COMPTE- RENDU
DU
PROCÈS DE BOTDRINI.
Couseil des Indes , le 27 avril 1790.
g^LE 12 de juin 1745, le marquis de la Encenada remit au conseil un mémoire de don Lorenzo Boturini Benaduci , afin que le tribunal après en avoir pris connaissance pût informer votre majesté des actes auxquels il a rapport.
Boturini expose qu'il est à sa connaissance que le vice-roi de la Nouvelle -Espagne , comte de Fuenclara , a remis au conseil les actes faits contre lui. Il demande à être puni s'il résulte de ces actes qu'il soit coupable ; que si au contraire le vice-roi a outrepassé ses pouvoirs , s'il a occasionné des dommages à l'exposant ; et si ledit exposant a rendu des services à votre majesté , elle veuille bien le satisfaire , Fin- N demniser, et lui faire restituer les papiers ayant rapport à son musée ; collection à laquelle il a employé
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neuf ans, et qui lui a occasioDué des dépenses considérables. Bolurini a déposé aussi diflférents documents relatifs à la noblesse de sa famille , ainsi que son arbre généaloi^ique , depuis Tannée 828 jusqu'en 1730. En outre son Aperçu de l'Histoire générale de l'Amérique ', ouvrage ayant rapport à toutes les branches du service royal Les recherches que lui causèrent ses travaux , et le malheur d'avoir été fait prisonnier par les Anglais , ont absorbé tout son avoir. It supplie que Ton donne les ordres pour couronner solennellement Kotre-Damede Guadalupe de Mexico , projet qui lui avait attiré tous ses malheurs.
Le conseil, se conformant aux ordres qu'il a reçus, a reconnu qu'il résultait ce qui suit des lettres du dit vice roi , en date du 28 juin 17 '1.3 , accompagnées de documents , savoir : Boturini ayant obtenu un bref de la sainte église du Vatican pour pouvoir couronner rimage de Guadalupe d'une couronne impériale d'or et de pierreries , avait expédié des circulaires à plusiçurs corporations et à des particuliers , en demandant des dons pour les dépenses à faire. Le vice roi en ayant eu connaissance au moment où il alla prendre l'administration de son gouvernement , recueillit des informations sur la personne dé Boturini , et donna Tordre de saisir les brefs qu'il possédait, ainsi que les souscriptions qu'il avait reçues pour le couronnement II résulta, de c^s informations , que Boturini était étranger, qu'il était venu aux Indes sans autorisation , que son intention était de faire fabriquer une couronne 'avec les insignes de l'église du Vatican et du comte Sforce , comme le bref le
prescrivaitc^ L'archevêque s'opposa à Texëcution ^ quoique l'audience du gouvernement l'eût permise ; en conséquence il fut arrête et conduit au palais du gouvernement. On le força de remettre le bref et les autres papiers , ainsi que les aumônes qu'il avait re* cueillies ; il se conforma aux ordres donnés à cet égard , et avoua tout sincèrement.
Le conseil prit également connaissance du con-^ tenu de deux lettres qui lui furent adressées par Boturini, en date du 16 avril ilkS. Il disait que sa dévotion à la sainte image l'avait porté à en écrire l'histoire ; qu il avait des documents réunis à cet effet, des notes historiques , des cartes, des hiéro-* glyphes et autres pièces fort utiles ; qile le même principe de piété l'avait engagé à solliciter le couroiyiement solennel de cette image. Il fourdit plusieurs écrits en latin et en espagnol pour prouver les travaux qu'il avait entrepris.
