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Les natureli qui nous accompagnent changent de manière
d'agir.
Nous quittâmes ces Indiens^ et nous nous rendîmes à un grand nombre de cabanes, où les naturels qui voyageaient avec nous tinrent une conduite toute nouvelle. Les
habitants nous recurent le mieux du monde:
alors les nôtres commencèrent à les maltrai-^ 7. 14
lif
ter, ils leurs prenaient ce qu'ils possédaient et ne laissaient rien dans leurs maisons. Nous fumes extrêmementpeinés de voir traiter ainsi des gens qui nous accueillaient si bien , craignant que cette manière d'agir n'occasionnât des querelles ; mais nous ne pouvions l'empêcher, et nous n'osions pas punir les coupables. Nous fûmes donc obligés de le supporter, jusqu'à ce que nous eussions acquis plus d'autorité sur eux. Ces mêmes Indiens , qui perdaient ce qu'ils possédaient, nous disaient, pour nous consoler , de ne pas nous af&iger de ce qui leur arrivait; qu'ils étaient si contents de nous avoir vus, qu'ils regardaient ce qu'ils avaient perdu comme bien employé , et que d'autrès naturels, qui étaient fort riches, compenseraient cette perte. Pendant notre voyage, lès gens qui nous suivaient nous incomittôdaiént beaucoup; et , 'malgré tous nos efSàrtid, nous life pôùviotos leur échapper, tant iU/.iétaien t lâmpraâsëâ. ' dé vèMr ilbus toucher.
DALVAR NtNBZ CABBÇ/l DE VAGA. 211
Leur impprtunité était telle^ que souvent nous restiona^ trois heures saos pouvoir nous débarrasser d'eux. Un jour ils nous amenét^nt les habitants d'un village : presque, tous avaient' perdu un œil par la cataracte : un si graild nombre étaient devenus av<eugles par la même caude V que nous en Ûimes étonnés. Ih sont ti^ès-bien faits, trèsgais jet plus> blancs que tous ceux que nous irvèons viis> jusque-là. Nous commençâmes, dans cet endtx^it , à voir des montagnes qui lious paraissaient venir de la mer du Nord. D'après le rappoii; des Indiens, nous crûmes
qu'elles étaient à qïiinatê liéUes de distance de la mer. Nous partîmes avec les Indiens pouF ces montagnes, et ils nous menèrent d^ns Un endroit oâ ils* avaient des parents, refusant de noua conduire où ils n'en avaient pas; car* ils rie voulaientpas que leurs ennemis pussent joirîr d'un bohheur aussi grand que celui de norus•voir.^ Quand nous nous mimes eirroute, les naturels chez qui nous étions
suivirent ceux qui nous accompagnaient^ A notre arrivée^ les gens que nous allions voir, et qui savaient ce qui s'était passé, commencèrent à cacher ce qu'ils possédaient; mais, après nous avoir reçus avec beaucoup de réjouissances, ils s'en allèrent de bon cœur chercher ce qu'ils avaient caché, et vinrent nous le préscfnter. C'étaient des coquillages, de l'ocre et quelques petites bourses d'argent. Suivant notre usage, à l'instant même, nous donnâmes tout cela aux Indiens qui nous suivaient. Ceux-ci commencèrent aussitôt leurs danses et leurs fêtes, et envoyèrent chercher les Indiens d'une autre peuplade pour qu'ils vinssent nous voir. Ils arrivèrent le soir, et nous apportèrent des coquillages, des arcs et/ d'autres objets que nous distribuâmes à l'instant. Nous voulûmes partir le jour suivant; mais ils insistèrent pour nous conduire chez des Indiens de leurs amis, qui demeuraient au sommet des montagnes : ils prétendaient que cet endroit était
d'âlvak nunez cabeça de VACA. 21 3
fort peuplé , et que Ton nous ferait de nombreux présents. Comme cela nous détournait de notre route, nous ne voulûmes pas y consentir , et nous suivîmes dans la plaine la direction des montagnes que nous ne croyions pas éloignées de la côte.
