C. Communication
D. Côtés intérieurs du carré échancré, où sont encore les livres.
embrassée par la main; il a, de haut, un empan et
5 demi. Il y a, outre cela, un grand nombre de volumes
manuscrits de la bibliothèque du cardinal Mazarin.
Des différends des rois d* Angleterre y de Prusse y où le dernier y méchant d^abord, demanda la paix, — On mit sur la table du roi de Prusse le 32® et 33* verset lo du chapitre xiv de Saint -Luc : < Quel est le roi qui, allant à son ennemi avec 10,000 hommes, ne s'assoye pour voir si, avec 10,000 hommes, il en pourra battre 20,000; et, voyant qu'il ne peut les battre, il envoyera des gens pour demander la paix. »
i5 A Brunswick, il y a la maison du comte d'Heu, qui est un vrai colifichet, et la maison de M. Schleinitz, qui est à la françoise : un petit jardin, mais joli.
Il y a une grande division dans la maison de Brunswick entre les héritiers présomptifs, le duc de Blanckenbourg et la famille régnante, à roccasion : 1" du changement de l'alliance, qui avoit d'abord été une accession au traité de Vienne ; et 2° à cause d'un 5 ministre qui avoit été disgracié.
Le baron de Stein, détesté à Vienne : inimitié capitale. Il a le premier, avec feu M. de Metternich, attaqué l'autorité impériale à ta Diète, et les deux hommes ont soulevé le parti protestant et ont pris 10 occasion de ce qu'on avoit enlevé l'Église du Saint* Esprit.
On faisoit les lettres de M. de Gergi, et le vieux Péquet ne pouvoit comprendre comment Gergi écrivit (sic) tantôt tant de sottises, tantôt des choses i^ si solides. Il dtsoit : < M. de Gergi avoit deux âmes. > Chavigni vint ensuite, qui travailla de concert.
Le cardinal Dubois ni M. le Duc n'entrèrent jamais dans le parti des Protestants. Le cardinal de Fleury n'a pas été de même. Kichelieu, Mazarin, Fleury! 10 Pour Dubois, il dérogeoit à la règle commune : il n'avoit point de système fixé, et, d'ailleurs, it ne craignoit pas qu'on le soupçonnât de bigoterie.
Les places de Ratisbonne étoient toutes occupées par des ministres dont les princes étoient dégoûtés, is ou qui étoient disgraciés. Ils n'avoient point la confiance de leurs maîtres, et eux n'avoient point à cœur leurs intérêts et ne cherchoient que le repos ou les douceurs qu'ils pouvoient tirer de la cour de Vienne. 3»
Le duc de Wolfenbtittel et de Brunswick a 800^000 écus de revenu ou 1,200,000 florins d'Allemagne. Ses mines vont à 100,000 éçus.
Brunswick étoit une ville hanséatique et se gou- 5 vernoit elle-même. Lors de la grande guerre de Hollande, ces princes s'en rendirent les maîtres, et les Hollandois n'osèrent rien dire.
Le landgrave de Hesse a un tiers plus de revenu et un tiers plus de troupes que le duc de Wolfen-
10 bttttel. Le landgrave régnant est vieux. Il a pour maîtresse (sic) une Mad® de Langalerie, veuve du fameux de ce nom, plus, une demoiselle Bomhelms, qui lui tirent bien de l'argent. II commence à perdre la mémoire et quelquefois se lève de table avant le
i3 fruit. Il ne faut pas croire que le roi de Suède en tire beaucoup d'argent pour la Suède : peut-être 200,000 écus.
Versailles a ruiné tous les princes d'Allemagne, qui ne peuvent plus résister à la moindre somme d'ar- 20 gent. Qui auroit dit que le feu Roi eût établi la puissance de la France en bâtissant Versailles et Marly ?
Il y a à Brunswick un prince de Bevern qui a épousé une fille de Courlande. Il est fort grand, fort dévot, fort jaloux, fort pauvre, mais poli. Sa femme 25 est une bonne princesse, mais laide.
Le roi de Danemark n'est jamais gouverné que
par des valets de] chambre. Il a des ministres; mais c'est inutilement. Il avoit un nain qui l'avoit tellement conquis que tout le monde, les ministres même, venoient lui faire la cour.
C'est un bonheur que d'être disgracié du roi de 5 Danemark : il vous donne des pensions, un gouvernement, une vice-royauté, afin qu'il ne vous voye plus^ et que vous n'ayez point à vous plaindre.
Lors de la prise de Brunswick par les ducs de Wolfenbttttel, ils n'y pensoient pas : il n'étoit ques- lo tion que de quelques démêlés avec Bernard de Galen. Un de ces princes dit: c Prenons Brunswick!» Le duc de Zelle dit : t C'est une affaire à laquelle il faudra penser. » Cela fut fait. — Voir le siège. — Le commerce de cette ville étoit tout à fait tombé. i5
Le 29, le sieur Durcau, ministre de France à Brunswick, fit une fête pour la naissance du Dauphin. J'y étois.
