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L. Pont de bateaux sur le Rhin

Si on avoit la guerre, on fortifieroit d'abord le bord du Rhin; ce qui feroit une forte place. Il y a

une chose : c'est que, du côté du Château, le terrain est fort sablonneux, et que les ouvrages n'y peuvent guères être solides.

Le Château de l'Électeur est au lieu marqué D. Ce sera une très belle chose, et le dessin m'en a 5 paru très beau, quoiqu'il ne soit pas achevé à beaucoup près. On voit le dessin en bois. Il y a un nouvel ingénieur qui a corrigé quelques fautes du premier, et assez heureusement. Par exemple, à chacune des deux ailes qui joignent le corps de logis, on avoit 10 fait deux petits avant-corps de chaque côté, pour placer les escaliers; il n'en a fait qu'un des deux: ce qui fait quelque chose de moins mesquin et n'interrompt pas tant la suite de la perspective. Le défaut est que Y atrium ou salle basse d'entrée est basse et i5 petite, sans colonnes, mais voûtée, et cela est indigne d'un si grand bâtiment. De même, dans l'appartement de l'Électeur, la principale salle n'est pas assez grande. Ce qu'il y a de beau, c'est la vue. L'Électeur voit tout son pays et, de plus, 20 les deux fleuves qui courent (sic). Il y a une chapelle à peu près sur le modèle de celle de Versailles.

La Ville est basse et, pour ainsi dire, quasi dans un marais. Ce qui a fait dire à ceux de Heidelberg que l'air en étoit mauvais: mais il ne paroît pas au 25 visage des habitants que l'air soit tel. Ils ont une bonne couleur, et si (sic) les aye (sic) vus au mois d'août; et, quand l'air seroit actuellement mauvais, je n'en serois pas étonné, parce qu'on y bâtit sans cesse, et qu'on y remue des terres, que les eaux 3o croupissent dans des fonds qu'on ne comble qu'à

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mesure que l'on bâtit, et que, les rues n'étant pas toutes pavées, l'eau s'arrête, et qu'on l'arrête même. Et cela étoit bien pis avant qu'on eût tant avancé! Pour lors, il y avoit une véritable puanteur; l'eau

5 étoit mauvaise. A présent elle est meilleure, et il y a, à la plus haute ville, de bons puits. D'ailleurs, ils ont à choisir de l'eau du Neckar ou de celle du Rhin.

Le Palais n'avance ni n'avancera, parce que le

io pays du Palatinat fournit une somme tous les ans, dont il ne faut pas se priver : tout homme aisé paye i florin par mois; le reste, à proportion.

Les Capucins ont un fort beau couvent que l'Electeur leur a fait bâtir de l'amende qu'un Juif riche paya

i5 pour délivrer de la potence un autre Juif.

Il y a à Mannheim le tiers de Catholiques; le reste, évangélique et réformé.

Les Jésuites ont un couvent sans église; mais ils servent l'église principale et soulagent le curé.

io On peut être bien sûr du zèle des Jésuites pour la conversion des Protestants. Je parlai aux Pères de Heidelberg. Je vous assure qu'ils maudissent bien le traité de Westphalie. Ils m'ont dit que l'affaire avance peu; qu'il faut avoir une patience de fer; que les

»5 Pères de Rome leur écrivent qu'ils sont étonnés qu'il y ait encore tant de Protestants dans le Palatinat; mais que, s'ils étoient à la besogne, ils trouveroient bien à qui parler; qu'il est vrai que les ministres de l'Électeur sont catholiques; mais il

3o faudroit qu'ils le fussent bons. Mais ils espèrent que

les enfants des pères lâches seront plus zélés. Il y a, disent -ils, à Heidelberg, les deux tiers calvinistes; et, de l'autre tiers, la plus grande part est catholique, l'autre, luthérienne. Ils me dirent que l'Electeur avoit fait de plus grands progrès pendant la guerre que 5 pendant la paix : les François, qui sont catholiques, étoient dans le voisinage ; l'Électeur étoit bien armé ; les Protestants avoient peur et ne crioient point leur traité de Westphalie, et, peu à peu, la religion catholique s'étoit provignée sous cette maison de 10 Neubourg. Ils disent qu'avec de l'argent, ils convertiroient beaucoup de pauvres. Ce qu'ils font de mieux, ce sont les soldats qu'ils convertissent presque tous. «Je me convertis, disent-ils, parce que cela fera plaisir à mon capitaine, et que vos céré- i5 monies me plaisent. »

