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Voyages et découvertes outre mer au XIXe siècle [microforme]

I est peu de sujets sur lesquels on ait au‘ant écrit que sur les voyages. Quiconque a parcouru quelques lieues de pays aime à raconter ce qu'il a vu; parmi ceux qui ont entendu ses

récits. beaucoup se plaisent à les répéter, et ils tronvent tou-

jours aisément des auditeurs. A plus forte raison les vrais voya-

geurs, ceux qui ont visité en observateurs, dans un but ou du moins avec une pensée scientifique, des contrées peu ou point connues, ont le droit de se faire écouter ou lire. Leurs relations sont recherchées avec curiosité . reproduites, analysées, traduites, commentées en cent façons et dans toutes les langues; et un livre qui porte sur sa convertüire ce mot ma= gique : Voyages, ne manque guère d'acheteurs.

Les relations de voyages constituent donc un secure de

publication qui répond — selon la formule tant de fois redite, — à‘un besoin Bénéral, permanent, et, on le dirait, inné chez l'homme. Ce besoin s explique aisément : e est une lorme, un mode particulier de cette vive et légitime curiosité qui nous fait désirer de connaitre la terre que nous habitons . la nature dont nous avons à conquérir l'empire, et les hommes, nos semblables. nos frères, malgré les différences plus ou moins sensibles que le climat, les habitudes, et bien d'antres causes dont nous n'avons pu pénétrer encore le mystère, ont mises entre les branches disséminées de la grande famille humaine : désir qu'on doit se féliciter de trouver et qu'on ne saurait trop encourager, selon nous, parmi le public et surtout parmi la jeunesse, En effet, la lecture des relations de voyages, — Nous parlons, bien entendu. des relations consciencieuses, — est une source inépuisable d'instruction et de moralisation. en même temps que de plaisirs calmes et purs. Elle fait une heureuse et salutaire concurrence à tant de livres futiles ou malsains qui s'adressent, non aux nobles aspirations, mais aux penchants fâcheux, condamnables quelquefois, d'une partie des lecteurs, à des goûts, à des tendances qu'il fandrait combattre, et qu'une déplorable spéculation flatte et encourage, au contraire, en lui offrant un aliment,

« Dis-moi qui tu hantes, dit un proverbe, et je te dirai qui tu es. » On pourrait énoncer avec autant de justesse, en l'appliquant spécialement à la Jeunesse, cette antre maxime

Dis-moi ro que lu lis. et je Le dirai ce que Lu seras. est permis

de concevoir de l'inquiétude sur les dispositions d'un enfant ou d'un jeune homme qui se complait dans certaines lectures propres seulement à exciter son imagination, à l'éloigner de l'étude et à Ini inspirer du dédain, — sinon de l'aversion, — pour les exemples et les lecons qu'il recoit de ses parents et de ses maîtres, et pour les saints préceptes qui peuveut seuls le guider dans la voie de la vertu. Mais il n'y a en général que des espérances à concevoir sur l'avenir de celui qui recherche avec prédilection les livres d'histoire, les recneils où sont cités les exemples de niété, de charité de courage, de dévouement, de patriotisme, ou bien les récits de voyages. Grâce à Dieu, nous le répétons, ce dernier genre d'ouvrages est de ceux qui sont toujours assurés de recevoir dans toutes les classes de la société, parmi les lecteurs de tont âge, et surtout de la part des jeunes gens, un accueil favorable, et desquels on peut se dire en les livrant à la publicité : « Peut-être ne fera-t-il pas grand bien: mais à coup sûr, du moins, il ne fera point de mal. »

C'est dans cette pensée qu'ont été conçus le plan et l'exécution du modeste travail qui va suivre, Malgré la difficulté qu'on ne s’est point dissimulée de faire sur les voyages quelque chose de nouveau, d'attrayant et d'instructif à la fois, en se renfermant dans de modestes limites. il a semblé que la tâche n’était pas de celles qu'il est permis d'abandonner avant méme de les avoir tentées,

L'histoire des voyages anciens, des premières et des plus

importantes déconvertes des navigateurs européens sur les deux hémisphère:, — cette histoire si vaste, tant de fois

éditée et rééditée soit 27 extenso. soit en abrégé, — n'était plus à faire, On s’est donc contenté d'y jeter, dans l'introduction, un rapide coup d'œil, afin d'en rappeler seulement les dates, les noms et les faits les plus saillants, les résultats les plus importants. Les voyages exécuiés dans notre siècle sont. poar la plupart. moins généralement connus, et d'ailleurs. comme tous les grands événements contemporains, ils nous touchent plus directement et excitent davantage notre intérêt. Mais encore un tableau complet de ces voyages, de plus en plus fréquents en raison des facilités que le perfectionnement des moyens de communication offre aux explorateurs, serait-il une tâche bien longue, hérissée de difficultés pour l'auteur, et dont la vaste étendue dépasserait le but qu'on doit se proposer lorsqu'on écrit pour la jeunesse studiense, Ce que réclame, en effet, à bon droit cette classe de lecteurs, c'est un délassement profitable, mais non un surcroît de travail. Nous avons cru devoir, en conséquence, nous borner à faire, dans les relations des voyageurs contemporains, un choix d'épisodes intéressants et instructifs, et nons avons préféré en restreindre le nombre en donnant à chacun tout le développement qu'il comporte, plutôt que de chercher à les multiplier en les mutilant et en les placant, bon gré, mal gré. sur un lit de Procuste,

Ce livre n'est donc nullement une histoire abrégée des

voyages et des découvertes des navigateurs au xx siñele :

AVANT-PROPOS il

c'est, si l’on veut, et pour nous servir d'une comparaison classique, un sebectæ, un recueil de ce qui, dans cette vaste série d’explorations patientes, d'entreprises héroïques, de recherches aventureuses, nous a paru le plus propre à at-

teindre le put indiqué par le poëte Horace :

