‹ Voyages de MontesquieuChapitre 14 sur 91 · TH · texte numérisé non relu

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auroit fallu mettre un pilastre, qui n'auroit pas peutêtre paru si petit que cette colonne, qui en a une voisine, qui est immense.

Le dehors de Saint-Pierre est admirable.

Dans le jardin du Vatican, il y a un petit bâtiment 5 fait sur le modèle d'un temple antique, qui est un petit lieu de plaisir admirable.

Il y a deux fontaines : Tune est entre deux grosses tours rustiques, qui font un très bel effet; l'autre est une rocaille : toutes deux, d'un très bon goût. lo

J'ai été voir, hors de la Porte-Majeure, à 2 milles, le Temple de l'Espérance. Il est porté sur une colonne. Comme il falloit, sans cela, faire une voûte, et qu'il n'y avoit pas assez de hauteur, l'architecte imagina de mettre le temple sur cette colonne, d'où i5 il a fait naître des arceaux; et c'est, sur cette colonne, qui est au milieu, que les arceaux reposent d'un bout, et, de l'autre, sur le mur des fondements. (Vignole a imité cela au Château de Caprarola.) Il n'y a guère d'autre exemple antique de pareille 20 chose. Le temple qui est dessus est bien conservé; c'est à présent un lieu pour les brebis, qu'on y fait coucher.

Le Borromini, voulant contrecarrer le Bernin, a imaginé une architecture nouvelle : c'est un gothique 23 mis en règle; et s'est éloigné des Anciens, qui ne se servoient jamais que de l'angle droit. Mais il faut bien qu'un autre que lui se garde de le suivre.

La façade de TÉglise de la Paix, par Pierre de Cortone, est admirable; elle ressemble à un théâtre.

La Porte de Saint -Jean est admirable pour son rustique et sa force, convenable à une porte de ville. 3 Elle est de Michel-Ange.

Coscia entend bien les choses; mais il ne se soucie de la réussite d'aucune. Fini, rien. Lercari, bon, mais foible. Corradini, impétueux. Ce sont les ministres régnants, lo Le Pape a les mœurs angéliques.

La colonne élevée derrière Sainte-Marie-Majeure, qui a été tirée du Temple de la Paix, fait un très mauvais effet. Elle paroît trop grêle, à proportion de sa tête et ses pieds.

i3 Sain t-/l/idrea- de -la -Vallée, la Chiesa^Nuopa, le Grand-Jésus, Saint-Charles (à la façade près), sont quatre très bonnes églises de Rome, aussi bien que le Noviciat des Jésuites.

Si les Vénitiens avoient mis en troupes réglées 20 et perpétuelles la moitié de l'argent qu'ils ont mis en armements précipités, ils auroient fait grande figure dans le monde.

J'ai été voir le Pignetto Sacchetti. C'est une maison abandonnée, parce qu'autrefois tous ceux qui y 25 étoient logés moururent par le mauvais air, qui vient

et d^une vallée qui est au-dessous, et d'un bain qui étoit au-dessous de la maison. Il reste encore la façade et le bain, ouvrage admirable de Pierre de Cortone. C'est à i mille de Rome.

La Vigne Madame est encore plus près. Elle est s de l'architecture de Raphaël, et il y a des peintures que ses élèves ont faites sur ses dessins. Cette architecture est simple, ferme et de bon goût. Il n'y a pas autour de Rome une vue si charmante. On voit la campagne de Rome du côté du nord jusqu'à la lo montagne, et le Tibre, qui serpente, se perd et reparoît. Il y a aussi un grand bois champêtre, charmant. C'est là où a été fait le Pastor fido.

VHercule Farnèse a des muscles très ressentis par devant, et point par derrière. C'est qu'il de voit i5 être vu de loin par devant, et de près par derrière. Il ne faut donc pas croire que l'on fasse mieux paroltre les muscles à force de les taire voir gonflés. Il faut que cela se fasse avec l'application convenable.

