père étoit à la reine d'Angleterre, de Modène.
Il y avoit aussi le comte Bosqueti et sa femme, qui étoit dame d'atour de la Princesse et ne l'avoit pas suivie à Gênes parce que cela auroit fait faire 10 de nouvelles difficultés sur le cérémonial.
J'ai fort bien passé mon temps à Modène. Il y a un café, où s'assemble la noblesse. De là, on va à la conversation chez la comtesse Cesi, qui est une très jolie femme. Il y a plusieurs gentilshommes qui ô ont tous bien du savoir-vivre. Les dames ont toutes beaucoup de politesses (sic). Les plus jolies étoient la comtesse Cesi et la comtesse Bosqueti. Bosqueti est un Piémontois qui est venu à Modène épouser l'héritière d'une autre branche. 20
Je voyois aussi beaucoup M. Muratori, qui est un ecclésiastique bien savant, et qui a mis au jour un très grand nombre d'ouvrages. Il est bibliothécaire du Duc; il est simple, naïf, a de l'esprit, charitable, honnête homme, vrai; enfin, c'est un 25 homme du premier mérite. Outre son Histoire de la Maison d'Esté et son Pétrarque, il a fait plusieurs autres ouvrages : un, Sur la Charité; un autre, De la Modération sur les Disputes de la Religion; d'autre (sic), Sur la Peste. 3o
Je suis arrivé 2 heures avant midi à Reggio. C'est une ville plus petite que Modène. Elle subsiste par les travaux qui se font, par (sic) la préparation des soyes, qui occupent presque tout le 5 monde dans la Ville.
J'ai été chez un Juif très riche, qui a un moulin où il se file une prodigieuse quantité de soye. J'ai vu toutes les diverses préparations qui s'y font. Une roue fait tourner un pivot, qui fait tourner
10 une poutre mince, dans sa longueur, sur elle-même. A cette poutre se rencontrent de longs essieux qui tiennent toute la largeur de la chambre; autour duquel (sic) sont différents dévidoirs et sans nombre. Par cette préparation, la soye passe des écheveaux
i5 que l'on avoit fait en dévidant les cocons dans l'eau chaude, elle passe (dis-je) sur la navette. On la met, ensuite, au moulin, où on la file; c'est-à-dire que les navettes chargées tournent et se dévident dans un écheveau. Mais le fil passant par un fil d'archal
20 se rompt dès qu'il y a un endroit foible ou défaut. Après quoi, un homme le rattache. Cet écheveau fait, les femmes doublent le fil de soye pour faire de l'organsin. Après quoi, on le met au moulin, et on le tord. L'organsin n'est bon que lorsqu'il est
25 bien filé et, outre ce, bien tordu; c'est-à-dire lorsqu'il fait des nœuds en le tordant avec les doigts.
Le Juif m'a dit que les manufactures d'organsin étoient bien tombées depuis que les François et autres nations avoient fait des moulins chez eux.
3o II m'a mené dans une autre chambre où il faisoit fabriquer des étoffes de soye. Il employoit, pour les
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étoffes, de la soye de Reggio, plus grosse, et, pour ses organsins, il se servoit de celle de Mantoue, bien meilleure et plus fine.
Des cocons qui ne se dévidoient pas bien à l'eau chaude, on fait une espèce de fleuret; et, des dessus 5 de cocons qui sont blancs, une espèce de filoselle. On met le tout ensemble, et on le travaille au peigne de fer; et ce qui s'accommode au peigne est filé par les mains des femmes, comme de la filasse.
Reggio est assez joli. Les rues sont plus larges 10 qu'à Modène, et il y a plus d'air. Du reste, ce n'est pas grand chose, ni pour les bâtiments publics et particuliers, ni pour les tableaux, ni pour le nombre des habitants. Modène peut avoir 2 5,ooo habitants; Reggio, la moitié; Parme, 35 à 40,000; Plaisance, i5 un peu moins que Parme et plus que Modène.
Le prince de Modène, n'ayant pour toute maison à Reggio que la Forteresse, a fait bâtir, à 3 lieues de Reggio, une maison de plaisance appelée Rivotta, et la princesse a fait bâtir, à 1/4 de mille de là, le 20 Rivottanin, autre petite maison, pour elle.
De Reggio à Parme, il n'y a que 2 postes.
