‹ Voyages en ArabieChapitre 40 sur 40 · II. Vojr. dans FArabie · texte numérisé non relu

II. Vojr. dans FArabie

ses troupes , les vivres , l'artillerie et les bagages ; le ^3 septembre, il quitta rÉgypte. Sixjours après, sa flotte était mouillée daDs le port d'Yambo. Il fit aussitôt demander aux tribus bédouines amies des Tujbcs lei i«K>y^iM.de transport dont il avait besoin. Elles s'empressèrent d'amener un nonïbre suffisant de chameaux. Alors Rirabim pressa le départ de ses troupes pour Médine , et le 9 octobre il se mit en route pour cette ville , suivi seulement de ses gardes.

Il fit des dons magnifiques au toipbeau du prophète , prodigua les aumônes aux paimres , }ura de- donner la liberté à ses mamelouks et à ses esclaves noirs , et promit également de ne plus boire de vin , ni aucune liqueur défendue par le Kqran : iJL tint ^ parole^ £q mènxç^ temms il faisait hMxfi elL même mettre à mort des soldats ^ui avaient enfreint ses ordres. Cette inflexibilité intimida les Bédouins, en même temps que le reste de sa conduite lui fit des' partisans parmi lesAi^bes. •

Le quatrième jour de la fête du courban beïram , Ibrahim sortit de la vUle sainte^ rejoignit^sonf quiBiitier-fi[énéFal ou se trouvaient! M. Yai^sière, <)$cier /ÎN^çai^, qvû xen^Ussait près de lui les fonctions d'ai4e-de-camp; Antçnio Scoto, son médecin ; Andréa Gentih , Tpdescliini et Sôcio , chirurgiens et pharmaciens , chargés de panser les J3léssés et de soigner les malades^ CesEufdpéens rfentrèrêntpas dans Médine afin de ne pas heortei-lès préjugés des mustdmans. ' .

€cpepdaïkA,|)lu8ieius8cheikh8 bëdiWKiifl qui devaient fb^ des chameaux avaient npianquq à leigr parole e ^Is piifeot la fuite , interceptèrent les communications et dépouillèrent les cÈiravanes qui allaient d'Yambo à la M/ecque et à Médine. Ibrahim fit marcher cox^tre eux .deux mille hommes d'infanterie et de cavalerie} c^s.Bédoui^s» voyant cju'on leur enlevait leurs troupeaux., vinrent imploçer la cléinence d'Ibrahim et se soumirent aux charges qu'il lui plut de leur imposer.

L'armée alla occuper Ilanakié , village que les Walihabites avaient détriiit en se retirant dans l'intérieur du Nedjd. Dès les premiers jouirs de décembre , le camp était régulièrement élabUdans cette position très forte. De son côté^ Abdallah Ibn

Saoud résolut de prendre Toffensive avant que Tannée turque eût été grossie par de nouveaux renfoits et par la jonction de lEicdouins ennemis de sa personne et de son gouver* nement. H attaqua et dépouilla l^s tribus qui refusaient d'obéir à Tordre qu'il avait donné dejse retirer 3ur Rass. Mais C9f violences produisirent un effet absolument cqntfaire 4 cdm <|u'i][ en attendait. D'ailleurs une partie des Bédouins ne, mon.-* trait pas une ferme résolution de s'opposer à de§ troupe^ protégées par de TartiUerie. Ghanem Ibn Mah^diau, scheikh des Harb, vint offrir ses services au pacha.

Le 27 décembre , Ibrahim sortit ^e Hanaki^ à la teteth| dix-huit cents ]iommes niunis de vivres pour vingt jours. I)es habitans du pays lui servaient de guides et d^espions.^ Ghanem l'accompagnait , et chemin faisant :féunit à la cavalerie tur(jue cinq cents hommes de sa tribu. CettQ expéditip}} ^ après avoir» ravagé Tintérieui* du Nedjd , rentra le 17 janvier 1817 ; huit cents chameaux^ quatre mille moutons , de^ tentes et des effets de/campeuient en furent le fruit. Elle donna aux Bédouins une haute idée de la c^valefie turques et jeta Tépouyante parmi ceux qui étaient lea alliés d(as \Yahhabites. Bientôt un grand nombre de scheikbs demander* rent à traiter avec Ibrahim ; il leur accorda ce qu'ils désiraient , en leur faisant prendre rengagement de fournir^ ea cas de besoin, des moyens de transport.

Bientôt lés chaleurs devinrent aceablaiites pendant le joilp^ tandis que dans la nuit le froid était rigoureux. Les soldati( souffraient beaucoup de cette variation de tenipérattu:e ; ila^ manquaient d'habillemens ; la mauvaise quahté de Tçau les incommodait ; les dyssenteries et les fièvres éclatèrent dans I9 camp ; Içs garnisons voisines en furent atteintes ; les maladesétaient dirigés sur Hai\akié : malgré leur zèle , les médecins ne pouvaient suffire à tout ; le nombre des morts augmenta. (.

Loin de se laisser abattre par ces circonstances fâcheuses y. Ibrahim écrivit à son père pour lui demander deux mille hommes , renfort que les pertes éprouvées récemment rendaient nécessaire. Le 22 février ^ il fit ses dispositions pour

tenter un coup de main sur Rass. Les pluies continuelles empêchèrent les troupes d'y arriver , mais en revanche elles prirent, sur la routé, beaucoup de chameaux < Les soldats avaient besoin de repos ; Ibrahim résolut de passer Yété à Hanakié : en conséquence , il ordonna de construire des baraques pour mettre son armée à l'abri de la maligne influence des vents du midi ; tout le monde mit la main à l'ouvrage , lui-même donna l'exemple.

Abdallah Ibn Saoud , voyant que beaucoup de scfaeikhs l'abandonnaient , se décida enfin à marcher contre Ibrahim. Celui-ci, informé par ses espions des mouyemens de son adversaire , entra de nouveau en campagne. Lé nombi'e et la supérîoritc de sa cavalerie décidèrent encore ime fois la chance en sa faveur. Il ramena à Hanakié deux mille chameaux et une grande quantité de bétail ; plus ^e huit cents Wahhabites avaient été tués. Il alla aussitôt à Médine rendre grâce de ce succès ; le 20 avril , il était de retour à son camp.