Les bons Pères ont à Heidelberg un beau et bon couvent, une très belle église. Il y a une moitié de faite sur un bon dessin. Ils se vont faire donner par l'Électeur une autre maison pour y faire un séminaire. 20

A Fulda, ils ont un séminaire d'où sortent des prêtres pour servir les paroisses foibles ou abandonnées, et qui a 4,000 écus romains de la Chambre apostolique ou plutôt de la Propagande. Ils s'indignent que le Palatinat avance si peu; vu que, à 25 Mayence, Cologne, Trêves, où il y avoit tant d'hérétiques, il n'y en a plus. Sur ce que je leur parlai de l'affaire de l'Église du Saint-Esprit : «Monsieur, nous faisons, me dirent-ils, ce à quoi nous sommes obligés par notre institut. Si cela plaît ou déplaît, 3o nous ne nous en embarrassons pas. »

VOYAGE EN ALLEMAGNE i~i

Les revenus des Duchés de Juliers et de Berg vont beaucoup plus loin que ceux du Palatinat : je les ai ouï porter à 2 millions de florins. Ceux du Duché de Neubourg, 60,000 florins; ceux du Palatinat, 1 mil- 5 lion et 1/2. Enfin, je crois que l'Électeur a bien en tout près de 4 millions de florins de revenu. L'Électeur, roi de Bohême, aliéna de très bons bailliages du Palatinat, lesquels ne sont pas encore retirés. Cependant, il paroît que l'Électeur est puissant : car 10 il a, en temps de paix, 10,000 hommes de troupes. 11 bâtit (comme j'ai dit), et il fait de très grosses pensions à sa cour. J'ai ouï parler de gens qui tiroient de lui de 40 à 5o,ooo florins.

Lorsque je passai, l'Électeur étoit à Schwetzingen, i5 petite maison de plaisance à une poste de Mannheim, où il a passé l'été. J'étois pressé, et je n'y allai pas, d'autant que le baron de Ricordin, un de ses chambellans, pour qui j'avois une lettre de recommandation, n'y étoit pas. Cependant plusieurs conseillers 20 que je vis à Heidelberg m'offrirent bien leurs services. L'Électeur devoit faire, deux jours après mon départ, une chasse dans les îles du Danube (sic). Ce sont des cerfs que l'on prend dans les forêts, que l'on met dans ces îles, et que l'on chasse jusqu'à ce qu'ils 25 se jettent dans le Danube (sic), et on les tue en passant. Mais, comme ils sont auparavant en prison, ils se font assommer, non pas chasser.

Ce qui désespère la cour de l'Électeur, c'est la crainte que les Duchés de Juliers et de Berg ne leur

échappent. Le père du prince de Sulzbach est fort riche (dit- on) en argent comptant. Ce prince doit succéder par la mort de son frère, qui avoit épousé la fille de l'Électeur, et qui ne laisse que des filles. Celui-ci a un garçon. 5

Le 29, je suis parti de Mannheim et suis arrivé, le même jour, à Francfort. La partie du Palatinat que j'ai passée aujourd'hui, la principauté [de] Darmstadt et ce que j'ai passé du territoire de la Ville est un terrain sablonneux et mauvais. J'ai passé par la ville 10 [de] Darmstadt. Le tout ne me paroît pas grand chose.

Je restai à Francfort le 3o et le 3i.

C'est une grande ville bien peuplée, fort commerçante, au lieu où le Mein se jette dans le Rhin. On i5 y voit un mouvement que l'on ne trouve point à Augsbourg. Je crois bien que l'approche de la foire y avoit attiré du monde. Le prince de La Tour, grand -maître des postes, y reste une partie de l'année. Plusieurs seigneurs y viennent rester aussi. 20

La Ville est gouvernée par des magistrats luthériens. Les bourgeois sont aussi luthériens, à la réserve de 3 ou 4, et on n'en reçoit point d'autre (sic). Mais le libre exercice de la religion catholique y est, et il y a bien un tiers de Catholiques, 25 qui ont les principales églises, au nombre de sept ou huit, et même la Cathédrale et ses chanoines. Les Jacobins y ont un grand et beau couvent. Les Cal-

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vinistes n'ont pas le libre exercice de leur religion: ils vont dans un village, hors la Ville, où ils ont une petite église.

