WESTPHALIE, HANOVRE ET BRUNSWICK
De Dtisseldorf, on continue le pays du Duché de Berg, qui est à l'Électeur palatin^ par un mauvais pays sablonneux, et on arrive ensuite à Duisbourg, 5 ville du Duché de Clèves, au roi de Prusse, très misérable, à ce qui (sic) me parut. Cela fait poste et 1/2.
De là, par le pays du même roi, on arrive, après 2 postes, à Dorsten, petite ville dépendante de l'Ar- 10 chevêche de Cologne. Tout ce pays est mauvais. Là on passe la Lippe, et, par un pays qui est comme nos Landes, on fait une poste et 1/2 jusques à Dtilmen ; d'où, par un pays un peu meilleur, on arrive à Mtinster, dans une poste 3/4. i3
J'y arrivai le 11, à 10 heures. J'avois une lettre du chevalier de Boissieu pour M. le baron de Tuicner ou Tuikel, grand -prévôt de l'Église de Mtinster, qui me donna un très beau dîner, où il y avoit dix ou douze personnes. Il me fit voir, ensuite, l'Église, où 20 il n'y a pas autrement rien de remarquable.
Le Chapitre est composé de 41 chanoines. Les moindres ont 1,200 écus de revenu; le grand-doyen, 6 ou 7,000 florins. Ils ont, outre cela, l'aubaine des élections. 25
On conserve encore dans une cage de fer le corps de ce tailleur de Leyde qui se fit roi des Anabaptistes à Miinster. Il avoit tourné la tête de toutes ces bonnes gens et persuadé aux religieuses la commu- 5 nauté du sexe, chassé tous les Catholiques et les ecclésiastiques. Ils (sic) disent avoir une lettre de Luther, qui les exhorte dans leur rébellion et dit qu'il approuve plus leur religion que la catholique. Ce fut une chose heureuse pour la religion catholique que 10 les excès de cette secte : cela fit que les Catholiques, devenus les maîtres, chassèrent tous les sectaires; ce qui fit qu'au traité de Westphalie ils (sic) n'eurent rien à demander à Mttnster.
Comme l'Évëque ne résidoit guère dans la Ville, i5 Mttnster étoit autrefois aussi indépendante (sic) que Cologne. L'Évêque n'y a qu'une mauvaise résidence, indigne de lui.
Mttnster est assez mal fortifié. Il est sur une petite rivière qui se jette dans l'Eras, si ce n'est le commen- 10 cernent de l'Ems même.
L'Évêché de Mttnster tient presque le tiers de la Westphalie; mais ce pays est assez stérile et mauvais. C'est de là que viennent les cochons qui produisent de si bons jambons. On mange là du aS bon pumpernickel, espèce de pain très noir, qui est excellent avec du beurre.
Les chanoines de Mttnster sont tous obligés d'aller
igo MONTESQUIEU
faire leur résidence dans quelque chapitre de Rome, France ou Italie, pendant un an, sans découcher jamais de la ville qu'ils ont choisie.
Je partis le 12, au matin, pour Osnabrtick.
Le chapitre d'Osnabrttck est composé de 23 cha- 3 noines catholiques et de 3 luthériens. Les catholiques ont seuls droit d'élire TÉvêque, soit catholique, soit protestant, et ont seuls voix au chapitre. Il faut que le protestant soit toujours de la maison de Hanovre. Cela fait que, même pendant la régence de Tévèque 10 catholique, cette maison prétend avoir un droit de conservation pour empêcher qu'il ne se fasse rien au préjudice de l'Évêché.
La plupart de ceux d'OsnabrUck sont luthériens : la religion catholique se détruit peu à peu dans les iS états de Hanovre et du roi de Prusse.
La dépense du roi de Prusse pour toute sa maison ne monte guère à plus de i,3oo écus, par mois. A sa table est ordinairement la famille royale et quelques généraux. On y meurt de faim. On ne sert qu'un 20 plat à la fois, qui fait le tour, et il est souvent fort bas avant que le tour ne soit fini.