J'ai ouï dire à milord Dumbar que le Prétendant ao avoit souvent couché d'Albano à Rome et de Rome à Albano, [avec] la Reine et sa maison, dans les jours d'été, sans que personne eût aucun mal. L'affaire est de passer d'un bon air à un bon air. Mais, si on va, d'un bon air, dormir à un mauvais, on est pris : 25 car, en effet, l'air de la campagne de Rome est pestiféré. Il est vrai que le comte de Gallas et huit ou dix de ses gens moururent. Mais ils couchèrent dans des lieux où l'air est effroyable, marchèrent dans la

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plus grande chaleur du jour. Ses gens étoient presque tous ivres. Une autre troupe de ses gens qui fit le voyage, mais avec des précautions, n'eut aucun mal. Depuis dix ans, on a retardé le séjour des villé- 3 giatures. On revenoit, autrefois, au moins à Saint- Pierre; à présent, des gens ont poussé (sic) trois semaines sans danger.

J'ai vu de bons ouvrages d'architecture : le Jésus, de Vignole; le palais du prince Altieri; le Palais lo Barberini; le Noviciat, fait par le Bernin. Tout ce que Vignole a fait, le Bernin et Pierre de Cortone, en fait d'architecture, à Rome, est très bon. Au Palais Barberin, beaux escaliers. Le palais a l'air d'une forteresse.

i5 Les Princes romains. — Ils sont dans un cas singulier, et les princesses, aussi. Comme il n'y a point de cour à Rome, lorsque le Pape fait un prince, il dépend des autres princes ou de l'autre noblesse de les (sic) reconnoître, s'ils veulent. Le Pape ne se

20 soucie pas de cela : car cela augmente la mésintelligence. Il n'y a pas de princesse du sang si fière qu'une princesse romaine. Cela vient de ce qu'ils (sic) n'ont point voyagé.

Les plus forts du Sacré-Collège sont Imperiali, 23 Porzia, Davia et quelques autres. Que (sic), selon les apparences, on fera Colonna, fils de la connétable Mancini; que, si l'on fait le Pape tout d'un coup, oe sera un homme de mérite, qu'on aura

voulu prendre; que, si cela traîne, on sera revenu à quelque chose da poco. La faction Albane s'est beaucoup accrue sous ce pape-ci, par inimitié contre les favoris; outre que, plusieurs des créatures de ce pape dévoient le commencement de leur élévation à 5 Clément XL Corsini ne le sera pas, parce qu'il a eu l'exclusion de France, et qu'on croit qu'un Italien ae souvient plus du mal qu'on lui a fait, que du bien qu'on lui fait. D'ailleurs, il est Florentin, et les affaires de Florence embarrassent. — J'ai fait là i une belle conjecture.

Les Romains fortifioîent chaque fois leur camp, qui étoît en façon d'un carré-long, de la contenance de 2 carrés, dont il y en avoit toujours une partie sur une hauteur. Là étoient les principaux officiers, et \ là étoient les armes; les soldats étoient de l'autre côté. Or, on fortifioit toujours le camp pour deux raisons : l'une, pour accoutumer les soldats au travail; l'autre, afin que les soldats ne fussent pas étonnés dans les cas où on auroit besoin de se ^ retrancher.

Frascati ou Tuscule est à l'est de Rome, distant à peu près de lo à i2 milles de Rome; est sur la

colline C'est une petite ville. La Cathédrale

est telle qu'il n'y a pas de plus belle église en a France. L'architecture en est de très bon goût. Tous les entours de Frascati, de près et de loin, sont pleins de belles maisons de campagne.

Belvédère est une maison charmante du prince

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Patnphile, où est une cascade qui est au-dessus (sic) d'aucune pièce d'eau que j'aye vue à Versailles : tant Farchitecture en est belle.

Auprès est la Villa Conti.

5 Plus, la Villa Montalte, où il y a des peintures admirables du Dominiquin et d'Ânnibal Carrache, et les copies des meilleurs originaux vendus au duc d'Orléans. Elle appartient à la maison Odescalchi. Dans la vallée entre Frascati et Tivoli est le Lac

lo Vigille, qui est grand comme la main, et qui diminue

tous les jours. Entre Frascati et Tivoli est le Monte-

Porzio, où étoit la maison de Caton. Plus loin, du

côté du nord de Frascati, est le Mont-Soracte.

