‹ Voyages de MontesquieuChapitre 46 sur 91 · En marge :] Savoir si ces deux Jolies ne sont qu'une · texte numérisé non relu

En marge :] Savoir si ces deux Jolies ne sont qu'une

Plautilla, — Tête charmante. Arrangement admirable de ses cheveux. Bellissinta testa.

Caracalla. — Bella testa.

Una Vittoria. — La corona tiene d^U7ta mano; la 5 palma, d'una altra. Belle ligature, cite arricchiscono ilfianco e non lo gnastano.

Un Philosophe.

Un Diadumenianus , figlio di Juliano (sic).

Un Soldat, un genou à terre ; un bouclier au bras

10 gauche, comme s'il paroit les coups ; un javelot de

l'autre, qu'il va lancer; une peau autour des épaules; le

milieu nu ; un vêtement léger commence aux hanches.

Vénus qui sort de la mer, la conche d'une main ;

et, de l'autre, elle se cache. — Elle n'a pas l'air assez

i3 délicat.

Héliogabale .

Sa femme Julia Aquilia Severia..

Alexandre Sévère. — Oreilles mal dessinées. Mammée.

2o Un Assistant aux Sacrifices. — Ils (sic) se nommoient camilli. Son habit descend jusqu'aux genoux et ses mains en sont enveloppées.

Apollon qui joue de la lyre, le serpent Python à ses pieds. 25 Le vieux Gordien.

Julia Mœsa, qui fit élire Héliogabale. — L'art tombe. Il semble que les oreilles entrent dans le cerveau.

Un Antiochus Evergète, buste. — Mauvais che- 3o veux; mauvaises oreilles.

Dea Salus, le serpent à la main ; una paiera, de

Tautre^ pour le tait pour nourrir le serpent. Ce n'est pas une bonne statue. La position de sa tète est dure; ses cuisses sont petites.

La Diane, son chien à côté gauche (sic), tient d'une main son arc et prend une flèche derrière son i carquois, de l'autre. Mais il semble que cette attitude n'est pas bien naturelle, mais exprime plutôt une imitation. Ce n'est pas une belle statue. Laposition de sa tête est dure. La plus grande partie du corps, les cuisses et les pieds sont modernes. lo

Un Giove fulminante. — La poitrine découverte; le reste couvert d'un long habit, qui se replie sur le bras; ce qui doit (me semble) faire penser que c'est une statue romaine, et non grecque. Cette statue n'est pas des bonnes. i5

Un Faune. — Il a la peau de bélier;. des raisins à la main. Coronatus hedera cum baccis. Beau torse antique. La tête et la moitié des cuisses en sont modernes.

■Juno. — Le sceptre à la main; la main droites élevée; une tasse, à l'autre; une couronoe ou un diadème à la tête; un habit long; col aussi long. Ce n'est pas grand chose. La position de la tête est dure; la plus grande partie des plis tombent à plomb.

Hercule jeune. — Muscles puissants. Faute gros- i5 .sière de lui avoir déjà mis la massue à la main ; il tient une pomme de l'autre main. Cette statue est bonne.

Tête de L. (sic) Philippe.

Qrientalis Rex, cum diademate.

Decius. — Mauvais tour de tête; cheveux faits à 3o la moderne.

Une très belle tête inconnue.

Une autre Vénus dans l'attitude de celle de Médù cis. — Belle statue.

Bacchiis assis. — Il a un tigre aux pieds ; des 5 raisins à la main. Très belle statue. — Belle stàtiie.

Quintus Herennitis. — Cheveux' à la manière moderne.

Auprès de là est une tête inconnue, doiit les cheveux sont très bien faits.

10 Volusianus. — Tête plus que commune.

Minerve. — La navette à une main. Galeam in capite habet; supra serpcpts, erecto càpite; pestent habet talarem. La position en est dure et droite.

Après les trois Déesses vient un beau Paris, qui i5 montre la pommé. Ce Paris est une belle statue.

On voit ensuite deux statues à qui on a donné le nom de Gallien. L'un (sic) est le vrai et est une tête très mauvaise. L'autre n'est point un Gallien, et il est aisé de sentir la différence et dé la physionomie, et 20 encore plus de la manière : car c'est une très bonne tête; les cheveux, bien touchés et hardiment.