Le Roi ne soupe point et s'enferme dans son cabinet avec quelques uns de ses officiers, à fumer et boire de la bière. 25
En quelque lieu qu'il voyage dans ses états, il va dîner chez l'officier qui commande, fut-ce un lieutenant. Quelquefois il voyage incognito dans un chariot d'Allemagne.
Il aime ses soldats, les rosse très bien, et ensuite il les baise. Leur métier est meilleur que celui des officiers, qu'il ne châtie pas moins et souvent. Il écoute plus les raisons du soldat que de son officier. 5 Souvent les officiers, obligés d'avoir de grands hommes, en enrôlent 5 ou 6 petits pour en avoir I grand.
Les affaires ne finissent point dans ses tribunaux.
Mais on n'a qu'à s'adresser à quelque soldat qui soit
10 familier avec le Roi, lui donner de l'argent : il présente
requête au Roi, qui voit l'affaire lui-même et la juge
comme on veut.
C'est une misère que d'être sujet de ce prince : on est tourmenté dans ses biens et dans sa personne. i5 Un homme a beau être riche, homme de robe, marchand, il n'est pas moins sujet à être enrôlé. Cela fait que bien des gens sortent du pays, que les pères envoyent leurs enfants ailleurs.
La navigation du Rhin est si chargée de droits ao excessifs que presque tout s'envoye par terre, jusques aux marchandises les plus pesantes. Il y auroit (je crois) du profit à envoyer par terre des meules de moulin. C'est le roi de Prusse et l'Électeur palatin qui ont perdu cette navigation. Par les traités, 35 on ne peut pas mettre de nouveaux péages sur le Rhin; mais, pour les anciens, le tarif est si obscur que les douaniers font payer ce qu'ils veulent.
Les Duchés de Juliers et Berg et ceux de Clèves et de La Marck sont les plus chargés d'impôt qu'il. y
ait. Aussi les peuples en désertent-ils en foule. L^ËEecteur palatin avoit fait aux États de ces deux duchés une demande de 800,000 écus. Les États n'en vouloient payer que 600,000. Ils payent actuellement les 600,000, lesquels, avec les autres droits, font un 3 revenu à l'Électeur d'environ 900,000 écus. Et, avec le Palatinat et ses autres états, cet électeur peut avoir environ i,5oo,ooo écus de revenu.
Les postes de Berg sont à l'Électeur palatin ; celles de Miinster, à t'Évêque. <
L'électeur de Bavière tourmente beaucoup sa noblesse sur ses privilèges : on a beau aller à Vienne, Vienne ne dit rien; et l'Électeur, qui soutient ses prétentions par des exécutions militaires, soutient que Vienne n'a rien à dire. 1
J'arrivai à Hanovre le 24.
J'y trouvai milord Waldegrave, M. de Chavigni, qui étott venu de Ratisbonne, M. de MUnchhausen et Madame.
Je fis connoissance, le lendemain, avec milord -i Townshend, qui me fît mille amitiés.
Je fus présenté au Roi; j'eus l'honneur de dîner avec lui. Le soir, on joua à Herrenhausen la comédie de Destouches, de l'Irrésolu. Le Roi, qui veut que l'on joue toujours une comédie nouvelle (en quoi il :: a raison), ne se soucie pas que l'on dise les rôles par cœur : on tes lit.
ÉES A BETTENHAUSEN ^-Bretagne
géni Pr. Maximilibn. Lieut^ gén\ de Boineburg.
Général-major de DlTPQRTH.
Drig, de Graffendorff,
Bleu,
Brig. de Kagge.
BUu,
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ADDlTIOÎf
Infanterie: 1 1 bataillons à 626 6,886
Cavalier ie: 10 escadrons à 180. 1,800
Dragons : 10 escadrons à 182 . 1,820
Somme : i io,5o6