BACK
Quelques incidents venaient rompre la monotone uniformité des occupations journalières. Un jour, par exemple, un matelot tomba dans une crevasse de neige glacée et allait disparaître sous les montagnes de glace qui entouraient le vaisseau : secouru à temps, il reparut hors de l’eau, où il avait, rapporta-t-il, ressenti une douce chaleur, qui provenait sans doute de la différence (15°) entre l’eau et l’atmosphère. À peine ramené sur la glace, il voulut s’y asseoir et s’y étendre; mais il y eût aussitôt gelé et serait mort. On le força à courir, et lorsqu’on l’eut épuisé de fatigue et accablé par la raideur de ses vêtements gelés, on le conduisit dans le vaisseau pour l'y envelopper de couvertures de laine, qui, lui procurant une copieuse transpiration , le rétablirent bientôt de manière à ne plus être qu’un sujet de plaisanteries pour ses camarades. Le 1er janvier 1837 , un contre maître mourut; l’équipage lui rendit les derniers devoirs et l’ensevelit dans un tombeau de neige et de glace. On eut plus tard à rendre les mêmes devoirs au canonnier du bâtiment. On disait chaque dimanche le service divin d’après le rit anglican. On célébra le 11 février la fête de saint Valentin, jour où, en Angleterre, suivant la croyance populaire , chaque oiseau se choisit une compagne pour le reste de l'an ; jour encore où le premier homme qui voit une jeune fille doit être son bon ami ou son Valentin jusqu’à l’année suivante. Le 22 du même mois, le bâtiment se retrouva dans une position presque désespérée après le craquement et le déplacement des masses glacées qui l’étreignaient de toutes parts. Le 15 mars, il fut soulevé par elles et presque renversé : cependant elles le ramenaient insensiblement vers le sud-ouest. Le 12 mai, il se trouvait au sud-ouest de l’île Nottingham , par 63° 11’ latitude nord, 78° 56’ longitude ouest, et le 18 juillet, au nord des îles Charles, par 62° 40’ latitude nord , 75° longitude ouest, dans le détroit d'Hudson. 11 était resté enfermé par les glaces pendant six mois; il se trouvait fort délabré, ayant plusieurs voies d’eau; il fallut le réparer sur les côtes de Labrador. Enfin, il revint à Chatham en octobre 1837, la poupe et le corps fracturés. Jamais bâliment n’avait éprouvé de si nombreuses et si terribles avaries dans sa navigation de dix-sept mois.
Le résultat de eetfe nouvelle expédition du capitaine Back a été presque nul pour la science ; la relation qu’il nous a donnée est généralement aride et d’une lecture peu amusante; mais elle aura toujours de l’intérêt pour les marins qui visiteront les mêmes parages.
Si maintenant nous embrassons l’ensemble des pays visités par le capitaine Back , et si nous recherchons les espèces d’animaux et de végéiaux qui s’y trouvent, nous voyons que la ligne des bois s’arrête vers le 60e degré de latitude. L’arbre qui se montre le plus au nord-est est l’épinette blanche et le bouleau à feuilles. La lisière septentrionale de ces bois forme la limite des régions habitées par l’ours noir, le renard commun, la marte, le pékan, le lynx, le castor, la marmotte ordinaire, le lièvre, la perdrix et le pivert. Les terres stériles , dans le nord des bois, ont pour hôtes l’ours brun, le renard arctique, la marmotte de Parry, le lièvre polaire et le bœuf musqué. Les rennes vivent jusqu'au bord de l’océan Glacial ; l’ours polaire pénètre rarement dans l'intérieur. Les prairies, c’est-à-dire les plaines sans bois qui s’étendent des monts Rocheux par 55° latitude nord jusqu'au Mississipi, ont pour hôtes principaux le bisou et le loup.
Disons quelques mots des principaux animaux particuliers aux régions polaires , et dont il a été question dans les voyages qui précèdent.