OUmne tulit punetum qui miscuit utile dulei,

L'histoire des voyages ne serait rien de moins qu'une forme de l'histoire universelle, si l’on voulait, à l'exemple de quelques auteurs, considérer comm: voyages les migrations des tribus et des peuples, les expéditions militaires et les irruptions des hordes conquérantes, les déplacements des groupes d'hommes qui, en se séparant dé la nation dont ils faisaient partie, ont colonisé et peuplé successivement les diverses régions du globe,

Mais évidemment on ne saurait, sans dénaturer le sens des mots, assimiler aux voyages ces grands mouvements des races humaines. dont l'étude constitue à elle seule une vaste science, l’ethnographie. Il y a entre les uns et les autres toute Ja différence qui sépare les lits particuliers des faits généraux. Sans doute, dans le plus grand nombre des cas, les premiers ont servi à préparer et à faciliter les seconds, en montrant aux émigrants et aux conquérants la route à suivre, les obstacles à vaincre, le but à atteindre, Mais ce n’est point là, certes, un motif de confondre deux ordres de phénomènes sociaux essentiellement distincts. On comprend bien que c’est seulement des plus simples, c’est-à-dire des voyages proprement dits, qu'il sera parlé Gans cette introduction. Encore n’avons-nous point des-

sein de remonter à une haute antiquité.

Les anciens voyageaient peu, dans le sens que nous attribuons à ce mot, et qui s'applique exclusivement aux e xpiorations lointaines entreprises dans le but d'étudier les mœurs des peuples, le climat et les productions des différents p: ays, et de déterminer scientifiquement les distances, l'étendue, la position respective des mers, des iles et des continents. Cela s “explique aisément : ils étaient retenus dans une sorte de cercle vicieux qui ne deveit être franchi que peu à peu, au fur et à mesure de l'accroissement des populations, et sous l’aiguillon des nécessités qu'engendre cet accroissement.

D'une part, en eflet, l'ignorance où ils étaient de la constitution géographique du globe, de la nature des êtres répandus sur la terre ferme ou dans les profondeurs de l'Océan, de la distribution des climats et de bien d’autres choses dont il était impossible qu'ils se formassent & priori aucune idée, les empêchait de s’aventurer loin des contrées où ils avaient une fois fixé leurs demeures. D'autre part, ce n'était qu’en explorant le monde qu'ils pouvaient en pénétrer les mystères. Aussi Dieu sait avec quelle lenteur, au prix de quels eflorts et de quels sacrifices une faible portion de l'humanité est enfin parvenue, après tant de siècles, à construire cette magnifique science de la géographie, encore incomplète pourtant, même chez les peuples les plus éclairés et les plus entreprenants!

Sur ter: :, l’homme d'autrefois avait à craindre la faim et la soif les maladies, le froid et la chaleur, les intempéries de l'air, animaux mi: il faisants, et, trop souvent aussi, d’autres hommes, stupides, ombrageux et cruels. Sur mer. il re doutait la fureur des flots et des vents, l'isolement entre le ciel et l’eau, et, plus que toi :5 reste peut-être, l'inconnu qui l’attendait au terme du voyage, — si toutefois il lui était donné d’y atteindre à travers tant de périls, et auquel son imagination troublée prêtait les couleurs et les formes les plus fantastiques, les plus étranges et quelquefois les plus inmonstrueuses.

Si même aujourd'hui, après les immenses progrès accomplis dans l’art nautique, il y a du courage à affronter, sur les magnifiques et solides vaisseaux que construisent nos ingénieurs, les hasards des

vents et de la mer, quelle fut l'audace des hommes qui, sur de frêles

et grossiers esquifs, osèrent les premiers braver les puissances de

ces éléments capricieux et perfides, l'air et l’eau !

Ili robur et æs triplex

Circa pectus erat, qui fragilem truci Commisit pelago ratem

Primus

Quels furent les premiers navigateurs dignes de ce nom°” Les Phéniciens, selon toute probabilité. On sait que la célèbre Tyr, leur capitale, fut, tant qu’elle subsista, le principal port de commerce de l’ancien monde; et incontestablement la science de la navigation est née de ce génie commercial dont il faut sans doute déplorer les écarts, mais qui fut de tout temps, on ne saurait non plus le méconnaitre sans injustice, un énergique agent de civilisation, qui établit et entretient les relations pacifiques entre les États. qui a relié entre eux les pays les plus éloignés, les plus différents de caractère, de mœurs et de langage, et inspiré tant d'entreprises hardies et fécondes. |

Aux Phéniciens succédèrent, dans la suprématie maritime, les Carthaginois, qui n'étaient dans l’origine, on le sait. que des émigrés phéniciens. Les navigateurs de Tyr avaient exploré une grande partie du littoral de la Méditerranée: ils dépassèrent même plus d’une fois les colonnes d'Hercule, et naviguèrent le long de la côte occidentale d'Afrique, on ne saurait dire jusqu’à quelle latitude. Hérodote savait que l'Afrique est une immense presqu'ile que l'isthme de Suez rattache seul à l'Asie, et il parle d'un voyage exécuté deux siècles avant lui autour de cette presqu'ile par des navigateurs phéniciens, d'après les ordres du roi d'Egypte Néchos. La plupart des géographes ne croient pas à la possibilité d’un pareil voyage à une époque aussi reculée, et il faut admettre alors qu'Hérodote avançait au hasard relativement à l'Afrique, un fait dont il n'avait point la preuve, et ‘ue les découvertes modernes ont confirmé. Quoi qu'il en soit, le céièbre historien ajoute qu'au retour de leur voyage les Phéniciens racontèrent « que, lorsqu'ils eurent tourné la Libye, ils avaient le soleil à leur droite ». D'où il laut conclure qu'ils avaient dépassé la ligne.