L'accueil favorable qu'il avait fait à Gbanem et à d'autres scheikhs, l'assurance qu'il leur avait donnée de n'exiger d'eux aucun tribut ni les amendes que le chef des Wahhabites leur imposait , et de leur payer ex;actement tout ce qu'ils fourniraient , enfin , ses manières affables et les présens dont il les comblait, avaient attiré dans son camp beaucoup de Bé^ douins attachés aux Wahhabites. Ils l'avertirent qu'AY)dallah Ibn Saoùd , à la tête de vingt mille hommes , allait probablèment l'attaquer après avoir dépouillé les tribus- qui s'obstinaient à ne pas vouloir se retirier sur Rass.*"

En conséquepce , Ibrali^m dépêcha, lé 26 avril , Onzoun Aly avec quatre cents chevaux , mille fantassins , une pièce d'artillerie de campagne et des Bédouins. Cette troupe s'empara sans coup férir d'ElrMaouïeh^ poste important qu'il était essentiel d'occuper.

Abdallah Ibn Saoud était campé avec dix mille hommes , aux puits de Naghckh. Dès qu'il eut appris que l'ennemi était maîtie d'El Maouïeh , il se décida à aller reprendre cette place et même à attaquer Ibrahim : il avait même bonçu le projet de se porter sur Médine et d'y passer tout au fil de Té-

pée , puis de se replier sur Hanakié , peudant que son frère Faïssal se dirigerait sur la Mecque , Djidda et ,Yambp. Ce plan était trop liardi et trop vaste pour qu'il l'exécutât.

Pendant qu'Ibrahim , conformément aux instructions de son père , gardait la ligne de Hanakié en attendant les renforts qui lui étaient annoncés, Faïssal el Daouiéh, scheikh de la tribu de Montefr , qui ayait à venger le sang de son frère , répandu par Abdallah Ibn Saoud, envoya un émissaire au pacha pour lui dire que s'il ^venait à Bl Maouïéh , il le rejoindrait et conclurait avec lui Une alliance qui anéantirait la puissance de son ennemi. Sur cet aviis^ Ibrahim partit, le 3o avril, â la tète de quatre cents cavaliers et de fantassins montés sur des chameaux , avec une caravane d'environ trois mille de ces animaux poitant des vivres pour un mois au détache-; ment campé à El Maouïéh. En chemin il rencontra un exprès chargé par Ouzoun Aly de lui annoncer la défaite d'Abdallah Ibn Saoud. Ibrahim donna une gratification de cent piastres et un habillement complet au porteur de cette bonne nouvelle.

Abdallah Ibn Saoud s'étant approché d'El Maouïéh avait attaqué le 2 mai, au point du jour, ce poste sans ordre et sans aucune disposition préalable. Le combat durait depuis deux heures, quand les Bédouins alliés du chef des Wahhabites piirent la fuite. Celui-ci perdit trois cents homm.es tués et deux cents faits prisonniers , beaucoup de chevaux, un grand , nombre 9e chameaux, des vivres, et des munitions de guerre; il regagna sa position de I^aghékh et fut obligé de renoncer à ses projets. Il ralUa ses troupes aux environs d'Aneïzéh, et envoya à Rass deux cents hommes de renfort et des munitions.

En arrivant à El Maouïéh , Ibrahim félicita Ouzoun Aly sur sa victoire , puis il fit fusiller les prisonniers wahhabites, à l'exception des esclaves noirs, qui furent employés comme domestiques de l'armée. Ensuite il se mit à la tête d'une expédition contre le? tribus ennemies, et revint avec un butin considérable', qu'il distribua , suivant sa coutume , aux chefs des troupes. A son retoUr, il trouva )es renfojrts auUlavalt de-»

mand^ à Mëdine et à Hanakié et dodze cents lioinmes de cavalerie que lui avait envoyés son père.

Dans led premiers jours de juillet, il partit d'Ël Maouïéii â la tête de quatre mille hommes d'infanterie et de douze cents cavaliers , non compris les Arabes. Les fatigues avaient altéré to santé ; uhe indisposition f|;rave Tobligéa de garder la tente pendant six jours, il fit prendre les devants à Ouzoun Aly avec deux mille hommes et trois pièces d'artillerie, tiorsqu'il se sentit en état de monter à cheval , il se mit en marche avec le gros de son année ; il s'avaiiçait avec précaution, afin de ne J)as êtriB sutpris par Fennemi ; l'eau était fort rare , à peine y en avàit-il pour les hommes et les chevaux. Sur ces, entrefaites , t'aïssal el Daouiéh vint avec ses Bédouins à la rencontre d'Ibrahim , hii amenant des jivres et des moyens de transport; dès ce moment, sa tribu fit psu'tie de l'armée.

Après cinq joiirs de repos dans l'oasis de SeheHaneh qu'Abdallah Ibn Saoud avait saccagée , Ibrahim^ à la tète de cinq cents cavaliers , poussa Une reconnaissance du coté dé Rass. Le lendemain, il rentra au camp, ayant eu deux hommes tués et cinq blessés dans une escannouche avec la gari^ison. Le jour suivant , Tarniée vînt mettre le siège devant la place. Au bout de six jours d'un feu d'artillerie continuel, mais mal dirigé, l'assaut fut m'dônné à deux heures de nuit, sâBs qu'il y eût une setile brèche aux remparts ; les assaillans n'avaient aucun moyen de tenter une escalade ; le général avait négligé de faire reconnaître un fossé large et pjçofond. Cependant Ouzoun Aly était chargé d'attirer par une fausse attaque 1 attention de l'ennemi sur un poi^t. La place n'avait que deux pièces de canon. Les assiégés se défendirent pendant quatre heures avec un bravoure héroïque : les femmes , 'dans l'intérieui* des murs , allumaient des palmes de dattiers enduites de résine pour éclairer leurs défenseurs. Cet assaut si mal combiné fut très meurtrier pour les Turcs ; ils furent repousses avec une perte de huit cents hommes.

