‹ Voyages du Sieur de Champlain ou Journal ès découvertes de la Nouvelle France [microforme]Chapitre 69 sur 89 · OUS · texte numérisé non relu

OUS

semer

en désadvouant le pouvoir que lui avez donné je ne le désavoue point (dit-il) pour ce qui est de la composition qu'il vous a faite , je la maintiendrai au péril de ma vie, mais pour ce qui est du certificat , cela est fait depuis ladite composition, et par conséquentil ne vous pouvoit donner le cerüficat sans charge, ou en composant , pendant que vous estiez encore maistre du fort , et par ainsi je vous prie me le donner. Il y a assez de personnes qui sçavent l’estat de la place, et ce qui y est, estant en Angleterre l’on vous en donnera un s'il est jugéà propos , et toute autre sorte de courtoisie. Voyant qu'il se mettoit en colére, et que je ne le pouvois retenir, je lui donnai le cerüficat, lui disant qu'il n’estoit point de besoin de se mettre en colère pour si peu de suject, que véritablement je le désirois avoir pour ma descharge. Vous l’estes (me dit-il) assez, l'on sçait bien Le misérable estat auquel vous estiez réduits, et le peu de commoditez qui sont en armes et munitions tant au fort qu'à l'habitation.

Deux ou trois jours après ledit Jacques Michel eslant saisi d'un grand assoupissement fut trente cinq heures sans parler , au bout duquel temps il mourut rendant l'ame, laquelle si on peutjuger par les œuvres et actions qu'il a faites, et qu'il fit le jour d’auparavant, et mourant en sa religion pré-

tendue, je ne doute point qu'elle ne soit aux en-

fers : car le jour précédent il avoit tellement juré et blasphémé le nom de Dieu que j'en avois horreur , faisant mille sortes d’imprécations contre les bons Pères Jésuistes , et des habitants de Sainct Malo : disant, qu'il se rendroit plustost forban qu'il ne leur eust rendu quelque signalé desplaisir , deust il mourir misérablement. Je ne

rprenoïtde ces IMC peûs tenir de lui dire, bon Dieu ! comme pour

un réformé vous jurez , Sçachant si bien reprendre les autres quand ils le font. Il est vrai, dit-il, mais je suis tellement outré de passion et de colère contre ces chiens de Malouins Espagnols qui m'ont rendu de grands desplaisirs, et aussi serois-je content si j'avois frappé ce Jésuiste qui m'a donné un desmenti devant mon général.

Ce desplaisir qui lui estoit si sensible, n'estoit alors pas tant pour les Malouins et le Pére Jésuite comme pour le suject des Anglois, desquels il se plaignoit grandement de l'avoir très mal traitté, et peu recogneu, contre les promesses qu'ils lui avoient faites.

Il se plaignoit aussi de l’arrogance insupportable de son général, pour un marchand de vin qu'il

Venu de bas AVOIL esté, estant à Bordeaux et à Coignac, et cog-

neu ignorant à la mer, qui ne sçait que c’est que de naviger, n'ayant jamais faict que ces deux voyages, et veut faire de l’entendu par ses discours pleins de vanité à ceux qui ne le cognoissent pas

nt ju- 1 , | | | | J" } bien, il trenche du seigneur, il ne sçait que c'est avois d'entretenir d’honnestes hommes, il veut que tout S CON- A À L | 4 lui cède, et ne veut croire aucun conseil, qu'alors ne "" Ce , , \ , , qu'il n'en peut plus, comme il fit dés l'année ustost ‘4 or us passée, en laquelle sans moi il vouloit quitter le ignalé | RAS is vaisseau de Roquemont, et ne l’eust jamais pris : e ne ri a A | sans l’ordre que je lui donnai, il le vouloit abor- $ > pour à re | EH P d der, mais je ne voulus y consentir, Ini disant, si “E endre Es ir il nous l'abordons nous sommes perdus, ne vous y ‘4 dit-1 : : ; . ‘ ŒuUt lé : frotez pas, je cognois mieux les François en ces LE colerc RE + vu choses que vous, qui n'avez que des gens mal faits 4 m ont dt Ru:

or en vostre vaisseau , hors les canoniers et officiers : 31 'OIS-]C , CR ‘ Er c'est pourquoi il les faut battre à coups de canons, onnc . \ dont nous avons l’advantage, les contraignant à NT se rendre, vous conseillant encore une fois que si estoit | . . . ; .