Coptstantin.-^ Très mauvaise tête.'

Ebauche' de Michel- Ange. — On voit qu'il commençoit par la figure, avant d'aller aux ornements. 25 On voit un très grand nombre d'ébauches de Michel- Ange, et plus qu'à un autre sculpteur. Outre qu'il étoit accablé d'ouvrage, c'est que ce grand génie sentolt d'abord le défaut du marbré ou de la proportion et le laissoît. Mais on doit les respecter comme 3o ces -vers que Virgile n'a point, finis.

Un bellissifno Baccho di Sansôvino. -^ Un Salir 0

Vappoggia; tiene Vuva d'una mano; delFaltra, il ciato alto, e lo riguarda con gusto.

Le Laocoon. — Copie par Bandinelli. Il y a mis un peu du sien.

Le famçux Sanglier , fier et tranquille. — On me 5 dit que le Roi en a une copie.

DeWaltra parte, un Gladîatore o Soldato, Vasta in manoy che va percuotere. — Défaut en la barbe, qui est en masses rondes et si égales qu'il semble qu'on les ait faites ainsi exprès. lo

Il y a une salle où l'on trouve six statues bien fameuses, placées en rond au milieu de la pièce.

1° La Véniis de Médicis. — Cette statue étoit rompue en bien des endroits : au milieu du corps, aux pieds, aux jambes, aux cuisses. Bandinelli rac- i5 commoda ce chef-d'œuvre environ en i6oo, et on peut dire qu'elle paroît n'avoir jamais été rompue. Il y a un dauphin, sur lequel jouèrent (?) deux petits Amours, qui sont prodigieusement disproportionnés avec le dauphin, tant ils sont petits, et, d'ailleurs, 20 ils sont très mal dessinés. Il y en a un dont la carrure des lombes est si grande qu'il est presque aussi large que long.

Ainsi il n'est pas possible que le même ouvrier ait fait la statue et les ornements. Celui qui a fait l'un, 35 n'a jamais pu faire l'autre, et il est aussi impossible que celui qui a fait la Vénus ait fait les Amours, qu'il l'est que celui qui a fait les Amours ait fait la Vénus. S'il n'y avoit que de la disproportion entre les figures, on pourroit regarder cela comme un défaut 3o

d'exactitude que les plus grands hommes peuvent avoir; mais des fautes grossières du dessin ne sont point faites par des ouvriers incomparables. C'est donc un apprenti qui a fait ces accessoires^ et j'en ai

5 trouvé la preuve dans la même chambre. Il y a un petit Morphée qui dort sur un oreiller. Rien n'est plus parfait que ses petites cuisses et tout ce petit corps; mais il y a auprès de lui un papillon qui est très mal fait.

lo Elle (sic) a les oreilles percées. Ses cheveux ont été dorés; ce qui fait croire qu'elle a été adorée dans quelque temple. La tradition est que saint Grégoire la fit briser. C'est (je crois) la tradition de la Galerie. On m'y a dit que Lucien parle d'une Vénus qui est

i5 de même. Enfin, cette statue est non pas le modèle

de Vénus, mais de la beauté, et la décrire, c'est dire

comme une femme doit être, et comme on la doit

représenter.

Son front est petit, ni trop plat, ni trop rond. Ses

20 yeux, ni trop enfoncés, ni trop peu, bien fendus. Une tête, petite. Les joues, fraîches et fermes. La partie qui joint l'oreille, admirable. L'oreille, médiocre et bien tournée. La bouche, aussi grande qu'il le faut pour être proportionnée avec les lèvres. Le col,

25 s'élargissant doucement de la tête aux épaules, et qui paroît fiexible. Épaules belles, mais moins larges que celles d'un homme. Ses bras, ronds et qui se joignent au bras (sic) par degrés ; ils paroissent d'une chair ferme. Ses mains, longues et comme de chair.

