‹ VoyagesChapitre 8 sur 9 · NAPLES · texte numérisé non relu

NAPLES

Naples est le pays où la vie moins tourmentée, où il y a le moins de suicides. Le suicide est inconnu à Fantiquité avant l'époque philosophique.

Naples type ; le peuple y vit heureux. Mais pas un instinct supérieur, sa religion même n'est qu'inférieure.

Voilà l'idéal pour quelques-uns, pour lesquels le peuple n'est fait que pour vivre, mais pour nous, c'est la dégradation, l'infâme. Peuple heureux n'est pas le but, peuple parfait, intelligent.

Cette Rome, dans le lointain, maintenant m'apparaît divine, sévère, srrande. Si deux lieux au monde différents, c'est Rome et Naples. Naples, c'est la Grèce. Rome, c'est Rome.

Romulus, les Quirites, les empereurs^ les chrétiens primitifs, les catacombes, les premières basiliques, Grégoire VII, Innocent III. Un martyr à Naples !

Saint Janvier, je crois. Qu'en ont-ils fait ? Ils s'amusent chaque année avec son sang.

Rome, Florence, c'est là la belle Italie. Italie du Midi, Naples, sensation seule. Il n'y a plus d'art. La proportion est détruite. Cela devient horrible. Ces églises sont affreuses, niaises. Ce n'est plus l'art. La religion en ce pays est misérable, c'est le pays du plaisir, pourtant aussi pays religieux, car de l'amour à la dévotion, l'un et l'autre est faiblesse. Mais quelle reli-

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gion, affreuse, horrible, laide. Toutes les Madones de Naples hideuses, celles de Rome belles, font rêver et aimer.

LTtalie du nord, pays de la pensée, Italie du milieu, pays de Part, Italie du sud, pays du plaisir. En ce pays, on n'a jamais fait que jouir. Jamais on n'y a fait ni pensé de grandes choses.

Prison de Néron à Misène. Horrible souterrain sous le ciel, grand Dieu ! Oh ! quand on disait adieu à ce ciel, à cette mer, pour entrer là ! Combien cette baie fut travaillée par les Romains ! Tous les bords de Baïa tourmentés, bouleversés.

Le saint à Naples n'est plus statue, il est saint. Il ne s'agit plus de le faire

VOTAGES

beau, mais réel, en argent, en or, habillé, détaché, exposé en saillie. On les porte en procession, comme des hommes à la file. Il y a une nuit où les saints de Saint-Janvier vont passer la nuit à Sainte-Claire. Mais si Saint-Janvier ne fait pas assez tôt son miracle, on lui met la corde au cou, on lui dit : Imbécile ! Galeux ! une fois on le traîna à la mer. Ce saint de Gesù novo (qui a dix ou douze couronnes superposées, un coeur avec des ailes, cinq ou six colliers, un livre à la main, etc. Tout cela en métal superposé. Chacun a voulu renchérir, et donner au saint sur ce tableau, car ce tableau, c'est le saint. Et tout cela par intérêt, pour un miracle.

Nature ! qu'est-ce que tout cela sans l'homme. Qu'est-ce que la nature

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sans les sentiments moraux, dont elle est le symbole et le miroir ?

Musée de Naples,

Apollonius de Tyane, buste, cou court, cheveux sur le cou comme un abbé, vrai théurge.

Peinture de Pompéi. Figures ailées, vrais anges. Prêtres qu'on prendrait pour des évêques.

Vestale en ses voiles, menton entouré, souriante, plus gracieuse qu'une religieuse. Pudeur chrétienne.

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POMPEI

Le temple d'Isis me fait bien comprendre le temple antique. Ce n'est qu'un autel, un sanctuaire avec dépendances. Tout en plein vent. Quatre personnes n'y tiendraient pas. Un particulier bâtissait cela, et c'était fait. Isis était là.

Vie antique, petite, étroite. Manières jolies, gentillesse, goût charmant, mais très limité. Peintures charmantes ; paysages très caractéristiques. Simplicité extrême, nulle idée du pittoresque.

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Une fermCj des arbres, de Peau, sans aucun intérêt ni arrière-pensée. Jamais je n'avais mieux compris le classique.

Abandon, gaieté de cette vie antique.

