‹ Voyages de Piron à BeauneChapitre 31 sur 61 · Le prince de Condé, gouverneur de la Bourgogne · texte numérisé non relu

Le prince de Condé, gouverneur de la Bourgogne

2. Spectre ou démon qui prenait la figure d'une belle femme pour dévorer les enfants. (Mythologie.)

SECOND VOYAGF. A BEA UNE 8l

Se rejouissant par avance, Si la paix nous rend l'opulence, De voir votre charmant climat, Et d'une force sans pareille Y goûter ce jus de la treille Dont tout l'univers fait état.

Votre ville est délicieuse,

Et tout y combat le chagrin :

Bon air, bons mets, eau merveilleuse,

Et, pour tout dire, excellent vin.

Avec ces charmes de la vie,

Plus d'un rival vous porte envie.

Mais de quoi servent les jaloux?

Tel auteur sur vous se déchaîne

Qui seroit ra^vi pour sa veine

Que son Parnasse fût chez vous.

Ce n'est pas ainsi que ma Musc, Instruite par les doctes Sœurs, D'une indigne façon s'amuse A ne vomir que des horreurs.

Je chante la noble manière Dont Beaune a fourni sa carrière.

Quand chaque ville au prix courut, Quelle autre troupe, entrant en lice, Sut, dans ce royal exercice, Mieux que la sienne aller au but ?

Jouissez donc, cité fameuse, Toujours d'un favorable ciel!

Et vous, de tireurs troupe heureuse, Dépouillez-vous de votre hcl.

s 2 SKCOND VOYAGI-: A R F A U N R

Livrez cet auteur à la hontc rVavoir produit un mauvais conte Dont la censure lui déplaît.

S'il veut recommencer la danse, Chevaliers, pour votre défense \V)Us me trouverez toujours prêt.

A CCS derniers mots, nous frappâmes tous des mains, et ic Beaunois s'alla jeter au cou du lyrique. Sa rossinante, efT\irouchée du biuit imprévu des battcmcns de mains et de la brusque embrassade dont on étouffoit son .maître, fit, en se cabrant, quatre ou cinq pétarades. Ce fut le bouquet. Nos applaudissemens redoublèrent, et un si beau brouhaha enfla le cœur de notre Trissotin. Il se roidit sur les étriers, et, pour moi, je trouvai trop de plaisir à sa vanité pour ne pas le flatter.

w ^^oilà, dis -je, un morceau merveilleux J'admire surtout ce désordre élégant qui voltige avec art par toute la pièce. La finesse et la rareté des pensées, la force des termes, les pointes et les saillies qu'on y voit répandues avec profusion, en vérité, tout ce qui peut contribuer à la beauté du chant lyrique y brille.

Il falloit que voire muse eût les quatre veines ouvertes quand elle accoucha de ce miracle. Le seul défaut que je vous y puis reprocher, c'est la perfection. N'avez- vous pas attaqué trop pompeusement une ode burlesque qui n'avoit jamais osé espérer une inimitié si glorieuse ?

— Rome, Monsieur, me répondit froidement Trissotin, n'a pas dédaigné de faire marcher ses aigles contre une troupe de vils gladiateurs. »

Après ce peu de mots, il se tint coi. Un galant homme de notre bande, que vous connoissez comme moi, lui dit :

« Apparemment, Monsieur, vous ne voulûtes pas gratifier du même honneur un autre auteur qui, pour s'illustrer comme le premier en s'exposant à votre plume, composa cette ode-ci en réponse à la vôtre.

{Le manuscrit Jinit ici, et ne parait pas avoir été continué.)

DETRACTEURS ET APOLOGISTES

DES BEAUNOIS

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