us Jamais vous rencontriez des François sur mer de ésuite . | ne les aborder, ils sont plus adroits et courageux S 11 SC . ‘ \ . que les Anglois, qui l'emportent à l’abordage. Il aitté . Le LI é creut mon conseil, me remettant tout l’ordre du ls lui Fe cu | combat , en quoi il avoit raison ; car il y estoit peu expérimenté, comme il est encore, et son frère jorta- “| Thomas Quer, ils prennent des commandements qui , q desquels ils n’en sçavent pas les charges, il leur , COSg- , . . ?

faudroit estre encore vint ans pour l'apprendre, et L ue Q , ’ .

q avoir esté élevé et nourri jeune garçon pour sça- VO a- . . . , . \ . .

Ÿ voir bien ce qui est nécessaire à un capitaine de cours | mer , autrement ils feront de lourdes fautes, met- D it pas . | Po Hi :

tant souvent la conduitte entre les mains d’un

maistre ou pilote ignorant qui sera dans leur vaisseau. Quand il fut arrivé à Londre, il se vantoit que c’estoit lui qui avoit tout faict, plusieurs honuestes hommes qui le cognoissoient bien et moi aussi, me disoient, Quer emporte la gloire de ce que vous avez faict : et de faict ils ont usé envers moi d'ingratitude ; car outre mes appointements ils me met diner devoient donner récompense, ce qu'ils n’ont faict : ques ichel. m'ont refusé le commandement de l’un de leurs vaisseaux pour mon fils, je les avois instalé en ceste affaire où ils ne cognoissoient rien, et ny fussent jamais venu sans moi, ils me traittent mé-

caniquement en mOn vaisseau : el non comme jai

appris, allant à la mer, ils m'ont donné un ivro-

gne qui est fol pour mon lieutenant, pour pren-

dre garde sur mes actions : je le veux chasser de ; . . x . . . , mon vaisseau , Où lui ferai un mauvais parti, c'est

un coquin sans Courage, sil se présente quelque

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occasion de combattre je Le menerai comme il faut,

ils auront encore recours à moi, je le sçais bien, ils

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a'en sont pas où ils pensent , tout ainsi que j'ai eu moyen de donner l'industrie d’instruire ceste af-

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faire, Je sçais aussi les moyens de les en faire sorur, et leur apprendre et à d’autres, qu'ils ne doivent Jamais mescontenter une personne comme moi : il y a des Flamands assez et d’autres nations, quand un moyen me faudra, jen trouverai d’autres, ils

ont faict tout à leur plaisir, il faut patienter, il

l'Vais- Jantoit s hont moi ce que rs MOI ils me faict :

leurs lé en et y 1L méne j'ai ivroprenser de , C'est elque faut, n, ils ai eu e aforür, ivent no :

uand , ils

r,il

DE CHAMPLAIN. 317 sçait bien que je ressens un grand desplaisir , mais ne fait pas semblant de le cognoistre , il me fait bon visage, mais il voudroit que je fusse mort, je lui suis maintenant à grand’ charge, j'ai laissé ma patrie, comme ils ont fait, pour servir un estranger, jamais je n'aurai lame bien contente, je serai en horreur à tout le monde, sans espérance de retourner en la France, l’on a fait mon procez, ainsi qu'on m'a dit, mais puisque l'on me traitte de toutes parts comme cela, c'est me mettre au désespoir, et faire plus de mal que jamais je n'ai fait, ne pouvant que perdre la vie une fois, mais je la puis bien faire perdre à beaucoup si l'on me

| desespère, tous ces discours ne se passoient pas sans Jurer.

