‹ Voyages de Piron à BeauneChapitre 22 sur 61 · Brocher, donner de l'éperon · texte numérisé non relu

Brocher, donner de l'éperon

02 COMIM.KMKNT

Sous ion vouloir cl celui de ma inic, Très bien à Bcaunc irois en bel arroi. Sus au vilain, là, courrois à merveille; Le décollant, je le rendrois bien coi; Si que, voyant sa icte sans pareille, Chacun diroit : « Las! c'étoil notre roi! o One on ne vit bête à si longue oreille.

Rcposc-toi sur ma musc et t'y rte.

A dire vrai, mieux eût valu, je croi,

Laisser pourtant telle noise endormie

Sans publier vers de si bas aloi.

Baudet qui dort au moindre bruit s'éveille :

De l'ode, ami, la monture en fait foi ;

Et de cela, certes, ne m'émerveille.

S'il a fine ouïe, on sait assez pourquoi :

One on ne vit bête à si longue oreille.

Prince dont l'œil sur Aganippc veille,

Sire Apollon des ignorans TclTroi,

Confondras-tu la guêpe avec l'abeille r

Et le Beaunois boira-t-il où je boi ?

Nous dirions tous : n Sa Majesté sommeille. »

Car, au pays où domine sa loi,

One on ne vit bête à si longue oreille.

Les longues oreilles se bouchèrent, la myomachie cessa ; les trompettes de bois ne sonnèrent plus. Je sacrifiai mon poème burlesque à cette paix plâtrée; je le brûlai sans regret et

j'en fis grâce au public, aux Beaunois et à ma petite réputation.

Il y eut bien depuis, par-ci par-là, quelques camisades'. Par exemple, un glorieux, qui étoit bien de son pays, m'ayant dit en bonne compagnie, à Dijon, qu'à la vérité j'avois jusquelà assez bonne mine à mauvais jeu, mais que, si je voulois l'avouer franchement, le diable n'y avoit rien perdu, et que j'avois eu bien chaud quand on me poursuivoit à Beaunc, je lui répondis en prose ce que pour m'amuser on ne trouvera peut-élre pas mauvais que j'habille en vers, sans y rien ajouter ni changer:

Avec Piron, de sa burlesque histoire

De francs Beaunois rioient comme des fous:

(( Or çà ! dit Tun, mise à part toute gloire,

El franchement convenez avec nous

Qu'eûtes bien chaud quand courions après vous.

— Certes, dit-il, rien n'est plus véritable.

J'eus chaud sans doute, et même un chaud du dia-

De son haleine un seul ànc eut de quoi [ble.

I. Attaque nocturne ou matinale faite par des soldats qui ont mis leurs chemises par-dessus leurs habits pour se reconnaître (cwnisa, chemise).

Ô4 COMPf.KMKNT DU PIIKMIFR VOYAGK A BEAUNK

RcchaiifTcr I)icu jadis clans une ctabic,

Kt j'en mis trente hors d'haleine après moi. •

De mC*mc, et quelques jours après, dans une promenade publique et sur la brune, de beaux esprits de pareille farine, étendus comme des veaux sur un pré d'à côté, crurent tirer impunément sur moi à la faveur de l'obscurité. Je me tournai gaiement vis-à-vis des voix, et je servis ces messieurs à point.

Voici leur propos et le mien :

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