3o Tétons, séparés, ni trop bas, ni trop haut. Cuisses, admirables : elles s'élèvent un peu du pénil et ensuite

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p/>ir leur d^.T,ZitT :L2Î5sscce. On sait son atîitiider tlle fOTtt tme =;a£n scr ses tétons et Fantre à sa

,.»• »^, et est en pea accroupie, comme poor se cacher agitant qu'elle le peut dans l'état où elle est.

Auprès de /a Vénus de Médicis est /a Vemere vincitrice col porno ou la Venus du Belrêdère. Elle a le «^ \€uUt plus relevé, plus ferme et moins fonlé, plus frais que celui de la Vénus de Médicis^ qui paroit être un peu plus fané et céder on peu, non pas tomber comme s'il avoit été moulu. Mais le derrière ent très mal fait et est plat. La draperie n*en est pas t ^ faite avec Fart et la légèreté ordinaire aux Grecs. Sa tète, ses bras, ses pieds, sont modernes et ont été faits par Hercule Ferrata, et avec beaucoup d'art, et d'une manière qui ne l'a point dég^radée.

La troisième Vénus est la Vénus céleste. Elle a no un bandeau ou diadème, sur lequel il paroît qu'il y avoit autrefois des pierres précieuses.

Revenant {}) à la Vénus de Médicis. Comme elle Mcrt de règle, et que ce qui est semblable dans les proportions à cette statue est bien, et que ce qui ^^ H*cn écarte est mal, on ne sauroit trop la décrire et lu remarquer.

Pur derrière, au-dessus des fesses, il y a, à chaque côte, deux petits enfoncements, et un au milieu, qui

1. |Kn margu :] Voyez Félibien, lorsqu'il traite de la beauté dvK pnrtic».

vient de la raye du dos ; puis, deux petites éminences; et, enfin, l'enfoncement qui va sous le coccys. Les fesses sont rondes, et, à côté de chacune, il y a un petit enfoncement pour plus marquer la rondeur 3 des fesses. Les fesses, en bas, retournent court, et, quand elles se sont unies à la cuisse, il y a une nouvelle petite élévation; puis, un petit enfoncement insensible pour une nouvelle petite élévation.

Le col est long et partagé par un petit enfonce-

lo ment transversal au milieu, qui fait deux petites élévations. Ses tétons séparés tournent court pour s'unir en bas. Après le petit enfoncement transversal formé par les tétons, il se fait une élévation, aussi transversale, qui finit un peu au-dessus du nombril

i3 ou à la ceinture. Cette élévation est partagée de haut en bas, comme les tétons, mais d'une manière insensible. Au-dessous du nombril, il semble se former un angle non-pointu, comme opposé à celui du pénil; de manière qu'il se forme comme une espèce

20 de losange. Il y a, dans le nombril même, une marque insensible d'un nouveau partage transversal. Au côté (sic), vers les lombes, il y a deux enfoncements insensibles. Au-dessus de la motte, il y a trois rayes < ; les deux dernières sont (approchent de) plus

25 près et près (sic) de la motte; laquelle motte forme comme la pointe d'un triangle. Là les cuisses s'élèvent, pour diminuer ensuite jusques au genou, avant de s'y attacher. Il y a un petit enfoncement; puis, une petite élévation; puis, un enfoncement pour le

I. Il n'y en (sic) a qu'une seule raye transversale depuis le nombril jusqu'à la motte de Vénus victorieuse.

mollet. Les pieds sont petits et charnus. Enfin, la proportion est admirable.

Le petit Faune. — Sa tête est de Michel-Ange, et ses bras, aussi; mais la statue en est devenue plus admirable aux connoisseurs, tant le moderne s'ajuste 5 avec l'antique par la couleur du marbre, par l'air, par le tout ensemble et l'harmonie. Il [a] aux mains deux instruments ronds et enfoncés en dedans, appelés crotalunty qu'on faisoit battre, l'un contre l'autre, en dansant; ce qui pressoit l'air. On m'a dit «o que les Turcs s'en servoient encore. Il danse. Il a un pied sur un crupetiuSy instrument qui est comme une espèce de soufflet et étoit lié au pied, dont le mouvement le faisoit hausser et baisser; ce qui donnoit quelque son. Il tenoit au pied comme une sandale, < ^ et un autre ligament prenoit depuis. Ce ligament transversal passoit entre deux doigts et s'alloit attacher au bout de l'instrument; de façon qu'en levant le cou du pied on faisoit lever la table supérieure de l'instrument. ^^