Tous les habitants des rivages sont très-méchants : nous préférions voyager dans l'intérieur, les naturels nous traitant beaucoup mieux ; d'ailleurs nous étions persuadés que nous trouverions une contrée plus habitée et des vivres meilleurs. Mous prîmes aussi ce parti , parce qu'en traversant le pays nous pouvions mieux en observer les particularités, et que si le Seigneur daignait ramener quelqu'un des nôtres^ en chrétienté, il serait en état d'en donner une relation exacte. Les In4iens, voyant que nous étions décidés à ne pas aller par où ils voulaient nous conduire, nous dirent qu'il n'y avait ni habitants , ni tunas , ni rien à manger du côté que nous avions choisi. Ils nous prièrent de rester chez
eux ce jour-là, et nous y consentîmes. Ils envoyèrent sfins retard deux Indiens rasseniT bler du pionde dans la direction que nous voulions prendre ^ et le lendemain nous, parr times en grande compagnies Les femmes marchaient chargées d'eau. Nous avions tant d'autorité sur c^s gens , que personne n'osait boire sans nous demander permission. A
deux lieues de là nous, rencontrâmes les In-
diens qui avaient été pour réunir les habitants. Ils dirent qu'ils n'en avaient pas trouvé; ce qui parut faire beaucoup ^e chagrin aux nôtres, et ils recommencèrent à nous prier de ne pas aller dans les montagnes. Voyant que nous ne. voulions pas changer d'avis, ils prirent congé de nous avec beaucoup de peine et descendirent la rivière. Quant à nous , nous la remontâmes , et bientôt nous rencontrâmes deux femmes chargées. Dès qu'elles nous virent elles s'arrêtèrent, déposèrent leurs fardeau^ et nous ofirirent ce qu'elles portaient; c'était de la farine de
'" ' D^AlTAi kiméz GABBÇÀ DS VACA. ' 2 1 5
Hiàis'ii-Ënés lious dirent que plus avant, sur le bdrd de là rivière, nous troiivèrîotis des màiéob^ ; ï>eaiiëoup de tuhas et de' la farîtie ctittimè'cellfe qu'elles portaient/Nous les quittikhëâ parce qu'elles- se rendaient chez ceux que fadtis venions dé laisser. Nous kbarchâmes jusqu'au ëouchier du soleil , et nous arrivâmes à ùh viUàgé dé vingt cabanes, îçl^'^I'on nous reçut ttVée là plus grande tristèasé'ët eh pleurant. Les habitants savaient déjà que îçeu^, qtri nous- accompajgnaietit pillaient les viP' / lages où nous passions. En qous voyant , ces gens se consolèrent, mais ils ne nous donnèrent que des tunas. Nous passâmes^ nuit avec eux. Â la pointe du jour, les (çdièmqui nous avaient laissés la veille, arrivèrent à cçîs" cabanes, et, comme ils surprirent les habitants ifûLi ét^ent sajQS crainte. et sans méfiance, ils leur prirent tout ce qu'ils trouvèrent, si bien que ceux-ci ne purent rien sauver, et se mirent à pleuper^ Pour les consoler, les voleurs leur ^^isaient que nous étions lesfilsdu
3l6 RELATION d'aLTAE NTINEZ CABEÇA DB TACA.
soleil j que nous pouvions guérir les malades, les faire mourir tous, et autres mensonges encore plus forts , comme ils savent fort bien les faire quand cela leur convient. Ils leur dirent de nous servir de guides avec beaucoup de soin y d'être bien attentifs à ne pas nous déplaire en quoi que ce soit , de nous donner tout ce qu'ils possédaient , de faire en sorte de nous meq^r dans un pays très-habité, et en arrivant de ne pas manquer de voler et de piller les. autres, parce que tel était l'usage.