Je lui donnois courage, en lui disant, ne vous désespérez point, il y a des remèdes partout horsmis à la mort, il y a des personnes qui ont fait des choses plus attroces que ce que vous avez faict, vous avez raison de vous repentir de ce qui s’est passé, et crois tant de vous, que si aviez à recommencer, que vous ne le voudriez entreprendre, ains plustost mourir. Il est vrai, me disoit-1l, nostre Roy est bon et juste, pardonnant à plusieurs qui ont grandement offensé Sa Majesté. Elle peut, lui dis-je, vous donner abolition en vous amendant et recognoissant vos fautes, en le servant fidèle-

ment à l’advenir, vous serez en considération tant

Dissimulation de ce géneérat envers lui.

Résolution de Jacques Mi chel.

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geoit,

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pour vostre courage, que pour l'expérience qu'avez acquise en la mer, l'on a affaire d'hommes du mestier que vous menez, l’on ne vous voudra pas perdre quand l'on remonstrera à Sa Majesté le service que vous lui pouvez rendre à la navigation : changez vostre volonté, et vous résoudez de retourner en vostre patrie, pour moi où J'aurai moyen de vous y servir je le ferai de bon cœur : Ne vent se il me dit qu'on lui avoit escrit de France qu’il au-

fier à la grace

quon lui pro: roit sa grâce, s’il s’en vouloit retourner, mais qu'il ne s'y fieroit pas qu'il ne l’eust scéllée, et outre que jamais il ne voudroit se tenir à Dieppe, et qu'il iroit en autre ville de France, cela seroit très bien fait, lui dis-je.

. Suit de «Je sçais que la maladie qu’il eust, n’estoit que ce remords de conscience qui le bourreloit, et vouloit tesmoigner aux Anglois qu’il avoit un autre desplaisir, se couvrant du mescontentement qu'il avoit des Malouins, et du Père Jésuiste, et de son fils, dont il se plaignoit grandement, mais la vérité estoit que cet homme estoit fort pensif, triste, et mélancolique , de se voir mesprisé de sa patrie, abhorré du monde, retenu pour un perfide et traistre François, qui méritoit un chastiment rigoureux (et tous ceux qui font le semblable, ne peuvent marcher la teste levée) et monstré au doigt d’un chacun, mesme les Anglois entr'eux

l’appelloient traistre, disant, voyez cestuy là qui

qu'avez mes du dra pas jesté le naviga- 1dez de J'aurai Cœur :

wil auis qu’il t outre et qu'il ès bien

oit que oit, et nautre it qu'il de son vérilé iste, et patrie, fide et ent rible, ne tré au atr'eux

là qui

MTS

DE CIHAMPLAIN. 319

a vendu sa patrie, et autres qui l'ont reniée, pour un peu de mescontentement qu’ils disent avoir eû en France. Il sçavoit très asseurément que ces discours se tenoient aussi est-ce un puissant ennemi, que celui qui a la conscience chargée de si vilaines, détestables meschantes trahisons : il avoit raison d’avoir l’ame bourrelée, et mourir de desplaisir, plustost que survivre, et fut là le suject de sa mort, et non ce que Quer et autres disoient ,

que c’estoit pour n'avoir donné un soufflet au gite"

Pêre Jésuiste qui estoit la mesme sagesse et vertu

oO ?

ayant bien tesmoigné aux voyages qu'il a fait dans les terres.