Hérodote ne parle point des Carthaginois Hannon et Himilcon, qui vivaient bien avant son siècle et quiexplorèrentlescôtes d'Afrique jusqu à une très-grande distance. La relation authentique du fameux périple d'Hannon nous est heureusement parvenue, et il prouve que ce célèbre marin s’avança au moins jusqu’au Gabon, où il rencontra les grands singes aciueliement connus sous le nom de gorilles, que lui-même leur avait donné. Hannon avait pris ces singes pour des hommes sauvages, ce qui ne l'empêcha pas de tuer et d’écorcher trois de leurs femelles, dont il rapporta les peaux à Carthage,

L'Egypte, grâce à sa situation privilégiée, avait servi, pour ainsi dire, de trait d'union entre les deux mers qui baignent ses rivages : la Méditerranée et la mer Érythrée. Par le nord elle commuiquait avec l'Asie Mineure, l’'Archipel, la Grèce, l'Italie et l'Espagne ; par l'est, avec l'Arabie; et ses navires, dépassant la mer Rouge, purent s’ivancer dans le golfe Persique, dans l'océan Indien, et côtoyer l'Arabie, la Perse et l’'Hindoustan. Sous les Ptolémées, les communications régulières établies par Alexandre entre l'Égypte et l'Inde prirent un développement considérable. Des vaisseaux chargés des produits de ce lointain Pays venaient débarquer à Bérénice, sur la mer Rouge, leurs cargaisons, que des caravanes transportaient de là à Coptos, sur le Nil, et qui descendaient ensuite ce fleuve Jusqu'à Alexandrie. Cette ville, devenue l'entrepôt du commerce de l'Orient. lut bientôt aussi le loyer le plus brillant des lettres, des sciences et des arts.

Parmi les savants, les érudits, les philosophes, les écrivains dont elle pouvait à bon droit s’enorgueillir, les géographes occupent un rang distingué. Nommons entre autres Timosthène, Philostéphane et surtout Eratosthène, que ses contemporains surnommèrent l’inspecteur de la re, et qui est l’auteur du premier système de 260sraphie fonde sur des bases mathématiques

Cependant Thalès de Milet, Pythagore, Aristote, avaient démontré, longtemps avant Eratosthène, la forme sphérique de la terre, et Aristote, partant de cette donnée, avait conclu, dix-huit siècles want Colomb, à là possibilité de voyages à travers l'océan Atlan-

tique. Alexandre le Grand. son élève, voulut ajouter à Ja gloire

conquise sur les ch unps de bataille de l'Asie celle de découvertes utiles et de fondations durables On sait qu'il entreprit la conquête de l'Inde, mais que, parvenu aux bords de l’'Hyphasis, il dut revenir en arrière, ses soldats refusant de le suivre plus loin. Ce fut alors qu'il résolut d'explorer le cours de l'Indus et les côtes de la Perse. Une flotte commandée par Néarque appareilla à Nicæa, ville située sur l'Hydaspe, dont elle descendit le cours, protégée par l'armée, divisée en deux corps marchant sur chaque rive du fleuve. Après quatre mois de navigation, la flotte atteignit l'embouchure de l’Indns. Alexandre prit alors la route de terre, pour revenir à travers ia Gédrosie et la Carmanie, provinces méridionales de la Perse, tandis que Néarque gagnait par mer l'embouchure de l'Euphrate, au fond du golfe Persique. Le roi menait avec lui des géographes, qui décrivirent, dit-on, avec soin les contrées traversées par les Macédoniens; mais leurs écrits n2 nous sont point parvenus, et il ne reste d'autre monument de cette expédition que quelques fragments du Journal de Néarque, cités par des écrivains postérieurs.

Cependant, tandis que les Carthaginois, les Égyptiens et les Macé- “oniens visitaient les mers, les continents et les iles du côté du sud et de l'est, les Phocéens de Marseille poussaient des r'econnaissances haruies vers lorient et le nord. La première expédition mémorable qu'ils accomplirent fut celle de Pythéas, dont l’époque précise est inconnue, et dont le récit ne parvint en Grèce qu'au temps d'Alexandre. Sorti des colonnes d'Hercule, le navigateur marseillais longea les côtes d'Espagne et de la Gaule. atteignit la Grand: - Bretagne, puis le Jutland, auquel il donna le nom de Thulé. Il pénétra ensuite dans la Baltique, et toucha la c'te septentrionale d'un pays « où la mer jetait une grande quantité d’ambre jeune ». Il est évident que ce pays n'était autre que la Prusse actuelle, d'où, le commerce tire encore aujourd'hui la presque totaté de l'ambre jaune où succin employé dans jes arts.

Nous n'avons rien à dire des voyages exécutés par les Romains. On sait qu’ils portérent leurs armes presque partout, jusqu'aux dernières limites du monde connu des auciens, et que, si leurs conquêtes ne reculèrent pas sensiblement ces limites . elles eurent

du moins pour résultat de renverser les barrières et d'aplanir les

obstacles qui s’opposaient aux communications des peuples entre eux. À l’époque où commençait la décadence du vaste empire conquis par leurs légions, parut le célèbre astronome et géographe Ptolémée, qui donna le premier à la science géograpnique une unité à laquelle elle n'avait point encore pu parvenir. L'ouvrage qu'il écrivit sous le titre de Sévrxe, et la carte dressée par lui d’après les documents qu'il put rassembler, résument ce que l’on croyait ou savait de son temps (1° siècle de l'ère chrétienne) touchant le système de l'univers, l'étendue et la configuration des terres et des mers sur notre hémisphère. Inutile de dire que de nombreuses et graves erreurs se mêlaient, dans sa géographie, à des notions exactes et à de grandes idées, Contrairement à l'opinion de Pythagore, qui avait enseigné et expliqué les deux mouvements de la terre, l’un de rotation sur elle-même, l’autre de translation autour du soleil, Ptolémée supposait la terre immobile dans l’espace, et le soleil, la lune et les planètes tournant autour d'elle, En fait de géographie, il n'était guère plus instruit que ses devanciers , notamment en ce qui concernait l'Europe, puisqu'il plaçait au nord de la Chersonèse cimbrique (Jutland) quatre iles dont la plus éloignée, nonimée par lui Scanie, était probablement une portion de la Suède, et qu'il faisait de : Europe la plus étendue des trois parties du monde, en lui donnant pour bornes, au couchant, l'Océan: au levant, le fleuve Tanaïs, et au sud, la Méditerranée. La limite septentrionale n’était pas exactement tracée, les connaissances certaines s’arrétant aux bcrds de l'océan Germanique (mer äu Nord) et de l'océan Sarmatique (mer Baltique).