Je crois bien qu'il y a dans la Ville 5o,ooo âmes. 5 On conserve à Francfort la Bulle d'Or.

Les derniers empereurs ont été couronnés à Francfort, au préjudice d'Aix-la-Chapelle.

Le ier d'août 1729, je partis de Francfort et arrivai à Mayence, qui en est éloignée (sic) de 2 postes.

10 C'est une très grande ville, à la gauche du Rhin. Je la crois à peu près aussi grande et aussi peuplée que Francfort. Elle est bien fortifiée, surtout du côté du Rhin, et c'est une des principales places de l'Empire. Je n'y trouvai pas l'Electeur, ni les personnes

i5 à qui j'étois adressé. Ils étoient à Mannheim, à la chasse que l'Électeur donnoit.

Je partis le lendemain matin, 2 du mois, pour aller à Bonn.

Je me mis dans un bateau avec ma chaise de 20 poste. Ces bords du Rhin sont charmants, la plupart couverts de vignobles qui valent beaucoup : car le vin du Rhin est cher dans le pays et vaut (me semble) le double qu'il ne se vend dans la Guyenne. Il se porte avec bien de la facilité en Hollande, 25 Pays-Bas, en suivant le fleuve.

Environ à 9 lieues de Mayence, nous vîmes Kaub, qui appartient à l'Électeur palatin.

Vis-à-vis, au milieu du Danube (sic), est une forte-

resse appelée Pfalz, qui appartient au même électeur. C'est de là d'où est sortie la maison, et, de là, les princes de toute cette maison s'appellent Pfalzgraves. Après vient Sanct-Goar, qui appartient au landgrave de Hesse-Rheinfels. Vis-à-vis, il y a une petite 5 fortification, qui appartient au même landgrave, pour la défendre, dont le nom répond en allemand à celui de Cliat, et une autre, un peu plus loin, qui défend aussi Sanct-Goar, dont le nom répond à celui de Rat. Tout ceci est difficile à prendre. 10

Le lendemain matin, 3, nous arrivâmes àCoblentz, grande ville, au confluent de la Moselle dans le Rhin. Elle appartient à l'électeur de Trêves. Elle est fortifiée et défendue par une forteresse, qui paroît bonne. Au-dessous de la forteresse, qui est sur une i5 éminence, est le Palais électoral et quelques autres maisons auprès. Ce palais a très bon air par dehors; je n'ai point vu le dedans.

La situation de Coblentz est très agréable, baigné, du côté du couchant, par le Rhin, et, de celui du 20 nord, par la Moselle. Il y a sur la Moselle un très beau pont de pierre, de neuf ou dix arches, par où l'on entre dans Coblentz du côté du nord. La Ville est grande. Il y a une très belle rue, très droite, et une assez jolie place, entourée de marronniers. Enfin, 25 elle est très digne d'être la résidence de l'Électeur, qui y vient quelquefois.

Toutes ces villes, comme Mayence, Coblentz et autres, sont gardées par les troupes des quatre cercles.

VOYAGE EN ALLEMAGNE ï~D

A i mille ou 2 de Coblentz, on trouve le château d'un comte de Neuwied, sur le rivage droit du Rhin. Il y a environ 200 hommes de troupes.

A 1/4 de lieue de là, il y a une maison de plaisir 5 bâtie par le grand -père du comte régnant. Comme il fit bien des vexations pour la bâtir, qu'il forçoit ses sujets à des travaux très rudes et fit pendre beaucoup de gens, on dit que le Diable a pris possession de la maison, et l'on l'appelle d'un mot allemand qui 10 répond au mot Ara-Diaboli. La tradition, c'est qu'il est impossible d'y habiter, et que, lorsque les François vinrent, ils voulurent y mettre leurs malades, que l'on fut contraint d'ôter.

J'arrivai le même jour à Bonn. M. l'Électeur n'y

i3 étoit pas. Il étoit à ses États de Westphalie. Ainsi

je n'y trouvai pas M. le comte de Plettenberg, son

premier ministre ou celui qui en fait les fonctions.