Le Duc et la Duchesse, les deux princesses de Bevem, la princesse de Bevern qui est courlandoise, 20 quelques enfants des deux princes (ils sont en tout au nombre de dix -huit). L'un des princes de Bevern est frère de l'Impératrice et établi chez l'Empereur, quoiqu'il ait un régiment au service du duc de Brunswick. L'autre est prévôt du chapitre de Brunswick 23 et marié à une Courlandoise, princesse de mérite.
Le duc et la duchesse de Brunswick vivent avec leurs sujets comme avec leurs amis. Ils dînent çt
VOYAGE EN ALLEMAGNE 2l3
soupent toujours en compagnie. Quand un gentilhomme va à la Cour, il y est bien reçu ; s'il n'y va pas, il n'y est pas mal. Ce qu'il y a de fatigant, c'est que le Duc dîne à midi et soupe à sept heures, et 5 que, comme il s'ennuye un peu, il devance toujours les heures.
Le baron Stein est son premier ministre et celui qui gouverne ses finances. C'est le premier homme de l'Allemagne, selon moi, par la connoissance qu'il jo en a. Nous sommes fort amis. C'est un homme très aimable. Il est bien brouillé avec l'Empereur, et avec ses (sic) successeurs au Duché, et bien encore des (sic) autres ministres.
Le comte d'Heu aussi ministre; mais peu de chose.
C'est une grande commodité pour les gentilsi5 hommes allemands de servir qui ils veulent, et de changer, comme ils veulent, de maître, selon que cela leur est plus avantageux.
Le 28 septembre, je partis de Brunswick pour aller voir les mines du Hartz. Le baron Stein me
ao donna sa maison, et j'étois attendu à souper chez M. Imhof, à qui il m'avoit recommandé. Je passai par Goslar, où il y a des mines que je verrai au retour. Le roi d'Angleterre avoit vu ses mines, et j'aurois bien voulu être arrivé à temps. Comme le
25 roi d'Angleterre a vu ces mines, l'électeur de Cologne doit les venir voir : car on a grande envie de faire ce que les autres font.
Le prince d'Anhalt est encore plus grenadier, in-
juste et brutal que le roi de Prusse. Il a épousé la fille d'un apothicaire d'Anhalt, que l'Empereur a érigée en princesse. C'est une bonne princesse. Il tua son frère. Au siège de Turin, il avoit une compagnie de grands hommes qu'il exposa tant qu'ils furent 5 tous tués. C'est lui qui en a donné l'idée au roi de Prusse. Il a quatre fils, qui ont, chacun, un régiment prussien. Ils n'ont point eu d'éducation, et le père leur donne toutes sortes de licences. Mais sont-ce des princes, après tout? C'est encore lui qui a donné lo l'idée au roi de Prusse de cette discipline. Quelque temps avant celui dont je parle, un officier, pendant l'exercice, avoit une mouche sur le nez qui le piquoit. n fit un mouvement de la main. D'Anhalt le remarqua et le fit mettre trois semaines aux arrêts.
Le 5 octobre 1729, l'électeur de Cologne arriva à Clausthal, vis-à-vis Zellerfeld^ où j'étois. Il vit une mine le 6* et descendit jusqu'au fond. Le soir, j'allai le voir. Je lui fus présenté, et je soupai avec lui. Je vis plusieurs personnes que j'avais connues à Ha- 20 novre : le chambellan Bulow et quelques autres officiers. L'Électeur me fit mille politesses. Il parle avec tout le monde et avec facilité, et on est d'une grande liberté avec lui. Je vis aussi son ministre Plettenberg, qui a toujours l'air très petit maître. Sa vanité 25 se tourne un peu en ambition. Il veut être vice-chancelier de l'Empire en faisant enrager l'Empereur, voyant qu'il n'est pas plus avancé pour l'avoir ;^rvi. C'est l'électeur de Mayence qui nomme; mais l'Empereur peut donner l'exclusion. 3o
VOYAGE EN ALLEMAGNE 2l5
Les musiciens du Hartz chantèrent devant Pélec* teur des chansons pleines d'infamies. Il s'en tira bien, ne fit pas semblant de les écouter, et se leva de table dès qu'elles furent trop fortes.
5 Le baron de Stein, Mad^ de' Stein et une Mad^ Felter, et sa belle -fille, fort jolie, étoient venus au Hartz, où se devoit faire la reddition des comptes pour les affaires des mines du Duc. Cela fit que j'y restai jusqu'au 7^ du mois.
10 Les Barbares qui conquirent l'Empire romain n'avoient garde d'établir le gouvernement despotique : ils n'en avoient pas seulement l'idée encore. Comme Tacite les décrit, tout se passoit dans le commun conseil de la nation ou de la famille. La
i5 peur des Romains ûrent (sic) qu'ils se réunirent. Ils étoient couverts par les forêts.
Les auteurs se tuent à chercher pourquoi il n'y a plus de transmigration des peuples du Nord. C'est qu'on y cultive les terres, et qu'on y fouille les
20 mines; de façon que tout le monde y peut vivre. Le perpetuus miles diminue beaucoup le peuple en Allemagne et au Nord.