A la seconde, après 1 ou 2 milles de chemin, avant de passer un petit fleuve, très gros l'hiver et sec l'été, on entre dans le territoire de Parme. Ce pays paroît 25 meilleur que celui de Reggio; mais il est un peu moins bien cultivé : car il est difficile de cultiver
aussi bien que les Modénois. On croit que le Parmesan n'est pas si chargé à proportion que les États de Modène. Cependant, il rend beaucoup plus.
5 II y a dans les États de Parme, pour le moins, un tiers plus d'habitants que dans ceux de Modène. Les États de Parme, du côté du midi, ont des montagnes formées par l'Apennin. De ces montagnes sortent bien des torrents. Les anciennes
10 constitutions des Ducs avoient défendu de cultiver ces montagnes, afin que les torrents entraînassent moins de sable dans le Pô. Mais on a cultivé tout, et ces montagnes sont fertiles comme les vallées mêmes. De plus, l'air, qui est très bon à Parme, y
i5 étoit encore meilleur autrefois, et on y voyoit des vieillesses prodigieuses. Mais, comme, par les défrichements, on a coupé les arbres des montagnes, lesquels couvroient le (sic) vent du midi, l'air a perdu cette admirable salubrité et n'est plus que bon.
20 Le duc de Parme est un prince qui ne songe qu'à passer bien son temps, et il fait de très grosses dépenses, outre qu'il en a de continuelles que le duc de Modène n'a pas: car il a 2 à 3, 000 hommes de troupes, au lieu que je ne crois pas que le duc
25 de Modène régnant en ait 5oo.
Le premier coup d'œil de Parme est très agréable. Les rues en sont belles, larges, vastes, grandes; les églises, belles; la fortification, en bon état. Les remparts font une très belle promenade. Les églises
sont pleines de belles peintures du Parmesan et du Corrège.
Comme les États de Parme ont été aux Papes, le Clergé y a des privilèges très grands; ce qui fait que presque tout le monde y choisit cet état. 5
Au Saint -Sépulcre, il y a deux beaux tableaux: un admirable, du Corrège, où l'enfant Jésus donne une main à saint Joseph et l'autre à la Vierge; et un autre très beau, du Parmegianin.
Au Dôme. — Le Dôme est peint par le Corrège 10 d'une manière inimitable. Le fond du soffire (sic) au bout du chœur, a été renouvelé par les Carrache, sur le dessin du Corrège, les peintures du Corrège ayant été détruites pour agrandir l'Église. Il y a auprès du Dôme, sur des arcs, des clairs- obscurs du i5 Corrège admirables.
A Saint-Jean, église des Bénédictins, le dôme est peint par le Corrège. Mais il est difficile de voir ces peintures, tant ce dôme est obscur. Mais il y a d'autres tableaux du Corrège et quelques peintures 20 du Parmesan.
J'ai été recommandé par le père Joseph Cerati au comte Cerati, son frère, qui est un jeune ecclésiastique très aimable. Il m'a mené avec le sieur Clément Voûta, habile peintre, voir les plus belles 25 choses de la Ville. Ce sieur Clément m'a fait voir un tableau de sa façon, d'un Loth enivré par deux de ses Filles, dont l'expression est très bonne.
J'avois aussi une lettre pour le comte chanoine Bernieri, qui m'a fait bien des politesses.
A Saint-Antoine, il y a un tableau inimitable du Carrache : une Vierge, l'Enfant et une Madeleine 5 qui le caresse; un Ange, à côté, qui regarde l'Enfant; un saint Jérôme, à côté. Le Jésus caresse la Madeleine et regarde saint Jérôme. Tout est en action dans ce tableau.
Le duc de Parme a 1,900 hommes de troupes,
10 cavalerie ou infanterie, tant pour ses gardes que pour ses garnisons de Parme et de Plaisance. Il lui faut, tous les jours, tant à Parme qu'à Plaisance, 4,5oo rations de pain, tant pour ses troupes que domestiques et autres.
i5 Le même homme (sic) dit qu'il (sic) a i3 millions de livres de Plaisance, qui reviennent à 6 millions 5oo,ooo livres de Milan. Il faut 7 millions de Milan pour faire 1 million de philippes; 1 philippe vaut 10 paules, qui valent 5 livres i3 sols de notre mon-
20 noyé actuelle; de façon que le Duc auroit environ 5 millions de notre monnoye de revenu. A ce compte-là (ce que je ne crois pas), Plaisance est plus riche que Parme, à cause du commerce qui y est plus grand.