Laisser-aller sur toutes choses. Nature, partout images de gaieté, de génération, plaisir. Chambres à coucher pleines d'emblèmes vénériens. Chambres de femmes (exèdres) de même.

Cela leur semblait aussi simple que manger, boire. L'étrange christianisme vient prêcher l'abnégation.

Je me figurais (à Pompéi), saint Paul (il est venu à Pouzzoles) venant prêcher là au milieu de ces jolies petites maisons Jésus crucifié.

Le lac Averne m'a fait comprendre les idées des anciens sur l'autre vie et les lieux souterrains. Idées limitées des anciens. L'enfer est là ; non en un lieu reculé, là où on peut supposer tout ce qu'on veut, mais là. Caractère

de Tantiquité, se contenter de peu et à peu de frais. La mesure de la grandeur était moindre, le mètre intérieur moindre. (Pompéi petit, semble une ville en miniature ; les puteales^ petites chambres à hauteur d'homme, tout était petit, petits temples). Aspect volcanique, chaleur souterraine, solfatares, courants d'eaux souterrains, étuves, antres, de là un de ces enfers locaux si communs dans l'antiquité. Adrien fît élever un temple à Antinous.

Culte de la beauté.

Au Vatican, les sept sages, avec leurs maximes gravées sur piédestal.

Méléagre, Hercule élevant enfant, divine entente de la vie chez les anciens.

Temple de Minerve au cap Sunium, Platon au pied.

Le soleil m'est apparu aujourd'hui

VOTAGES

le père de la civilisation. Ces beaux lieux, ces rivages éclairés. C'est là que l'humanité a germé. Ailleurs, restée en semence.

M. Troja vient. Je suis frappé du rôle de ce petit nombre (Troja, Renzi, Tosti), au milieu d'un peuple barbare.

Vraie intelligence.

Beauté de toute chose en son milieu, milieu de l'esprit humain.

Le paganisme est en un sens supérieur au christianisme, mais non en tant que religion organisée. Sa beauté et sa faiblesse étaient là. Mais du moment où il se trouvait en face d'une religion organisée, il devait périr. C'est ce qui arriva. Il eut alors la sotte idée de s'organiser (Julien). C'était ridicule. Une chose n'est que ce qu'elle est. Le paganisme ne pouvait que se rendre ridicule en cherchant à singer le christianisme et ne pouvait qu'être

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vaincu par lui. Chercher à se donner les qualités de son adversaire par lesquelles il prime, et qu'on n'a pas pour le combattre. Pauvreté. Son temps était fini.

On dit l'art ancien matériel. Ceux qui disent cela sont des gens superficiels, ne connaissent pas l'antiquité, hors du monde, qui se laissent prendre à une vaporeuse idéalité. Jamais un savant n'a dit cela !

Rome a beaucoup contribué à cela, à cette béatification de l'humanité, elle marque le premier pas. Sa statue est ramassée, pas svelte, grave. L'hellénisme cependant vivait de lui-même en Grèce. Chose prodigieuse que cette vie ! Les petits esprits ne comprennent pas que dans ce système de beauté

VOTAGES

et de logique, il y avait une religion aussi parfaite que le christianisme.

Volupté sévère des anciens, sévérité voluptueuse du christianisme.

L'art et la poésie anciennes (sic) ne prenaient jamais que Phomme sain et normal. Castor, PoUux. Ils ne comprirent pas la poésie du malade, du ^ triste.

La Grèce est une révélation aussi belle que le christianisme. La révélation de la beauté mythologique grecque restera toujours la poésie. Faux essais de petits esprits pour s'en passer et y substituer le merveilleux chrétien.

Les anciens sont l'incomparable.

Mais la littérature prétendue imitée des anciens (le XVIIP siècle) c'est l'antipode. Une église gothique ressemble plus au Panthéon qu'une église de Borromini, édifiée en ce qu'on appelle style grec. Une ballade ger-

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manique, un drame romantique de l'Allemagne ressemble plus à Anacréon et à Sophocle que Crébillon.

C'est surtout à Rome que la supériorité du paganisme sur le christianisme frappe^ quand on voit le rabougri, le béotien s'installer sur le beau.

Distinction entre l'esprit et la matière. Christianisme y est tout entier. Il y avait là une révolution pour l'art.