En conséquence des faits exposés , et attendu que le formulaire conten^^it la défense d'avoir ou d'exposer dans le temple de Notre-Dame les armes du chapitre de Saint-Pierre et de la maisoù de Sforce; quand même l'audience aurait eu des pouvoirs pour accorder l'exécution du bref, elle aurait" dû empêcher la publication de ce bref. Le conseil décida qu'on écrirait une lettre au vice-roi , ce qui eut lieu le 2 du mois d'avril ilkh-y en approuvant toute sa conduite dans cette affaire , et qu'on lui enjoindrait de faire , à huis-clos et en secret , une vive mercuriale aux membres de l'audience pour avoir permis légèrement Texé. cution du bref et de son formulaire, sans l'avoir soumis
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au conseil, et même sans avoir permis que le procureur fiscal de ladite audience en prît connaissance ; pour avoir souffert , qu'en vertu de ce bref , Boturini envoyât des circulaires , et qu'il recueillit de For, de l'argent et des pierreries, quoiqu'il fut étranger, voyageur, et sans permission de circuler ni de s établir dans les Indes ; toutes circonstances , dont ils auraient du rendre compte. Le vice-roi reçut Tordre de leur dire que ne l'ayant pas fait, ils ont manqué à leur devoir ; qu'ils auraient mérité un châtiment bien plus sévère , qu'on ne leur infligerait pas pour cette fois , en considération de leur caractère personnel , et parce *qu'il s'agissai4 d'une œuvre pie; de leur recommander doï*énavaut de ne laisser passer aucun bref sans qu'il eût été soumis au conseil.
Quant à ce qui concerne Boturini , comme ihrésulte de ses démarches qu'il n'était mu que par un zèle et par une dévotion toute particulière pour Notre-Dame ; qu'on voyait par ses ouvrages que c'était un homme savant et adonné aux travaux de l'histoire , ce qui pouvait être fort utile ; le conseil décida provisoirement qu'il laisserait au vice-roi le soin de transporter sa personne en Espagne avec les actes qui avaient été faits , et d'ordonner que ses papiers seraient mis en dépôt dans toutes les formes voulues par la loi , et d'envoyer un catalogue , ou un court résumé de ses papiers fait par un sujet intelligent.
Postérieurement le conseil reçut une lettre du vice-roi , en date du 15 octobre 17b3 , dans laquelle il disait que l'affaire de Boturini était peu avancée ;
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qu'on ue trouvait pas positivement une mauvaise intention qui pût le faire accuser de délit; qu'en conséquence , se conformant à Topiniou de lauditeur commissaire , il transmettait à sa majesté {es actes de la procédure, en ayant soin de les foire enregistrer sur le journal du capitaine du navire.
A la réception de cette lettre , Boturini était déjà arrivé ; il avait é^té pris par les Anglais avec le navire la Concordia ; mais , ayant obtenu sa liberté à Gibraltar, il était venu à GadiK , et s'était rendu volontairement à la Casa de Gontractacion. Il présenta sans retard un mémoire au conseil , dans lequel il exposa les vexations que le vice-roi avait exercées à son égard , et il raccompagna d'un manuscrit intitulé : yé perçu d'une histoire de V Amérique, Il demandait l'autorisation de l'imprimer ..
Il résulta, des actes et d'autres papiers présentés par Boturini, que c'était un gentilhomme italien très- connu, homme de lettres et d'une érudition trèsparticulière. Etant à Vienne à suivre ses études , il avait été obligé de sortir des états de Tempereur à cause des guerres dltalie. Après avoir quitté Milan, sa patrie , il était allé à Lisbonne, où on avait voulu le nommer précepteur des infants. Il refusa cet honneur, et se rendit en Espagne avec une recommandation qui lui avait été donnée par l'infant don Manuel pour don Josef Patiiïo. Il trouva dans ce pays-ci l'occasion de passer aux Indes comme chargé de pouvoirs de la comtesse de Santibanez , fille aînée d'une descendante de Moutezuma , pour percevoir les rentes échues d une concession qui lui avait été
