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BORDS DU RHIN

De Heilbronn, il y a 8 milles ou 4 lieues d'Allemagne jusqu'à Sinsheim, et il y a 7 milles de Sins- 5 heim à Heidelberg. Après Heilbronn, on entre dans le Palatinat. Mais c'est à 5 ou 6 milles de Heidelberg que commence le beau pays.

Le prince de La Tour-Taxis a les postes de l'Empire en fief. C'est lui qui met les maîtres des postes

10 dans les états des Princes, retire les ports de lettres, donne des gages aux maîtres des postes. Il est vrai qu'il est obligé à de grandes dépenses. Premièrement, il faut qu'il établisse les postes que les Princes demandent pour leur cour. Toutes les expéditions

i5 qui regardent la cour desdits princes, ports de lettres, etc., se font sans frais. Les maîtres de poste, qui doivent fournir beaucoup de courriers publics, doivent avoir des gages. Le prince de La Tour ne vend point ses emplois, mais les donne à ceux qui

20 ont travaillé dans ses bureaux. Le roi de Prusse et

l'électeur de Saxe ont leurs postes dans leurs états,

excepté, pour le roi de Prusse, dans quelques lieux

éloignés.

Le prince de La Tour réside moitié du temps à

35 Francfort, qui est le centre de ses affaires, et l'autre

moitié à Bruxelles, ayant maison à l'un et à l'autre. Il a aussi les postes des Pays-Bas. On vouloit les lui ôter; mais cela s'est accommodé.

Le 26 août 1729, j'arrivai à Heidelberg.

Cette ville n'est pas grande. Elle est entre le Mein s et une montagne ; de façon qu'elle ne peut s'étendre qu'en long. Il peut y avoir 1,700 bourgeois, tous misérables depuis que l'Électeur, piqué de ce qu'on lui a fait rebâtir la muraille qui séparoit la nef de l'Église du Saint-Esprit, qui étoit aux Calvinistes, 10 du chœur, qui étoit aux Protestants, a quitté la Ville, pour aller à Mannheim, où il a fait venir les conseils et dicastères; ce qui a mis la Ville en un tel état qu'on n'y voit pas un sol. Les maisons qui se vendoient 3, 000 florins ne s'y vendent qu'à peine 1,000 et 1,100. J'ai vu cette fameuse église, qui a i3 fait tant de bruit, et qui certainement n'étoit pas digne d'être tant enviée. Mais les Protestants craignoient surtout que l'Électeur, ayant l'Église, ne vînt à demander aussi les revenus, qui sont considérables. Il est étonnant que le traité de Westphalie, 20 qui a été fait en faveur des Princes, leur soit à présent si contraire. Ce traité de Westphalie a perdu la religion catholique en Allemagne.

J'ai été au Château voir la fameuse tonne. Effectivement, c'est une belle pièce. Elle contient 204 fou- 23 dres, 3 einters, 12 pots. Chaque foudre contient 10 eimers; Veinter, 48 pots ou pintes. Enfin, on juge dans les communautés que le foudre est la portion

d'un moiile, toute Tannée. Ainsi ce foudre peut suffire pour 204 moines.

Il y a une autre cave remplie de grands foudres, qui ne contiennent tous que ce que contient le grand. 5 Le tonnelier Vient vous servir à boire dans une coupe formidable; mais il y met peu de vin. Il faut boire à la santé de l'Électeur, et, si l'on manque à certaines cérémonies, on est battu sur les fesses, comme aussi si l'on donne un coup sur le sacré

10 foudre.

Le Château est démoli du tômps des François. Ils voulurent aussi faire sauter le foudre ; mais, par un miracle, la mine s'éventa. Ces sortes de foudres sont faits d'un bois épais de 6 ou 7 doigts, avec des cer-

i5 clés de bois de menuiserie, qui ont près d'un pied de large et d'épaisseur, et les fonds sont soutenus à la muraille par un appui.

Je crois que c'est Germanicus qui planta les co* teaux de la Moselle et du Rhin. — Voir les inscrip-

20 tions de Notre -Dame -les -Marchands -de -Vin, sous quel empereur. — Voir, dans l'extrait de Coringius, quand on planta les vignobles d'Espagne.

L'exercice public des trois religions est permis dans le Palatinat. Depuis cet électeur, les catholiques

35 ont eu un peu les coudées plus franches. On a sollicité des petites gens, qui sont revenus d'ailleurs. Les charges ont été en grande partie entre les mains des Catholiques. Là où il y avoit des églises en commun, on a séparé, et tantôt les Réformés^ les

3o Catholiques, ont eu plus de liberté dans leurs pré-

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dications que les Protestants, et les Jésuites ont un peu prêché la controverse.

Memmingen est une ville impériale dans la Souabe, toute luthérienne. Elle n'a que ses murailles, et tout le dehors est aux Catholiques. Un Catholique ne 5 peut pas être bourgeois, et, quand il Test, il perd son droit de bourgeoisie et est obligé de vendre son bien dans trois ans.

Le 25 août, je partis de Heidelberg et arrivai de bon matin à Mannheim, qui en est à une poste. C'est lo à présent une des plus belles villes d'Allemagne, et en sera une des plus fortes. Sept rues d'un côté, croisées par sept autres rues de l'autre, font la Ville ; larges, bien droites. De belles places; des maisons à deux étages, pour la plupart bien bâties. La situa- i5 tion en est charmante, dans le lieu où le Neckar va se jeter dans le Rhin, et elle sera une des principales villes d'Allemagne, et, si les François l'avoient, Mayence, Spire, Worms, Heidelberg, Philips* bourg. Trêves, tomberoient ou seroient en échec. 30

L'Électeur a fait les remparts tout autour, et les bastions du corps de la place, et quelques demilunes. Mais le reste des dehors n'est pas achevé. Il y a même une chose ; c'est qu'il ne peut pas fortifier du côté du Rhin, parce que, par les traités de Bade 25 et de Radstad, il est dit que la France et l'Empire ne pourront pas faire des ouvrages sur les bords du Rhin. L'Électeur a pourtant fait quelques petits ouvrages, peu considérables, à la tête du pont sur

le Rhin. On eàt venu voir cela de Landau, et on a trouvé cela si peu considérable qu'on n'a pas jugé à propos de rien dire.

Or voici comme est Mannheim :

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