Le général Quer parlant aux Péres Jésuistes,

Pourquoi Mi

leur dit, Messieurs, vous aviez l'affaire de Canada , che aceusoit 1e

Pire Brebeuf.

pour jouir de ce qu'avoit le sieur de Caen, lequel avez dépossédé. Pardonnez moi, Monsieur (lui dit le Père), ce n’est que la pure intention de la gloire de Dieu qui nous y a mené, nous exposant à tous dangers et périls pour cet effect, et la conversion des Sauvages de ces lieux : ledit Michel pressant dit, Oui, oui, convertir des Sauvages, mais plustost pour convertir des castors, ledit Père respond assez promptement et sans y songer, Cela est faux, l’autre lève la main, en lui disant, sans le respect du Général je vous donnerois un souflet, de me desmentir, le Pére lui respond, vous m’excuscrez,

je n’entends point vous démentir, j'en serois bien

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fasché, c’est un terme de parler que nous avons

en nos escoles, quand on propose une question

douteuse, ne tenant point cela pour offencer,

c'est pourquoi je vous prie me pardonner, et croi-

re que je ne l'ai point dit pour vous donner du

desplaisir

Je laisse à penser si cesuject estoit capable de le

faire mourir, sans autre plus violent desplaisir,

Mort de « COMME J'ai dit ci dessus : aussi Dieu la puni ne lui

pme faisant la grâce de se recognoistre à l'heure de la

mort, qui a couppé la broche à tous ses desseins pernicieux et meschants. |

Estant mort il y cut plus de resjouissance entre

les Anglois que de regret, néantmoins le général

Quer qui voulut lui tesmoigner la dernière preu-

Les Anglois mor ve de son amitié qu'il disoit lui avoir porté de son BESHQIE vivant, lui fit faire une châsse où il fut mis, com-

mande à son frère Thomas Quer d’armer quelques 200 hommes, q''il fait mettre à terre, les met en ordre quatre à quatre, les maistres des vaisseaux prenent la châsse, et la mettent dedans une chalouppe, et arrivez sur le bord du rivage, les offi-

Le général

lui faitfaireune C1CrS des vaisseaux prennent le corps sur leurs es-

pompe funèbre superbe,

paules, et sur sa châsse avoient mis une espée nue, devant Le corps marchoit un homme armé de tontes pièces, avec la rondache et le coustelas, l’autre portoit une demie picque noircie, les soldats

s'ouvrirent en deux, par le milieu desquels passa

S avons uestion fencer, et Croi-

ner du

e dele plaisir, ne lui * de la

esseins

‘entre énéral preude son , COMques act en SeaUx > chas offirs esnue, * tonl'au- Idats

passa

le corps avec tous les capitaines et autres officiers des vaisseaux, qui l'accompagnoient marchant devant, les soldats qui le suivent comme est la coustume en telles funérailles, il fut porté à la fosse, où estant mis dedans l’on rompit la demie picque en deux et la mit on dans la fosse, sur laquelle Le ministre fit des prières s’agenouillant et se levant plusieurs fois, respondant aux ministres : leurs prières achevées l'on couvre le corps de terre, cela fait ils se firent deux escoupetteries de mousquets, des soldats qui estoient rangez autour de la fosse. Après l’on fut tirer le canon de tous les vaisseaux, jusqu’à quelque 80 à 90 coups : cela fait chacun s’en retourne en son vaisseau, le pavillon du contre-admiral estoit à demi destendu, jusques à ce qu’il y en eust un autre mis en la place, qui fut un capitaine anglois appellé Le deuil n’en dura guères, au contraire jamais ils ne se resjouirent tant, et principalement en son vaisseau où il avoit quelques barils de vin d'Espagne : le voilà payé de tout ce qu'il avoit fait.

Tout ce que j'ai veu aprés sa mort est, l’honneur qu'il ne méritoit pas, ne pouvant espérer, s'il eust vescu, que le chastiment d’un suplice, si Sa Majesté ne lui eust donné sa grâce.

Durant le jour que nous fusmes à Tadoussac, ledit Quer employa ses hommes à couper quan-

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