Le nord de l'Asie était aussi peu connu de Ptolémée et de ses contemporains que le nord de l'Europe, On confondait sous les noms de Scythes et d'Hyperboréens les nombreuses peuplades sans cesse en mouvement qui occupaient les contrées au delà du Pont- Euxin, de la Colchide, de la mer Hyrcanienne ou Caspienne, et des grands fleuves qui se jettent dans le lac Aral. lRelativement à l’extrème Orient, les notions positives ne dépassaient pas les monts lmaüs et les bouches du Gange. On n'avait qu'une vague idée du vaste empire chinois, dont les mystérieux habitants étaient appelés

Seres Où Sines. L'Arabie avait été. ainsi que l'Inde, très-impar laite-

ment explorée. L'ile de Cevlan. qu'on dsignait sous le nom de Taprobane, était encore moins onnue , et les autres iles de l'océan Indien ne l’étaient nullement,

En Afrique, il n'y avait de bien connues que l'Egypte, la cote septentrionale, et la lisière comprise entre la Méditerranée et la chaine de l'Atlas. Les Grecs et les Latins désignaient vaguement le reste de l'Afrique par les noms d'Ethiopie et de Libve intérieures, et leurs navires n'avaient jamais dépassé à l'ouest le Sirus Hespericus (golfe de Guinée), à l’est le Sirus Burbaricus (canal de Mozambique ).

Au temps de Ptolémée, on semblait avoir renoncé depuis bien des années à tenter aucune excursion, soit par terre, soit par mer, au delà des limites que nous venons d'indiquer, et qu’on crovait généralement être celles du monde accessible à 1 homme. Il faut franchir un intervalle de plusieurs siècles pour arriver à une époque où, les reuples commençant enfin à se remettre des longues et violentes secousses causées par l'immense écroulement de l'empire romain , purent reprendre ieur marche, si longtemps interrompue, dans la voie du progrès intellectuel et m itériel, et rendre aux sciences, aux arts, à l'industrie et au commerce la part qu'ils doivent occuper dans le mouvement des sociétés. Chaque nation alors manifestant le génie et les tendances qui lui étaient propres, on en vit quelquesunes s’adonner avec ardeur au commerce, à la grande pêche, à la navigation, aux voyages lointains. L'exemple de ce genre d’entreprises parait être venu, vers le vine siècle, des Arabes, qui, après avoir conquis, sous Mahomet et ses successeurs, une partie de l'Asie, de l’Europe et di l'Afrique , et jeté l’épouvante dans la chrétienté par leurs invasions rapides et par leurs sanglants exploits, cultivèrent, non sans suc« ès, durant une courte période, les sciences naturelles, la médecine, les mathématiques, l'astronomie et la géo graphie. Leurs caravanes parcoururent et firent connaitre le centre de l'Asie et une grance partie de l'Afrique intérieure, En mème temps leurs navires, croisant dans toutes les directions, sur la Méditerranée, sur la mer Rouge, sur le golfe Persique et sur l'océan Indien, allaient er hansei des marchandises dans les ports de la

Grèce, de l'Espagne, de l'Egypte, de la Barbarie, de l'Abyssinie,

et jusque dans les iles de Madagascar, Sum ira, Bornéo, Andaman et Laquedives,

Dès le x° siècle, l'Afrique orientale était fréquentée par les Arabes, depuis l'Égypte jusqu'au cap Corrientes, Mais l'océan Atlantique, qu'ils nommaient la Mer des ténèbres, leu” était peu connu et leur inspirait une terreur superstitieuse Cependant on lit dans un de leurs géograshes, El-Edrisi . qu'au temps de la domination maure au Portugal (vers 1 milieu du x1r° siècle ) huit habitants de Lisbonne entreprirent un Voyage pour connaitre ce qui se trouvait ‘à l'extrémité de l'Océan Après avoir navigué onze jours à l'ouest, puis douze jours au sud, ils virent plusieurs iles et abordèrent à l’une d'elles, où ils trouvèrent une multitude de moutons; mais la chair de ces animaux était si amère. qu'ils Le purent en manger, Ayant renouvelé leur provision d’eau, ils se rermrent en route, et, après douze jours encore. ils rencontrérent une autre ile où on leur dit que l'Océan était encore navigable trente Journées plus loin, mais qu'au delà d'épaisses ténèbres empêchaient d'avancer: sur quoi les navigateurs revinrent à Lisbonne, où, pour conserver le souvenir de leur audacieuse entreprise, on donna à l’une des rues de la ville le nom de rue des Aventuriers. qui se conserva Jusqu'au milieu du xIV® siècle. Si ce récit est exact. il y à tout lieu de croire que les iles reconnues par ces aventuriers n'étaient autres que les Canaries.