Au delà de la Villa Montalte est la maison de

i5 Cicéron; où est à présent un couvent de , où

il y a une belle église et des peintures à fresque du Dominiquin admirables. Cette maison avoit appartenu à Sylla, et tout contre est le lieu où il y a apparence qu'étoit la maison de Marins. M. le cardinal

20 de Polignac y a trouvé une inscription où on devine qu'il y a Caio Mario, Imperatori. De plus, c'est de là que sort le ruisseau appelé Aqua Marana, qui est Mariana. On n'y voit rien ; mais il paroit, par les enfoncements du terrain, qu'il y avoit autrefois des

35 étangs et pièces d'eau.

Tout ce pays appartient au Connétable. Il entretient l'été des chariots qui n'ont autre chose à faire qu'aller dans tous les villages ramasser les malades pour les porter dans les hôpitaux de Rome. Il y a

3o auprès du Monte-Porzio un lieu où il nourrit du bétail, où les hommes les plus robustes ne vivent

que trois ans. C'est qu'ils couchent à Tair. Il a 100,000 écus romains de rente, à i pour 100, en fonds de terre. . .

Le cardinal de Polignac m'a dit que, venant ici au conclave de Benoît XIII, il dit à M. le Duc: 5 € Comment me conduirai -je avec le Prétendant ? Je suis cardinal de sa façon. Je lui ai toujours été attaché. — Il est juste, dit-il, que vous le voyiez; mais il faut que cela soit rare, comme une fois la semaine, et je me charge de le faire approuver à 10 l'Angleterre. > Il vint ici et trouva l'abbé Tencin, qui ne bougeoit de chez le Roi, qui étoit de toutes les parties et gouvemoit tout. Cela lui fit faire des réflexions, et il disoit: « Quoi! Moi, qui ne suis qu'un particulier, on me défend de voir le Roi, et Tencin, i5 qui est le ministre, on le lui permet tous les jours. > — Layer vint à Rome, ne vit le Prétendant que deux fois, ne vit que lui (il étoit du reste toujours enfermé dans une chambre), et retourna en Angleterre. A peine fut-il arrivé qu'on le prit et lui ouvrit le 20 ventre. Le roi Georges dit au Parlement que, par le courrier de Rome, il avoit avis d'une conspiration, et que Layer avoit vu le Prétendant. Le duc de Warton vint ici, ne vit personne, et le Prétendant une seule fois, et cela fut su d'abord. Cela donna 25 de furieux soupçons au Cardinal, et, quand la Reine vit la Gazette de Hollande ^ où étoit ce discours du roi Georges, elle, qui voit plus loin que son mari, qui ne voit rien, alla à lui : «Vous êtes trahi! > — Le Prétendant n^avoit de confiance que dans le cardinal 3o

Gualtieri, Hay et Tencin. Le Gualtieri tîroit près de 100,000 livres de la France. Le cardinal Polignac apprit, ensuite, que Tencin avoit. acheté de M. et Mad« Hay la nomination au chapeau. « Seroit-il

5 possible, dit-il, qu'après l'avoir trahi il en retirât encore ce prix-là. > Que (sic) lui, Polignac, devenu ministre, dit au Roi : «Je vous demande une grâce : ne me parlez jamais de vos affaires. — Et pourquoi cela ?T— Je ne veux pas vous trahir. » Jamais le Roi

10 ne s'aperçut de rien. Le bonhomme disoit : « Les Romains sont terribles: je ne puis pas faire un pas qui ne soit su en Angleterre. — Sire, vous n'êtes pas assez méfiant : je me méfierois de tout le monde, excepté de la Reine, qui a les mêmes intérêts. »

i5 Nota que, la Tencin ayant eu cette affaire, le roi Georges la prit sous sa protection.

Le feu Roi, après Utrecht, voulut donner l'abbaye de Saint-Germain au cardinal de Polignac, et celle d'Anchin au cardinal de Bissy, nommé et non encore

20 fait cardinal. Le père Le Tellier, que cela n'accommodoit pas, dit au Roi : « Sire, il vaudroit mieux changer cela : Anchin est régulière (sic) et ne peut être possédée (sic) que par un cardinal déjà créé. Il faut donner Saint-Germain au cardinal de Bissy, et

25 l'autre au cardinal de Polignac; d'autant qu'elles sont de même revenu. » Ce qui étoit bien faux à cause de lods et ventes. II avertit Bissy, qui va remercier le Roi, et le brevet est expédié, et ne dit rien au cardinal de Polignac. Quand il fallut donner Anchin, il