Le christianisme pris comme un navire en mer du Nord. Il voguait en mer libre ; tout à coup, un matin, il est entouré de glaces, il n'a plus de mouvement à lui. Il n'a plus qu'à dériver avec elles.

Une ruine de maison particulière antique me touche plus qu'un palais.

Ce foyer domestique, on a pleuré en ce lieu-là. Là, la vie humaine s'est écoulée.

VOTAGES

Paestum, ville dorienne. Sentiment très vif de la sévérité du goût antique. Des choses qui n'ont plus de prix en avaient alors. Une petite sculpture sur un architrave, prix infini, car c'était spontané ; maintenant ce serait imitation et règle. Une ville dorienne, sentiment très vif du culte antique, au temple de Neptune. Idée de construire le temple pour le temple, non pour se rassembler.

Quoi î déjà au bout de la civilisation ! Sensation pénible que j'éprouve de me trouver si vite au bout, comme un homme qui se heurte contre un mur qu'il croyait loin. Je n'ai voyagé qu'un peu, et me voilà déjà au bout.

Salerne peut être considéré comme la limite. Déjà gens nus, à peaux de mouton ; le vêtement disparaît, la couverture commence. Horrible dégradation en ces campagnes. Rien qui res-

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semble à notre Bretagne. Oppression morale que cela cause. Rien de moral, rien, rien. Je suis effrayé de la faiblesse de la civilisation, de son peu d'assiette. Quoi, déjà ! Périra-t-elle, survivrat-elle ? Et puis Paestum, cette succession de civilisation, barbarie sur la civilisation. Et combien nos modernes sont moins spontanés que les anciens !

Une petite ville ancienne avait des temples, des édifices, comme n'en ont pas nos grandes villes. Pompéi, Paestum. Goût de l'art. Doute sur l'avenir de la civilisation.

2 juillet. — Il est honteux que rhomme quitte sa planète sans en avoir connu le plus possible. J'accueillis donc la p ensée de ce voyage, quand. Son Altesse me la proposa, comme un devoir. Et puis, depuis mon enfance, j'ai rêvé des mers polaires. Saint- Brandan a toujours été mouvrai maître.

Sa chapelle se voit en Bretagne dans les roches inaccessibles. Cet abbé gyrovague a été toujours mon saint de prédilection. Et puis, ces terres du

Nord ont été l'apanage de la race celtique. Dépossédée par les ...^ elle y garde ses droits.

Son Altesse va voir le Pérugin du musée de Caen et les églises. Elle regrette de ne pas s'arrêter à Bayeux.

En approchant de la mer, l'aspect noir et triste de la Bretagne se révèle. Nous arrivons à lo heures du soir à Cherbourg.

3 juillet. — Le matin nous visitons la digue. La mer a cet aspect plombé, gris-noir, des mers de Bretagne. La côté est triste et sombre, la végétation noire.

Départ à 4 heures. Mer très calme.

Ciel gris, mer blafarde. Vers 6 heures, nous perdons de vue les côtes de France ; peu après, on aperçoit celles d'Angleterre.

4 juillet, lundi. — Dans la nuit, grande brume, on stoppe. Extrême embarras du commandant. Il perd la terre, se perd au large dans la mer du Nord, ne sait où il est. Le matin, il pleut. Il y a de la houle. Nous rencontrons un bateau de pilotes, et en prenons un.

Beauté des deux hommes qui se détachent en bateau pour nous joindre.

iDeux superbes types de Normands, du temps de Rollon ; ils me font bien comprendre le marin Scandinave.

Enfant à bord, quel loup de mer ce sera ! Il y a huit jours qu'ils ont quitté la terre et roulent dans la mer du Nord. Nous allons à Yarmouth, rapatrier le pilote et en prendre un pour Peterhead. Beauté de la plage de Yarmouth, beau développement solide, mais sans art, tristes cloches. Bain en la plage. Peu de port proprement dit. Sorte de rade ouverte sur un banc de sable. Mer

VOTAGES

jaune à cause du fond. Nombre énorme de navires de tous côtés, à pleines voiles, portant du charbon en Méditerranée, etc. Mer très peuplée ; quelle différence avec Cherbourg!