25 Parme est un peu plus peuplé : le même homme croit qu'il y a 5o,ooo habitants à Parme.
Depuis que le duc de Savoye chargea trop de droits les marchandises de France qui passoient par
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ses états, on les fit passer par le Simplon, et là, au Lac Majeur ou celui de Côme, où il y avoit plusieurs maisons françoises. Mais, les Milanois ayant mis des droits aussi sur les marchandises, les marchands françois ont envoyé les marchandises par 5 Gênes, ou plutôt par Sestri-di-Levante ; d'où, par un trajet très court, elles arrivent à Plaisance et se répandent par toute l'Italie; de façon qu'il faut que la ville de Milan même prenne ses étoffes de Plaisance, où il y a 5 ou 6 maisons françoises io établies. Voyez (je vous prie) quel chemin il faut que prenne le négoce pour se défendre des continuelles entreprises des gens de finance! On le poursuit partout, et il se réfugie toujours quelque part.
Les ducs de Parme ont une belle maison de plai- i5 sance dans les murs mêmes de la Ville, qui est comme une espèce de maison de campagne, où ils passoient trois à quatre mois de l'année. Le bâtiment est beau, bien entendu : un grand corps de logis, avec deux ailes; de grandes pièces de pré; un très 20 grand et beau bois ; une belle pièce d'eau, dans laquelle il y a une île. Cette pièce fut faite pour être la scène d'un opéra fait à l'occasion du mariage d'un prince de la maison. Il y a aussi des peintures.
J'ai connu à Parme l'abbé comte Jean-Francesco 25 Anguisola, oncle du père Cerati, qui est un homme de mérite et d'esprit et m'a fait toutes sortes d'amitiés. Il a un neveu, le comte Paul-Camille Anguisola. qui est capitaine dans un de nos régiments en France.
Presque tous les gentilshommes, à Parme, prennent l'habit ecclésiastique à cause des grands privilèges qu'ils y ont : ce pays ayant été sous la domination des Papes.
5 Grand nombre de fêtes à Parme.
Je trouvai à Parme la comtesse Volpari, avec laquelle je fis connoissance. Elle est de Plaisance. Elle étoit dans une auberge. Elle étoit amie des Cerati. C'est une espèce de folle, plaisante, et qui io a de l'esprit.
J'ai vu un assez beau cabinet de tableaux dans la maison du marquis Santi.
Le duc de Parme a une ménagerie, où il y a des lions, des tigres, des ours
o M. Silhouette, étant à Parme, demanda à voir le Duc, qui étoit à Sala, maison comme Marly, où il ne voit personne, et qui étoit celle qu'il avoit pendant qu'il étoit particulier. On lui demanda son titre. Il dit qu'il étoit « conseiller-secrétaire du Roi, mai-
20 son et couronne de France et de ses finances ». Ce titre parut si respectable au Duc qu'il lui fit dire qu'il n'étoit pas en état de le recevoir ; mais que, s'il vouloit absolument le voir, il iroit à Parme, recevoir sa visite. Je fis remarquer audit M. Sil-
25 houette la bonté du Roi qui rend si brillant aux yeux des étrangers le premier pas que l'on fait dans la noblesse.
J'ai été voir l'appartement du palais du duc de Parme, où sont ses tableaux: car il en a une partie là et une autre partie dans sa galerie. Il y a la même remarque à faire là que sur la galerie de Modène : c'est que ces princes ont beaucoup tiré des églises; 5 à la différence qu'à Parme il est resté plusieurs tableaux et plusieurs peintures à fresque, comme les deux coupoles de Saint-Jean et du Dôme, du Corrège, et plusieurs autres ouvrages du Parmesan. Le duc de Parme a trouvé des tableaux de ces grands 10 maîtres jusque dans les villages et petits monastères.
Je fais, en passant, cette remarque que la plupart des ouvriers seroient très bons s'ils étoient bien montrés. Ce que l'on peut voir par l'exemple des trois Carrache, bons, parce que deux avoient étudié i5 sous Louis, et des trois Parmesan ou Mazzola, bons peintres, parce qu'ils avoient été sous de bons maîtres ; de tous les élèves de Raphaël et des Carrache, qui ont tous réussi.
Dans cette grande quantité de tableaux qui sont 20 dans cet appartement, tous bons, il y en a d'excellents : un petit Enfant du Guide, qui dort; une Vierge du Parmesan, admirable ; quatre grands tableaux, des copies de certaines peintures du Corrège, faites par les Carrache, parce que les originaux 25 se perdoient (ce sont des ouvrages admirables); un beau saint Michel de Rubens; un Enfant qui dort de Van Dyck; et une infinité d'autres beaux tableaux.