3o dit au Roi : « Sire, il y a une difficulté : c'est que votre

Majesté a donné un billet à ceux d'Anchin, par lequel elle s'engage de ne nommer qu'un régulier. » Il n'apporta point ce billet, et cela se trouva faux, le billet ne disant seulement que ces paroles : c Je déclare que la nomination que j'ai faite du cardinal de La 3 Trémouille ne préjudiciera en rien aux moines d'An* chin et ne sera pas comptée comme une collation. » Il en faut trois pour perdre le droit. Le duc du Maine parla si bien à Le Tellier qu'il n'osa plus faire d'opposition. »o

Le Roi voulut donner Cambray à Polignac. Voici comment il (sic) l'empêcha. Il alla au duc d'Orléans, c Je puis vous rendre un grand service. Le Roi a beaucoup de bénéfices à nommer. Si votre Altesse royale veut me promettre qu'elle ne sera pas défavorable i3 ni au Testament, ni à la Constitution, je persuaderai au Roi de ne point charger sa conscience de cette nomination. » Le duc d'Orléans parut se vendre à la Constitution. Tellier disoit qu'il étoit sûr du duc d'Orléans comme de lui-même, et le duc l'exila le 20 lendemain, avec 5oo livres de pension.

L'évêque de Chartres, qui vouloit attaquer Quesnel, ne vouloit pas un homme modéré pour confesseur et choisit Le Tellier. L'évêque de Chartres gouvernoit Mad^ de Maintenon. Lui, M. de Meaux 33 et M. le cardinal de Noailles avoient chassé M. de Cambray. M. de Meaux étoit mort, et le même M. de Chartres avoit ruiné M. le cardinal de Noailles. 11 resta donc seul. En mourant, il dit qu'il n'y avoit que le curé de Saint-Sulpice, Lachétardie, qui pût 3o

succéder à la confiance, etjce Lâché tardie étoit un petit esprit, mais un saint, et ne voulut jamais être cardinal, mais mourir curé. En mourant, il donna M. de Bissy.

3 Au conclave d'Innocent XIII, les cardinaux françois eurent peu de part, parce que lesÂlbani étoient convenus (sic) avant qu'ils arrivassent. A celui de Benoit XIII, le cardinal de Rohan fit mille sottises. On étoit convenu d'Olivieri par toutes les cours. Le

lo cardinal lâcha son secret, et l'abbé de Vauréal dit la belle pensée qu'on venoit porter l'olivier, et se mit beaucoup à rire. Dès que Ton sut cela, les ennemis d'Olivieri se déchaînèrent si fort qu'il ne put plus être question de lui, et il y a eu un écrit où on

i3 disoit: cje ne me soucie point d'être damné pourvu que je puisse poignarder ce cardinal Olivieri dès qu'il sera pape. > — « Qu'ai-je fait aux François, disoit Olivieri, pour aller divulguer un secret qui me feroit manquer dix papautés ? > — Vous remarquerez que

20 ce. qui faisoit dire cela au cardinal de Rohan et à Vauréal, c'est que la faction françoise et celle de l'Empereur s'étoient réunies pour Olivieri. Mais les Albani, qui ne vouloient pas qu'on leur/ît un pape à la barbe, comprirent cela. Vous remarquerez que

25 la faction de France jointe à celle d'Espagne, laquelle avoit ordre de suivre celle de France, avoit dou^e cardinaux, et celle de l'Empereur n'en avoit que trois : car les Allemands n'étoient pas venus, Cienfuegos comptant sur les cardinaux du Milanois et

3o du Royaume de Naples, lesquels prétendirent n'être

d'aucune faction, comme effectivement cela a toujours été. Or il y avoit bien de la sottise de donner douze cardinaux à Cienfuegos, qui n'en avoit que trois, et qui étoit (disoit-il) le chef. Et effectivement il Tétoit et procédoit ainsi. 5

Olivieri manque. On convient de porter Piazza. Et les Albani n'en voulurent pas non plus (quoiqu'une de leurs créatures), parce que les Couronnes le vouloient faire.

Vous remarquerez que le cardinal de Polignac lo n'étoit de rien de tout cela. Quand il voulut, en arrivant, savoir l'état des choses, M. de Tencin le renvoya au cardinal de Rohan ; le cardinal de Rohan, à Ottoboni. Ottoboni lui dit qu'il n'en savoit rien, et que c'étoit au cardinal de Rohan à l'instruire. Et, i5 quand il vouloit aller dans la cellule du cardinal de Rohan, il étoit en affaires ou malade.