Un peut considérer comme plus authentique le vovage du cheik Ibn-Batuta, qui, parti de Tanger, sa ville natale, vers 1325, pou faire le pèlerinage de la Mec que, visita la Perse, l'Inde et la Chine, puis revint à Alexandrie, se rendit de là dans le Soudan, et rentra enfin dans ses foyers après vingt ans d'absence Ibn -Batuta n'était pas, du reste, le premier de sa race qui eût pénétré dans ces lointaines contrées. Au vie siècle déjà des marchands et des ambassadeurs arabes avaient été recus en Chine. Sous le règne du calife Walid (704-713), des envovés de ce prince s'y étaient rendus par le Kachgar et les plaines de fa Tartarie, Dans le sivele suivant, deux autres voyageurs, Wahab et Abu-Zeïd. pircoururent et décrivirent des régions de l'Asie réputées jusqu'alors inaccessibles, Ce fut sans doute dans leurs relations. plus suivies qu'on ne le croit uonérale-

ment, avec les Chinois, que les Arabes eurent Connaissance des dé-

couvertes dont les habitants du Céleste Empire étaient en possession depuis plusieurs siècles, et qui, à la suite des croisades, se répandirent lentement en Europe. Nous voulons parler des feux de guerre, de la poudre à tirer, et surtout de la boussole. ce merveilleux instrument qui seul permet au navigateur de se guider à travers l'immensité des océans.

Tandis que les Arabes pénétraient jusqu'aux extrémités de l'Orient, les navig:teurs scandiraves et normands ac omplissaient dans le Nord des découvertes non moins importantes,

Vers la fin du 1xe siècle, les Normands oc upèrent les Hébrides: un peu plus tard, ils s'emparèrent des iles Shetland et soumirent une grande partie du nord de l'Écosse, où l’on retrouve encore de leurs monuments. Vers la fin du x° siècle, un certain Éric le Rouge découvrit le Groënland , et le premier S'y établit, Une fois que les peuples du Nord eurent franchi les mers orageuses qui les séparaient de l'Islande et du Groënland. ils ne tardèrent pas à étendre leurs explorations du côté de l'Occident. Vers l'an 4001, un :-'andais nommé Biorn, étant parti pour aller rejoindre son père établi au Groënland, fut jeté par une tempête loin de sa route et aperçut vers le sud-ouest une Ccontree couverte de bois. Lorsqu'il fut de retour au Groënland, son récit excita au plus haut point la curiosité d'un certain Leif, fils de ce même Eric le Rouge qui avait fondé au Groënland la première colonie. Biorn consentit à s'embarquer de nouveau avec Leif, et tous deux. reprenant la direction où le premier avait été naguère emporté malgré lui, abordérent à plusieurs iles, et entrèrent enfin dans l'embonchure d'un grand fleuve trèspoissonneux, dont les rivages étaient bordés d'arbres fruitiers, et entre autres de vignes, dont un de leurs ( OMmpagnons, Allemand de naissance, leur indiqua l'usage. Ils nommérent en conséquence Vintland ce pays, dont les habitants étaient des hommes trèspetits avec lesquels les Groënlandais établirent des relations commerciales très-suivies. Ils leur achetaient principalement des fourrures.

Quel était ce pays? Sans doute une partie du continent américain septentrional : le pays des Esquimaux, le Labrador ou quelque

autre des terres qui bordent la baie d'Hudson.

« INTRODI CTION

Environ trois cents an plus tard, deux Vénitiens, les frères Zen entres au service du souverain des iles Færoé et Shetland, entreprirent une expédition jui les conduisit bien au delà des points précédemment abordés par les Groënlandais, C'est au moins ce qu'il est permis de croire d'après la relation obscure et entremêlée de fables qui fut publiée à Venise beaucoup plus tard par un descendant de Nicolo Zeno, l'un des deux frères. Quelques auteurs ont même admis, en s'appuy int sur cette relation. que les Zeni et leur Compagnons avaient abordé non-seulement à Terre- Neuve et aux côtes de la Nouvelle-Écosse et de la Nouvelle -Angleterre, mais qu'ils avaient bien pu pénétrer jusqu'à la Louisiane, à Ja Floride et au Mexique

Sais partager cette opinion exagérée, on ne peut nier que les peuples du nord de l'Europe, excellents et hardis marins, n'aient dû, en effet, bien avant ce qu'on peut appeler la découverte officielle du nouveau monde. aborde plus d’une fois, volontairement où d'autre façon, à l'ile de Terre-Neuve et aux côtes de l'Amérique Septentrionale, dont ils n'étaient séparés en réalité que par une assez faible distance, Bien ÿlus, il parait démontré aujourd'hui que ces Eurcpéens du Nord ne furent point les seuls qui, bien avant Christophe Colomb, eurent Connaissance du vaste continent situé au delà de l'océan Atl intique. Au xiv° et au xve siècle, les Basques, qui se livraient avec ardeur à la pêche de la baleine, et qui pendant longtemps avaient trouvé cet animal en assez grande abondance dans le golfe de Gascogne, lui firent une guerre tellement acharnée, que peu à peu il leur fallut le suivre vers le nord et le nord-ouest, et qu ils finirent par le pourchasser jusque dans les parages du Canada et du Groënland.

Quoi qu'il en soit, on peut dire que l'ère des véritables décou-

vertes outre-mer (et nous entendons par véritables découvertes

celles qui furent dues nn ] " hasard, mais à des recherches inspirées par le génie et le raisonnement s ientifique ), date seulement des premieres années du xv° siècle.

Ce fut, en effet, en 1415 que K roi de Portusal Juan Er, au retoun d'une expédition victorieuse contre les Maures d'Afrique, voulant

récompenser son fils don Henri du courage et de l'habileté qu'il

t déployés dans cette guerre, lui conféra le duché de Viseu et

le gouvernement des nouvelles con quète

Or don Henri n'était ] eulement un brave guerrier, c'était aussi, assure-t-0on, un des hommes les plus instruits de son temps Il était surtout passionné pour les entreprises maritimes, et il s'empressa de consacrer à la satisfac tion de ce g dominant la faveur

de son pere, l'autorité et les richesses dont ‘tte faveur le mettait

en possession. Sc 18 ses auspices, les navigateu portugais accomplirent des prodiges, et dès lors fut ot te la voie glori e où tant d'hommes illustres, héros de la science, apôtre christianisme et de la civilisation, devaient, par la suite, se signal:

Trouver une route vers l'Inde par mer, en t au sud du continent africain, telle était la tic he grandio pro e par don

Henri aux marins portugais.