Belle côte ensuite, temps très calme, mer triste, ciel gris, un peu de soleil couchant. A lo heures, il fait encore un peu jour. Nous sommes vers 54"" et quelque chose.

5 juillet, mardi. — Nuit calme. Le matin air pur, vent frais, mer légèrement moutonnante. Vers 8 h. 1/2, devant le golfe du Tay, assez mauvaise mer, malade ; je ne déjeune pas.

Passé vers 10 heures. Côte d'Ecosse.

Deux sommets de 700 mètres à l'horizon. Aberdeen, masqué par un nuage de fumée. Côte verte, très verte, haute.

belle teinte de bruyères, d'arbres.

Marche de 28 kilomètres à Theure, Peterhead ressemble à Saint-Malo, pas d'arbres. Long séjour en baie, mélancolique, vert, ton rouge et granit de la ville. Ici un ordre : Nous allons au Spitzberg. AU right !

Chemin de fer. Conduite cérémonieuse du prince, pas un mot, silence, calme. Chemin de fer lui-même silencieux. Curiosité des yeux sans un mot.

Splendid day. Il pleut. Le consul de France. Pays verts, belles eaux, arbres bas, charmantes rives. A l'horizon, des montagnes ; tout est comme au mois d'avril. Blé à peine poussé, pas de froment, sommets arides à l'horizon.

Petits bois de pins verts.

Proche d'Aberdeen, ordre, propreté.

Coucher de soleil blafard, sorte de ouate blanche, grise. Pas de couleur, grisaille.

Douglas hôtel. Confortable, admirable. Promenade ce soir, plein jour à 10 heures. Souper. Visite du clerk de la ville et du consul. Ville de granit.

6 juillet, mardi.

Martin, qui devait venir me chercher pour aller voir Tain, me manque.

Déjeuner. Nouvelles de Chine, massacre des sœurs de charité. On croit à la définition d'infaillibilité. Conversation théologique et canonique.

Visite du maire, etc. Visite cérémonieuse. Travail du granit. Université.

Route adorable, passages des montagnes, petite nature, si verte. Elgin, Nairn, CuUoden. Conversation toute philosophique et théologique et politique supérieure. Visconti. Son ardeur théologique.

Inverness. — Lord-maire en plaid.

Promenade avec le prince au bord de la rivière. Instinct profond du prince.

Parc-paradis, tout cela doit être habité par des Grandisson.

Conversation le soir. Histoire de Camerata et de Martha qui se suicide.

Profondeur de la nature du prince.

Iles Chausey, ses rêves, besoin d'inconnu, toujours dévorer.

Poésie, romantisme, son goût pour la Bretagne et... Ses rêves, confidences singulières. Son idéal : propriétaire de Chausey, individualiste, seul, sans voir ni voisins, ni amis.

Promenade à 10 h. 1/2. Les deux maisons, clair encore.

Le prince nous a amenés à Inverness pour chercher ses souvenirs sur le bord de la rivière. Une nuit rare, obscurité, soleil d'éclipsé.

7 juillet, jeudi.

Départ à 6 h. i /2. Lèvera 5 heures.

BanfF, très triste, analogue à Bréhat.

Voyage en char-à-bancs. Reprise du chemin de fer.

Peterhead. Accueil de fête. Départ à 5 h. I /q, beau temps.

8 juillet, vendredi. — Belle nuit, quoiqu'un peu de houle. Le matin, beau, mais triste. Vers 7 h. i /2, superbe.

Se soutient.

Vers II heures, Pîle Utrida et la terre. Montagnes. On prend un pilote.

Vers midi, entrée en fiord ou plutôt entre les îles. Spectacle unique. D'abord un peu sec et froid. Puis peu à peu délicieux. Lac, mer de lait. Petites vallées vertes, avec fermes. Chacun a

son fîord et son rocher. Fond de montagnes couvertes de neiges. Grands glaciers. Temps magnifique. Aspect de Grèce, sauf couleur du soleil.

Bergen. — Charmante rade, montagne à pic, analogue à Maisons

dans le port, leur profondeur énorme.

Promenade avec le jeune remplaçant du consul (jeune homme très bien).

Muséum précieux, promenade au fond du port, villas, arbres et prairies de fraîcheur admirable. Maisons de bois, du goût ; comparaison avec Ecosse.