Sur l'éducation des princes, le baron Stein a remarqué qu'ils naissent tous portés à la volupté : car 25 leur mère, pendant toute la grossesse, ne pense qu'à la volupté, et les enfants sont nourris et tenus de même. Il dit que la volupté est toujours dans les princes la seconde passion. Ainsi, s'il (sic) est avare,
2l6 MONTESQUIEU
sa première passion, c'est Tavarice; la seconde, la volupté. Que si la volupté est la dominante, cela va à tous les excès possibles. Il (sic) a remarqué que presque tous les princes ont du goût pour la musique et y réussissent même. 3
Le même baron voudroit qu'on fît une histoire universelle dans laquelle on marqueroit les suites et les changements que de certains grands événements, même les inventions, ont fait, tant sur l'esprit que sur le cœur des hommes, sur les mœurs, sur les lo manières : l'irruption des Barbares dans l'Empire romain; l'établissement de la religion chrétiennç; l'empire de Charlemagne; la découverte des Indes (il me semble qu'elle a dépeuplé l'Espagne et peuplé la Hollande, l'Angleterre et la France, par un com- 1 5 merce particulier qu'elle leur a donné) ; l'invention de la poudre; la boussole; l'imprimerie.
VOYAGE
Je partis le 8, au matin, de Zellerfeld. J'arrivai le lendemain matin à Hanovre, où je ne m'arrêtai pas ; le matin d'ensuite, à Osnabriick. Le surlendemain,
5 au soir, j'arrivai à Deventer, et, le lendemain, au
matin, 12, j'arrivai à Utrecht, après avoir marché
quatre jours et quatre nuits sans sortir de ma chaise
de poste.
Un peu avant d'entrer dans les terres des États-
10 Généraux^ de ce côté-là, on trouve la comté de Bentheim, petit pays, en souveraineté, au comte de ce nom, qui est marié avec une princesse de Hesse* Rheinfels, sœur de la princesse de Piémont et de Mad* la Duchesse.
i5 Ensuite, on entre dans la province d'Over-Yssel, qui est un très mauvais pays. De là, dans la Gueldre, et le pays que l'on passe est encore très mauvais, quoique la Gueldre, dans ses autres parties, ne laisse pas d'être bonne. La comté de Zutphen en est, et le
20 roi de Prusse n'en a que la capitale (misérable petite ville, qui porte le nom de la province) et quelques villages.
De là, on entre dans la seigneurie d'Utrecht. On
passe par Amersfoort, petite ville assez jolie. Ce que l'on trouve, de cette ville, sur son chemin n'est que bois et sable, quoiqu'on m'ait dit que le reste de la province est meilleur.
En un mot, tout le pays depuis Bentheim jusques à 3 Utrecht est très mauvais, et qui voit les Provinces- Unies par là en a une très mauvaise idée. Vous saurez, de plus, que tout l'Over-Yssel et tout Groningue est mauvais et sans commerce. Le pays de Frise a le sol bon, et il s'y fait un commerce de bœufs et de lo chevaux, qui est l'unique. Utrecht et Gueldre, bons en partie; mais aussi sans commerce. La Zélande a du commerce et une terre prodigieusement fertile, surtout en bled. La Hollande, bonne.
Sur le pied que le tarif a été fait anciennement^ la 1 5 province de Hollande supporte 58 pour loo des subsides que donnent toutes les provinces, et la ville d'Amsterdam, 28 desdits 58 pour 100; de façon qu'Amsterdam paye 28 pour 100 du tout, c'est-à-dire entre le quart et le tiers. Mais ce n'est pas ce qu'elle 20 pourroit porter : car, depuis, la province de Hollande, Amsterdam, en particulier, sont devenus plus florissants et ont augmenté; de façon que la province de Hollande, si l'estimation étoit juste, devroit porter 70 pour 100 du tout, et la ville d'Ams- aS terdam, 40 de ces 70, c'est-à-dire 40 pour 100 du tout.
La ville d'Amsterdam a réduit ses obligations à 2 1/2 de revenu, au lieu de 4, et même elle a certaines rentes à 2 pour 100. Il est vrai qu'elle a fait cette 3o
réduction en offrant le remboursement à ceux qui ne vouloient pas s'en contenter. Mais, quand on a voulu prendre, on a dit qu'il n'y avoit pas d'argent. D'autres provinces payent encore jusques à 4. Mais 5 c'est que ceux du Conseil sont intéressés dans ces obligations et ne veulent pas être réduits euxmêmes.
Les HoUandois ont deux sortes de rois : les bourgmestres, qui distribuent tous les emplois (il y en a à 10 Amsterdam quatre régnants, présidant, chacun, trois mois, qui donnent tous les emplois de la présidence). Les autres rois sont le bas peuple, qui est le tyran le plus insolent que l'on puisse avoir.
