‹ Voyages humoristiquesChapitre 98 sur 102 · LES PALAIS · texte numérisé non relu

LES PALAIS

f'ho??t' (11' Berry), (]ui luibite un dos plus beaux palais (le la ville de marbres et de briques. Elle est devenue Vénitienne, parce qu'elle est née à Naples, mais elle est Française par le souvenir — par l'espérance peut-(?tre. — En entrant cbez elle, Tbospitalité vous accueille si gaiement, que tout étranger se croit dans son pays. On y trouve plus d'une page d'histoire de France : un soulier de Louis \1V peint par Higaud que M. le comte de Chambord voudrait bien chausser; le livre de prières de Marie-Antoinette; la Faynille pauvre de Prudhon, éloquente plaiduirie démocratique que chaque roi devrait avoir dans la salle du tr(jne; des lettres de Henri (V que Henri V a relues souvent; — tout un Musée, tout un Louvre, tout un Versailles.

Madame de Luchesi Palli, depuis qu'elle est en Italie, semble avoir défié les hivers. H n'a point encore neigé sur son front. Il y a des femmes devant lesquelles le temps passe sans compter. Les païens avaient inventé les Heures couronnées de roses.

La plupart des palais célèbres sont abandonnés aux étrangers. Quelques-uns ne sont pas habités, mais l'Europe voyageuse y va trôner çà et là. Ils ont tous •juelques chefs-d'œuvre à étaler; mais, peu à peu, la Russie et l'Angleterre auront dévasté Venise. Ainsi, reverrai-je à mon prochain voyage la Madeleitie du Titien et la Suzanne du Tintoret au palais Barbarigo, où elles sont en vente, deux profanes pour lesquelles je donm*rais quatre madones de Raphaël "î

Oui, je retournerai dans ce pays, qui ose être beau sans arbres et sans chevaux; où la fraîche .Vdriatiquf^ répand, en été, je ne sais quelle fraicheur du paradis

idéal; où lèvent oriental est si doux l'hivor, qu'il est surnommé,' par les Vénitiens, le « manteau des pauvres. » J'irai manger, û Venise! tes bœufs de Styrie, tes muges de Chioggia, tes poulets de Rovigo, tes bécassines de la Brenta, ton turbot cbanté par Boccace, tes ortolans de la mer bleue, tes beaux fruits d'Esté et de Montagnana. J'irai boire, ô ville aquatique! ton vin de Chypre et ton val Pollicella. J'irai, ô cité voluptueuse, île du monde olympien oubliée dans le monde nouveau, porte du paradis ouverte par Satan, j'irai revoir tes femmes dorées qui ont tué Giorgione et Léopold Robert.

Que celui qui doit aller à Venise ne lise pas ces pages perdues. Il Faut que le pays du voyage soit une foret vierge, où les aventureux puissent faire à leur tour des découvertes. A quoi bon le mot de l'énigme avant d'avoir lu l'énigme'.' Le vrai voyageur est comme l'amant passionné : il dédaigne les portes ouvertes à tous, [luisqu'il passe par la fenêtre*.

* Le» voyageurs qui aiment les points sur les I et qui ont horreur de l'imprévu (l'imprévu! le cheval indompté du voyage!) à leur arrivée à la ville impossilile iront demander aux bouquetières de la place Saint Marc ce ipril laul faii'c à Venise de son temps, de son C(eur et de son arjjent.

VOVAr.E IN HOLLANDE

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