CHAPITRE LVII
Alata. — Esprit des habitans. — Cruel châtiment d'un père corse. — Maison de M. Pozzo di Borgo. — Ancien Pozzo. — Tours des Monticchi.
Alata village de quatre cents habitans, à quatre milles d'Ajaccio , sur le penchant d'une montagne d'où l'on découvre la plaine riante et fertile de Campo del Oro et Padmirable golfe qui borne l'horizon , est cité pour l'intelligence et l'élocution facile des paysans. Il est même assez d'usage , pour désigner dans le pays un beau parleur, de l'appeler alatese. Ces spirituels montagnards sont aussi de fort honnêtes gens , èt depuis plus de soixante ans on n'a point vu de crime à Alata.
C'est d' Alata qu'était le terrible vieiHard, meurtrier de «on fils , dont l'action , malgré la force du sentiment de l'autorité paternelle chez les Corses, inspire à la fois l'horreur et la pitié. Ce fils, jeune bérger, avait d'abord refusé avec fermeté d'indiquer l'asile d'un déserteur français ; mais n'ayant pu se défendre d'émotion à la vue de cinq louis d'or, ej: pressé plus vivement , il montra de la main quelques rochers, retraite du soldat. Le père ins-
triiit de l'origine de l'or qui souillait sa cabane, fait aussitôt saisir et garrotter le faible jeune homme par ■ ses propres parens. Il court à Ajaccio et implore avec instance, du commandant, la grâce du déserteur j elle lui est refusée. « Eh bien, s'écrie -t- « il , vous allez apprendre comment se conduit un « Corse envers le fils qui a déshonoré sa famille, son « pays, et si nous souffrons des traîtres parmi nous.» Il retourne précipitamment chez lui, prend son fusil , et déliant son fils avec un affreux silence , il ordonne à sa famille de, le suivre. Arrivé aux portes de la ville , il s'arrête vers l'endroit où le déserteur avait été découvert , fait mettre son fils à genoux , lui lâche son coup de fusil à la tête et, jetant les cinq louis sur le cadavre : « Tiens , dit-il, « garde le prix de ton crime. »
Le village d'Alata s'honore d'avoir vu naître le célèbre diplomate persécuté et persécuteur de Napoléon , dont l'inimitié corse remonte aux premiers temps de leur jeunesse. L'adversaire le plus ancien, le plus constant et comme le mauvais génie de Napoléon, est né à la porte de sa ville. Lorsque les princes de l'Europe arrivés sur le sol re- * doutable de la France ; , si nouveau pour leurs capitaines défaits pendant vingt années, tremblaient devant l'éperon fugitif de Napoléon, M . Ppzzo di Borgo leur dit: Osez ! Eveillant, excitant sa vieille
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haine cliez ces princes qui, lasses de la mauvaise fortune ou éblouis v de la gloire de l'homme extraordinaire qu'ils avaient combattu , hésitaient, il les poussa sur Paris* Cétàit sous les murs de la capitale de la civilisation , des lettres et des arts , que cette vendetta devait s'accomplir, i ■ La maison de la famille ancienne de M. Pozzo est solide , bien située ; on y montre la charnbrç où il est ne', et qui n'a qu'une fenêtre. Combien la simplicité de cette maison corse me semblait contraster avec le palais des Champs-Elysées, orné des gracieuses , élégantes et nobles peintures d'un habile maître * .
M. Pozzo qui , après quarante ans d'absence et la vie des cours et des cabinets, a gardé le type, l'allure, et surtout les entrailles corses, qui se passionne encore plus au souvenir des querelles intestines de son île qu'à la narration de tous ces grands faits européens auxquels il a été mêlé , cet homme d'une intelligence si forte, si vive, si pénétrante, est devenu pour Alata un autiy providence. Le village a été embelli , l'église réparée , une route pratiquée ; par cinq fois , et la dernière en 1 835 , à la suite de mauvaises récoltes, il fut distribué
1 Les $ix amour $ , et Thétis apportant l'armure d'Achille, par Gérard, appartenant à M. Pozzo di Borgo cl alors placés à l'ambassade de Russie.
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pour dix mille francs de blé aux familles les plus indigentes; et chaque année ^tthe jeune fille est dotée de mille écus , fondation qui doit deven% perpétuelle à la mort du donateur.
L'ancien Pozzo di Borgo sur la haute montagne voisine n'a guère qu'une trentaine de maisons en ruines , la vaste vue des deux mers et une des plus fraîches, des plus suaves eaux.de la Corse que l'on débite môme l'été, en fiasco à Ajaccio. Telle est la force , la frigidité de cette eau , qu'elle dé- 1 compose en un quart d'heure le vin en bouteille que Ton plonge dans sa source. ^ ; . r ; aoîr
Près de là, sont les restes des trois. tours des Monticchi, nom que portait anciennement- là famille Pozzo di Borgo , construction sarrasine qui leur a servi d'avant-poste et figure dans leurs armes.
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