Un jour, Albani dit au cardinal de Polignac : < Eh bien! En quel état sont vos affaires? —Je n'en sais rien, dit-il: car, comme (sic) on ne me communique ao rien. Mais on dit que vous voulez faire Piazza. — Il ne le sera jamais, dit Albani. — Mais vous avez donné parole au cardinal de Cienfuegos pour Piazza. — Je ne I4 lui ai jamais donnée. Il est vrai que je lui ai dit que je n'avois aucune raison particulière 2S pour rejeter Piazza. Mais autre chose est de n'avoir rien contre un homme ou porter ses intérêts, et, puisqu'ils veulent me faire faire les choses de haute lutte, je ne le ferai jamais. » Le cardinal de Polignac alla chez le cardinal de Rohan, qui lui dit : < J'allois 3o envoyer chez vous, pour vous demander si vous

aviez (sic) rien à écrire, parce que je vais faire partir un courrier pour annoncer au Roi que le cardinal Piazza sera demain élu pape. — Le savez-vous bien ? dit le cardinal de Polignac. — Oui, je le sais bien. — 5 Monsieur, dit-il, n'écrivez pas. Et (sic) vous ne savez pas qu'il n'y a rien qui soit sujet à plus de révolutions que les projets qui se font dans les conclaves. » Le cardinal de Rohan crut qu'il vouloit l'empêcher d'avoir la gloire de la prophétie, écrivit à la Cour

10 que Piazza seroit nommé le lendemain, et le courrier avoit ordre de porter un billet au marquis Monti, en passant à Bologne, où il lui mandoit : < Vous serez bien aise d'apprendre que le cardinal Piazza sera élu demain. » Monti communiqua cette lettre au

i5 Sénat de Bologne, qui fit une députation pour complimenter le frère de Piazza, auquel mille lettres de félicitations plurent (sic) de tous côtés.

Cependant, pour se moquer du cardinal de Rohan, les Albani firent donner 17 voix à Orsini,

ao et, le lendemain, 17 voix à Paolucci. Rohan resta comme un fondeur de cloche. Il fit assembler les cardinaux des Couronnes, auxquels se joignit Pereyra, pour les Portugais, et déclama beaucoup contre la perfidie des Albani; et il fut résolu de

a5 brusquer la chose et de l'emporter d'assaut. Le cardinal de Polignac dit qu'il ne réussiroit pas. € M. le cardinal de Polignac sait toujours les choses mieux que les autres. — Oui, dit le Cardinal, je sais mieux les choses que je sais, que ceux qui ne les

3o savent pas, mais non pas que ceux qui les savent. Ne vous dis-je pas que Piazza ne seroit pas éfu, et

4^ MONTBSQUIBU

qu'il ne falloit pas envoyer le courrier ? » Pereyra dit que» quand /os quatro Coronas... i Monsieur, dit PolignaCy il faut dire quatre Couronnes^ mais non pas les quatre Couronnes : car il n'y en a que trois. » Comment ne s'informer pas, par soi-même, si la ^ parole que Cienfuegos disoit avoir, étoit sérieuse? Enfin, tous les jours, les voix croissoient pour Orsini, et les nationaux dirent : < Si le manège étoit sérieux pour Orsini, on y viendroit. — Pourquoi non? dit Albani. C'est un saint.» Il fut fait pape. ><> Il vouloit s'évader et descendre par la fenêtre. < Signor cardinale^ disoit-il au cardinal de Polignac, sono incapace. Non so che qualche fraterie. Jo gopernero maie. Non conosco gli affari délia Caméra y che è ruinata. La ruinera ancora più. Non conosco i3 gli affari délia Cristianità. Mi condurro maie. » Enfin, il lui dit qu'il feroit tout ce qu'il a fait. Mais il fut fait pape. Le cardinal de Rohan dit que c'étoit Gualtieri qui lui avoit dit qu'il ne falloit pas mettre Polignac dans le secret. — Je tiens ces choses cle ^o M. le cardinal de Polignac.