Quelque temps après^ un second assaut ne fut pas plus heureux^ un troisième n^eut pas plus de succès. Trois milLç

soldats ayaièat p^ri 3ous les murs de Aasd ', les muoitioAs s'é-

puisaient; la disette menaçait les restes de Farmée. Ibrahim se montrait inébranlable dans cette rude adversité. Bientôt des orages violens ajoutèrent aux maux que souffraient les assiégeans. Des coups de vent élevaient en l'air d'immenses tourbillons de poussière , arrachaient les tentes , laissaient à peine aux hommes Is^ faculté de respirer. Les blessés suocombaient , le moral des miUtaires était affecté , des maladies se développaient. En mcme temps, des partis de Wahhabitcs parcouraient la. campagne, ib avaient enlevé quelques centaines de chameaux avec leurs conducteurs et leur escorte. A cette nouvelle, Ibrahim monta à chevad, et suivi d'Ouzoun Aly et de mille hommes, il court à l'ennemi et le culbute. Trois cents Wahhabites perdirent la vie. Les tétés des blessés furjent coupées p^r les Turcs et exposées devant les, murs deRass aux yeux des assiégés. Cet affreux spectacle, bien loin de leur inspirer de la crainte , redoubla leur courage. Mohammed Ibn Mezran,quiles commandait, fit payer cher aux Turcs l'avantage qu'ils avaient remporté.

fiien loin de suivre -son exemple^ Abdallah Ibn Saoud qui pouvait, en déployant de l'activité et de la vigueur , chasser l'ennemi hors du pays , eut recours aux négociations. Deux envoyés arrivèrent de sa part au camp du pacha. Sans écouter leui;s propositions , celui-ci '$omma le gouverneur de rendre la place. « Viens la prendre , répondit Mohammed Ibn Mez- » ran. » Les ^ostiUtés recommencèrent, sans plus de fruit pour les Turcs. Ibrahim fit néanmoins des demandes si exar gérées , queles agens d'Abdallah ne purent s'empêcher de lui représenter qu'il avait à traiter non avec un fellah d'Egypte , mais avec le souverain du Nedjd; puis ils s'en retournèrent sans ^voir rien conclu.

La ville de Rass, si elle eût été régulièrement attaquée, n'aurait pas pu résister dqux jours; assiégée par des gens malhabiles,^ elk tint pendant trois. mois et dix-sept jourâ. Alors les habitans , fatigués d'une si longue défense , consentirent^ de concert avec le gouverneur, à un armistice dont les conditions prouvent. )a détresse extrême à laquelle était réduite l'armée turque. Ibrahim dçyait Uyex \q siège de

Rass ; aucun. de ses soldats ne pouiTait entrer dans la ville, dont la neutralité était reconnue; les hal>itans ne seraient obligés de rien fournir aux troupes turques; il§ ne recevraient une garnison que dans le cas où le paclia se fendrait maître 'd*Anei2éh.

La perte des Turcs pendant le siège afvait été de trois mille quatre cents hommes ; celle des assiégés n'avait été que de cent soixante hommes tués et peu de blessés. Ce revers fut le seul qu'éprouva Ibi^ahim. H marcha aussitôt sur Khabara, qui se rendit après une canoilnade de quelques heures. L'armée s'y reposa onze jours , les vivres que les habltans fournirent leur furent payés comptant, ce t[ui augmenta lé bon renom d'Ibrahim parmi les Bédouins.

Abdallah Ibn Saoud approuva la convention conclue entre les habitans de Rass et Ibrahim , et ensuite se replia sur Béreïdha. Les Turcs , qui venaient de reeevoir un renfort de cavalerie^ s'avancèrent sur Anéizéh. Après six jours d'un vive canonnade , le fort capitula , parce que l'explosion du magasin à poudre ^avait privé la garnison de ses moyens de défense. La ville se rendit aussitôt ; les soldats wahhabites eurent la permission d'aller où ils voulurent ; l'artiÛerie , les vivres et les bagages restèrent dans la place.

La reddition d'Aneïzéh détermina le chef des Wahhabites à se retirer sva Schakra et à fortifier Déraïeh. Toi;it le Gassim fît sa soumission à Ibrahim. Le fort d'Aneïzéh fut reparé; plus de six mille dattiers furent coupés pour établir des batteries et un camp retranché ; ri y attendit des renforts et des vivres. Ensuite son armée marcha paisiblement surRéreïdha, qui ouvrit ses portas après une canonnade de trois jours. ,

' Ibrahim fit démoUr les fortifications de cette ville, et prit des mesures pour accroître son armée et assurer ses subsistances. Chaque jour des Bédouins venaient se joindre à lui. Les lois que les clie£s des Wahhabites leur, avaient imposées étaient trop contraire^ à leurs habitudes ^ poùi* qu'ils ne saisissent pas avec empressement l'occasion de secouer un joug odieux et de se venger d'une conduite qu'ils regardaient comme l'excès de la t^^rannie. Néanmoiiis il i^tait encore

parmi eux des hommes fermement persuades delà vérité de la, doctrine qu'ils avaient embrassée et décidés à tout sacrifier pour garantir son triomphe. Une nuit , un incendie éclata dans la tente d'Ibi<ahim pacha ; il ne fut pas possible de l'éteindre ; en peu de minutes , cette tente fut réduite en cendres, tout ce qu'elle contenait fut anéanti; ^on ne douta pas que le feu n'eût été mis par des Wahhabites fanatiques.

L'armée turque s^ôurna deux mois à Béreïdha ; quand elle eut reçu un renfort de huit cents hommes , deux pièces d'artillerie de siège , et d'autres secours , elle partit le 28 décembre pour Schakra; elle comptait quatre mille soldats turcs et amautes et cinq cgits Mogrebins ; elle était suivie de plusieurs milliers de domestiquas qui consommaient une grande pçrtion des vivreç ; des Bédouins des tribus de Mônteïr, de Harb, d'Ateïbé, de Béni Khaled ^jservaient d'escorte aux -convois , et éclairaient la marche. Dans les montagnes et les terrains sablonneux, un chameau portait deux soldats et leur biscuit , les autres étaient chargés de subsistances , d'eau., de bagages et de munitions de guerre , il y en avait en tout dix mille. Ibrahim pacha, qui savait combien l'exemple du chef a de pouvoir sur les subalternes , était souvent à la tète de ses officiers et marchait le premier; on ne faisait pas de longues traites pendant le jour afin de ménager lé soldat. On rencontrait de l'eau douce et des villages abandonnés.