J'y trouvai le chevalier de Boissieu, qui étoit resté

à Bonn, et que j'avois connu à Paris. Le matin, nous

20 allâmes chez M. le comte de Le soir, nous

allâmes à l'assemblée, chez Made la comtesse de Fougres, autrefois favorite du feu Électeur, et qui est dans le retour de l'âge et aime bien la nation françoise.

25 Bonn est une petite et vilaine ville. Les ministres sensés de l'Électeur voudroient qu'il fît sa résidence à Cologne, où l'Évêque a de grands droits, quoique Cologne soit une ville impériale, gouvernée par ses bourgeois. Mais l'Électeur y a la justice criminelle

I y(S MONTESQUIEU

et y peut avoir sa garde, quoiqu'il n'ait point les autres attributs de souveraineté. Mais on croit que la présence Continuelle de l'Électeur feroit que ses droits pourroient augmenter toujours peu à peu. Or Cologne est une grande et belle ville, et une des 5 premières de l'Allemagne.

Le feu Électeur avoit fait bâtir une maison aux portes de la Ville, d'un très beau et bon dessin, qui s'appelle Poppelsdorf, et tout étoit fait, excepté le dedans. Comme il (sic) a bâti à Bruhl un grand et 10 assez vilain bâtiment, on lui a conseillé de démolir celui-là et se servir des matériaux pour Bruhl. On a donc jeté à bas la moitié de la maison du feu Électeur, et, quand cela a été fait, on a fait sentir à l'Électeur qu'il ne tireroit rien de ces matériaux, et i5 qu'ils lui coûteroient beaucoup à transporter : ce qui gâtoit la plus jolie maison de l'Allemagne. De façon qu'on a suspendu le démolissement, et que même l'Électeur seroit tenté de faire rebâtir ce qui a été démoli. Le dessin de cela est un cercle dans 20 l'intérieur de la cour, un carré par les façades, et huit pavillons dans le tout : lesquels pavillons, bien percés, laissent échapper la vue et font un très bel effet.

L'Électeur a aussi commencé une fortification à Bonn. Elle étoit si mal prise qu'il a fallu l'abandon- 25 ner, outre qu'elle étoit trop près du Palais. Cet électeur change aussi facilement de pensées qu'il change de lieu, courant toujours.

L'électeur de Cologne joint à l'Électorat Munster,

Osnabriick, Paderborn et Hildesheim. Dans tout cela, il peut avoir G,ooo hommes de troupes : i,3oo hommes de l'Électorat; 4,000 hommes de Munster; le reste des autres évêchés.

5 L'électeur de Cologne peut avoir, en tout, 600,000 écus de revenus, et les troupes payées. Munster peut valoir 200,000 écus, et les troupes payées. Cologne vaut bien moins.

État des Revenus de l'Électeur de Cologne.

10 L'Évêché de Munster rapporte, tous les ans, à l'électeur de Cologne 96,000 écus, indépendamment des dons gratuits extraordinaires : l'année passée (1728), le don gratuit extraordinaire fut de 20,000 écus. L'Evêché de Hildesheim rapporte environ 90,000 i5 écus.

Celui de Paderborn, 10,000 écus.

Le dernier évêque d'Osnabriick retiroit 5o,ooo écus de son domaine, et les États du pays lui donnoient 8,000 écus par mois. Mais ce qui est donné 20 par les Etats à l'Évêque va quelquefois beaucoup plus loin, et le prince de Lorraine, qui étoit évêque d'Osnabriick avant le feu duc d'York, a tiré des États jusqu'à 14,000 écus par mois.

La dernière diète des États de l'électorat de Colo- 25 gne a accordé à l'électeur un don gratuit extraordinaire de 16,000 écus. Les autres subsides qu'elle a donnés cette même année (1729) pour le payement

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des troupes, pour celui des ministres emplo3'és dans les pays étrangers et pour les autres dépenses auxquelles il est obligé comme souverain, ont été de 100,000 écus, dont un tiers a dû être payé par le Duché de Westphalie, suivant l'ancien usage. Mais, 5 depuis que ce duché fait un état séparé, il donne toujours quelque chose de plus.

Indépendamment de ces subsides, l'Électeur tire tous les ans près de 100,000 écus, qui sont pour l'entretien de la Couronne. 10

Sur les revenus de tous ces états, l'Électeur est obligé de donner environ 220,000 écus, tant pour les officiers de justice et pour l'entretien des troupes, que pour les réparations et quelques autres dépenses.