L’ours noir d’Amérique est le seul dont la fourrure ait quelque valeur; il se nourrît de fruits et d’autres végétaux; il n’attaque l’homme que pour se défendre, et il évite le combat toutes les fois qu’il le peut. 11
grimpe sur les arbres et gravit les abîmes avec une rare dextérité. Son extrême prudence fait qu’au moindre bruit il se lève sur ses pâlies de derrière pour mieux voir, et c’est souvent ce qui le trahit aux regards du chasseur. Toutefois on le prend plus encore dans son antre en hiver, et comme à cette époque il est plus gras et que sa fourrure est de première qualité , c’est une bonne capture poür 1rs Indiens , qui sont devenus, par une longue pratique, extrêmement habiles à découvrir sa tanière d’après des indications qui échapperaient à des yeux moins expérimentés. Riais avant que les chasseurs indigènes écorchent et dépècent cet animal dont ils apprécient les diverses qualités, notamment la force et la sagacité, ils ne manquent pas de lui demander pardon d'en agir ainsi envers lui. La graisse de l’ours ressemble au lard du cochon, et bien que son odeur flatte peu le. goût, les Indiens laregardent comme un mets délicat.
L’hermine est un petit animal très vif qui se nourrit de souris à pattes blanches et d’autres animaux rongeurs; il se glisse quelquefois dans la demeure de l’homme pour y saisir sa proie. Sa peau est très estimée.
La marte commune, qui habite les lieux boisés , se nourrit de lièvres, de souris et d'oiseaux ; sa peau est fort belle et très estimée. Le pékan ou pêcheur a beaucoup de ressemblance avec la marte, mais sa fourrure est moins recherchée.
Le loup américain a une fourrure plus belle qüe celle du loup d’Europe ; elle est d’un gris blanc sous les hautes latitudes.
Le renard de ces mêmes latitudes est vif, élégant et gracieux; son espèce est nombreuse sur les îles et les bords de l’océan Arctique. Il peut s’éloigner sur la glace à une grande distance de terre, et y vit de poisson. Sa livrée passe du gris au blanc dans l'hiver.
Le wolverène habite sous les plus hautes latitudes; on le trouve jusque par le 75e degré. I! est très fort et très rusé ; il est détesté par les trappeurs de marie, parce qu’il bouleverse leurs pièges et détruit ainsi leurs travaux de plusieurs jours.
Le vison ou mink, surnommé la belette amphibie, vit de petits poissons et de moules d'eau douce; il nage et plonge parfaitement bien. Sa fourrure , analogue à celle du foulereau, est plus foncée et a le poli plus court. On apprivoise facilement le vison, et il se montre attaché à ceux qui prennent soin de lui.
Le castor américain est estimé non-seulement pour son poil, mais encore pour sa chair; on le trouve à de hautes latitudes, sur les bords du fleuve Mackenzie. On pourrait l’appejer l’ingénieur civil des quadrupèdes; il construit une digue et se creuse un terrier avec une adresse merveilleuse.
Le renne se plaît dans les hautes latitudes; il se nourrit d’herbes, de lichens et de mousses; il est d’une grande agilité, et sa chair est assez estimée.
La mouffette a une queue p’eine, épaisse et ornée de longs poils noirs, ce qui lui donne une. apparence assez avenante; mais la liqueur qu’elle décharge sur ceux qui la poursuivent est si puante que peu de chasseurs osent l'aborder. Cet animal passe l’hiver sous la neige; il marche lentement; 1 s chiens l’attaquent avec acharnement, et quand ils sont au moment de le saisir il leur lance une fusée de liqueur dont l'odeur infecte les met en déroute et les oblige à la retraite.
Enfin e poisson blanc de la mer Arctique est très recherché comme nourriture; on ne s’en lasse jamais, et même lorsqu'il est maigre on le préfère encore aux autres poissons de ces contrées glaciales. Il offre de l’analogie avec le saumon, sous le rapport de sa chair, qui est très succu ente ; il donne aussi une soupe blanche dédeieuse, et on le recherche surtout comme friture,
, Albert-Montémont.
HISTOIRE DES VOYAGES