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faite sur des maisons de Mexico. Il partit en 1735 sans éprouver aucun empêchement pour s'embar* quer, et ignorant . tout à fait le besoin qu'il avait d'une permission. Pendant son séjour au Mexique, il alla visiter le sanctuaire de Guadalupe , il y fut inspiré du désir de s'assurer de ra))parition de limage ; il se procura la copie de plusieurs documents et de manuscrits inédits, qui avait rapport ncm-seulement à son premier objet , mais aussi à différentes parties de Thistoire antique de ces peuples. Il fit des dessins dans quarante volumes , grands , moyens et petits. Frappé du miracle de Fapparition , il forma le projet de faire couronner Timage du diadème que Ion a l'habitude de placer en Italie à celle que Ton considère comme miraculeuse. Il écrivit à Rome pour s'informer du cérémonial : on lui envoya en réponse un bref accompagné du cérémonial suivi dans de pareilles occasions. Il le présenta à Taudience, obtint Fautorisation, et commença de bonne foi à le communiquer aux prélats , aux tribunaux et aux dévots de Notre-Dame, en les suppliant de concourir à son œuvre par des aumônes. Il en avait déjà recueilli plusieurs, lorsque le vice roi, étant arrivé , donna Tordre de suspendre ses démarches. Ce dernier envoya des circulaires dans les tribunaux avec ordre de déposer les lettres que Boturini avait écrites, et il lui flt demander les dépêches de Rome et les aumônes qu'il avait reçues. Boturini obéit en tout point. Le procès fut transmis au procureur fiscal pour qu'il suivit cette affaire devant don Josef de Rojas, ministre de l'audience, commis pour conna^
tre de ce procès. Sur la demande du fiscal , les biens de Boturini furent saisis , déposés dans la maison du gouvernement, et séquestrés sans qu'on le fît prévenir et sans qu'on Tenlendit. Puis comme il n'avait pas consenti à faire un inventaire de ses papiers lorsqu'on les lui eut enlevés de chez lui , il fut conduit à la prison publique et renfermé dans un cachot à côté de deux malfaiteurs. Ensuite , accompagné de la force armée on le força de se rendre au palais royal pour établir l'inventaire de ses papiers , ce qu'il fit en protestant en vertu de lappel qu'il avait présenté au.€onseil suprême. Peu de jours après il fut conduit à la Vera-Crux , et embarqué à bord du navire sur lequel il fut fait prisonnier. Ayant recouvré sa liberté, il se présenta au président^ qui, n'ayant ni registre ni la connaissance d aucun antécédent , lui accorda sa liberté. Il se rendit à Madrid, où, en vertu de ses demandes et de ses papiers, le conseil le reconnut comme s'étant présenté librement. ^
Toutes ses demandes se rapportaient à trois objets principaux : 1** aux persécutions qu'il avait éprouvées pour avoir voulu faire couronner la sainte image de Notre-Dame de Guadalupe; 2" au désir d'écrire l'histoire générale ancienne de la Nouvelle-Espagne ; 3° il demandait que le couronnement de l'image fut fait le plus promptemeiît possible.
Quant au premier point, le conseil fut d'avis que si à la vérité le vice-roi avait eu des causes pour procéder contre Boturini , néanmoins celui - ci avait jusqu'ici justifié de sa sincérité , que l'on ne pouvait inculper, e^sa bonne foi méritait qué)Son innocence
fût proclamée, et qu'on lui rendit Thonneur et la bonne opinion publique.
Quant au deuxième , que Tesprit et les connaissances du susdit étant reconnus , il pouvait écrire rhistoire d'après Faperçu général qu'il avait présenté , et qui avait mérité Tautorisation qu'il avait reçue ' de le faire imprimer, toutefois après avoir été soumis à un examen le plus rigoureux; que l'œuvre principal serait de la plus grande importance et utilité; que , pour exécuter ces projets, il serait bien digne de votre majesté d'ordonner de former à Mexico une académie particulière pour l'histoire de la Nouvelle-Espagne, comme celle que Ton a formée à Madrid, et que des personnes se chargeassent de travailler à cet ouvrage sur les documents recueillis par Boturini et sur tous ceux que l'on pourrait se procurer ; d'accorder à Boturini la récompense que votre majesté jugera à propos , non-seulement pour la peine et les dépenses qu'il a supportées pour recueillir des matériaux si utiles , mais aussi pour l'indemniser en partie des pertes ^t des dommages qu'il a soufferts relativement à ses intérêts , à son honneur et à son crédit.
