‹ Voyages du sieur de Champlain, ou Journal ès découvertes de la Nouvelle FranceChapitre 34 sur 74 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Embarquement de l'autheur pour aller habiter la grande rivière Sainct Laurent, — Description du port de Tadoussac. — De la rivière de Saguenay. — De l'isle d'Orle'ans.

Après avoir raconté au feu roy tout ce que j'avois veu et descouvert , je m'embarquai pour aller habiter la grande ri vière Sainct Laurent, au lieu de Québec, comme lieutenant pour lors du sieur de Mons. Je partis de Honnefleur le i3 d'avril 1608 , et le 3 ^de juin arrivasmes devant Tadoussac^ distant de Gaspé quatre-vingt ou quatre-vingt-dix lieues, et mouillasmes l'anchre à la rade du port de Tadoussac, qui est à une lieue du port , qui est comme une ance à l'entrée de la rivière du Saguenay , où il y a une marée fort estrange pour sa vistesse , où quelquefois se lèvent des vents impétueux qui ameinent de grandes froidures. L'on tient que cette rivière a quarante-cinq ou cinquante lieues du port de Tadoussac jusqucs au premier sault, qui vient du uort-norouest. Ce port est petit, et n'y pourrait

Port d.- '(.-»

rif scrijilion.

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qu'environ vingt vaisseaux. Il y a de Teau assez, et est à l'abri de la rivière de Saguenay et d'une petite isle de rochers qui est presque coupée de* la mer. Le reste sont montagnes hautes, eslevées, où il y a peu de terre, sinon rochers et sables remplis de bois , comme sapins et bouleaux. Il y a un petit estang proche du port , renfermé de montagnes couvertes de bois. A l'entrée sont deux pointes , l'une du costé du surouest , contenant près d'une lieue en la mer, qui s'appelle la pointe aux AUouettes -, et de l'autre du costé du nort-ouest , contenant demi-quart de lieue , qui s'appelle la Pointe aux Roches. Les vents du sud-suest frappent dans le port, qui ne sont point à craindre , mais bien celui du Saguenay. Les deux pointes , ci-dessus nommées, assèchent de basse mer.

En ce lieu y avait nombre de Sauvages , qui îSe'dei"''e^ y Gstaicut veuus pour la traicte de pelleterie, plusieurs desquels vindrent à nostre vaisseau avec leurs canots , qui sont de huit ou neuf pas de long, et environ un pas ou pas et demi de large par le milieu , et vont en diminuant par les deux bouts. Ils sont forts subjects à tourner si on ne les sçait bien gouverner, et sont faits d'escorce de bouleau , renforcez par dedans de petits cercles de cèdre blanc, bien proprement arrangez, et sont si légers, qu'un homme en

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DE CHAMPLAIX. iSj

jjorte aisément un. Chacun peut porter la pesanteur d'une pipe. Quand ils veulent traverser la terre pour aller en quelque rivière où ils ont affaire , ils les portenc avec eux. Depuis Chouacoët, le long de la coste jusques au porl de Tadoussac , ils sont tous semblables.

3e fus visiter quelques endroits de la rivière , P'!»'"'- ^''^

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du Saguenay , qui est une belle rivière^ et d'une grande profondeur^ comme de quatre-vingts et cent brasses. A cinquante lieues de l'entrée du port y comme dit est^ y a un grand saulf. d'eau , qui descend d'un fort haut lieu , et de grande impétuosité. Il y a quelques isles dedans ceste .,,\''^v£i.rô,u rivière fort désertes, n'estants que rochers, cou- ' "'*'''''"^'" vertes de petits sapins et bruyères. Elle contient de large demi-lieue en des endroits, et un quart en son entrée , où il y a un courant si grand , qu'il est trois quarts de marée couru dedans la rivière, qu'elle porte encore hors j et en toute la terre que j'y ai vue, ce ne sont que montagnes et promontoires de rochers , la plus part couverts de sapins et bouleaux j terre fort mal plaisante, tant d'un costé que d'autre : enfin ce sont de vrais déserts inhabitez. Allant chasser par les lieux qui me semblaient les plus plaisants, je n'y trouvais que de petits oiselets, comme arondelles et quelques oiseaux de rivière, qui y viennent en esté; autrement il n'y en a

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point, pour l'excessive froidure qu'il y fait. Geste rivière vient du nort-ouest.

Rarr"^ri<ies Les Sauvogcs m'ont fait rapport qu'ayants '^''"'- passe le premier sauit^ ils en passent huict au-

tres, puis vont une journée sans en trouver^ et de rechief en passent dix autres , et vont dans un lac, où ils font trois journées , et en chacune ils peuvent faire à leur aise dix lieues en montant. Au bout du lac y a des peuples qui vivent errants. Il y a trois rivières qui se deschargent dans ce lac, l'une venant du nort, fort proche de la mer, qu'ils tiennent estre beaucoup plus froide que leur pays ; et les autres deux d'autres costes par dedans les terres, où il y a des peuples po. pies qui sauvages errants, oui ne vivent aussi que de la

Tirent errants , '-' -•• ■'■

ILen.'quTTe chassc , ct cst le lieu où nos Sauvages vont porter les marchandises que nous leur donnons pour traicter les fourrures qu'ils ont, comme castor, martres, loups cerviers et loutres, qui y sont en quantité , et puis nous les apportent à nos vaisseaux. Ces peuples septentrionaux disent voyent la aux nostrcs qu'ils voyent la mer salée ^ et si cela est, comme je le tiens pour certain, ce ne doit estre qu'un gouffre qui entre dans les terres par les parties du nort. Les Sauvages disent qu'il peut y avoir de la mer du nort au port de Tadoussac quarante à cinquante journées, à cause de la difficulté des chemins, rivières, et pays

mer »a!ee.

qui est fort montueux , où la plus grande partie de Tannée il y a des nèges. Voilà au vrai ce que j'ai appris de ce fleuve. J'ai souvent désiré faire ceste descouverte^ mais je ne l'ai peu faire sans les Sauvages, qui n'ont voulu que j'allasse avec eux /ni aucuns de nos gens ; toutefois ils me l'avaient promis.

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