On voit, ensuite, une petite bibliothèque, séparée de la grande, de livres choisis, qui ne sont pas bien 3o choisis.
VOVAGE EN ITALIE I ï 3
La galerie du marquis Santi est composée de quelques bons tableaux et beaucoup de médiocres. On la vendroit. On dit en avoir refusé 12,000 écus romains.
5 Le Théâtre de Parme étoit d'abord fait pour être la salle des gardes du Palais des Ducs, qui n'est pas achevé, et qui est inhabité par cette raison, les Ducs demeurant au Vieux Palais, où sont les tableaux dont j'ai parlé. Le Théâtre est grand, et trop grand
10 pour un petit prince, qui n'a pas de quoi l'éclairer : ce qui fait qu'il reste presque inutile. Il est fait en manière d'ovale et a quelque chose des théâtres des Anciens; de façon que la voix se communique très aisément. L'officier me demanda ce que je voulais
i5 dire doucement à ses Suisses, qui étoient à l'autre bout, pour me faire voir qu'ils l'entendroient. Je fis cette demande : « Combien avez - vous bu de bouteilles de vin aujourd'hui?» Ils me répondirent: « Quatre. » Je demandai à cet officier si l'on faisoit
20 de ces (sic) opéras en Suisse. Il me répondit que
non. Je lui demandai si, dans le cabaret, on ne
chantoit pas quelque petite chanson. Il me répondit
qu'il y avoit de ces opéras -là.
Je fus, le lendemain, voir, dans le même palais
23 inhabité, la galerie du Duc. C'est une très belle chose et un recueil de beaux tableaux. Ce sont là ceux qui ont été de tous temps à la maison; au lieu que ceux qnï sont dans le palais que le. Duc habite ont été acquis par le feu Duc, fr.ère de celui :qui
3o règne aujourd'hui.
T. II. l5
Il faudroit que Raphaël eût vécu mille ans pour avoir fait tous les tableaux qu'il a faits
Dans cette galerie, il y a un grand nombre de beaux tableaux, entre autres : une petite Vierge du Corrège; la Pluye d'Or du Titien; deux copies faites 5 par les Carrache : l'une, des trois Grâces, de trois Grâces (sic) de Raphaël qui sont au petit Palais Farnèse ; l'autre, d'un autre morceau du même ; l'ébauche, en petit, du fameux Jugement de Michel- Ange, qui est à la Chapelle de Sixte, et que l'on 10 voit mieux à son aise, et qui est mieux conservé. Enfin, le tout est plein d'originaux du Corrège, du Parmesan, du Titien, de Raphaël, des Carrache
II y a aussi plusieurs beaux ouvrages de Schedone.
Les ducs de Parme sont extrêmement jaloux des i5 choses qui leur appartiennent. Ce sont des difficultés très grandes pour voir la moindre chose. On ne peut voir le Théâtre sans un ordre de la main du Duc. Or cet ordre ne seroit naturellement pas plus nécessaire qu'il ne devroit l'être pour voir la Grande 20 Place. Il en est de même des deux cabinets de tableaux. Il faut, de même, un ordre pour voir Colorno, maison de plaisance du Duc, et voir jouer les eaux : choses pour lesquelles, il faut un ordre de sa main. Je ne sais si toutes ces cérémonies se 25 font par fête, ou pour faire donner une manche plus grosse, ou par politique, pour retenir plus longtemps les étrangers. — Je n'ai point vu ce Colorno, parce que le Duc étoit à Sala, sa maison lorsqu'il n'étoit que prince, et que l'ordre ne vint pas à temps. 3o
VOYAGE EN ITALIE I l5
C'est une misère que de voyager par la poste dans les états des petits princes d'Italie. Ils ont besoin de leurs maîtres de poste, parce qu'ils prennent leurs chevaux sans payer, et leur donnent à 5 courir sus aux étrangers. Ce duc de Parme, par exemple, paye 2 livres de sa monnoye, par cheval, à son maître de poste, pour les services de la Cour; et les étrangers en payent 7, par cheval. Aussi les maîtres de poste y ont-ils des droits inusités. Quand 10 un homme est venu par la poste, fût -il dix ans à Parme, il faut qu'il s'en retourne par la poste. Le privilège des trois jours n'y a pas lieu.
Le duc de Parme lève bien plus de 100,000 pistoles ou 2 millions de notre monnoye actuelle sur i5 ses sujets. Jamais duc de sa maison n'a été si peu chargé de cours collatérales : car il n'en a aucune. De plus, il a augmenté les subsides de plus de 12,000 pistoles, et il n'a pas un sol. Il ne songe à rien qu'à se divertir.