J'ai été, le i*** de juin 1729, à Monte-Porzio. Le village appartient au prince Borghèse. Là étoit la maison de Porcins Caton, d'une famille originaire de Tusculum. Annibal étant venu camper auprès, 25 Caton fit afiicher que ceux qui voudroient lui vendre les fonds où Annibal étoit campé, il les achèteroit aux prix de l'année précédente. Il y a, dans le village, une église très jolie, de fort bonne architecture. Le tableau du maître -autel est très beau. 3o

On voit de là toute la campagne de Rome, à l'ouest et au septentrion, et c'est la chaîne des montagnes où habitoient les Sabins. On voit de là Tivoli ou Tibur, Palestrine ou Préneste; sur le penchant des

5 collines, au septentrion, le Mont-Soracte et d'autres villages. Le vin y est fort bon. La plaine entre Monte -Porzio et les collines vis-à-vis est très malsaine pendant l'été, même au pied de la colline de Monte-Porzio et des autres lieux voisins. Il faut que

10 les exhalaisons ne puissent pas monter si haut que Monte-Porzio, Préneste et Tivoli. La Colonna est dans une colline moins élevée, et l'air n'y est pas pur. Proche de Monte-Porzio, à 2 milles, il y a un autre village qui dépend du prince Borgfaèse, appelé

i5 Monte- Conti. La colline est plus haute que celle du même Monte-Porzio.

Hier, 4 juin, j'entendis la lecture du P*^ livre de V Anti'Lucrèce de M. le cardinal de Polignac, qui est un ouvrage admirable, divisé en neuf livres. Le 30 I'*' livre combat le principe de Lucrèce, que nous devons chercher la volupté pour trouver notre bonheur.

M. le cardinal de Polignac fut chargé par M^ le Duc de terminer l'affaire de la Constitution à Rome.

35 Le Pape consentit à donner la articles pour tranquilliser le parti du cardinal de Noailles. Ces 12 articles avoient été soutenus dans plusieurs thèses

^ particulières, à Rome et ailleurs, sans que l'Inquisition eût rien dit, et le père de Graveson les

avoit dressés, et ils avoient été convenus, et, sur les difficultés des Molinistes, on les avoit encore modifiés et mis en moindre nombre. M. le Duc, sur ce que l'affaire s'est (sic) regardée comme terminée, proposa l-afFaire au Conseil, la croyant déjà faite. 5 Mais les Molinistes avertis ne songèrent qu'à la faire échouer. M. de Saintes fit un mandement contre les 12 articles. On fit écrire de demander au Pape que le Saint-Office approuvât le tout : chose que le Pape ne pouvoit comprendre. «Quoi, disoit-il, 10 le Saint-Office que les François ont tant en horreur! » Ensuite vint la lettre des trois puissances: cardinaux de Bissy, de Rohan, M. de Fréjus. On disoit que les propositions étoient catholiques, mais peu orthodoxes. Cependant, elles étoient bien plus i3 modérées que le corps de doctrine du Clergé de France, que ces messieurs avoient signé. Enfin, ils écrivirent que, quelque explication que le Pape donnât, ils ne les accepteroient pas. C'étoit les Jésuites qui animoient tout cela. Les uns ne vou- ao loient pas que le cardinal de Polignac réussît. Les autres ne vouloient pas que M. le Duc eût cette gloire. Tout se rompit. Le Pape étoit au désespoir. Le cardinal de Noailles se plaignit qu'on l'avoit trompé, et même il publia les lettres du cardinal de 25 Polignac, qui fut irrité au dernier point de se voir maltraité par les deux partis. Enfin, M. de Fréjus vint au ministère et sentit combien il étoit utile de finir. Il négocia quelque temps avec le cardinal Corradini et avec Ottoboni, et, après deux ans de 3o négociation, les choses furent si avancées que Cor-

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radini alla à demander que Ton prescrivit l'Infaillibilité, et Ottoboni, qu'on reçût le Saint- Office. Le Ministère vit bien qu'il n'y avoit rien à faire avec ces messieurs. Corradini et Ottoboni croyoient dis- 3 poser de M. de Fréjus, et vice versa. Et, enfin, le cardinal de Polignac renoua l'affaire avec le Pape. Il ne fut point question d'explication, ni des 12 articles. Le cardinal de Noailles reçut, et on le reçut.