Les muscles du petit Faune sont fort ressentis. On lui voit des creux et enfoncements sous les clavicules. Une raye très marquée va du col au nombril. Le devant de sa poitrine est élevé de muscles. On y voit trois grandes séparations transversales : l'une, a^ sous le sein; l'autre, sous le nombril; l'autre, sous le pénil. Entre celle du nombril et du pénil, il y a plusieurs autres séparations et muscles ressentis ; à quoi contribue encore son attitude penchée. Un enfoncement entoure en long l'os du genou. Un autre va le '^^ long du dedans de la cuisse, qui semble être séparée

en deux muscles. Enfin, tout le muscle du mollet semble être séparé de l'os de la jambe. Du bas du pénil, il y a une séparation qui monte le long de la ceinture et des lombes et va comme descendre le 3 long de la fesse et se terminer au bout du dos. A côté de chaque fesse, il y a un enfoncement fort ressenti. Ce marbre paroît de chair endurcie. Il est l'exemple pour les muscles grossiers et confus.

Le Paysan qui, en aiguisant son couteau^ écoute

lo une conjuration. — Statue admirable pour l'expression. Il y en a une très belle copie sur l'escalier de la terrasse de Versailles. On m'a dit ici qu'elle avoit été faite par Foggini, aussi bien que celle du Bacchus de Michel- Ange et du Sanglier de cette galerie.

i5 Les Lutteurs. — Douleur du vaincu. Il a un genou plié, qui lui vient jusqu'à la clavicule. Tout son corps porte sur ce genou et sa jambe plies, et la chair, pressée entre la cuisse et la jambe plies, se retire à côté, en une espèce de bourlet. Le vainqueur, qui est

ao dessus lui, lui tient le bras, qu'il lui retire en arrière, et, ayant appuyé son genou contre, le lui a cassé et tourné à contre-sens. Ce qui fait dire à quelques uns que cette attitude n'est pas naturelle. Effectivement, elle est très violente. Le vainqueur lui a passé sa

25 jambe entre la cuisse et a pris son pied avec le sien; ce qui l'a fait tomber et lui fait plier le genou. Le vaincu s'appuye tout le corps sur sa main, qui paroît disloquée à l'endroit qui la joint au bras. Les muscles dans ce groupe sont très ressentis ; ce qui vient en

3o grande partie de la violence de l'action et de la grandeur de l'effort. Le visage du vainqueur n'a

aucune marque de colère ou de fureur; mais on y voit de la force et de cet effort que font toutes les autres parties de son corps. Ce sont deux jeunes hommes robustes, puissants, très bien proportionnés.

Outre les six statues qui sont au milieu de cette s pièce, il y en a tout autour d'autres plus petites, comme le petit Morphée dont nous avons parlé ; un autre petit Morphée, admirable pour l'expression. Il dort et est couché sur un lion. Ses membres paroissent affaissés et ne point se porter eux-mêmes. lo Il a des ailes au dos et aux oreilles : image des songes qui volent...; des pavots et un lézard auprès de lui.

Un Silène, en petit. — II a un air de gaieté et d'assoupissement. Son corps semble plein de vin. II a un vase à une main, et, de l'autre, il s'appuye sur des i5 raisins. La barbe et les cheveux en sont admirables. Il est long d'environ 2 pieds. Un libertin pourroit dire que les hommes se sont joués un mauvais tour en renonçant au Paganisme.

Deux petits enfants : l'un qui présente, l'autre qui w demande quelque chose. On appelle ces enfants des Génies de Bacchus. La tête du premier est trop grosse.

Un petit Bacchus qui cueille des raisins et tient la patère. Son attitude et l'expression de sa joye sont admirables. Le pied de vigne est très bien fait. iï

Deux statues d'albâtre, sur chacune desquelles il y a un Enfant qui dort. Il y en a un qui s'appuye sur son genou; mais l'attitude, telle qu'elle est, parolt impossible, parce que la cuisse, en se levant, ne peut faire un pli pareil. 30

Le petit Hercule qui combat contre les Serpents.