Ainsi l'on peut compter que ce qu'il tire de ses i5 différents états, toute charge déduite, monte à 400,000 écus d'Allemagne, dont il peut disposer à sa volonté.

État de ses Troupes

Troupes de VÉlectorat de Cologne. 20

2 Régiments d'infanterie de y5o hommes,

chacun i,5oo

Troupes de Munster.

Infanterie :

1 Régiment de 800 2?

1 Régiment de 56o

5 Régiments à 400 hommes, chacun .... 2,000

A reporter. . . . 4,860

Report 4,800

Cavalerie :

2 Régiments de 2 escadrons, chacun, à

121 maîtres par escadron 484

Troupes de Paderborn.

5 1 Régiment d'infanterie de 690

Total 6,o34

Il y a, de plus, dans l'Évêché de Munster, 1 régiment de milices, composé de 10 compagnies de 100 hommes, chacune.

10 État des Places fortifiées

L'Électeur n'a de places fortifiées dans ses différents états de Westphalie que Munster et Vechte, qui est dans le Bas-Évêché de Munster.

Les fortifications de la ville et de la citadelle de

i5 Munster, qui ne sont que de terre, n'ont jamais été dans leur perfection, et elles ont été si négligées que cette ville est hors d'état de soutenir un siège. L'artillerie qui est dans cette place consiste en 24 canons de 24 livres de balle; (5 canons pour tirer,

20 de 12 livres environ; i3o canons, dont une partie est de 12 livres, et l'autre, de 6; 36 mortiers; 2 pierriers; et 10,000 mousquets.

Les fortifications de la ville et de la citadelle de Vechte, qui ne sont aussi que de terre, sont en

25 meilleur état que celles de Munster, et l'artillerie

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de cette seconde place consiste en 20 mortiers et 5o canons, parmi lesquels il n'y en a point de 24 livres.

Il y a aussi quelques pièces de canon à Warendon et à Meppen; mais c'est peu de chose.

Pour ce qui est des munitions de guerre, il n'y a qu'un très petit nombre de boulets et de bombes, et tout ce qui est nécessaire pour servir l'artillerie est fort en désordre.

L'électeur de Mayence est un prince judicieux et 10 sage. Il a remis l'Électorat de Trêves, qui étoit abîmé, a fait bâtir ou réparer les maisons de plaisance, fait des fortifications aux places, surtout à Coblentz,.et a toujours vécu grandement. C'est qu'il ne se laisse point voler et est économe. C'est un homme qui a i5 des vues et bien du bon sens.

L'électeur de Cologne est tout ouvert dans ses états et n'a pas une place. Il n'a fortifié ni Bonn, ni Kaiserwerth, ni Rheinberg, de façon qu'il seroit très facile de le culbuter de ses états, n'ayant non plus 20 aucune place en Westphalie.

L'Empereur feroit un grand bien à la religion catholique s'il ne recevoit à son service que des princes catholiques; ce qui feroit que des cadets protestants se feroient catholiques et pourroient 25 devenir aînés.

voyage en allemagne im

Cour de l'Électeur de Cologne.

Le comte de Blankenheim, premier ministre sans fonction, homme doux, paisible, content de savoir les choses vingt- quatre heures avant les autres cha-

5 noines de Cologne. C'est lui qui a fait réussir la nomination de Cologne pour l'Électeur. Il avoit beaucoup de crédit dans le Chapitre, et ses amis même vouloient qu'il sollicitât pour lui. Il dit qu'il avoit donné sa parole. Il pourroit bien être électeur

io de Cologne, si l'Électeur passejamaisà Mayence,celui de Mayence quittant l'autre (sic), pour être duc de Juliers et de Berg et se marier. Il est passionnément amoureux de la baronne de Notapht (sic), qui le traite comme un chien, passion qui pourroit lui faire tort.

i5 Je l'ai beaucoup vu à Bonn, et il m'a donné à dîner.

Le comte de Plettenberg, faisant la fonction de

premier ministre, jeune homme qui a de l'esprit et

de la vivacité, étoit neveu d'un évêque de Munster,

qui lui laissa du bien et du crédit dans le Chapitre.