20 Je suis arrivé à Mantoue le 27 juillet, à la pointe du jour, ayant couru toute la nuit et étant parti la veille, à 22 heures, de Parme.
Ce même matin, j'allai voir le Palais du Té, qui est un lieu où les ducs de Mantoue avoient leurs
25 écuries, et que le duc accommoda de quelques appartements, a}rant fait une grande cour carrée d'ordre dorique, à un étage. Et, pour ajuster les triglyphes de son dorique, Jules diversifie (sic)
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les espaces de ses colonnes avec symétrie, ayant mis plus de triglyphes aux pilastres du milieu qu'à ceux des côtés. Il a, de même, diversifié les espaces des pilastres : les côtés qui ne sont pas vis-à-vis étant différents; et, dans le côté vis-à-vis de l'entrée, 5 une espèce de salon ou atrium, par où l'on entre des deux côtés dans les appartements, et qui règne sur un parterre. Il est orné de peintures de Jules Romain, et de statues de terre cuite de son dessin, et quelques unes de sa main (m'a- 1- on dit). Elles 10 sont très bonnes. Le dessin de cet atrium et de tout l'édifice est admirable.
Il y a, à (sic) côté droit, trois chambres, et, à (sic) côté gauche, trois autres chambres, où Jules Romain a travaillé d'une manière que Ton peut regarder i5 comme le chef-d'œuvre de la peinture.
La première chambre, à (sic) côté droit, est ornée de stucs où Jules a représenté un triomphe des Romains, et là on voit son grand savoir dans le costume et dans le dessin. Ensuite, on entre dans 20 une autre chambre, où il y a des peintures belles; mais qui vous préparent à cette autre admirable pièce où Jules a représenté la chute des Géants. Tout est du dessin de Jules; mais il n'y a que le Ciel et les Dieux qui soient entièrement de sa 25 main : les Géants a}rant été touchés par ses élèves; mais on y trouve toujours Jules. On ne peut rien ajouter au feu, à la hardiesse, à la grandeur, au mouvement qui est dans toutes ces figures, et à la beauté de toute la machine. 3o
De l'autre côté, il y a encore trois chambres :
une Chute de Phaêton admirable, mais qui a été retouchée, quoique assez heureusement. Puis on passe à une plus grande chambre, où il y a une prodigieuse quantité de belles peintures; si bien 5 que l'œil ne peut se tirer de là. Il y a, d'un côté, un Festin des Dieux, où Mercure arrive trop tard. Tout cela est enchanté pour le feu, pour la grâce, pour le dessin, pour les attitudes. Ce qui me touche dans Jules Romain, c'est son ordonnance. On ne
10 sauroit croire la quantité de Géants, d'une grandeur énorme, qu'il a mis en si peu de place. Tout cela est si bien ordonné qu'il n'y a rien de confus. L'œil voit tout et tout d'un coup. C'est une remarque que j'ai déjà faite sur ses Batailles. Dans les
i5 Batailles du Bourguignon et autres, je ne vois qu'un cheval, et, du reste, de la confusion. Je vois tout dans les Batailles de Jules Romain.
Dans cette même chambre où est le Festin, il y a un Fleuve dont la barbe et la moustache se
20 convertissent et coulent comme de l'eau, qui est admirable. On voit Psyché, qui considère l'Amour avec sa lampe. Il n'y a rien au-dessus de cela. On croit voir une chambre : l'Amour et Psyché sont en relief. Il y a, à la cheminée, un Hercule admirable,
25 tout de la main de Jules. J'oubliois de dire que, dans la Chute des Géants, le feu sort par la cheminée, comme un Etna, où ils se voyent précipités.
Mantoue est une seconde Venise. Elle est entourée par trois lacs. Le lac de Dessus est au 3o couchant, le lac de Dessous, au levant, et le lac
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du Milieu, au nord. La Ville peut avoir 4 à 5 milles. Le côté du midi n'est pas entouré du lac, mais seulement par un fossé, où l'on fait couler les eaux. Mais, quand on en veut, on jette là les eaux du lac, et on fait un lac par une inondation. 5
Il y a un pont qui va vers le nord -est, qui a 1 mille de long; au bout duquel il y avoit autrefois le Château- Saint-Georges, et ce pont étoit couvert. Mais ce Château est à présent ruiné.