Sous ses auspices, et, pour ainsi dire, sons sa direction, s’ouvrit une série de découvertes uxquelles le Portugal dut une gloire et une puissance «11 n'avait point encore atteintes jusque-là, et qui furent, hélas! de courte durée, En 1418, ce fut la découverte des iles de Porto-Santo et de Madère: puis le cap Noun, si longtemps réputé infranchissible, fut doublé ; puis le cap Bojador, plus redoutable encore, A la même époque (1433) furent reconnues les iles \cores. Huit ans après, Nuno Tristan s avançait jusqu’au cap Blanc, à cent cinquante lieues du cap Bojador, et ramenait à Lisbonne les premiers individus de la race nègre que l’on eût vus en Europe, En 1445, les Portugais atteignirent le Sénégal, et en 1450 ils signalérent les iles du Cap-Vert.

En 1456, le Vénitien Alovsio de Cada-Morte, enrôlé au service du Portugal, poussa jusqu’à la Gambie, et bientôt après Pedro de Cintra atteignait la côte de Guinée, Déjà l'inclinaison marquée de la côte d'Afrique vers l’est permettait d'espérer qu'on touchait à la réalisation des espérances conçues par don Henri, lorsque ce prince illustre mourut, en 1463.

Sa mort suspendit pour un temps l’activité des expéditions marimes, qui ne furent reprises qu'en 1481, à l'avénement de Jean II

Ce monarque ordonna en 1486, d'une part, à Pedro de Covilham

et à Alphonse de Peyra de se rendre aux

Indes en traversant

l'Afrique et l'Asie : d'autre part, à Barthélemy Diaz dé reprendre sur mer les recherches que, deux ans auparavant, Diéco (amon- Cano avait poussées jusqu'à l'embouchure du fleuve Zaïre, sur la côte du Congo.

landis que les deux premiers accomplissaient par terre leur diflicile mission, recueillaient sur l'intérieur de l'Afrique et sur l'ile de Madagascar de précieux renseignements, et annonçaient comme déjà fravée par les navigateurs arabes et indiens la route maritime que Coux d'Occident n'avaient pas encore trouvée, Barthélemy Diaz était poussé, à son insu, par des t mpètes, bien au delà de ce même p'omontoire, but de tant d'héroïques efforts, À son retour seulement il reconnut qu'il avait doublé la pointe méridiona de l'Afrique, et en Souvenir des violents orages qu'il avait essuyés à ses abords, il l’appela le cap des T mpêles, Ce nom de sinistre augure fut changé, par le roi Jean Il, en celui de cup «le Bonne-Espérance ;

Barthélemy Diaz rentra dans le port de Lisbonne à la fin de 1187. Onze années encore devaient s'écoule avant que, sous le règne d'Emmanuel, le célèbre Vasco de Gama accomplit enfin le grand periple, et allàt débarquer (le 20 mai 1498) à Calicut, sur la côte du Malabar, après une navigation de dix Mois

Mais, dans cet inter lle, un autre événement à jamais mémorable s'était ac ompli. Dans la nuit du 41 0 tobre 4492, Christophe Colomb avait abordé à l'ile de Guanahani (ar hipel Bahama), qu'il HOiina San-Salvador, Le Houveau monde était découvert, et, grace au génie audacieux de Colomb . l'Espagne n'avait rien à envier au Portugal, À celui-ci Gama, et après lui Alvarez Cabral, Almeyd: \buquerque, donnèrent Pour un temps l'Inde, que perdirent leurs successeurs, À | Espagne, a l'Europe enliere., Christophe Colomb ouvrait les portes d'un monde dont l'inmense étendue et l'incomparable richesse dépassaient de beau oup tout ce que l'imagination

la plus té ‘onde aurait pu rever, Et ce inonde est dev HU, eh moin

de quatre siècles. um nouvelle Europe , peuplée d Espagnols, de Portugais, d Anglais, de Holl: aus, d'Alleman Is, de Fran: us, qui font fleurir dans cos contrées jadis sauvaces et presque désertes | christianisme, Les Iences, les lettres, les arts et le OoMmmerci

Nous n'avons pont'a raconter la conguète di lindi par les Por

Can

ltugais, ni celle de l'Amérique par les Espagnols. On ne sait que trop quels actes de cruauté, quelles scènes affreuses d'extermination déshonorèrent la gloire des héros de cette sanglante épopée, Aux Diaz, aux Vasco de Gama, aux Christ he Colomb, aux Vespueci, à ces hommes pieux et dévoués qui n'avaient en vue que la propagation de la foi chrétienne et la eloire de leur pays, succédèrent des aventuriers impitoyables en qui Ja soif de l'or éteignait tout autre sentiment, Mais, grâce à Dieu. l'Europe devait produire encore plus d'un héroïque marin, fidèle à la Slorieuse tradition, et désireux de concourir à la grande œuvre commenrée par don Henri, la conquête pacifique des mers, la recherche et la colonisation des terres inconnues.

À partir du commencement du xvi‘ siècle, les entreprises tentées dans ce but se succèdent et se multiplient de toutes parts. Tous les peuples rivalisent d’ardeur dans cette immense crène vuverte aux nobles ambitions.

Vasco de Gama avait {rayé une route vers l'Inde par le sud de l'Afrique. La découverte du nouveau monde offrait aux navigateurs un autre problème à résoudre : il s'agissait d'arriver aux Indes en doublant un autre cap des Tempêtes, qui sans doute terminait aussi vers le sud Ja nouvelle Afrique, c’est-à-dire l'Amérique méridionale.