Tout ce qu'on m'avoit dit de l'avarice, de la frii5 ponnerie, de l'escroquerie des HoUandois, n'est point fardé ; c'est la vérité pure. Je ne crois pas que, depuis un homme célèbre appelé Judas, il y ait jamais eu de Juif plus juif que quelques-uns d'eux. Comme ils sont accablés d'impôts, il faut qu'ils ayent de l'ar- 20 gent par toutes voyes. Ces voyes sont deux : l'avarice et la rapine. Le bas peuple vous demandera toute votre bourse pour avoir porté votre porte -manteau. Le cabaretier, surtout le petit, vous demandera cinquante et cent fob plus que vous n'avez dépensé, et 35 il faudra payer : car le Magistrat, dont il semble que l'étranger devroit être le pupille, ne vous fait aucune justice. < Pourquoi ne faisiez- vous pas le prix? » ditil. Le maître de poste d'Amersfoort, qui me fît attendre deux heures pour les chevaux, me demanda un
escalin pour m'être tenu dans son courroir (sic) et sur sa porte. Un homme qui enseigne une rue vient vous demander de l'argent.
Le cœur des habitants des pays qui vivent de commerce est entièrement corrompu : ils ne vous rendront 3 pas le moindre service, parce qu'ils espèrent qu'on le leur achètera.
Du reste, la Hollande est pleine d'impôts ridicules. Votre chaise paye pour être restée sur le pavé de la rue. Tout paye; tout demande; à chaque pas que lo vous faites, vous trouvez un impôt.
Il est certain que le commerce de Hollande diminue considérablement. Une preuve de cela, c'est qu'Amsterdam s'agrandit et bâtit sans cesse. On ôte l'argent du commerce pour l'employer en pierres, et i3 je vois qu'il en sera comme à Venise, où, au lieu de flottes et de royaumes, il reste de beaux palais. Cela vient de ce que le Nord commence à négocier par lui-même dans le Midi. Hambourg, Âltona, Dantzig, vont plus qu'ils ne faisoient dans la Méditerranée. 30 Si la Compagnie d'Ostende avoit subsisté, elle auroit renversé celle de Hollande, parce que, faisant tous ses achats en argent, elle avoit d'abord fait ses emplettes, et bien plus tôt que les Hollandois, qui les font en marchandises. La Compagnie d'Ostende a 25 fait de grandes pertes, depuis deux ou trois ans, au cap de Bonne -Espérance. Elle a perdu 10 ou 12 vaisseaux par un vent qui vient de terre, ordinaire dans ces pays; ce qui fait qu'on quitte le Cap le plus tôt qu'on peut, après s'être rafraîchi. 3o
Un homme m'a dit que le thé perdoit la bourgeoisie de Hollande. Une femme boit 3o tasses de thé le matin. Là, toute la famille s'assemble; il se consomme beaucoup de sucre ; le mari demeure là deux heures 5 et perd son temps. Les domestiques, de même. Ce thé relâche les fibres de l'estomac des femmes ; dont plusieurs, pour remèdes, recourent à l'eau • de -vie.
Utrecht est une fort jolie ville. Un canal, très large, qui vient du Rhin, passe près des murs, et on
lo en a tiré de l'eau pour les fossés qui les entourent, et pour un canal qui traverse la Ville, le long duquel il y a des arbres. Autour des remparts, il y a de beaux arbres. Mais ce qui est au-dessus de tout art : le Mail, magnifique par sa longueur et la beauté de
i5 ses arbres, que Louis XIV fit épargner. Il y a trois ou quatre rangées d'arbres à chaque côté, et, tout du long, de jolis jardins et petites maisons de campagne des bourgeois, qui forment une grande rue, au milieu de laquelle est ce cours.
2o II y a une grande guerre à Utrecht entre les Jésuites et les Jansénistes : car les Jésuites, chassés des Provinces - Unies (je crois, depuis peu), sont restés dans la province d'Utrecht, où les Catholiques sont riches et puissants. De l'autre côté sont
25 les Jansénistes, dont une grande partie ont à leur tête l'archevêque schismatique d'Utrecht; et, enfin, les Chartreux, qui ont là deux maisons, qu'ils ont achetées, où ils ne manquent de rien, et cela, auprès d'Utrecht, où ils viennent quelquefois habillés en
séculiers. On dit que les lettres de change ne manquent pas.
Les Jansénistes de France ont eu grand tort d'entretenir des correspondances avec ceux de Hollande, et même de ses réfugiés (sic), et d'y faire 5 un corps. Cela a donné un air de secte pareille à celle du pays qu'ils alloient chercher. Cela a donné le moyen au Pape de les déclarer et tenir pour schismatiques : chose qu'il n'auroit jamais pu faire en France sans opposition de toute la Nation. Au to lieu que, leurs frères étant schismatiques en Hollande, [ils] le deviennent en France par contrecoup. € Mais, dira-t-on, il falloit bien un asile! » Il falloit le chercher dans tous les états d'Europe, non dans un, surtout les catholiques ou les moins sus- i5 pects, comme en Allemagne; ou se retirer dans les villes d'Allemagne où le Magistrat est mi-parti, comme à Augsbourg, et où le catholique n'auroit pu les emprisonner par ordre du Nonce, parce que rien ne s'y fait sans la permission des deux. Enfin, ils 20 n'ont (sic) jamais dû faire ni avoir des églises particulières : car la politique de Rome a toujours été admirable, de séparer sans cesse tout ce qu'elle juge mauvais grain, et, par là, elle a résisté contre Luther et Calvin; au lieu que, si elle avoit voulu, par des 25 tempéraments, garder tout, elle auroit perdu tout.