Abdallah Ibn Saoud avait ordonné aux habitans de lésaitter, ils étaient détruits et les tribus qui restaient fidèles se repliaient sur Déraieh. Il avait fait fortifier Schakra; il rassemblait des troupes.

En quatre jours, l'armée turque arriva en vue d'El Mazneb : cette ville demanda à capituler. Au delà , on traversa des montagnes et un désert. Le i3 janvier i8i8, Ibrahim, à la tête de huit cents èavaliers, viîit reconnaîtra les environs de Schakra ; une escai-mouche aVec les Wahhbites mit quelques hommes hors de conlbat. Le lendemain, .toute l'armée s'ébranla : le trajet de l'artillerie à travers les sçibles mouvans fut très difficile : à midi les^ troupes arrivèrent sous les murs ^e Schakrat ; la canonnade cpmmen^ dans la m;it du iÇ : ^a

brèche fut praticable aux murs des jardins couverts par des dattiers. Les Turcs donnèrent l'assaut aux maisons situées bors la ville , on se battit avec acharnement , les Wahhabites repoussèrent les assaillans , mais , effrayés de l'effbt de$ obus et des bombes , ils cédèrent le terrain et se retirèrent dans la place. Ibrahim écoutant les avis de M. Yaissière, qu'il avait négligés à Rass, ouvrit le siège suivant les règles. Le 19 au soir y les habitans et la garnison envoyèrent un parlementaire ; on ne put s'accorder sur les conditions ; le feu recommença jusqu'au 21 au matin; alors une capitulatign fut signée, la ville ouvrit ses portes à midi. D'après la convention , les soldats wahhabites , au nombre de quatorze cents, déposèrent leurs armes et purent retourner chez eux en promettant de ne plus servir contre Ibrahim. Cinq pièces d'artillerie qi4 défendaient Schakra , les armes , les effets de campement et toutes les munitions lui fuirent livrés. Il donna les Unces , les sabres , la poudre et les fusils aux Bédouins du Nedjd qui étaient ses alliés; il acheta et paya les vivres trouvés dans la ville ; ils suffirent pendant un mois. Le pacha dépêcha un de ses officiers à son père pour lui annoncer la prise de Schakra et sa marche prochaine sur Déraïeh ; l'envoyé emportait une grande quantité d'oreilles de Wahhabites en guise de trophées.

Ibrahim, en parlant de Schakra, y laissa trois cents naïades et blessés dans un hôpital qu'il y avait étabU sous la direction du médecin Gentili 2 c'était une innovation salutaire et très remarquable chez les Osmanlis. A quelque distance de Schakra , iine violente pluie d^orage inonda , la plaine où l'armée marchait et obhgea le pacha de placer son camp sur un coteau voisin ; une partie des vivres lut trempée par l'eau. Dès que le sol fut assez desséché pour que le train d'artillerie pût avancer , l'armée continua sa route : les habitans de Dorama, qui n'est qu'à douze lieues de Déraïeh, opposèrent une résistance vigoureuse aux Turcs ; ils furent tous passés au fil de l'épée ; les femmes furent dépouillées de tout ce qui les couvrait. Saoud Ibn Abdallah, gouverneur de la^ place , s'était retiré dans une habitation séparée , avec beaucoup

de choses préciéiiséB ; il obtint iine capittilâtioiî en àWidonnant tout son bagage , et promettant die ne plus prendre paiï à la guerre,

Lé i22 mars, Ibrahim se porta sur Déra1e)i : sôii àiiiiée était forte de cinq mille cinq cents hommes , tant fantassinsi que cavaliers ; l'artillene se compotoit de douze pièces , y compris deux mortiers et deux obusiers. lliie partie de la routé passe à travers des montagnes et des'défîlés très difficile^ à franchit. Le 24» ^^^ reconnaissance fut poussée jusque, sous les retranchemehs de la capitale des "Wahhabites .* il y eut du monde de tué de part et d'autre d'ans une escarmouche. Ibrahim rentra dahs son càtnp à El Malka éloigné de deux lieues de Béra'ieh. Le 6 avril, ses troupes vinrent se poster autour de la place , hors de la portée du canon des ouvrages avancés. Les Wahhabites, de leur côté, prirent les positions les plus avantageuses pour la défense , et élevèrent à portée de fusil des retranchemens parallèles à ceux des ennemis.

Dans la nuit du 12 au i3 , Ibrahim fît dresser deux fortes batterîeibùfurentplacées deux bouches à feu. Le 14, de grand matin, elles battirent un basdori placé sur le reVers~ d'une mon^tague : une tour s'étant écroulée, les Wahhabites sç débandèrent, abandonnant leurs blessés, deux canons, des munitions et des vivres; ils furent poursuivis jusque dans les jaMins de la ville , par l'^fant^ié turque , et éprouvèi-ent de grosses pertes. Après ce succès,* Ibrahim se tint sur la défensive , en at-? tendant Une caravane qui devait lui apporter le moyen de continuer le siège.

Abdallah, de son côté, ne négligeait riéif pour encourager ses troupes par des dons en argent et en vétemens. Les scheikhs, ses partisans, secondaient ses efforts ; ils répétaient sans cesse que les Turcs étaient des barbares et des infidèles qui mettaient les villes et les mosquées au pillage , pj^fent tous les hommes aii filderé|)ée, et emmèneraient les VRies esclaves en Egypte.

Ibrahim, malgré la défense opiniâtre des Wahhabites, s'empara d'Un mâiiielon où il y avait deux pièces d'artillerie qui riQ|}«iiétaiènt i Fdlssal frère d'Abdallah, trop exposé dans

ses retrancbemens qui n'étaient plus protégés , se retira au milieu des jardins à l'abii d'autres ouvrages.

Bient(k arriva une caravane de quinze cents chameaux chargés de vivres envoyés par le pacha de Basra à Ibrahim ; elle fut suivie d'un corps de Mogrçbins et de canonniers venus du Caire avec tout ce qui appartient à uç train d'artill^srie. Les malades et les blessés, guéris par les soins de M. Gentili à l'hôpital de Schakra, rejoignirent leur^ drapeaux. Des convois expédiés de Médine et d'Aneizéh amenèrent des munitions de guerres , des vivres et des moutons : l'abondance reparut dans le camp , et le soldat reprit sa bonne humeur.