Plus original. Il ne fait jamais froid, mais il pleut toujours. Eau partout, humide, cascade, l'eau tombe de tous côtés des montagnes. Conversation intelligente du jeune homme. Il explique très bien l'état social des Lapons, et état de la Norvège ; émigration, on ne gagne pas assez pour une famille.

Nul monument, pauvre église. Le Muséum est ce qu'il y a de mieux.

Le soir, à 1 1 heures, la baie au crépuscule. Jour étrange, calme. Tout se mire dans Peau. Grande humidité tiède.

Nouvelles de Paris. Déclaration de Grammont sur PafFaire du prince HohenzoUern. Le prince en est préoccupé. Possibilité de retour.

9 juillet, samedi.

Réveil. Brume et petite pluie. Montagne de Bergen. Couverte de nuages.

Déjeuner avec le jeune vice-consul.

J'écris à Cornélie.

Départ. Brume, ciel et jour ternes.

Journée énormément monotone. Nous voyageons hors des passes. Timidité

et inexpérience du commandant. Heureusement, c'est calme ; je lis toute la journée. GefFroy avec le prince. Discussion sur les savants. Le prince croit qu'on arrive à la vérité comme un boulet de canon, tandis qu'on y arrive comme un pendule.

Il ne fait plus nuit.

10 juillet, dimanche. — Calme absolu. Rentrée dans les îles vers 6 heures. Vers 10 heures, temps admirable.L'archipel, au mois de décembre.

Vallées latérales au nord de Drontheim, paysage de la Joconde. Admirable journée, vrai prodige. Analogue aux îles des Princes, à la mer de Marmara. Le consul me parle traductions, de la Vie de Jésus, des sœurs, etc. Ville, jolis types germaniques, femmes

facilement jolies. Hommes solides et lourds.

Visite aux cascades de Leerfon (de la Nid) 5 verdure sans égale, fleuve item.

Cathédrale. Analogue de la partie romane de la tour d'Hastings (i). Cimetière. Le prince enchanté. Calme, silence des gens sur Pestacade.

Après dîner, fourrures et promenade dans les rues. Population très bienveillante. Soirée incroyable de tons chauds, méridionaux ; jusqu'à minuit, plein jour, rouge admirable. Etonnant, journée unique.

Bons types de chez nous. Combien cette race a essaimé ! Types de

(i) Partie la plus ancienne de la cathédrale de Tréguier.

femmes que nous trouvons chez nous, mais non éveillés. Fonds de bonne race (intelligence et beauté) dormant encore.

II juillet, lundi.

Vers 8 heures. Chez le libraire, et petits bijoux. Descente.

Course à Stoeren. Chemin de fer, vallée de la Nid et de la Gwel. Charmante nature, terrains bosselés par anciens glaciers et l'action des eaux.

Cataracte de la Gwel le long du chemin de fer. Stoeren. Déjeuner avec le consul et le directeur du chemin de fer. Le prince pêche au saumon. Pendant ce temps, j'écris à Cornélie, à la princesse Julie, à M. Berthelot.

Le révérend Addam, de Londres^ établit sur la Gwel, pour pêcher le saumon deux mois de l'année ; le sau-

VOTAGES

mon n'est pas pour lui. Type d'honnêteté bornée du révérend. Retour très beau.

Au Musée, la société archéologique.

Le recteur, Tévêque, vieille maison du XIIP siècle, tapisseries, antiquités romaines, trouvées à Drontheim.

Embarquement. Je règle ma correspondance, dépêche, comptes pour achats, collation. Départ vers lo heures. Calme, chaud (environ 19 degrés). Il ne fait plus nuit. Capitaine de Saint- Brieuc, ses saluts, sa contenance.

Vue de soldats norvégiens à une station, pitoyables, sales, mal tenus, stupides. Armes en état pitoyable (analogues aux Turcs), impossibilité pour la démocratie paysanne d'avoir une armée.

Conversation avec le consul, sur la

démocratie paysanne, ils veulent tout supprimer, anéantissement de l'Etat.

Consul de Drontheim très intelligent.

Conversation sur la religion d'Etat en Norvège.

12 juillet, mardi.