Les hommes sont grandement sots! Je sens que je suis plus attaché à ma religion depuis que j'ai vu Rome et les chefs-d'œuvre de l'art qui sont dans ses églises. Je suis comme ces chefs de Lacédémone 3o
qui ne voulurent pas qu'Athènes périt, parce qu'elle avoit produit Sophocle et Euripide, et qu'elle étoit la mère de tant de beaux esprits.
La province d'Utrecht et celle de Gueldre ont fort 3 remis leurs affaires. Ils (sic) ont continué les impôts depuis la paix, et, comme ils avoient beaucoup de rentes viagères à lo pour loo, beaucoup se sont éteintes; ce qui a remis le crédit. Ils ont ôté, depuis deux ou trois ans, quelques petits impôts. 10 Pour la province de Hollande, elle ne s'est guère remise, et elle a même quelques impôts de plus que pendant la guerre.
Les États ont entretenu, pendant la guerre, iio
au moins et quelquefois i3o,ooo hommes, sans
i3 compter les vaisseaux. L'état de certaines années a
été de 44, 46 à 5o millions de florins. L'an 1709 et
171 1 ont été exorbitants.
La mortalité des bestiaux a beaucoup ruiné les paysans de plusieurs provinces de Hollande. Les 20 terres, dans les petites provinces, se donnent à 4 pour 100; quelques unes, à 5 pour 100.
Voici la vraye raison de ce que la Hollande ne tire presque plus de bœufs de Jutland, outre l'augmentation de droits du roi de Danemark. Les Hollan- 25 dois ont vu qu'autrefois les Danois envoyoient leurs bœufs par mer et prenoient des marchandises en échange. Ensuite, ce furent des gens qui allèrent acheter des bœufs dans la (sic) Jutland et apportoient
T. It. 2g
de Targent comptant; ce qui le faisoit sortir. Pour cela, les États ont mis un droit de 4 écus, la première année; de 8, la seconde; 12, la troisième; 16, la quatrième; 20, la cinquième; 24, la sixième année, sur chaque bœuf de Jutland; de façon qu'il n'en 5 reviendra plus. A mesure que le Danemark a voulu faire un commerce par lui-même, il s'est fait des changements.
Les fortunes ne sont pas extrêmement considérables en Hollande : 200,000 florins font une grande 10 fortune. Cela vient des partages entre plusieurs enfants et de la diminution du commerce.
On dit que, des sept provinces, celle qui est la plus mal gouvernée, c'est celle de Hollande.
M. Van Hoy vouloit être pensionnaire et a pensé i5 l'être.
Le Pensionnaire voudroit fort remettre l'ordre : il a des projets pour que de certains fonds rendissent beaucoup plus qu'ils ne font, de plusieurs millions, mais il n'est point écouté. 20
De 10 vaisseaux qui doivent payer les droits d'entrée en Hollande, il y en a plus de la moitié qui n'en payent point, en donnant de l'argent au Commis.
Enfin, la République tombe dans la corruption. ^^
Les États avoient 3o,ooo hommes avant cette augmentation au moyen de laquelle ils ont actuellement 5o,ooo hommes effectifs.
Chaque province envoyé un député aux États- Généraux; ce qui fait sept voix. II est vrai que chaque député est composé de plusieurs personnes qui n'ont qu'une voix. Il y a des provinces qui ont s plus ou moins de députés que les autres, et plus ou moins de fauteuils aux États-Généraux; de façon qu'il n'y a souvent place que pour le député de la Noblesse et quelque autre. Lorsqu'il s'agit de la guerre ou de la paix, il faut que la résolution soit
10 unanime. Dans l'accession au traité de Hanovre, il y avoit six provinces qui consentoient, et la seule d'Utrecht (dont un seul député, qui (sic) ne consentoit pas), arrêtoit tout. Pour lors, on prend un expédient : le premier député d'Utrecht dit qu'il n'avoit
ti point d'ordre; ce qui fut regardé comme un consentement.
Les États de la province de Hollande sont composés de iS députés des i8 villes et d'un député de la Noblesse; ce qui fait 19 voix. La ville d'Amster-
10 dam n'a que sa voix, comme les autres, malgré la grande inégalité de la contribution. Le député de la Noblesse a un très grand crédit dans les États de Hollande, parce qu'il entraîne avec soi bien des députés des petites villes, où la Noblesse a du crédit.
i5 Le pensionnaire de Hollande est choisi parmi les pensionnaires des 18 villes de la province ou parmi ceux qui l'ont été. Ce pensionnaire est comme le chef de la République ; mais, par occasion : car, dans les États-Généraux, il n'est qu'à la tête des députés
3o de Hollande. Mais il a deux autres charges unies, qui ajouté (sic) à son crédit et à sa dignité. L'une,
c'est qu'il est vice -président de rAssemblée des États -Généraux, chaque député des sept étant président à son tour, commençant par le député de Gueldre, qui est un duché. Mais ce qui lui donne le plus de crédit, c'est qu'il est rapporteur aux États 5 de toutes les affaires étrangères; et, d'ailleurs, il est perpétuel et a la suite des affaires de la République, pendant que les sept députés changent tous les ans.
