‹ Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de l'Amérique (volume 5)Chapitre 24 sur 96 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

De ce qui se passa pendant notre route vers Je pays des

Tuppins - Inbas.

A quatre heures après midi du jour même ou j avais été pris , nous étions déjà éloignés de sept milles de Brikioka. Les Indiens abordèrent à une petite île, et tirèrent leurs canots sur le rivage, dans l’intention d’y passer la nuit. Ils me firent descendre à terre; mais i avais reçu tant de coups dans la figure que

je n’y voyais plus; mes blessures m’ôtaient la force de marcher , et je fus obligé de me coucher sur le sable. Les Indiens m’entouraient et me menaçaient à chaque instant de me dévorer. Me voyant exposé à un si grand danger, je fis des réflexions que je n’avais jamais faites auparavant , et, considérant la vallée de pleurs dans laquelle nous vivons, je me mis à chanter un psaume du fond du cœur et les larmes aux yeux; les sauvages s’écriaient : «Voyez comme il pleure , voyez comme il gémit. »

Ne trouvant pas dans File un endroit convenable pour y passer la nuit, ils se rembarquèrent et se dirigèrent vers la terre ferme où ils y possédaient des cabanes qu’ils avaient construites autrefois. Il était déjà nuit quand nous y arrivâmes; ils tirèrent leurcanot à terre, et allumèrent un feu près duquel ils me conduisirent. Usine firent coucher dans un filet qu’ils nomment dans leur langue inni, et qui leur sert de lit. Us l’attachent en l’air à deux pieux ou à deux arbres , quand ils sont dans

DE IIANS STADEN.

les forêts. Ils nouèrent à un arbre les cordes que j’avais au cou, se couchèrent autour de moi et me raillèrent, en me disant, dans leur langue : « S cher e inbau ende : » Tu es mon animal à l’attache.

Us repartirent avant le lever du soleil , et ramei ent toute la journée, de sorte que vers l’heure de vêpres ils n’étaient déjà plus qu’à deux milles de l’endroit où ils devaient passer

la nuit. Alors nous aperçûmes derrière nous

un nuage noir qui s’avançait avec la plus

grande rapidité. Us se hâtèrent donc, de gagner

la tei 1 e, de ci ainte de la tempete j mais, vovant

qu ils ne pouvaient échapper, ils me dirent :

«Ne mungitta dee . Ticppctn do Q iccthe , umcincisit

y andeelmme llannimesisse,» c’est-à-dire : Prie

ton Dieu afin que le vent et la tempête ne

nous fassent point de mal. Je fis ma prière à

Dieu comme ils me le demandaient , et je dis :

« Dieu tout-puissant , souverain seigneur

» du ciel et de la terre, toi qui dans tous les

> temps as écouté et secouru ceux qui tout ni.

» appelé à leur aide, montre-moi ta misérD » corde au milieu des infidèles, afin que je » reconnaisse que tu es encore avec moi , et » que les païens qui ne te connaissent pas )> voient que mon Dieu a écouté ma prière. »

J'étais couché et lié au fond du canot, de sorte que je ne pouvais pas voir derrière moi; mais ils regardaient en arrière, et disaient : « Oqua moa amanasu , » c’est-à-dire, l’orage se dissipe. Je me soulevai , et je vis que le nuage noir s’éloignait : alors je remerciai Dieu.

Quand nous fûmes à terre, ils me traitèrent comme la nuit précédente, m’attachèrent à un arbre , et se couchèrent autour de moi, en disant que nous étions tout près de leur pays, et que nous y arriverions le lendemain soir, ce qui ne me réjouit pas beaucoup.

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