‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 11 sur 196 · LES GLACIERS DU CANAL DE BUTE · texte numérisé non relu

LES GLACIERS DU CANAL DE BUTE

Les montagnes de la Colombie anglaise et les côtes voisines, — Le canal de Bute. — Les Indiens Tchilicotes. — Une poudrière. — Route à travers les forêts, — Un guide indien, — Le jargon chinouk, — Un homme perdu dans les bois. — La mer de glaces. — Retour au campement. — Un second glacier.

Il suffit de jeter un coup d'œil sur la carte de la Colombie anglaise pour reconnaître que les côtes de cette colonie offrent les découpures les plus capricieuses; la mer s'enfonce dans les terres, s'y attarde paresseusement, ou en ressort soudain, formant une multitude de baies de toutes dimensions, dans chacune desquelles vient se déverser une rivière. Ces cours d’eau, alimentés par des tributaires nombreux, traversent les vallées de la Cascade et les chaînes de montagnes qui bordent le golfe de Géorgie, le détroit de Fuca et les côtes voisines. Les sommets des sierras ressemblent à ceux des Alpes; ils sont couverts de neiges éternelles, et les vallées ellesmêmes renferment des glaciers que ne fond jamais aucun soleil. Tels sont ceux que l’on rencontre sur les bords de la rivière Stekine. | Une route directe, conduisant de la côte de Bute aux mines

du Caribou, était depuis longtemps projetée; elle avait même reçu, lors de mon passage en 1864, un commencement d'exécution qui me permit de visiter un pays jusqu'alors inaccessible, Un schooner partant de Victoria le 16 mars de cette an. née, je profitai de l'offre gracieuse de l'ingénieur qui dirigeait les travaux de la route, M. Alfred Waddington, pour visiter les glaciers, qu'on me disait être splendides.

Après une ennuyeuse traversée, nous arrivâmes au Canal de Bute; poussés par une jolie brise, nous atteignimes bientôt après l'embouchure de la rivière Homattico. Le paysage avait complétement changé d'aspect; les îles basses et rocheuses du golfe de Géorgie avaient disparu, devant nous s'élevaient les montagnes escarpées de la côte de Bute; le patron du schooner, qui avait visité la Norvège, s’écria que ce site sauvage rappelait d'une manière frappante les /iords du nord de l'Europe. La neige commençait à fondre au souffle du printemps; elle formait mille ruisseaux qui coulaient doucement à travers les arbres des forûts, et mainte cataracte retentissante rejaillissait en flots d’'écumesur les rochers abrupts. Le 22 mars vers midi, comme nous étions encore à une assez grande distance de l'Homattico, plusieurs Indiens Tchilicotes, montés sur leurs barques, s'étaient approchés de nous, désireux d'être reçus à bord et de faire une partie du voyage sans se donner la peine de ramer. Ils étaient couverts de peintures bizarres, des anneaux pendaient à leur nez. l’inévitable couverture de laine blanche était drapée autour de icur taille; leur costume, du reste, n'avait rien de bien caractéristique; les uns portaient une chemise et point de culotte, les autres une culotte et point de chemise. Deux seulement étaient vètus de peaux de loup, dont le poil était tourné en dedans; des queues de martre et d'écureuil, attachées tout autour de cette espèce de tunique, formaient une frange d’un eflet assez pittoresque. Une vieille feiame à l'aspect repoussant, véritable sorcière, était au milieu d’eux, fumant une pipe courte et noircie,

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