Quant au troisième point qui a rapport au couronnement solennel et public, le tribunal est d'avis de ne pas le permettre ; cette nouveauté éclatante n'étant pas nécessaire dans un sanctuaire aussi célèbre dans tout le monde ^ d'autant plus que votre majesté , pour donner plus d'éclat au culte, a ordonné la construction d'une église collégiale; qu'en conséquence il était convenable de simprimer les
lettres expédiées à cet effet par Téglise du Vatican, afin que l'imprudente tolérance de l'audience de la Nouvelle -Espagne à les admettre ne soit pas autorisée.
Le conseil ayant pris la décision ci-dessus , il ar- . riva une nouvelle lettre du vice-roi^ en date du 26 août 17&& , portant avis de la réception des ordonnances données le 2 avril précédent. Afin de s'y conformer, il avait pris les dispositions nécessaires pour faire reeueillir tous les livres , les peintures et les papiers de Boturini, et pour qu'on les déposât dans les archives du gouvernement, confiées aux soins de don Josef Corraez , ce qui avait eu lieu après qu'un inventaire en forme eut été fait par don Patricio Antonio Lopez , interprète général de l'audience royale et des autres tribunaux de la Nouvelle- Espagne. Le vice-roi envoya une copie dudit inventaire ; le conseil en ayant pris connaissance , insista sur la fondation de l'académie mentionnée , dont devait faire partie le susnommé interprète Lopez.
Eu égard à cette décision , sa majesté prit la résolution suivante : J'adopte l'opinion du conseil sur le premier et le troisième point; je m'oppose à la formation de l'académie proposée ; j'ordonne que Boturini retournera à Mexico ; je le nomme historiographe de mes royaumes des Indes , avec les appointements de mille pesos par au , afin qu'il écrive Thistoire générale qu'il propose. Tous ses documents , ses papiers , sans qu'il en manque aucun , lui seront rendus dans le plus bref délai et sans la moindre réplique. Aussitôt qu'il aura écrit l'histoire , et avant d'en don-
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ner connaissance ou de la publier , on eu enverra en Espagne trois exemplaires , aQn qu'après avoir été examinée par le conseil , on lui donne rautorisation de publier ou que Ton fasse les corrections nécessaires.
Jordonne qu'il soit ainsi fait. Le 19 décembre IIM.
Des lettres correspondantes à ce décret , avec le titre d historiographe des Indes, furent expédiées en date du l*"' juin de Tannée suivante ilkl.
Dans le mois d'avril 17&9 , Boturini4)résenta son f volume de {Histoire générale de V^àmérique septentrionale^ sous le titre de Chronologie des principales nations de cette contrée. Il demandait Tautorisation de l'imprimer , ce qui lui fut accordé, après censure du liscal don Josef BorruU et du père Pedro Tresneda. Néanmoins , Boturini étant mort à Madrid avant d'avoir pu suivre l'impression de cet ouvrage comme il devait le faire , le conseil ordonna que Ton s'assurerait de tous les ]^apiers relatif à rhistoire, et qu'ils seraient transmis à la secrétairerie du tribunal.
Les exécuteurs testamentaires dirent , d'un commun accord , qu ils étaient prêts à se conformer aux ordres qui avaient été donnés aussitôt que Tinveotaire aurait été établi, persuadés que le conseil accor derait à ce que pourrait prétendre sur les papiers la sœur héritière du défunt , ou tout autre intéressé. Eu conséquence , ils certiGèrent que Ton ne trouvait que le manuscrit in-folio du premier volume de rhistoire , avec les autorisations qui s'y rapportent; le volume in-quarto de TÂperçu, imprimé, le brevet
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d'historiographe, et Tautorisation pour retourner aux Indes.
Le procureur fiscal , à qui ces papiers furent remis, proposa d'envoyer le volume de l'histoire à l'académie historique , afin qu'elle prononçât sur son utilité, et qu'elle dit quelle devait être la rétribution à accorder aux héritiers de l'auteur; que le vice-roi de la Nouvelle-Espagne recevrait l'ordre de chercher un sujet capable de continuer l'ouvrage , et qui connût les idiomes , les symboles , les peintures ; que la même personne serait chargée d'apprécier, à leur juste valeur, les papiers du défunt. Néanmoins , le 6 octobre , le conseil décida que les livres et les papiers trouvés seraient envoyés à la secrétairerie de 4a Nouvelle-Espagne , ce qui fut fait.