La ville d'Amsterdam paye (comme j'ai dit) 28 pour 100 des charges de l'État. Ce qu'elle donne à la 10 caisse des États-Généraux va à peu près à 3 millions 5oo,ooo florins. Les droits d'entrée de toutes les marchandises sont affectés pour l'Amirauté. La ville d'Amsterdam a influence dans les entreprises de l'Amirauté, qu'elle paye (comme l'on voit), unique- i5 ment par sa voix dans les États de la province. Cette destination fait (je crois) que ceux d'Amsterdam ne se soucient guère que l'on fraude, ou non, ces droits. La même ville paye, d'ailleurs, 2 millions pour ses charges particulières, soit pour le civil, payement 20 d'officiers, et (je crois) intérêts d'obligations. Mais, à faire la proportion de 28 à 100, sur le pied de 3 millions 8,5oo mille (sic) livres qu'Amsterdam paye dans la bourse des États -Généraux, il se trouve que le revenu de l'État, indépendamment des dépenses a5 des villes et provinces, en particulier, va tous les ans à 12 millions 85o,ooo florins de Hollande.
On compte, en Hollande, que les dépenses de la dernière guerre coûtoient, de plus que la somme susdite, à peu près 25 millions de florins à l'État. — 3o Balguerie.
On compte qu'un bataillon de 700 hommes et même les chariots ne revenoient pas à plus de iio ou 120 ou i3o,ooo florins à l'État; ce qui va de 20 à 23 1/2 millions de florins.
5 A l'endroit où le Roi passa le Rhin, il n'est pas ordinairement profond, surtout en été.
J'ai ouï dire au général-major Derroques, ofiîcier
normand au service de Hollande, qu'il l'avoit passé
à cheval, et que son cheval n'en avoit pas à mi-
10 jambe. C'étoit près du fort de Schenck, c'est au Waal
qu'il passa. Le Waal joint le Rhin à la Meuse. Le
Leck est un autre bras du Rhin, qui joint le Rhin
et la Meuse. Un troisième bras passe à Deventer.
On s'imagine toujours qu'on a passé le Rhin à
i5 Kehl, Philippsbourg ou Mayence.
Le commerce d'Amsterdam est plus florissant pendant la guerre que pendant la paix. Pour lors, le Nord ne commerce pas avec le Midi, et Amsterdam est l'entrepôt. Le commerce de nos vins de 30 France ne se fait guère plus que pour la consommation des sept provinces : le Nord s'en allant pourvoir lui-même.
Le caractère des Hollandois est qu'il faut beaucoup dé temps pour les mouvoir et leur faire sentir 25 qu'ils sont en péril. Mais, quand vous leur avez mis cela dans la tète, vous ne pouvez pas le leur ôter, même après le péril passé. Ils portent le fardeau de la guerre comme des chameaux et payent de bon
23o MONTESQUIEU
cœur. Ce sont des cerveaux qui ne se meuvent que par de grands coups et ne voyent qu'à force de clarté.
Le i5 octobre 1729, j'arrivai d'Utrecht à Amsterdam, par un canal de 8 milles de long. Le chemin 5 se fait en huit heures. Le canal est bordé en bien des endroits de petites maisons de plaisance.
Le 17, je vis la Maison-de-Ville. Cest un assez beau bâtiment, un peu obscur. Ce qu'il y auroit de plus curieux, ce seroit les trésors de la Banque. Il 10 y a plusieurs tableaux, et il y en a quatre ou cinq de très beaux : un de Rubens; un ou deux de Van-Dyck. Ils sont tous (comme on le juge bien) dans le goût flamand.
Les mes d'Amsterdam sont belles, propres, larges. iS Il y a de grands canaux avec des rangées d'arbres. Dans les grandes rues de la Ville, les barques viennent devant les maisons. J'aimerois mieux Amsterdam que Venise : car, à Amsterdam, on a l'eau sans être privé de la terre. Les maisons sont propres 20 en dedans, et proprement bâties en dehors, égales; les rues, droites, larges; enfin, cela fait une des plus belles villes du monde.
C'est un beau spectacle que la Bourse. Je crois bien qu'il y tient 8 ou 10,000 âmes. Elle est pleine 25 à ne pouvoir s'y remuer.
Quand on voit le peuple travailler au canal qui va au port, les hommes, femmes et enfants porter ou traîner des fardeaux, ils semble que ce sont ces fourmis que Jupiter changea en hommes pour peu- 3o
pler l'île d'Égine. C'est comme la Salente de Télémaque : tout travaille.