Vers minuit, comme je me couchais, une secousse violente. Le navire a touché, à la pointe Agdova, nord de Drontheim, par la faute du pilote.

Inquiétude ; pas d'eau. On délibère. Le commandant veut retourner à Drontheim pour faire visiter le navire. Le prince ne veut pas. On mouille en baie Salvet. On visite au scaphandre !

Rivoal.

On rapporte un morceau plissé. Je me couche. On part, nouvel accident.

La drisse du gouvernail casse, à une centaine de mètres d'une île, avec une

vitesse de 14 nœuds et pendant qu'on tournait. Emotion. En même temps, symptômes de tempête au large, vent vif dans le froid.

On retourne la machine ; admirable manœuvre, machine excellente.

Au matin, bonne navigation de fiord, plus lentement. Pluie. Fiords plus étroits que le navire n'est long.

Calme absolu de la mer. Premières îles d'oiseaux. Pauvres cabanes de marchands (iFn'y a jamais de marchands chez les Esquimaux et les Lapons).

Petite pluie, jamais de grosse pluie.

Il pleuvotte, voilà l'habitude.

Hograano, assez de vie encore.

Lekoï, aspect terrible, sommet couvert de nuages, église isolée. Un dauphin.

On mouille à Targ-fiord, car on ne peut passer plus loin qu'à marée haute.

NORVÈGE i8yo

vis-à-vis du village d'Ormoë dans l'île. Superbe paysages ombre de la côte.

Vert dans le brun sombre. Nous allons à terre au village. Les hommes absents. ....... propres, chauds, vieilles femmes,

jeunes filles^ charmantes. Supposez deux générations en un climat meilleur, femme accomplie de nos pays.

Autre femme avec enfant. Leur terreur s'adoucit vite. Vieil homme à qui on donne... la femme malade, triste, sent sa fin.

Confortable relatif, bons fauteuils propres, bien rangés, chauffés au poêle. Gravures, Vierge à la chaise, descentes de croix, Cène deux fois, mauvaise image à la main d'une chasse de morse au Spitzberg, par le père. Femme malade. Napoléon sur l'horloge. Napoléon ici partout.

Vie de l'Arya, sérieux, triste, méditatif Bibliothèque : Bible, psautier et

VOTAGES

offices, livre de la doctrine chrétienne de Arndt, sermons de Luther. Monotonie inouïe de cette existence. Petite fille bien élevée, écrit très bien. Amalia Nicolaï Hendricksen. Bonne race égarée en ce climat. Petit jardin, un sorbier, des oiseleurs, un groseiller.

Champs patates et orge.

Nous sommes à 6 ou 7 lieues du cercle polaire. Mysticisme protestant de ces gens, tableau mortellement triste.

13 juillet, mercredi.

Lever 7 heures. 7 h. i /2, petit déjeuner.

8 heures. Départ avec le prince et Martin sur le mouche. Nous nous trompons d'abord vers le Sud, puis vers le Nord. Kival-bë, belle maison blanche.

jardin. Tout rétablissement d'une famille riche. Beau salon, femme bien élevée, parlant allemand. Toujours le même type, charme des yeux et de l'expression. Les hommes sont à Markets head. Prenons Andréas pour y aller. Passons près de belle église en pierres de Brônred. Tout l'archipel couvert de barques qui reviennent de la foire.

Markets head, havre plein de petits navires. Baie, baraques pleines d'objets. Sol brun mêlé d'herbe battue, nul sentier ou rue. Personne ne reste là pendant l'hiver. Homme qui parle allemand. Grain au retour. Bateau chaviré devant nous.

Départ vers midi. Passage du fiord de 30 kilomètres. Après-midi, temps clair et de plus en plus beau. Admirables montagnes côtières, flaques de

neige, torrents tombant presque à pic dans la mer.

Variété extrême de temps à une même heure. Quatre ou cinq temps à rhorizon. Ici vent clair, mer bleue, ailleurs montagne brune, sombre, sommets couronnés de nuages. Villages au pied.

Grosses montagnes. Gros mornes.

Dents de scies, bizarrerie.

Puis de plus beaux spectacles. Arcsen-ciel étranges. A la fois on voit cinq ou six temps à l'horizon. Changements toutes les heures.

Pics, gros mornes, pans de mer isolés noyés en nuages, verts et violet sombres. Village dans la plaine inclinée,

verte au pied.