J'ai été, le 5^, avec le père Cerati, à Tivoli. Il étoit

10 ami de l'abbé Jacobacci, niinistre du duc de Modène à Rome, qui nous reçut très bien dans la Villa d'Esté, qui est une des plus belles d'Italie. C'est un cardinal de cette maison qui la fit bâtir. Le fleuve Anio, prœceps Anio, y passant, y donne des eaux en abon-

■3 dance, et qui sont perpétuelles. Ce qui fait partout un très grand nombre de fontaines, bassins, gerbes et jets d'eau. Ce qu'il y a de plus surprenant, ce sont quatre belles fontaines, les unes sur les autres, jusques au haut du bâtiment. Une girandole ou

30 gerbe monte si haut qu'elle cache tout le palais, quoique très haut. Il y a encore une allée dans cette délicieuse maison où, d'un côté, il y a une continuation double de petits jets d'eau, en façon presque d'espaliers; ce qui donne à cette allée une fraîcheur

23 charmante. Toutes les fontaines sont d'une très belle architecture, et il y a des statues très belles. Il y a, dans une salle de la maison, une Vénus dans l'attitude de celle de Médicis, qui est admirable. Dans l'escalier, il y a une figure de femme très

3o bien travaillée, qui ressemble beaucoup à la sainte T. 11. 7

Bibiane du Bernin. Il y a une petite salle où il y a plusieurs fontaines en grotesques, où est une statue de Diane admirable. Il y a encore dans deux salles des peintures de Frédéric Zuccari. On y voit les Travaux d^Hercule, de bonne manière, et un Festin 3 des Dieux. Les trois frères, Jupiter, Neptune et Pluton, paroissent entièrement copiés sur ceux du Petit Famèse. Tout ce travail est admirable. Il y a un portrait de Zuccari lui-même, sous la figure de Mercure, qui est admirable. lo

Il y a, outre TAnio, un grand réservoir d'eau, qui vient des montagnes, à 2 ou 3 milles de là, pour les plus hautes fontaines.

Tivoli peut avoir 4 ou 5, 000 âmes.

Il y a la cascade que le prœceps Anio forme. Les i5 eaux tombent avec une si grande impétuosité qu'il en rejaillit tout autour, à plus de 5o pas (même sur le pont, qui est haut), une espèce de rosée ou petite pluie. L'Ânio, après être tombé, entre dans la terre et ressort environ à i mille de là. 20

A 2, à 3 milles de Tivoli est la Villa Adriana, maison de campagne d'Adrien. Ce sont des ruines bien respectables, et le bâtiment paroit avoir été immense. On y voit les restes de plusieurs temples, d'amphithéâtres, de réservoirs d'eau pour les jeux. 25 On y trouve encore les logements pour les soldats prétoriens et de grandes voûtes qui servoient d'écuries. Enfin, on y voit le palais d'un grand empereur.

On y voyoit, dans les siècles passés, au moins du temps du renouvellement des arts, de belles 3o peintures, qui n'y sont plus : car les propriétaires,

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qui sont le comte Fede et les Jésuites^ traitent cela comme des Goths et des Tartares. Les Jésuites ont percé nouvellement une voûte, la seule où il restât quelques peintures d'architecture, pour y jeter des 3 décombres. Enfin, ils y travaillent non ad majorent gloriam^ sed ad utilitatem nostram.

n y a, dans une autre, quelques restes de statues, mais peu : trois ou quatre figures d'un bon goût.

Il y a à Tivoli, au-dessous des grandes cascades, lo les Cascatelles, qui sont plusieurs petites cascades très agréables, et que le temps ne m'a pas permis de voir.

Il y a aussi, dans une fontaine, une concrétion d'une espèce d'albâtre, que je n'ai point vue, n'ayant 1 3 su la chose qu'après coup.

Il est impossible', m'a dit le cardinal Imperiali, que Civita-Vecchia ne croisse, parce qu'il y a la forteresse et les galères, et que l'on y porte plus d'argent que l'on n'en retire.

20 J'ai vu à Frascati trois hommes, sur le perron d'une église, faire la contrebande du tabac devant tout le peuple, devant cinquante sbires, qui les regardoient. Je les ai trouvés, le lendemain, à Tivoli, auprès de l'église, faire le même manège, et aller

2b ainsi se promener dans tout l'État ecclésiastique. Ne vit-on pas dix ou douze coquins réfugiés dans un couvent de moines, chasser les moines, et, de là,

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