20 Livré à la maison de Bavière, il travailla pour cette élection et engagea une partie de son bien pour la faire réussir; promit, donna un argent immense, et se conduisit adroitement. Il étoit ruiné si l'affaire avoit manqué. Il est souvent sur (sic) l'Électeur

25 pour les affaires étrangères. C'est lui qui, lors des deux traités, fit faire ce sot traité aux électeurs de Bavière et de Cologne avec l'Empereur, moyennant des subsides, pour l'accession de Vienne. Il étoit mécontent de la France, à qui, au voyage de l'Élec-

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teur en France, il avoit fait beaucoup d'ouvertures et proposé plusieurs projets dont on n'avoit pas fait grand cas. Est (sic) prodigieusement riche.

Le baron de Notapht (sic), général des troupes de Cologne. Je ne le connois pas; mais seulement sa 5 femme, que j'ai beaucoup vue, qui est sœur de Made de Rubrand (sic), et de la princesse de Holstein, à Vienne.

Le comte de Verita, Véronois, médiocre, mais sûr et fidèle. Le feu Électeur comptoit aveuglément sur 10 lui et le chargeoit des commissions qu'il vouloit cacher à ses ministres. Il est grand

Le baron d'Ars, grand-fauconnier de l'Électeur et vice -grand- fauconnier de l'Électeur palatin, homme

tranquille; a été fort aimé des femmes; f la prin- i5

cesse de Helzbach, fille de l'Électeur palatin; est estropié par ses amours d'une foiblesse dans les jambes et dans les nerfs.

Le comte de Bornheim, président de la Chambre des Comptes, homme très réservé. Il est gendre de 20 la comtesse de Metternich. Je ne l'ai pas vue à Bonn : elle étoit en Hollande.

La comtesse de Fouger ou Fougre (sic), maîtresse du feu Électeur, a rendu des services considérables à un grand nombre de gens, généreusement et sans 25 récompense. Le feu Roi lui faisoit i5,ooo livres de pension pendant que l'Électeur fut dépossédé. Elle est di genio entièrement francese.

L'Évêché de Munster est considérable par les

troupes que ses États lui peuvent fournir. Mais, outre les troupes payées, qui sont actuellement 4,000 hommes, il n'a guère, d'ailleurs, que 100,000 écus de rente. Mais, en temps de guerre, les États lui don- 5 nent plus de troupes, et il les vend : car elles sont fort bonnes.

On a remarqué que les évêques de Munster, qui

ont siégé en temps de guerre, ont laissé leurs

familles fort riches; les autres, fort pauvres: ne

10 l'ayant pas dédommagée des dépenses de l'élection;

entre autres le dernier, Metternich.

Munster étoit une ville qui étoit souveraine, et où l'Évêque n'avoit point ou très peu de droits, jusqu'au fameux Bernard de Galen, évêque de Munster, qui i5 la soumit.

Les chapitres sont bien revenus de la manie d'élire des princes; on croit que la mode reviendra d'élire quelqu'un de leur corps.

Osnabruck est partie catholique, partie luthé-

20 rienne. Il n'y a que 3 ou 4 chanoines luthériens

contre une vingtaine de catholiques. Cependant, il

faut que l'Évêque soit alternatif; c'est le seul de

l'Allemagne.

La grande -maîtrise de l'Ordre teutonique est une

25 bonne chose. Outre que cela vaut une centaine de

mille écus de rente, c'est que cela augmente la cour

d'un prince, qui se fait servir par ses chevaliers,

avec l'espérance seule qu'il leur donne d'une cornmanderie, qui est une chose admirable très souvent, tant elles sont bonnes. Il convient assez à l'Ordre que la grande -maîtrise soit donnée à un prince qui la puisse soutenir. 5

Cet électeur de Cologne est un petit sujet, veut toujours courir, aime assez les femmes, a un bâtard.