Au moment où les papiers devaient être déposés , les exécuteurs testamentaires dirent que Boturini avait déclaré, dans son acte de dernière volonté , qu'une chapellenie serait fondée en faveur de don Cayetano , fils de dona Rosa de îa Parra , dans la maison de laquelle il est mort , au moyen de deniers prélevés sur ses biens et sur ses appointements arriérés ; que les biens qu'il avait laissés étaient trèspeu considérables, et ses dettes assez importantes ; qu'ils rappelaient le service que le défunt avait rendu en réunissant un si grand nombre de documents de cette importance , et en écrivant le premier volume de l'histoire ; qu'il n'avait rien touché de la solde payable à Mexico , où il ne s'était pas rendu , la somme de mille pesos étant trop modique poujr pouvoir y vivre , et pour subvenir aux
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des interprètes et des copistes , ainsi qu'il Tarait re|Nrès»tè par Yoie de requête ( por la uia ]; qu'en conséquence il avait continué travail ici, sans toucher ses appointements. Ik conclurent par demander au tribunal d'estimer ce fni était dû à Boturini pour ses travaux et pour la récompense de ses services antérieurs , ainsi que la valeur du musée déposé à Mexico ; et que tout fût délivré à Madrid en faveur de Théritière testamenr taire , qui profiterait aussi du produit de Timpression du premier volume de Fliistoire.
La demande retourna au procureur fiscal , qui répondit, le 6 mars 1756 , qu'il ne trouvait pas d'inconvénient à ce que le bénéfice de l'impression du volume fût abandonné à la légataire. Quant aux appointements , la consignation en ayant été faite dans les caisses de Mexico , il pensait qu'il était nécessaire de recourir à votre majesté pour qu'elle voulût bien donner des ordres afin d établir la valeur du musée.
On ne donna pas de suite à cet acte jusqu'en 1769 , époque où, en considération de la demande des exécuteurs testamentaires , le rapporteur agrégé ( relator agregado) , s'étant joint à un rapporteur nommé par l'académie bistorique, présenta diflérents projets sur la méthode à adopter pour écrire rbistoire des Indes.
Le 25 septembre 176i!i' , le conseil lui fit parvenir une instruction par laquelle il lui prescrivait, en vertu d'une ordonnance royale donnée à la suite d'une décision du conseil du 26 juin 1762, d'observer qu'on le prévenait qu'il ne toucherait le dernier tiers
de ses appointements, qu'après qu'il aurait présenté le travail d'une année.
Le 5 de novembre 1765, l'académie' représenta que , depuis qu'elle avait reçu l'instruction, la rédaction du travail avançait proportionnellement; (pi'on s'occupait à réunir des faits particuliers , mais j qu'il était nécessaire de demander aux Indes des notes sur Fétat actuel, conformément aux décisions prises dans trois assemblées , décisions que l'académie communiqua pour que l'on expédiât les Circulaires nécessaires à cet effet.
Le procureur fiscal répondit , par une lettre du 8 février 1766 , que les notes demandées se réduisaient en substance à ce qui avait été prévu par l'instruction ; que néanmoins il pensait qu'il ne fallait pas demander ces notes avant d'avoir recherché'avec soin dans les archives du conseil et dans 'd'autres, laissant au tribunal à juger sur l'ensemble des faits; l'affaire resta dans cet état sans que Ton prît une décision.
Le 13 mars de la même année , le bailli , don Julian de Arriaga, remit, pour Tinformation du conseil , une décision de ladite académie, dans laquelle il était dit qu elle n'avait pas négligé de remplir ses obligations d'historiographe des Indes;;: que] beaucoup de manuscrits avaient été recueillis'à cet effet ; qu'une commission de personnes capables ^avait été formée pour extraire , mettre en ordre , rectifier des notes , en attendant celles ayant rapport à l'état actuel , et que l'académie avait demandées ; que les documents de Boturini , déposés à Mexico , lui se-
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raient très-utiles. Enfin elle demandait que Ton don^ nât des ordres au vice-roi de la Nouvelle-Espagne pour qu'ils fussent confiés à Tacadëmie , qu'ils y seraient conservés avec soin, et tenus à la disposition de sa majesté.