Les Wahhabites ayant faut une sortie furent vivement repoussés. Abdallah, qui prévoyait une attaque, fit élever des murs et creuser, des fossés : les Turcs n'inquiétèrent point ses ouvriers ; cette inaction fut attribuée à la crainte : alors les assiégés augmentèrent leurs fortifications; chaque jour ils harcelaient leurs adversaires et les obligeaient ainsi à rester cinq à six heures sous les armes. Un côté de la viUe n'étant pas cerné , les provisions y arrivaient de la province d'El Hassa ; mais,4'une autre part , le nombre de leurs p^tisans diminuait journellement, et des scheïkhs arrivaient au- camp d'Ibrahim avec des troupeaux et des vivres.

Les officiers du pacha avaient refusé de monter à l'assaut, prétextant que les soldats ne voulaient point marcher , ce qui n'était pas vrai, quoiqu'un grand nombre eut été mis hors de combat ; mais les Wahhabites avaient été délogés de leurs bastions où. le canon avait fait brèche. Ibrahim, irrité de l'inexécution de ses ordres, et inquiet du résultat du siège, puis- • qu'une partie de ses munitions était consumée inutilement , écrivit à son père pour l'informer de ce? contre-temps et lui demander des renforts. Dès que Mohammed Aly eut reçq. ces dépêches, il fît partir Kalil Pacha, gouverneur d'Alexandri^^kc trois mille hommes d'iiifanterie et de cavalerie.

Le 2 juin, après une action meurtrière dans laquelle i)s avaient eu cent soixante hpmmes , dont plusiem^ officiers distingués j mis hors de combat, les Turcs étaient à pein^ rentrés sous leurs ^ente3 , ^u'un tourbillon 4ç ven( çnlçva m tiso^ d'm fcu «4^

^ 4éi

lumé par un soldat pour faire sa cuisiné j et le ^orta sur une tente contenant des munitions de guerre ; la poudre prit feu, re:£plosion fut terrible et dura dix minutes ; tous les objets d'artillerie furent perdus , les tentes du camp renversées; il y en eut plusieurs brûlées ; une quantité considérable de vivres fut détruite^, beaucoup de soldats périrent ; la secousse se fit sentir jusqu'à Déraïeh.

Quelques Wahbabites, sortis de la ville en éclaireurs pour savoir ce qui était arrivé, furent aperçus; les Turcs ^avancèrent pour les repousser, des renforts survinrent, la mêlée fut vive. Abdallah Ibn Saoud, informé de la catastrophe du camp dlbrahim, résokit, de l'avis de son conseil, de l'attaquer le lendemain. Le pacha, qui prévoyait que cet événement inspirerait une nouvelle audace aux Wahhabites, adressa une haràîDgue énergique à ses soldats, leur recommanda de mena-» ger leurs munitions , et de ne pas céder un pouce de terrain aux ennemis.

Dès le point du jour, quinze cents Wahhabites marchèrent contre les retranchemens des Turcs qui ne tiraient que par intervalles , mais qui les foudroyèrent avec trois canons châr-> gés à mitraille quand ils se furent approchés. Ils ne les poursuivirent pas. Abdallah, dégoûté pa^ le mauvais succès de cette attaque , pensa qu'il convenait mieux de tenir ses troupes sur la défensive.

Ladyssenterieetl'ophthalmie exerçaient leurs ravages daiis le camp des Turcs ; les officiers de santé ne pouvaient , malgré leur zèle , suffire à donner leurs soins à toits les malades qui les réclamaient. Ibrahim, que l'inquiétude empêchait de prendre aucun repos, fut attaqué d'une si violente ophthalmie que pendant plusieurs jours il fut privé de l'usage de ses yeux; il vepait de le recouvrer, lorsqu'un convoi de deux cents chameaux , paiti d'Aneïzéh , lui apporta des munitions de guerre dont il manquait. D'autres caravanes expédiées de Médine lui amenèrent des provisions et deux pièces de canon escortées par seize cents soldats. Alors Ibraliim fut en état d'aller réduire des villages qui approvisionnaient Déraïeh. U sortit de son camp y dans Ui nuit du i5 août y avec deux

mille hommes et deux canons. QudLqne âivorUé par l-obscur lité, le bruit 4e sa marche , à peu de distance de la place > en avertit les Wahhabites, qui canonnèrent sa troupe et lui causèrent quelques dommages.

Le lendemain , Alylallah Ibn Saoud , voulant profiter de l'absence du pacha ,j ordonna une s(»rtie sur tpute La. ligne des assiégeans. Le combat fut acharné et duca plusieur&heiè? xes ; les Wa^habites furent repousses ; la chaleur était excessive, on vit les femmes de la ville byaverle feu delà mousqueterie pour porter à boire 4 leurs défenseurs. Le médecin Grentili , appelé pour dopner d^s secours aux blessés , eut le pied fracassé pai^ un boiilet ; son collègue Todeschinl lui fit l'amf putation. Le jour suivant, Ibrahim fut de retour de son excursion qui avait eu tout le succès qa'il en attendait; il alla yoir Gentiliy lui témoigna l'intérêt le jdlus touchant, et lui promit qu'il ne l'oublief-ait j Aidais : il * tena à sa parole.

De nouveaux renforts et l'arrivée de troupeaux nombreux avaient ranimé l'ardeur flu soldat turc, ennuyé d£ la longueur du siège. Sur ces entrefûtes, Ibrahim apprend que son père lui envoie, sous les ordres de Khalil, un corps de troupes ; il s'indigne en songeant qu'un autre vienne partager avec lui la gloire de réduire Déraïeh; il prend ^e^ dispqsitipns pour donner un assaut. Les Wahh^bites, qui m sont prévenus pac leurs espions, sont prêts sur tous les points ; mai^ pendant la. canonnade, Ibrahim fait passer des détachemens par une petite chaussée où il n'y avait pas de postes avancés. Les Wahhabites surpris abandonnent une redoute garnie de trois pièces d'artillerie. Les Turcs peuvent alors serrer de près un autre poste et cerner un fort où commandait Saond , fils d'Abdallah; privé de secours, il se rendit le troisième jou^. Les villages de Sahl et de Ghaj^sibéh demandèrent à capituler.