Avant le viii** siècle, la Hollande n'étoit pas habitée : l'hiver, elle étoit sous l'eau; et, l'été, il venoit
b des habitants d'Utrecht, qui est bien plus haut, et pays circonvoisins, qui menoient paître leurs troupeaux dans les terres que la mer avoit quittées : car la mer se jouoit là; tantôt couvroit, tantôt abandonnoit une partie des terres de la Hollande. On
lo trouve, en creusant dans le terrain de Hollande, une terre noire et, enfin, quelquefois à 3o pieds, un sable très fin, sur lequel il y a des arbres qui sont là, peutêtre, il y a plus de 2,000 ans, couchés d'un même sens. Il y a apparence que c'étoit une forêt que la
i5 mer couvrit. Le terrain noir est la vase que la mer y jeta. Les tourbes sont de cette terre noire mêlée des racines des arbres qui étoient sur la surface de la terre, et on y trouve encore des racines de noisetier et des noisettes. Quand on bâtit, on bâtit en
20 mettant des pilotis, et la plupart des maisons d'Amsterdam sont sur pilotis, surtout la. Maison-de- Ville. Il faut aller jusqu'à ce que le pilotis trouve le sable et résiste au mouton. Il faut voir, près de Rotterdam, les lieux d'où on tire la tourbe. On achète un pré;
23 on indemnise l'État de l'impôt qu'il paye; on tire une boue liquide; les enfants la pétrissent en tourbe, comme du fromage; des moulins -à- vent tirent sans cesse l'eau des canaux. Quand on veut dessécher un endroit inondé, on fait une digue avec de la terre.
3o Comme c'est de la tourbe, souvent l'ardeur du Soleil
pourroit la brûler. C'est pourquoi on là mouille. Ensuite, on met les moulins, qui jettent l'eau dans les canaux.
Les sept provinces peuvent devoir encore environ 25o millions de florins, pour la plupart à 2 et 1/2 3 pour 100. La Zélande a réduit ses obligations à 3 pour 100; offrit (sic) de payer; tout le monde acquiesça. La province de Hollande avoit contracté à 4 pour 100; dans les guerres avant la précédente, elle avoit de temps en temps diminué un demi; de «> façon qu'ils sont maintenant à 2 1/2. La province de Frise tout d'un coup tomba de 5 à 2, sans offrir de remboursement. La province de Hollande a pensé perdre son crédit par une manœuvre faite depuis la guerre : on déclara qu'on rembourseroit les billets i3 de la loterie, si on ne vouloit les réduire à 2 et 1/2 pour 100; d'abord, tout le monde courut chercher son payement; ils se trouvèrent courts, déclarèrent qu'ils n'avoient plus d'argent, et, néantmoins, réduisirent. La province de Hollande a payé très peu de 30 ses obligations. Depuis quinze ans de paix, elle a fait quelques loteries, qui ont peu réussi. Tout ce qu'elle a fait, c'est qu'elle est sortie de la garantie des dettes de plusieurs princes, qui ont payé les sommes empruntées sous sa caution. 23
La Compagnie des Indes vend ses marchandises franches de droits de sortie. On retient à l'Amirauté la liste des marchandises qu'elle a vendues, et qui sont sorties, et la Compagnie en paye les droits à la
fin de l'année. Cela fait que le marchand ne fraude pas les droits. Ces droits (dit -on) que la Compagnie des Indes paye vont à i million de florins; li y a, outre cela, ce que la Compagnie paye, tous les
5 sept ans (je crois), pour Poctroi. De plus, une infinité d'officiers et d'habitants, qui reviennent, leur fortune faite, dans le pays. Plus, ils ont un nombre très grand de gens employés, la Compagnie ayant 36,ooo hommes qui la servent, et beaucoup d'em-
lo plois à donner.
Les HoUandois ont planté du café aux Indes. Il y est venu à merveille. Il en est venu cette année 3 millions de livres. Il ne leur revient qu'à 6 sols <le Hollande, la livre, et ils l'ont vendu i8 sols. Le i5 gros article est celui du girofle et du clou. Ils regardent le commerce du Japon comme un bien plus petit article. — Balguerie.
J'ai été au Jardin-des-Plantes, à Amsterdam ; c'est le plus beau que j'aye vu. Comme les HoUandois
20 ont de grands pays aux Indes Orientales et des établissements aux Occidentales, et qu'ils naviguent partout, ils ont une infinité de plantes rares. Dans chaque navire, il y a des chirurgiens, quelquefois des médecins, qui voyént les plantes singulières:
a5 si ce n'est l'un, c'est l'autre. On y trouve les arbres du thé, du café, du coton, le palmier. • L*arbre qui porte gomme appelée sang-de-dragon , est singulier: il y en a de mâle et de femelle; le mâle a un engin, comme pour l'action; la femelle,
T. II. 3o
un autre, comme pour recevoir. Lorsqu'une de ces plantes est séparée de sa compagne, elle ne fait que languir. On en voit une séparée, qui n'est pas de la septième ou huitième partie si grosse que les autres» qui sont près l'une de l'autre. C'est un grand arbre, 5 haut, et qui a une belle tige.