Je partis de Bonn, le 8 septembre 1729, avec M. le chevalier de Boissieu, envoyé de France, qui voulut bien venir avec moi jusques à Cologne, où nous 10 voulions voir M. le nonce Cavalieri. J'avois une lettre à lui rendre de la marquise Sacchetti, sa sœur. Il me reçut à merveille, de miracles (sic). Nous y dinâmes. J'y trouvai le prince de Nassau, archevêque de Trébizonde, chanoine de Cologne, qui y dînoit. i5 C'est une manière de fou (dit-on), quoiqu'il ne me le parût pas. Je lui louai beaucoup sa grande naissance. Il est pauvre; d'ailleurs, d'une grande politesse et beau-frère de la princesse de Nassau, sœur de M. de Nesle. 20

Le nonce de Cologne a un très grand rang et va presque de pair avec l'Électeur, qui lui donne la main chez lui et n'a pas de fauteuil ni de place distinguée là où il est. Il a des fonctions très grandes et très étendues; mais peu de revenu. 25

La ville de Cologne est très grande. On dit qu'il s'en faut peu qu'elle ne soit aussi grande que Paris, ôté les faubourgs. Elle n'est pas riche. La présence

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de l'Électeur et de sa cour l'enrichiroit; mais il y a toujours des jalousies.

C'est une ville impériale. Son territoire ne passe pas ses murs. Les bourgeois ayant voulu faire 5 raccommoder un chemin hors des murs, il y a quelques années, l'Électeur s'y opposa, assembla ses troupes, et fit venir deux mortiers pour bombarder la Ville. Tous les bourgeois doivent être catholiques.

M. le Nonce nous mena à une conversation. C'est io chez une abbesse d'une abbaye de chanoinesses, et les chanoinesses y étoient, et la principale noblesse de la Ville.

Il y a une autre abbaye, qui a été autrefois à des chanoinesses, qui ont depuis pris la règle. i5 L'abbesse, que je vis, a un très bel appartement séparé et est comme une princesse.

J'ai vu la grande Église, qui est un très beau bâtiment gothique, dont il n'y a rien d'achevé que le chœur. La nef n'est point encore voûtée. Il y a

20 deux clochers immenses, qui font la façade : l'un est beaucoup avancé; l'autre à peine sort de terre. Celui qui est avancé est un des plus beaux morceaux du gothique. Il y a une grande légèreté dans tout ceci. On y monte par un très bel escalier, comme s'il n'y

25 avoit que vingt marches. Cependant il y en a deux cent trente de faites, sans compter ce qui reste à faire. C'est dans le chœur de la grande Église que sont les corps des Trois Rois. Il y a une cinquantaine de chanoines, tous comtes de l'Empire. La voûte du

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chœur est d'une élévation d'autant plus surprenante que les piliers ne sont que très peu massifs.

Les Jésuites ont une église gothique, mais très agréable, à Cologne. Ils bâtissent leur collège, qui a été brûlé.

A Sainte-Ursule reposent seulement les Onze Mille Vierges. Le temps ne m'a pas permis de faire ouvrir le trésor, où sont les reliques.

Je partis le lendemain, 9, pour Diisseldorf, qui est à 2 postes de Cologne. La ville est jolie, sur le Rhin. 10 Elle a été beaucoup embellie par le feu Electeur palatin, frère de celui-ci. Elle est petite et fortifiée très bien. On y est en une grande crainte des Prussiens, quoique l'on négocie à présent la cession des Duchés de Juliers et de Berg pour l'électeur de i5 Mayence, qui enrage de se marier et veut absolument faire des enfants.

Il y a la galerie qui est la plus belle chose dans ce genre qui soit en Allemagne. Le feu Électeur a fait venir les copies des principales statues de Rome et 20 de Florence jetées en plâtre; ce qu'on ne s'attend guère de voir en ce lieu.

Dans les appartements d'en haut, on trouve une très grande quantité de tableaux bien choisis et des meilleurs maîtres. Il y a une chambre, d'abord, de a5 bons auteurs, la plupart flamands; ensuite, une chambre toute d'ouvrages de Rubens et, entre autres, un Jugement de lui, qui est admirable. Il y a, ensuite, une chambre où sont plusieurs histoires du

Vieux et du Nouveau Testament, faites par un peintre

hollandois, qui est un excellent auteur; c'est

Dans la dernière chambre (nota que chaque chambre est si grande qu'elle mériteroit le nom de. galerie), 5 il y a un très grand nombre de Van Dycks et de très beaux originaux d'Italie : une Vierge du Sartre, un saint Jean du (sic) Raphaël, quelques tableaux du Corrège. Toute cette galerie est d'un bon choix et faite avec goût, outre qu'elle est très nombreuse, et 10 elle seroit très belle dans Rome même et n'a pas sa pareille en Allemagne.

Je pars demain pour Munster.

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