Solis, qui le tenta le premier, périt après avoir reconnu le Rio de la Plata. Après lui Magelhaëns, que nous appelons Magellan, arriva, après avoir longé la côte de Patagonie, au redoutable détroit qui porte son nom, et pénétra, le 28 mai 1520, dans ce vaste océan, auquel on à donné, sans doute par antiphrase, le nom d'océan Pacilique. Poursuivant ensuite sa v üle, il parvint au bout de trois mois aux iles Philippines, où il mourut. Son lieutenant, Sébss en del Cano, reprit le commandement de l' xXpédition, arriva aux Moluques, et de là put retourner en Espagne par le « ap de Bonne-Espérance \insi s’accomplit le premier voyage autour du monde.

Cependant, dès les dernières années du siècle précédent, l’attenlion des navivateurs s'était portée vers l'extrême nord. Pa là aussi ON espérait trouver un passage vers les Indes, et c’est aux \nglais

que revient l'honneur d'avoir log premiers dirigé leurs recherches

Daho tmnteatene

dans ces régions glacées où l'horreur du climat ajoutait encore aux dangers inséparables d'une pareille entreprise Le roi Henri V!I

qui avait été assez aveugle pour rejeter les offres de Christophe Colomb, n'avait pas tardé à s’en repentir; aussi accueillit-il avec empressement un marin vénitien, Giovanni Gavotta, connu sous le nom de Jean Cabot, qui lui offrit, en 4 196, de diriger une expédition vers le nord-ouest. Gavotta croyait arriver par là en Chine et aux Indes. Mais il rencontra le continent américain, dont il longea les côtes jusqu'à la Floride: après quoi, les provisions lui manquant, il regagna l'Angleterre. Les découvertes de Gavotta donnèrent l'éveil aux Portugais, qui se rappelèrent alors que, longtemps avant lui, un des leurs, Jean Cortereal, avait reconnu l'ile de Bacalhaos ou de la Morue (Terre-Neuve). Un des fils de ce Cortereal, nommé Gamar, partit de Lisbonne en 1500, atteignit sans peine l'ile de Terre-Neuve; puis, ayant pénétré dans la baie d'Hudson. il se hâta de revenir annoncer à ses compatriotes qu'il avait découvert un Passage vers l'Inde au-dessus du continent américain. Sur la foi de celte affirmation, il obtint aisément l'ordre de fcir: un second voyage; il partit, et ne revint plus. Son frère Miquel Cortereal, étant allé à sa recherche, ne reparut pas non plus. Enfin un troisième et dernier Cortereal, Vasco Eanez, voulut se sacrifier à son tour pour la gloire de son pays et le salut de ses frères: mais le roi, sagement, ne le lui permit point.

Les efforts tentés pour trouver un passage par le nord-cuest n'ayant abouti, comme on vient de le voir, qu'à des catastrophes, on Songea naturellement à diriger les recherches vers le côté opposé. Le roi d'Angleterre prit encore l'initiative àe cette nouvelle série de tentatives, qui devaient aussi, hélas! amener tant de mystérieux désastres! Le premier héros et la première victime, sir Hugh Willoughby, envové par envi VIII à la recherche du passage nordest, périt sur la côte de Laponie. Un second, d'abord plus heureux, Richard Chancelor, navigua si loin vers le nord, qu'il parvint, ditil, dans une zone où il n Y avait plus de nuit; il aborda au fond d'une baie où les habitants lui apprirent qu'ils étaient Moscovites . et que leur prince, Jean M sillewitz, résidai, à quinze cents milles de là,

Chancelor débarqua et se rendit à Moseou ; il fut bien accueilli par

le grand :r Ivan, et revint en Angleterre par Arkhangel, Au retour d'u? «ec nd voyage dans la mer Glaciale, Chancelor périt sur les côtes d'Écosse. Après lui, les Hollandais Barentz et Hemskerk essayèrent de franchir le terrible passage : le premier périt; le second ne revit sa patrie qu'après avoir enduré à la Nouvelle- Zemble des souffrances inouïes.

Les Anglais, découragés par l’insuccès de Willoughby et de Chancelor, s'étaient de nouveau tournés vers le nord-ouest, mais avec plus de circonspection. Forbisher découvrit la partie méridionale du Groënland, et sir Humphrey Gilbert prit, au nom de la reine Élisabeth, possession de l'ile de Terre-Neuve,

Sous le même règne, Francis Drake, après avoir, à l’autre bout du monde, découvert l'archipel de la Terre de Fev, conçut le projet téméraire de revenir en Europe par le nord-est, et remonta, en eflet, jusqu’au 48° degré; mais là l'intensité du froid le contraignit de rebrousser chemin. Après avoir donné au pays qui s'étend du 38° au 4% degré de latitute le nom de Nouvelle-Albion, i! prit la route des Moluques, traversa la mer des Indes, doubla le cap de Bonne-Espérance, et revint en Angleterre, après une absence de deux ans, ayant fait, lui aussi, le tour du monde.