La reddition de ceç deux pla^ces porta le désespoir parmi les Wahhabites. Saoud Ibn Abdallah , ancien gouverneur de Dorama, essaya, avec d'autres fugitifs, de s'échapper de Déraïeh ; tous furent pris par des corps de cavalerie qui gardaient les passages. Ibrahim acheta au prix de dix bourses Sao^ da soldat qui l'aT^t fftit prisonnier. Après lui avoir re>«

proche son manque de parole , il ordonna qu'on le mît à mort. Les autres Wahliabites eurent la vie sauve.

Abdallah n'avait plus autour de lui que peu de monde avec sa garde composée de quatre cents esclaves noirs. Il encourageait encore à la défense; elle était désormais inutile. Toute la population était lasse du siège ; ses clameurs devinrent si hautes^ que le 9 septembre il fit arbprçr le drapeau de pai^ et envoya un parlementaiiie à Ibraliim. Le feu des assjié|^eans cessa aussitôt. L'émissaire d'Abdallah dit au pacha que lechef des Wahhabites demandait une suspension d'armes et une conférence : l'une et Tautre lui furent accordée^.

Quelques 11 eures après, on vit arriver Abdallah ; il était ^m5compa|;né de deux cents des siens. Ibrahim assis sur son divan le reçut affectueusement : Abdallah voulut lui baiser la niain , le pacha la retira par modestie et le fit asseoir. Dans la conversation, Abdallah reconnut que Dieu n'avait pas favorisé ses armes et av^it voulu l'humilier; des larmes étaient prêtes à couler de ses yeux . Ibrahim essaya de le consoler en lui rappelant que de très grands hommes avaient également éprouvé les vicissitudes du destin. Abdallah demanda la paix, il l'obtint; mais Ibrahim ajouta qu'il n'était pas en son pouvoir de le laisser à Déraïeh , Mohammed Aly ayant ordonné qu'il serait envoyé en Egypte. Quant à ses enfaiis , à sa famille et à ses soldats , ils jouiraient de leur liberté. Abdallah réfléchit lin moment, et remit au lendemain sa réponse définitive; ce déjai convenu , le café fut servi , Abdallah sortit avec le mêmp cérémonial qu'il était entré ; son fils Saoud , fait prisbhnier, lui fut rendu.

Ibrahim craignit que, de retour chez lui , le chef des Wahhâbites ne s'ôtât la vie ou ne prît la "fuite ; cette idée l'empêcha de prendre du repos ; il recommanda aux chefs de la cavalerie de surveiller avec la plus grande exactitude toutes les issues de la ville.

Abdallah aurait pu aisément fuir, monté sur un chameau agile, et à la faveur de la nuit; mais le bon accueil d*Ibrahim l'abusa sur le sort qui lui était réservé. Au d^lai ûxé , il reyint près d'Q)rahim 9 consentit aux propositions que celui-ci

lui avait offertes et ajouta qu'il était prêt à partir, pourvtl que sa vie lui fût garantie. Le pa^cha répondit qu'il ne pouvait disposer de la volonté de son père ni de celle du sultan, mais qu'il croyait à leur générosité envers Un ennemi qui se remettait entre leurs mains. Abdallah recommanda sa famille et ses amis à Ibrahim et reçut de lui un mouchoir blanc en signe de paix. Revenu chez lui , il fit ses dispositions pour son départ : elles durèrent quelques jours ; il alla plusieurs fois au camp d'Ibrahim qui l'invita à sa table et lé traita avec distinction.

Enfin l'infortuné Abdallah fit ses derniers adieux à sa famille éplorée , à ses amis , aux hommes qui l'avaient si courageusement défendu : suivi de son trésorier , de son secrétaire et de ses esclaves noirs les plus affidés, il marcha vers la tente d'Ibrahim , prit congé de lui , reçut ses déjpêches pour Mohammed Aly et s'achemina prisonnier vtîrs rj%ypte à travers les contrées où naguèfe il commandait en maître : quatre cents hommes l'escortaient prêts à s'opposer à toute tentative de sa part pour s'échapper. Le 1 7 novembre, il arriva au G^ire. On le présenta au pacha auquel il baisa la main , qui le fit asseoir et ordonna qu'on servit du caXé. Dans leur entretien , Abdallah parla avec les plus grands éloges de la bravoure , des talens militaires et de la générosité dlbrahim Pacha. Une petite boîte d'ivoire qu'il tenait à la tnain attira l'attention du vice-roi qui lui demanda cei qu'elle contenait. Abdallah l'ayant ouverte montra au pacha des objets d'une ti*ès grande valeur , enlevés par Saoud son père au tombeau du prophète. Tous deux apposèrent leurs sceaux sur cette boîte qu'Abdallah garda pom^ la remettre au grand seigneur. Mohammed Aly fit revêtir soli piisonnier d'une pelisse d'honneur et le logea dans le palais de son propre filsismaïl Padia. Le 19, Abdallah partit pour Constantinople avec son trésorier et son secrétaire; ils arrivèrent le x6 décembre. Le pacha d'Egypte avait demandé leur grâce ; le grand sultan Mahmoud se montra inflexible envers un rebelle qui avait si long-temps méconnu et même mis en danger l'autorité de la Sublime Porte. Pendant deux jours, Abdallah et ses deux compagnons

<:hargés de chaînes, furent promenés dans les rues de la capitale ; le troisième, on les amena <deyant le sultan qui ordonna leur mort : ils forait décapités sur la place de Sainte-Sophie. Leurs cadavres restèrent exposés pendant trois jouré ^ furent ensuite livrés à une populace dont le fanatisme se réjouissait de cet horrible spectacle.

Quand on réfléchit au jugement porté par Burckhardt sur le caractère d'Abdallah Ibn Saoud , on n'est pas surpris de la triste fin de ce dernier chef des Wahhabites.

Après le départ d'Abdallah , Ibrahim fit saisir les deux scheikhs qui lui avaient été envoyés quand il assiégeait Rass et qui s'étaient permis de mauvaises plaisanteries sur son manque de réussite dans le siège de cette place. L'un fut placé à bouche d'un canon après voir reçu la bastonnade, l'autre eut les dents arrachées ; mais par la suite le jeune pacha ^ ayant amené avec lui en Egypte cet horam^ malheureux, reconnu ses torts envers lui ; il lui assigna une pension annuelle et le nomma instituteur de ses mamelouks.