— Efforts de Tenfant. Son corps est puissant; sa poitrine est large, et, à la différence des autres enfants, sa tête n'est pas disproportionnée : non qu'elle soit petite; mais le corps est encore plus gros. Il en (sic) 3 étouffe un de chaque main.

Un petit Génie de Bacchus. — C'est la représentation de quelque enfant qui n'a point de signe particulier. Je ne sais pourquoi on leur donne ce nom. Le petit Britannicus en habit de dictateur, de

lo marbre-basalte. — II tient un papier à la main.

En haut, je n'ai mis que les choses plus en petit principales .

Le Lion qui dévore le Cheval, — Image de Garthage et de Rome. Attitude admirable. Le lion le

i5 tient embrassé et le plie de manière que ses deux jambes sont à côté, sans mouvement. Le lion a une jambe entre les siennes. Il le dévore, et Ton voit sur le col de longues traces des morsures. Il est à Rome, en grand, in Campidoglio.

20 La fameuse tête de Tibère (non de César, comme dit Misson), d'une turquoise. Elle est plus grosse que le poing. Le dessus de la tête est grisâtre; c'est que cet endroit est la mine de la turquoise, au lieu que la turquoise est bleue.

25 Un Orphée en bronze, qui joue d'un instrument à peu près fait comme notre violon. — Adisson en parle. Il y a encore des bustes d'Empereurs et Impératrices en marbre, de moyenne grandeur, comme Domitia, Domitien, Galba et autres.

3o Une petite figure de pâte grise inconnue, à qui on fait l'honneur de donner le nom d^Apollon, parce

ti

qu'elle représente un jeune homme, et qu'elle a quelques cheveux.

Une petite Vénus moderne, en porphyre, qui tient un petit Amour. C'est une Vénus hollandoîse, tant elle est grosse. 3

Un petit buste de Cléopâtre. Un air charmant; mais sa bouche et ses lèvres sont trop grosses.

Un Cupidon penché en arrière, qui tire son arc. Son pie'd recule aussi pour la pondération.

Esculape. -^ Toujours en robe longue, le sein dé- lo couvert; ce qui ne me paroit pas être particulier à Esculape, mais très commun aux statues grecques. Son serpent.

Deux beaux Satyres.

Une Cybèle assise, sa tour sur sa tête, ses lions au i3 côté.

Une tête antique, qu'on appelle Bacchus sans le savoir.

Un Néron enfant; un Marc-Aurèle, aussi enfant. — Il y a une infinité de copies de l'un et de l'autre, 20 in marmo, gesso 0 bronzo.

Un buste de Platon. — L'inscription qui l'intitule ainsi est grecque et antique.

Mater Deum, avec plusieurs figures de Dieux sur sa robe. zS

J'ai passé un très grand nombre de pièces de bronze, marbre, compositions, cristal de roche, surtout de petits antiques. Sur quoi, il faut remarquer que, quand ces petits morceaux représentent quelque prince, ou héros, ou héroïne, elles (sic) sont très esti- 3o mées. Ainsi il y a une Domitia, de cristal de roche.

qui est d'un grand prix. Mais, quand ce sont des choses idéales, on en fait beaucoup moins de cas. Toutes ces petites statues, surtout en bronze, sont ordinairement mal travaillées. On les faisoit

5 pour la dévotion du peuple. Ainsi elles étoient à peu près de la force de nos images. Aussi tout ce que j'ai vu là en ce genre est fait sans art. Il y a, par exemple, une Dca Sains dont le bras est presque long comme tout le corps.

La même chambre est pleine de tableaux des plus grands maîtres. Il y a deux Vierges de Raphaël, de la première et de la seconde manière, et un saint Jean, de la troisième manière, admirable. J'avoue que les deux premiers tableaux ne m'ont pas fait grand

i5 plaisir, et que je les croirois volontiers d'un élève de Raphaël. On m'a dit qu'il y avoit une copie du saint JeaUy une, à Rome, l'autre, à Cologne, l'autre, chez M. d'Orléans, qui fut portée en France par la reine Catherine.