Au commencement du siècle suivant. l'Espagnol Alvaro Mendana, traversant le grand Océan, découvre les iles Salomon; un autre, Fernand de Quiros, qui avait ré 4 un continent austral, partit de Lima, à la recherche de ce continent, pour gagner, dit un historien, « des âmes au Ciel et des royaumes à l'Espagne. » Il découvrit seu ment un assez grand nombre d'il, s, et s’en alla jeter l'ancre dans un bassin spacieux, en vue d’une côte qu'il crut être celle du continent austral et qu’il nomma pour cette raison Australia del Espiritu-Santo. Ce n'était pourtant, selon toute probabilité, qu'une des grandes Cyclades de Bougañ ille, ou des Nouvelles-ITébrides de Cook. Quiros, séparé de sa flotte par une tempête, retourna en Amérique, Son lieutenant, Vaz de Torres, continuant sa route au sud-ouest, reconnut d'abord que la prétendue Australie n'était point un continent, et toucha la côte nord de la Nouvelle-Guinée. dont il suivit la côte méridionale jusqu'aux Moluques: il franchit

ainsi le détroit auquel il a donné son nom. et put apercevoir la

côte nord de la véritable Australie, c'est-à-dire de la Nouvelle- Hollande,

Des Hollandais a complirent vers le même temps une découverte non moins importa rte, Isaac Lemaire, riche négociant d'Amsterdam. et un marin expérimenté, Cornelis S houten de Horn, s’avisèrent qu'il devait être possible de tourner la pointe méridionale de l'Amérique par une autre voie que le détroit de Magellan. Dans cette pensée, Schouten partit avec Jacob Lemaire, fils d'Isaac, et il eut la cloire de déterminer la position de la Terre des Etats et celle du détroit de Lemaire, et de doubler le cap Horn, derricre limite de la terre dans ces parages. IT fut ainsi démontré que, comme le génie des deux célèbres Hollandais le leur avait fait conjecturer, le détroit de Magellan n'était pas la seule entrée de l'océan Pacifique, et que la Terre de Feu était une ‘’e et on une portion de continent.

En 1642, deux navires hoïlandais partirent de Batavia, nar ordre de Van-Diemen, gouverneur de cette colonie, et sous les ordres de l'amiral Tasman. Après deux mois et demi de navigation, ils arriverent, par 40° 95 latitude S. et 136 50° longitude O., à une grande terre où Tasman planta le pavillon hollandais et qu'il appela la Terre de Van-Diémen, mais da a reçu depuis le nom de Tusmanie. Il léeconnut ensuite la Nouvelle-Zélande. la Nouvelle-Guinée, et rentra à Batavia au mois de juin 1643. L'année suivante. l'amiral hollandais fit un second voyage dans lequel il reconnut avec in üne grande partie des côtes de l'ile innense qu'on désignait avant lui sous le nom assez vague de Torres Australes, et qui depuis fut appelée Nouvelle- Hollande. À ce dernier nom les Anglais ont subslitué celui d'Australie qui a prévalu, De nouveaux détails sur cette cinquième partie du monde lurent recueillis, de 1683 à 1704, par le célèbre William Danpier, ancien chef de flibustiers. à qui le gouvernement britannique avait confié le commandement d’une expédition que son expérience et son audace le } ndaient plus que personne ( apable de bien di iger,

Aux voyages de Dampier se rattachent les aventures du malheureux Alexandre Selkirk. lieute nant à bord de l’un des navires que commandait Dampier, À la suite d’une alter: ion avec le capitaine

Straddline hef immédiat, Selkirk fut abandonné dans une ile

déserte, celle de Juan-Fernandez, où il vécut seul quatre ans et quatre mois, et dont il fut tiré par un autre vaisseau anglais, en 1708. Ce vaisseau faisait partie de l’'expedition de Woodes Rogers, et Dampier y remplissait les fonctions de pilote. C'est l'histoire de ce Selkirk qui, selon quelques auteurs, a fourni à Daniel de Foe le thème de son livre de Robinson Crusoe. Mais d’autres commentateurs croient, au contraire, que Robinson Kreutznaër est un personnage réel dont les aventures, analogues à celles de Selkirk, ont été seulement dramatisées et développées par le céièbre écrivain anglais.

Pendant le cours du xvure siècle, les grandes expéditions maritimes deviennent tellement nombreuses. que nous devons renoncer à les passer en revue. Cette période de l’histoire des voyages est, du reste, bien connue, et nous ne pourrions donner qu'une sèche analyse des relations originales ou des nombreux résumés qui sont entre les mains de tout le monde, Nous nous bornerons donc à faire remarquer qu'à l'époque où nous sommes arrivés. l'Espagne et le Portugal ont vu décroitre singulièrement lenr activité. L'esprit aventureux qui animait leurs premiers navigateurs semble presque entièrement éteint, et c’est à peine si, dans les lointains parages dont ils ont les premiers frayé la route, on rencontre encore çà et là quelques-uns de leurs vaisseaux à la recherche des terres inconnues. Les Hollandais aussi, après avoir rendu à la science géographique des services signalés, demeurent & peu près étrangers au grand mouvement que l'Angleterre continue avec une énergie extraordinaire et une rare intelligence à partir des dernières années du xvu® siècle, et auquel la France vient tardivement prencre une part glorieuse dans la seconde moitié du xviue et la première du xIxX° siècle. En eïlet, l’histoire contemporaine des voyages de circumnavigation n'offre guère que des noms angais et franc ais, dont quelques-uns brillent d’un éclat presque égal à celui des Diaz, des Colomb, des Gama, des Magelhaëns Qui ne connait ces héros de la civilisation, ces conquérants de la mer : George Anson, Byron, Carteret, Pougainville Cook, Survilk ,; Marion-Dufresne, la Pérouse, Vancouver, d'Entrecasteaux°?.…. Pour la France surtout, notre siecle

n'a rien à envier à son ainé, et l’on peut dire sans vaine gloriole

que, si nos marins n’ont point égalé les œuvres de leurs prédéces-

seurs, c'est que ceux-ci, ayant eu le bonheur de les devancer dans

le champ des grandes découvertes, ne leur ont, pour ainsi dire, issé qu’à glaner.

Les pages qui vont suivre ne suffiront qu’à donner une faible idée des travaux accomplis par les voyageurs qui depuis un demi-siéele ont franchi les mers et parcouru le monde. Nous espérons néanmoins que nos lecteurs ÿ pourront trouver quelque intérêt et puiser quelque instruction. Dans une mine aussi riche. il suffit de frapper au hasard pour dévoiler aux regards des filon:s précieux.

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