Ayant satbfait sa veangeance , Ibrahim entra dans Déraïeh , une partie de ses soldats se logea dans les maisons , l'autre campa sur les places pubhques ; le pacha s'empara des chevaux et des armes d'Abdallah , il laissa sa famille en possession de ses biens.

Plusieurs cantons du Nedjd u'étaient pas encore soumis : un fort détachemeit y fut expédié ; les scheikhs firent leur soumission, des vivres furent envoyés à Béraieh; mais la quantité qui arriva était insuffisante, la guerre ayant détruit les récoltes de blé et les dattiers : d'ailleurs les Bédouins ennemis avaient intercq>té un convoi : on ne trouvait plus de fourrage pour les chevaux , les soldats se mutinèrent ; les officiers, n'ayant pu réussir aies calmer^ se rangèrent autour d'Ibrahim pour -le défendre ; il sut faàre face à l'orage. Suiyi de ses gafxies il se porta le sabre à la main - vers une nftosquée voisine de la place ou était le foyer de la Jvé;bellion^ dans le nieme moment des corps de cavalerie y arrivaient d'un autre côté. Cette manœuvre inattendue et quelques coups de fusil dispersèrent les séditieux ; ils s'enfuirent par les rues en pillant les bouti- II. Voy, dans l'Arabie. 3o

ques et arrachant ïeé bijoux aux femmes. La tranquillité était rétablie au bout de trois heures ; une trentaine d'hommes iîit tuée , une cinquantaine blessée. Le soir , deux che& de l'émeute furent décapités, d'autres furent bàtonnés puis jetés en prison.

Les jours suivans, on vit paraître descony^MS de subsistances; un corps d'in&nteriefut dirigé sur Anéïeéh : ensuite .Ibralmn alla dans la province d'El Aredh pour rassetnbler des provisions; en revenant à Déraïeh , il y ramena l'abondance. Des dépêches de son père l'y attendaient, elles lui enjoignaient de ^re conduire en Egypte les frères d'Abdallah et lee f>rincipaux habitans de la capitale des Wahhabites , de démolir toutes les fortifications , et de brûler toutes les maisons. £n conséquence , les laboureurs furent obligés de suspendre leurs tra^ vauj^ , sans que le motif de cette mesure leur fut expliqué. Plus de quatre cents personnes de tout &ff» 4it^ tout sexe furent conduites sous escorte à Yambo, où desnames les attendaient pour les transporter à Suez ; il y avait parmi dles quatres frères d'Abdallah.

Faïssal ibn Daouiek, en se joignant à Ibrahim , s'était flatté de l'espoir d'obtenir en récompense le territoire de Déraïeh ; le pacha l'avait entretenu dans cette illusion ; mais après la reddition de la pliice , bien loin d'accomplir les vœux du scheikh bédouin , il voulut le contraindre à payer les arrérages de cinq années de tribut dues à Abdallah. Le rusé Faasae) fit semblant de jcoiisetitir à la demande : il fut convenu que deux of&cierfik d'U>rahim l'accompagneraient pour necevoir ce qu'il promettait de donner.; mais en même temps il dépécha secrètement deux hommes à sa tribu pour 1«|» -onlanneE de l'attendre dans le désert à deiBt joitmées d'Aneâizélu Arrivé an milieu des siens^ il dit ai^x officiers tares : k Votre vi&'CBt main<- » tenant entre .iacs niaxns^ voua me Favcs confiée^: wus n'avei » rien à craindra^' »4*etoumex wer^ votre nialtrb*| .lÉ» am^uite » eiLyersmoLn'apaaiBté4oy(Ble^ dijtes4e4>luÂidc!]lEUL-psart. J'ai » colitribué autant que sou anuéeè la chubg.d' Abdallah ^ il ne >» lient pas sa parole;, il se montre ingrat; nous ne sommes plus » amis .S'il veut exiger quelque chose du scheikh des Monteir,

» qu'il viemie le réclamer. » Il fit donner des vivres à ces otticiers et les renvoya; il eût pu, en essayant de se vepger, perdre les Turcs et déUvr^r le Nedjd ; mais un surcroit de calamités eut accablé sa patrie déjà ravagée par la guenre , et peut-être, une nouvelle année turque serait venue la dévaster : il recula devant l'idée de satisHaure «on ressentiment à ce prix et s'cur fonça dans le désert du côté de Bagdhad.

Dès qu'Ibrahim eut des moyens suffisans de transport, il fit évaciier Déraïeh par une partie de ses troupes et Ae son artillerie, puis il partit pour D<Mrama. Il y était à peine entré qu'une conspiration ourdie entre ses mamelouls. Cadllit lui faire perdre la vie. Le chef des conjuré» , qu'il avait mandé près de lui pour l'interroger, voulut se disculper et nia le fait ; voyant Ibrahim se lever pour saisir une anne^il lui tira un coup de pistolet qui le manqua : il s'enfuit , fut poursuivi, tué non eano peina at décapité. Un autre conspirateur lut egalemeut puni de mort. Les mamelouKs furent remplacés par des soldaits connus par leur attachement à la personne du

pacha. —

Ibrahim parcourut ensuite le désert pendant quelques jours avec n^ille hommes , afin de se procujrer des provisions et de rétablir la tranquillité pour le libre passage des caravanes. 11 livra un combat meurtrier à un parti ipousidérabte d'A'nezé retranchtf^R derrière le Djebel £kiham«(var. «Son année plia d'abord , plusieurs des siens furent tués à ses cotés ; son cheval fut bleçsé grièvement. Néaniuoins n'écoutant que encourage, il rallia ses soldats et se précipita sur les Bédouins, qui, ne pouvant soutenir l'impétuosité du :choc , se retirèrent toujour;» combattant , à travers les sinuosités de la montagne ; poursuivis à outrance , ils abandonnèrent leurs chameaux , du bétail et des tentes. Après cette défûte des A'nezé , les habitans du pays s'empressèrent 4e fournir à Ibrahim ]^6 moyens de transport nécessaires aux troupes. iLe . pacha courut sur d'autres tribus pom* ramasser des vivrez.

