CHAPITRE XXXIX
Comment un esclave de ces Indiens me calomniait toujours et aurait désiré me voir dévorer, et comment il fut tué et mangé en ma présence.
Il y avait parmi eux un esclave de la nation Caiios, qui est aussi l’ennemie des Tuppins- Inbas et 1 alliée des Portugais ; il avait été l’esclave de ces derniers , et s’était échappé. Or , les sauvages n’ont pas coutume de tuer ceux qui s échappent ainsi , à moins qu’ils ne com-
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mettent quelques crimes : ils les traitent en esclaves et s’en font servir.
Il y avait déjà trois ans que cet Indien Carios était parmi les Tuppins-Inbas; et il leur raconta qu’il m’avait vu accompagner les Portugais à la guerre et tirer sur les Tuppins- Inbas. Il ajouta que c’était moi qui avais tué un de leurs rois qui avait péri dans un combat quelques années auparavant, et les exhorta fortement à me faire mourir, assurant que j’étais leur plus grand ennemi ; et cependant tout cela était des mensonges, car il était dans ce village depuis trois ans, et il n’y en avait qu’un que j étais arrivé à Saint-Vincent quand il s’était sauvé. Je suppliais sans cesse le ciel de me protéger contre ses calomnies.
Vers [554, environ six mois après que j’eus été fait prisonnier, ce Carios tomba malade; et son maître vint me prier de lui rendre la santé, afin qu’il put l’envoyer à la chasse pour nous procurer des vivres, me promettant de m’en donner une partie; et il
ajouta que si je pensais qu’il ne guérirait pas, il le donnerait à un de ses amis pour le tuer , et acquérir du renom par ce moyen.
Il était malade depuis une dizaine de jours , quand, pensant le soulager, j’essayai de le saigner avec la dent d’un animal , nommé Backe , que les sauvages aiguisent à cet usage; mais je ne pus réussir à tirer du sang. Les Indiens, voyant cela, commencèrent à dire : Puisquil ne peut échapper à la maladie, il vaut mieux le tuer. Je les exhortai à n’en rien faire, parce qu’il pouvait encore guérir; mais cela ne servit de rien, ils le conduisirent à la cabane du roi Vratinge. Il fallut que deux d entre eux le portassent, car il était si malade, qu il ne s apercevait pas de ce qui se passait. Celui à qui on l’avait livré s’en approcha alors, et lui donna un tel coup sur la tète qu il lui fit jaillir la cervelle. Ils voulurent alors le manger; et je les exhortai à nen rien faire, leur représentant qu’il était malade et que sa chair devait être malsaine.
Ils ne savaient à quoi se décider, quand un Indien sortit de la hutte et lui coupa la tète; mais la maladie l’avait rendu si effroyable.
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qu il la rejeta avec horreur. Ils traînèrent ensuite le corps auprès du feu, le firent rôtir, et le dévorèrent en entier, selon leur habitude, a 1 exception de la tète et des entrailles
qui leur répugnaient, parce qu’il avait été malade.
Pendant ce temps, je parcourais les cabanes, où je les trouvais occupés à manger les uns les mains, les autres les pieds ou des lambeaux du corps. Ce Carios que vous faites rôtir, leur dis-je, et que vous mangez, ma toujours calomnie en assurant que, lorsque j’é tais chez les Portugais, j’avais tué quelques-uns des vôtres , car il ne m’a jamais vu. Vous savez qu’il a vécu quelques années parmi vous en bonne santé; mais, parce qu’il m’a calomnié, mon Dieu s’est irrité contre lui, l’a rendu malade, et vous a inspiré de le tuer et de le manger; c’est ainsi qu’il traitera tous ceux qui
de Hans stade n.
voudront me faire du mal. Ces paroles les effrayèrent, et je remerciai Dieu de la in-àce
qu’il me faisait.
Je prie le lecteur de vouloir Juen faire attention que je raconte tout ceci , non pas pour m amuser adiré des choses extraordinaires , mais pour faire éclater les merveilles que Dieu
a faites à mon égard.
Cependant le temps qu ils avaient fixé pour commencer la guerre s’approchait, et il y avait déjà trois mois qu’ils s’y préparaient. J espei ai s qu en partant ils me laisseraient
seul au village avec les femmes, et que j’en profiterais pour m échapper*