20 Un beau crucifix de Michel- Ange. — Deux Anges à côté qui pleurent. La Vierge, d'un côté, avec un air assuré : Stabat, Saint Jean, qui ne sait pas le mystère, est dans la douleur. Comme les mêmes nerfs des mains ne sont pas probablement piqués, la contrac-

35 tion des mêmes doigts ne doit pas se faire; ce que Michel-Ange a pratiqué avec jugement.

Une sainte Famille^ du même. — Beauté du dessin, mais coloris trop rouge pour la chair; d'ailleurs, vaghezza.

Deux tableaux du Titien. — Une Vénus admirable; elle est couchée nue; vous croyez voir la chair et le T. II. 43

corps même. Une Vierge, du même; mais c'est la même personne qu'il a peint (sic).

Une Vierge, du Corrège, qui tient l'Enfant. — Une autre Vierge, qui l'adore. — Grandes bouches du Corrège. 5

Deux tableaux du Parmesan. — On y voit les mêmes airs de tête, des cols longs et pointus, et les mêmes physionomies.

Deux tableaux de Paul Véronèse. — J'y ai remarqué des physionomies de son fameux tableau de la lo Cène, à Venise.

Deux tableaux admirables du Bassan : l'un, sa Famille, qui l'écoute lire; l'autre, le riche Épulon

de V Evangile,

Un beau Massacre des Enfants, de Gaudence. i5

Un Raphaël (?) peint par Léonard de Vinci.

Une Cléopâtre, qui se fait piquer, du Guide, et une Vierge, du Guido (sic), et une Vierge, du même.

Un beau tableau d'AUori, Florentin. — C'est un miracle d'un saint, qui allant au martyre, la barque 20 s'arrête.

Des copies en miniature de plusieurs des tableaux susdits, par un moine.

Un tableau de (sic) Guerchin, da Cento.

Quelques tableaux flamands, dont le jour est tiré a3 d'une lumière d'une chandelle.

Et quelques autres que je passe ici.

Il y a une chambre < où sont tous les portraits des

I . [Au-dessus :] Suite de la Galerie et autres Choses de Florence.

FLORENCE 33q

peintres peints par eux-mêmes. A un côté (sic) sont les peintres florentins et romains; à un autre, les vénitiens; à un autre, les ultramontains. Le cardinal Léopold de Médicis commença le recueil. Sa statue 3 y est, et M. de Newton, envoyé d'Angleterre, fit ce distique qu'on y lit:

Hic Leopoldîis : adhuc statua non dignior alter, ' Nec stetit ulla prius nohiliore loco.

On voit là les différentes manières des peintres,

lo quoiqu'àdire la vérité il est plus difficile d'en juger que par leurs autres ouvrages, parce que l'échantillon est trop petit. La manière d'un peintre paroît beaucoup moins dansunefigure que dans unegrande ordonnance, parce qu'il y a plus de choses à comparer. Je parle

i3 d'un peintre qui fait des histoires, non d'un peintre à portrait, comme Rigaud, Holbein, Van Dyck. Il me semble qu'on y voit un peu le génie des nations. Les François s'y sont mis un peu à leur avantage : ils sont ajustés et se sont donné de belles robes, qui, là, ne

20 leur coûtoient rien. Mais souvent les Italiens se sont peints en laid, avec un air singulier, et n'ont pensé qu'à exprimer leur vivacité et leur génie. LesFlamands, Hollandois, Allemands, sont graves. Il y a, en grand, un Jésuite à demi couché : Simon Pozzi ; il semble

25 qu'il veuille tenir (occuper) toute la chambre. Ils ont

le Bourguignon, autre Jésuite (je crois), fameux pour

les batailles ; mais il tient dans ses propres bornes.

Les François qui sont là sont de Troy, Rigaud,

Coypel, Lebrun, Vivien, Nanteuil. Le Poussin et

3o Mignard leur manquent.

Ils n'ont pu trouver le portrait de Michel-Ange, du Gorrège.