Il avait laissé Déraïeh sous le conuna<idement de JUahmoud ££fendi son. mahardar, qui se 4iiontra très^ sévère envers les soldats ; la moindre faute qu'ils, commettaient était punie de

mort. La nouvelle de la triste fin d'Abdallali Ibn Saoud té^ pandit la consternation dans son ancienne capitale ; chacim redoutait un sort semblable et se recommandait à la miséricorde de Dieu. Toutes- les personnes de la famille d' Abdallah qui restaient encore fufent averties de se tenir'prètes à partir pour TËgypte^ Ibrahim Tevenu à Dëraïeh , les scheikhs de Bércidha , de Schakra , de Rass et d'Aneïzéh reçurent l'ordre de s'y rendre. Les habitans espéraient que leur Tille ne serait pas détruite : afin d'éviter une ruine totale , ils offraient de payer des contributions et de fournir des chameaux ; mais l'arrêt fatal était porté.

Une épidémie occasionée par les suites du siège et par ht disette éclata; les soldats et Ibrahim en furent atteints; il guérit bientôt et ordonna de diriger sur^ Médine sa propre famille , celle d'Abdallah et une partie de l'artillerie.

Ensuite il réunit les "Scheikhs qu'il avait couvixjués y leur enjoignit de démolir, dans un délai marqué, les murs et les fortifications de leurs villes, et les rendit responsables de l'exécution de ce commandement. Il fit briser les canons de fier qui ne servaient pas; les débris en furent portés dans le Hedjaz. Les maisons d'AbdaUak et les mosquées furent renversées^ les habitans furent tienus d'abattre les murs et les forts que la guerre avait épai^és ^ on trouva dans des souterrains quatre cents cottes de mailles et des^ armnreA ;xntiqtie&; Ibvalnm en gratifia les Bédouins ses alliés.

Ayant réuni les moyens de transport snffisans , il expédia le matériel del'armée avec l'infanterie. Il ne resta plus que quinze cents fantassins à Déra'ieh et six cents cavaliers répartis dans les cantonnemens voisins. Il fit ses- dispositions pour que cette troupe se tînt prête à partir au premier ordre pour Schakra , donna ses instructions à Mohamttied Effendi , et quitta définitivement I>éraïeh.

En peu de jours la desti*uction de cette ancienne capitale du wabhabisme fut consommée , les soldats mirent ' le feu aux débris des maisons, la population alla chercher ailleurs d'autres habitations. Mahmoud Effendi se mit en route pour rejoindre le pacha. Celui-ci, à la tête de quatre cents hommes,

parcourait le pays pourvoir si ses ordres avaient été exécutés dans les villes fortifiées. Le reste de ses troupes fut envoyé k Médine. Il ne tarda pas à s'y rendre pour remercier Diett de ses succès.

Au mois de septembre , il était sur le point de partir pour la Mecque, quand on lui annonça que M. Sadlier, officier anglais, venait d'arriver à Bir Aly , puits situé à l'ouest de Médine , et désirait s'aboucher avec lui. Le gouvernement anglais dans l'Inde, irrité des déprédations commises par les liabitans de la côte du Hassa contre les navires qui naviguaient dans le golfe Persique , n'eut pas plutôt été informé de la marche d'une armée turque sur Déraïeh, qu'il résolut d'envoyer une escadre sur cette côte, tant pour protéger le commerce que pour opérer une diversion en faveur d'Ibrahim. Une frégate , quelques bricks et des bâtimens de trans-port tlébarqn^rent à El Katif trois mille hommes d'infanterie. Leur général apprit avec étonnement qu'Ibrahim avait évacué le Nedjd pour retourner à Médine : aussitôt il lui dépécha M. SadUer pour l'aboucher avec lui ; cet officier, n'ayant pu entrer dans la ville sainte qui est interdite aux chrétiens, s'était arrêté à Bir Aly. Ibrahim vint l'y trouver. M. Sadlier lui dit qu'un corps d'armée britannique était arrivé de l'Inde lui porter secours contre les Wahhabitcs. Le pacha répondit que ces sectaires avAipnf pté >«dncus et soumis sans l'aide de soldats étrangers , et que la coopération de ceux-ci était par conséquent inutile. M. SadUer essaya de lui exposer un plan pour l'engager à retourner dans le Nedjd. Ibrahim écrivit à son père pour recevoir ses instructions , et traita M. Sadher avec de grands égards.

Le temps du pèlerinage approchait , Ibrahim se mit dévotement en route pour la Mecque ; l'officier anglais alla d'abord à Yambo , puis à Djidda. Ibrahim , conformément au vœu solennel qu'il avait fedt , consacra trois mille moutons , aux cérémonies de l'Ouadi Muna; à son retour à la ville sainte, il répandit d'abondantes aumônes. Ces actes de dévotion accomplis , il voulut porter lui-même à M. Sadlier la réponse de Mohammed Aly ; elle était négative , comme on

peut bien k pràmmar , le pacha ne a« couciant pas que les Anglais inteirinMent dans ses querdles avec les Ardues. M. Sadlier s'embarqua pour Noàha , et de là retouraa par mer vers son général. L'escadre britannique mît à la voile pour Bombay; pendant leur séjour 4 ^ Katif , les troupes soufinrent beaucoup de la dyssenterie causée par la mauvaise qualité des eaux.

Ibrahim retourna à Yambo^ se hâta de faire embarquer son infanterie » son artillerie et ses bagi^es pour Gosseir ; la cavalerie suivit la route de terre, ckux ceiKta des plus belles j«mens duNedjd faisaient partie delà caravane; lui-m«ne partit pour CosséXr ; sa navigation fut heureuse. A K^ené, des navires l'attendaient ; le 9 décembre ^ il étai^t à Çi^h au sein de sa fenûlle ; deux joui» fiprès, il iX sonentrée ti?îomphale au Caire.

Mohammed ALy, satiaùût 4'avoir apiéaiità leinria^aJ ''epaire du wahhabôsme , se ivMMitia généreux envers les membres de la fouiiUe d'Abdallah, en leur accordant à tous des pensions alimentaires ; chétif dédommagement .pour ces infortunés et de leur grandeur passée et de leur exil loin des qui les avaient vus nidtre.

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