14 juillet, jeudi.

Vers minuit, on sort du Vestfiord.

Très grosse mer, je ne suis pas malade, étant couché. Vers 7 h. i /2, je sors. On est dans les îles LofFoden. Vert, vif et frais. Tous les sommets couverts de plaques de neige, qui descendent très bas. Endroits riants encore. Endroit où on apporte la dépêche au prince très joli. Moment d'attente ; on croit qu'on va revenir. Tout de suite, ordre de pousser de l'avant. Le prince croit que l'affaire du prince (i) ne sera rien.

Très joli archipel. Bords verts de bouleaux, finesse de cette végétation.

South -Kwalô déchaussé, exhaussé d'une dizaine de mètres. Fonds de mer en pente cultivée. Vert d'orge, tout le pourtour de l'île couvert de maisons. Troupe d'eyders avec leurs petits.

Arrivée à Tromsoë, 3 h. 1/2. 8 degrés

(i) Le prince Léopold de HohenzoUern.

VOTAGES

thermomètre. Nouvelles : guerre un moment imminente, puis écartée.

Affreux rêve. Je rêve que de retour à Sèvres, je ne vais pas à la maison, un cauchemar m'empêche d'y aller.

Combien cette vie développe la sensibilité ! Les Lapons, quand on leur donne du savon, ils le mangent. Cependant ils commencent à mettre leur argent à la banque de Norvège, au lieu de le cacher sous une pierre.

Promenade : villas, jardins fleuris (oreilles d'ours, marguerites, pensées, haricots au milieu). Comme plantes rares, potagers, petite herbe, groseil- 1ers sans fruit (certains aussi en ont).

Petits bois de bouleaux, hauts comme

des aux pieds herbeux, d'une

verdeur étonnante, mêlés de fleurs jaunes et géraniums bleus. Jolies maisons. Hors de l'île, lacs, petit bois de bouleaux, tourbières, végétation de

tourbières, origine de vertes, grosses mousses. Horizon de sommets neigeux.

Vrai type d'une île des morts, prairies de bouleaux, lac et plantes de tourbières. Vif sentiment en un des jardins. Si je pouvais un moment la tenir ici à côté de moi (i), pleurer un moment avec elle, lui montrer cette pauvre petite nature froide, qu'elle aurait aimée !

Profonde impression de mélancolie que cela me laisse. Légitimité du besoin des idées ordinaires sur la survivance de ceux qu'on a aimés. L'ai-je trahie?

Ai-je eu tort ? Ici le vrai Héligoland.

Ville de Tromsoë, odeur d'huile de morue éternelle. Fabriques d'huile.

Belle race plus saine et plus forte qu'ailleurs. En tout 4,800 habitants.

Horribles routes, cahots.

( I ) Allusion à Henriette, sa sœur.

VOTAGES

Les deux missionnaires. L'un s'attache au prince. Sottise du commandant qui veut le prendre pour interprète.

Le prince déjoue. Premier Lapon en ville. Poche. Le Lapon, versant la soupe dans sa poche (le missionnaire).

15 juillet, vendredi. — Départ à 8 heures pour le campement des Lapons. A cheval, route affreuse, fond de la vallée vis-à-vis de Tromsoë. Non aussi abaissés qu'on dit, laids, cependant moins laids que d'autres. Une femme assez jolie, expression fine et douce, en général, jolies. Bouches pleines d'expression. Vieilles femmes, bonnes expressions de vieilles Bretonnes.

Analogues aux Bas-Bretons. La saleté a été exagérée. Les enfants assez jolis. Petit enfant en sa gaine, ficelé en sac

de cuir. Attila et Gengis-Khan ont été ainsi. Ce sont Mongols. Tous les marins attestent leur ressemblance avec le nord de la Chine. Même conversation dans les cases, inflexions et notes très jolies, causent avec vivacité, naturel et abandon ; le ton ressemble à Bas- Bretons. Type ressemblance frappante avec Bas-Bretons. Qu'il y a eu croisement de cette race en Armorique ou en Bretagne. Ils ne sont pas du tout stupides. Les femmes refusent de l'eaude-vie, refusent de laisser palper leurs seins par les médecins, et cela avec un bon et fin rire ; les autres étonnés.