En Hollande, les postes donnent beaucoup aux officiers particuliers (lesquels sont nommés par le bourgmestre), et peu au public.
La ville d'Amsterdam est une aristocratie, mais xo une aristocratie la plus sensée : le peuple est gouverné par un petit nombre de personnes, mais qui ne viennent psis jure hereditario , mais par élection.
C'est un beau morceau que celui de bourgmestre d'Amsterdam : quatre bourgmestres régnants, dis- i5 tribuant toutes les charges, chacun, de le\xr(sic) quartier. Il y a, de plus, les échevins et les conseillers. Les conseillers représentent le Peuple et élisent les échevins et bourgmestres aussi (je crois).
Le malheur de la République est que la corruption ao s'y est mise tellement que les magistrats s'entendent avec ceux qui afferment les revenus publics, pour avoir des pots -de -vin; les leur afferment à bon marché. Aussi un député aux États, un bourg^mestre ont -ils d'abord fait leur fortune. %5
Autrefois, l'impôt sur les tourbes étoit un des principaux de TÉtat; la consommation en a beaucoup augmenté, et l'impôt n'a pas augmenté à proportion.
Il règne à Amsterdam un dégoût général pour ses magistrats, dont on tient la conduite reprochable. Cette république ne se relèvera jamais sans un stathouder.
5 8 ou 9,000 hommes, matelots, soldats ou passagers, vont aux Indes chaque année. Il en reste environ 3,ooo hommes. On prend surtout pour soldats des étrangers, des soldats prussiens accoutumés à souffrir.
10 La source des matelots de Hollande n'étoit et n'est pas seulement des gens de mer, mais des gens de métier, qui, par débauche, s^enrôloient pour être matelots, et par envie de courir, comme, parmi nous, le libertinage fait qu'un jeune homme se fait soldat;
i5 d'autant mieux qu'ils revenoient après la campagne et reprenoient leur premier métier.
J'ai vu à La Haye M. Saurin, M. de Bentheim, oncle de milord Portiand, M. de Wassenaer, appelé le baron de Tuikel, milady Âlbemarle, M. de La Ro- 20 que, ingénieur. Le général Des Brosses, envoyé de Pologne, m'a cherché, et je l'ai cherché. J'ai, de plus, connu milord Chesterfield, ambassadeur d'Angleterre : je lui rendis une lettre de milord Waldegrave.
La province de Gueldre est la plus heureuse de
23 toutes les sept : les obligations y sont à 4 pour 100,
et cependant les charges y sont infiniment moins
grandes que dans les autres provinces. Le prince
de Nassau, stathouder de Gueldre non -héréditaire.
Il n'a que i2,5oo florins d'appointeitients. On lui a fort rogné ses prérogatives à cette fois-ci. Il commande les troupeà de la province, qui sont 4 régiments. Il est amiral de la province, qui n'a aucun port. C'est à lui à concilier les nobles et les villes, 3 lorsqu'il y a de la dispute.
Les HoUandois ont un bureau auprès de Bois-le- Duc, appelé Passage muet. Là il est impossible de n'être point attrapé : il y a simplement un écriteau, et, si vous passer, on vous confisque. Tous les droits 10 ne sont que très modiques, et le profit des fermiers consiste dans ces contraventions. L'État, qui, sans l'objet des contraventions, n'en retirerait presque rien, en tire une vingtaine de 1,000 florins. Par là, les princes d'Auvergne, de mon temps, eurent leur i5 bagage confisqué; ils en furent quittes poUr 800 florins. Ils (sic) saisirent, autrefois, la vaisselle d'or de l'électeur de Bavière, qu'il retiroit d'Amsterdam, où elle avoit été mise en gage; mais on la lui rendit.
Les finances de Hollande sont totalement perdues. 20 La province de Hollande met, depuis la paix, tous les jours de nouveaux impôts pour payer le courant. J!ai ouï dire à milord Chesterfield que L'État devoit 3o millions sterling.
Il dit que, dans la dernière année de la guerre, il 25
en coûta aux États -Généraux 10 millions sterling.
: Il dit que le pensionnaire actuel, qui est un grand
homme, leur a beaucoup parlé de chercher à se
remettre; qu'il leur a découvert l'état de leur^
VOYAGE EN HOLLANDE sSy
affaires et leur a fait des harangues dignes de Démosthène; mais que les bourgmestres ne se soucient pas que l'État périsse après eux^ pourvu que, pendant qu'ils gouvernent, leurs charges soient
5 lucratives. Il a pourtant obtenu un nouveau perpouding , c^est- à-dire une nouvelle estimation pour asseoir la taxe sur les maisons. Depuis l'ancienne estimation, il y a des maisons qui ne valent plus rien; d'autres, dont la valeur est augmentée. De
lo plus, on en a beaucoup bâti depuis. Amsterdam en a bâti plus de 10,000 qui payoient, mais les bourgmestres mettoient dans leurs poches. Cette réforme donnera 100,000 florins de plus pour la taxe. Mais, au bout du compte, ce n'est qu'une
i3 goutte d'eau. Il a fait d'autres propositions; mais elles n'ont pas été écoutées.