I . [En marge :] Voir ce que dit Platon sur la nudité
UD long trajet de la fondation des empires grecs jusques aux plus excellents peintres et sculpteurs qui ayent jamûs été. Il s'est coulé (sic) .... siècles depuis le commencement du Bas-Empire jusques à ce que quelques prêtres grecs donnèrent à Cîmabufi 5 et à Giotto quelques foibles rayons de lumière. Hs en restèrent là jusques à ce que la vue des antiques ouvrit l'esprit de Mîchel-Ânge et de ses contemporains. Les Grecs eux seuls ont fait ce que nous n'avons pu feire que par eux. 10
On peut remarquer cette même rapidité dans les diverses parties de la poésie. Les Grecs ont inventé la tragédie. C'est le divertissement des vendanges qui le (sic) fit. Voyez la rapidité avec laquelle ils ont été à la perfection; si bien que les règles qu'ils ont li établies subsistent toujours. Les règles d'Aristote, formées sur les tragédies d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide, sont encore des règles pour nous aujour. d'hui, et, malgré le changement de mœurs, nous ne pouvons nous en départir. »
Homère, leur premier poète, nous a donné les deux seuls genres de poème épique que nous connoissions encore. Ils ont trouvé la pastorale, et nous l'avons. Les Latins n'ont rien ajouté aux divers genres de leurs poésies que celui que >$ Martial nous a donné, et que nous aurions très bien fait de ne pas recevoir.
Ce n'est pas la longueur des temps qui prépare (?) les arts; ils naissent tout à coup d'une certaine circonstance. Nous faisions des pièces de théâtre 3o avant Corneille et Rotrou. Nous les aurions faîtes
DE LA MANIÈRE GOTHIQUE î-j5
toujours aussi mauvaises, si les ouvrages des Grecs n'avoient éclairé ceux qui avoient reçu de la Nature un génie propre pour le théâtre.
Il y a au Baptistère de Florence des portes de 3 bronze avec des bas-reliefa de Ghiberti, qui sont très bons. Je voudrois savoir s'il y avoit, dans ces tempslà, un peintre qui fît d'aussi bons ouvrages de peinture que Ghiberti en faisoit de sculpture. Peut-être les statues et les bas-reliefs des Grecs, ayant ouvert lo le génie sur le dessin, les sculpteurs ont été plus tôt en état d'en profiter que les peintres : l'imitation étant (si j'ose parler ainsi) plus immédiate.
Les Romains prirent les arts des Grecs, comme ils
i3 prirent des Asiatiques les manières efféminées.
Quand ils eurent fait [jorter en triomphe les tableaux
et les statues de la Grèce, ils se perfectionnèrent
dans le dessin: la sculpture commença à fleurir à
Rome et se perfectionna jusques à Hadrien. Après
lo quoi, il (sic) tomba peu à peu. A mesure que les
Chrétiens se multiplièrent, on acheta moins de
statues; de même que Pline dit à Trajan qu'on
n'achetoit plus de victimes. Ce grand nombre
d'ouvriers qui étoit à Rome ne fut plus si occupé.
iS Bientôt les ouvriers devenus pauvres n'eurent plus
une certaine émulation. De plus, le long séjour des
Empereurs dans les provinces acheva de perdre cette
école de Rome, où le bon goût avoit régné.