Une bonne figure de vieille femme. Assez bien élevés moralement, physiquement, c'est lamentable. Les hommes mangent des morceaux de rennes à leur faim. Pas de dégoût, assez bonnes gens.

Troupeau de plus de mille rennes.

VOTAGES

(Chaque race a son animal, le nôtre la vache, Orient le chameau, ici le renne.) Comment, avec un tel capital, ne sont-ils pas plus civilisés ? Les Arabes, dès qu'ils ont quelque chose, sont d'une aristocratie, bien vêtus, soignés, etc. Ici, non.

Mauvaise aventure historique, mal élevés.

Fibule de ceinture en os de renne, et dessin analogue à une des cavernes du Périgord.

Les enfants très jolis : beaux fronts.

Charmant sourire de l'enfant en gaine.

Ils se laissent dessiner et en sont fiers. Son étonnante sagesse et gaîté. Gros et potelé. Sa mère lui chante et lui parle en le faisant téter.

Dessin du renne, son anatomie de

l'estomac. Le consul assure qu'il y a peu de croisements.

Je dors dans l'après-midi. Dîner.

Descente de la côte avec l'officier.

Nouvelles graves. Dépêche chez les Lapons.

Mauvais temps toute la journée.

Vallée pour aller chez les Lapons.

Belles vues alpestres, torrents tombant des deux côtés. Bouleaux^ végétation à terre charmante, analogue à la Syrie. Touffes admirables d'herbes de tourbières.

Race vivant d'un animal, se subordonnant à un animal.

Ils craignent pour leurs rennes en Laponie.

16 juillet, samedi.

Vers minuit, dépêche au colonel pour le prince

VOTAGES

Lever à 8 heures. On retourne.

« Guerre inévitable » sur dépêche de l'empereur.

Vive inquiétude, sentiment... Trop tard pour que j'envoie dépêche.

Il a neigé sur les montagnes dans la nuit. Beau temps. Admirable. Dans le lac aux LofFoden. Bleu de Peau, du ciel, des montagnes se couvrent non moins beau.

Brume et pluie.

Ganddorf, dépêche : « la guerre est déclarée », j'adresse dépêche à Cornélie.

Rencontre d'un yacht anglais. Il ne sait rien. Discussion sans fin. Le soir, houle. Grande silhouette de la côte, aux Loffoden, la plus étrange de toutes.

On va droit à Edimbourg. On croit qu'on a touché dans la journée.

IJO

VOTAGES

1 7 juillet, dimanche.

Assez bonne nuit et matinée ; d'abord clair et blanc, puis, brumeux et pluvieux. Le prince décide de toucher à Drontheim.

Drontheim. Le capitaine de Saint- Brieuc hèle la guerre. Consul... Télégraphes rompus. On se couche et part vers 3 heures.

1 8 juillet, lundi.

Beau temps. Ciel et mer bleus en fiords. Fiords les plus riants de tous.

Sortie par Godoë, où l'on s'arrête pour déposer le pilote. Beauté admirable de cet endroit, forme des montagnes.

Côtes de Norvège vues du dehors.

Beauté. Vers 4 heures on voit côtes

encore.

VOTAGES

19 juillet, mardi. Houle pendant la nuit. Beau temps. Le soir, Aberdeen.

Barques autour de nous, marques de sympathie. Punch à Péquipage. Chants patriotiques. Certaine excitation. Visconti arrive avec journaux.

Je vais à Londres avec le prince.

20 juillet, mercredi.

Le prince renonce à Berwick, il descend à Scarborough. Traverse toute l'Angleterre. Londres le soir. Je vais avec Walewski à Claridge-Hotel, de là à l'ambassade, M. de Lavalette, M. Tissot.

Ce que me dit M. de Lavalette pour le prince, fort pour la guerre.

Nuit à Claridge-Hotel.

21 juillet, jeudi.

Départ à 6 heures. M. de Lavalette à la gare. Accident du yacht. Douvres, population ordinaire. Blanc et Chenavard-Lefort.

A terre, émotion militaire à Calais.

A Boulogne, Ferri Pisani. Effet toujours grandissant. Arrivée à 6 heures.

Congé du prince. Tristesse.

Paris morne.

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