Le conseil ordonna , le 7 juillet 1767 , de remettre à un rapporteur cette demande avec la précédente de Tacadémie , et les autres demandes incidentes. II est certain que Taffaire fut décidée le 7 de mai ; mais on ne conserva pas de notes sur le résultat: Plus tard, la procédure fut égarée par suite du changement et de la mort du rapporteur. Enfin, on la retrouva daos une armoire du tribunal, parmi plusieurs dossiers d'ajournement du défunt licencié, don Louis Penaranda. En vertu d'une décision du 1" décembre dernier , elle fut remise au rapporteur actuel pour qu'il en rendu compte ainsi qu il Ta fait.
Le conseil , réfléctiissant sur tout ce qui a été dit , et considérant les retards que le procès de Boturiniet celui intenté par l'académie, ont éprouvés par toutes les causes mentionnées ; attendu que les circonstances sont changées, et que votre majesté a chargé une personne distinguée de l'Histoire générale de ÏAmériquc , que Ton avait d'abord confiée aux soins de lacadémie , est d'avis que cette aflaire peut se terminer ainsi sansquH y ait besoin d'une ordonnance; que le premier volume de l'histoire de Boturini étant approuvé, votre majesté peut en autoriser l'impression aux frais du trésor royal , en en chargeant une personne capable. Quant au musée de Boturini , votre majesté est priée d'ordonner au vice-roi , et
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des Français , et que nous voyagions de conserve. Il fit mettre à F instant soixante rames à la mer, et il commença à tirer au large à toutes voiles et à rames : il allait d'une vitesse incroyable. La caravelle qu'il avait laissée , se dirigea vers le galion. Le patron dit à l'amiral que notre navire et l'autre étaient français. Au moment où nous nous approchâmes du galion toute la flotte ayant vu la direction que nous avions prise, fut persuadée que nous étions Français, et se disposa au combat en venant sur nous. Quand nous fûmes près d'eux, nous fîmes une salve, alors ils reconnurent que nous étions des amis , et qu'ils avaient été dupés par le corsaire qui échappait, après avoir dit que nous étions Français et de sa suite. Quatre caravelles se mirent à sa poursuite ; le galion s'approcha de nous, et lorsque nous l'eûmes salué, le capitaine, Diego de Silveira, nous demanda d'où nous venions , et quel était notre chargement. Nous dîmes que nous arrivions de la Nou velle- 7' 19
agO RELATION
Espagne avec de l'or et de l'argent. Il nous demanda pour combien nous en avions. Notre capitaine lui répondit qu'il pouvait y en avoir pour trois cent mille castillans. « Sur ma foi, vous retournez bien riches, lui dit Diego de Silveira, vous avez cependant un fort mauvais navire et une bien misérable artillerie. Ce chien de renégat de Français , quel beau morceau il a perdu , le bâtard : or sus , puisque vous avez échappé, suivez-moi sans vous éloigner, et avec l'aide de Dieu , je vous conduirai en Espagne. » Peu de temps après les caravelles qui avaient été à la poursuite du Français revinrent, parce qu'il leur avait paru marcher trop vite, d'autant plus qu'elles ne voulaient pas abandonner la flotte , où se trouvaient trois navires chargés d'épiceries. Nous abordâmes à l'ile de Tercere, où nous nous reposâmes quinze jours en attendant, un autre navire qui arrivait de l'Inde, et qui était de la compagnie de trois vaisseaux escortés par l'escadre. Nous partîmes tous en-
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semble, et nous entrâmes dans le port de Lisbonne, le soir du i5 d'août, jour de notre seigneur saint Laurent, Tan 1537. Gomme tout ce que j'ai dit dans cette relation est vrai , je le signe de mon nom.
CABECA DE VACA.
La relation d'où l'on a tiré cet ouvrage était signée du nom de l'auteur, et scellée du cachet de ses armes.