Les peintres flamands et hollandois, quipeignoient en petit, avoient coutume de mettre dans le portait un tableau avec des figures en petit, qu'ils sembloient 3 présenter, afin qu'on jugeât d'eux par cet accessoire, et non par l'ouvrage principal, qui n'étoit point de leur manière. Ainsi ont fait Van der Berg, Miéris, Van der Meer.

Généralement, tous ces peintres ont un air qui 10 marque du génie.

Ils se sont presque tous peints dans un fond noir.

Schalken s'y est peint à la lumière de la chandelle.

On voit, dans le portrait de Garlo Dolci, sa manière finie; tout y est marqué : un poil blanc, une i3 petite raye du linge, la moindre différence sur le collet; tout y est représenté.

Belotti s'y est peint avec un air de joye, et tout délabré et crasseux; un verre à une main, une chaîne d'or de l'autre, avec ces mots : « Hinc hilaritas. 9 20

Le Grand -Duc souhaite que les peintres vivants s'empressent à mettre leur portrait dans sa galerie. Solimène, de Naples, a refusé le sien, disant qu'il ne méritoit pas cet honneur; ce qu'on a pris pour un grand trait de vanité. i3

On y voit Simon Pignoni, qu'on dit être excellent pour les femmes nues.

Georges Vasari, architecte de la Galerie.

Dans une autre chambre sont conservés plusieurs vases de Japon, ancien et nouveau, de la Chine, 3o

ancienne et nouvelle. On distingue le Japon d'avec la Chine en ce que la Chine est toute blanc et bleu (sic), et le Japon est de diverses couleurs. Dans l'ancienne Chine, le bleu turquin paroît plus en

3 foncé ; dans la nouvelle, il est plus clair. D'ailleurs, dans l'ancienne, le bleu est en plus grandes masses; dans la nouvelle, il y a plus de confusion et plus de triture (?), comme disent les Italiens. Les dragons sur les pièces en augmentent (m'a-t-on dit) le prix;

10 ce sont les armes de l'Empereur de la Chine.

Dans la même chambre, il y a des vases d'une terre grise d'Egypte, qu'on nomme

Dans une autre chambre, il y a un petit arsenal où sont toutes sortes d'armes anciennes, plutôt curieuses

i5 et magnifiques qu'utiles ; plusieurs brins d'estoc bénis par les Papes ; plusieurs présents de rois et princes faits à la maison de Médicis; le carquois, le masque de mosaïque et les ornements de cheval et de chasse de la sultane qui fut prise sur un navire qui alloit à

30 La Mecque; plusieurs armes pour tuer son ennemi en traître.

J'y ai vu un serricunniutn très ancien. Il est d'une gravure affreuse; ce qui le fait voir antique; et, comme il y a des inscriptions en caractères alle-

23 mands, il faut croire que l'invention n'en est pas due aux Italiens, mais aux Allemands. On y voit une femme nue, avec sa ceinture, un mari fier à côté, et une femme, de l'autre, qui a la direction sans doute de l'affaire. Elle (sic) se plaint, dans une

3o inscription allemande, de ce qu'elle est ainsi empri-

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sonnée par son mari. Cette invention peut fort bien être l'effet de l'industrie des ouvriers allemands.

Bianchi m'a fait voir une chambre particulière où il y a un Priape sur des jambes de lion. Il est de la figure du membre viril, presque gros comme le corps, 3 haut de 3 pieds à 4 (à 3 et 1/2). Au-dessus est un prolongement sur lequel est gravée la partie de la femme. Autour sont les figures de plusieurs animaux qui finissent toutes, par la partie supérieure, en forme de membre viril. 'o

De plus, V Hermaphrodite. Il est couché sur un lit. Il a la tête et les seins d'une femme, avec les parties viriles. Il est nu et est couché sur le côté, mais penchant sur le ventre. Il a la tête sur un bras.

De plus, un Dieu Pan antique. Son front petit i5 confirme ce que j'ai dit, que c'est une erreur de croire que la petitesse du front fût une beauté chez les Anciens ». Il a le nez camus; ce qui étoit un très grand défaut chez les Anciens.

Il y a aussi d'autres belles pièces : entre autres, 20 l'ébauche du tableau ou estampe des différents mystères de la Passion, faite par Albert Diirer, et la copie que Breughel en a faite.

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