Une grande chaussée, sur laquelle il y a douze 10 moulins, appelés les Douze Apôtres, sépare le lac de Dessus du lac du Milieu. Cette chaussée va du midi au nord. Au bout est Borgho -Porto ou la Forteresse, séparée de la Ville par cette chaussée. [Sous] le pont par où l'on y entre passe la grande défluité i5 d'eau dont nous avons parlé, qui passe avec une rapidité à faire tourner la tête. Ce bourg est donc fortifié et, d'ailleurs, entouré d'eau du lac.
C'est la seule forteresse de Mantoue. Autrefois, depuis la Forteresse jusques au lac de Dessous, tout 20 le long de la côte, tout étoit plein de maisons ; mais la guerre a tout détruit.
Cette chaussée retient les eaux, qui passent avec une grande rapidité par les moulins. Les eaux retenues s'enflent dans le lac du Dessus, et il m'a 25 paru qu'elles y étoient plus hautes de 3 à 4 pieds, et elles renverseroient tout s'il n'y avoit, à côté, des ouvertures, une grande et petite (sic), par lesquelles les eaux se déchargent avec une très grande rapidité. Ces moulins font moudre tous les grains 3o nécessaires pour la Ville, et ils ne pourroient être
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moulus autre part. Le droit du Prince, pour une mesure de 10 poids, de 25 livres chacune, coûte 4 livres du pays, dont les 20 font 1 philippe; et, comme il faut 4 de ces mesures pour nourrir un 5 homme, joint quelque petit droit de plus, cela va à 20 livres ou 1 philippe par homme.
Mantoue, à présent, a i5 ou 16,000 habitants. Sous les Ducs, il y en avoit plus du double.
Le pays de Mantoue est si bon que, chaque
10 année, la terre produit des fruits pour nourrir le
pays sept ans, et le surabondant sort pour nourrir
le Pays Vénitien, le Modénois et le Parmesan; mais
surtout le premier. La fertilité de la terre fait que
le commerce y est totalement négligé. Ils ont des
i5 soyes, et point de manufactures. Un gentilhomme
vit précisément pour rien : 2 ou 3 philippes, par
mois, vous tirent d'affaire. Un gentilhomme m'a
conté avoir une très belle maison dans Mantoue
pour 7 pistoles du pays, par an. Cela fait que les
20 gentilshommes ne peuvent pas sortir du pays : ils
seroient abîmés.
Depuis quelque temps, l'air de Mantoue est meilleur qu'il n'étoit. Cela vient de ce que le lac ne reste plus à sec, et ce changement s'est fait tout 25 seul. C'est qu'il y a eu des années où les eaux venoient si peu abondamment du lac de Garde que le lac restoit à sec. De plus, il y a cinq ou six ans que, pour travailler aux fortifications, on fit
couler les eaux : ce qui fit crever une infinité de monde ; et l'on peut dire que le peuple de Mantoue s'est bien renouvelé, étant presque tout des états de Venise, Modène, Parme.
On a vu, mais rarement, les eaux de l'Oglio re- 5 couler dans le lac de Dessous, de 10 à 12 pieds, et empêcher les moulins de moudre.
Le lac de Dessus est" le plus grand des trois: il a bien 6 à 7 milles de long, et 3 de large. Il est en forme de calebasse, étant très étroit par le milieu. 10
Le lac de Dessous entre (sic) bien 3 milles, entre est et sud, et va former le Mincio.
Le lac du Milieu est le plus petit.
L'eau du lac de Dessus vient du lac de Garde, du lieu appelé Peschiera. Du temps du feu Duc, «5 on alloit en bateau bien avant vers le lac de Garde; mais les écluses sont gâtées.
Les eaux du Lac Inférieur vont former le Mincio, et on va du port de Mantoue à Goveruolo, qui est un port à n milles de Mantoue et peu éloigné du 20 lieu où le Mincio entre dans le Pô.
Outre les embouchures par lesquelles nous avons dit que le lac de Dessus se décharge dans celui du Milieu, il y en a un (sic) autre qui forme un canal qui passe dans la Ville et sert à enlever les immon- 20 dices. Il sort de la Ville par une issue qui est gardée par des sentinelles, et, la nuit, on lève une chaîne, ce qui fait qu'on appelle ce lieu lo Porto -Catena. Il se jette dans le lac de Dessous. Là, au Porto-Catena}
sont des bateaux qui peuvent aller jusqu'à Venise, passant par le Lac Inférieur, où se rend l'eau du canal, et, de là, on va au Mincio, où généralement toutes les eaux se rendent. Le canal qui traverse la