PREMIÈRE ET DEUXIÈME ÉPOQUES
Première époque. — Fondation du royaume de Quito.
L'histoire ancienne du royaume de Quito peut se subdiviser en quatre époques distinctes :
La première, depuis son origine, qui date
de quelques siècles après le déluge universel jusqu'à l'invasion de Garan Scyri , vers Tan 1,000 de Tère chrétienne; la seconde comprend un espace de cinq cents ans jusqu'à l'arrivée de l'Inca Huayna Capac , en 1 484 ; la troisième dura quarante-six ans jusqu'à sa conquête par les Espagnols , en 1 533 ; enfin , la quatrième ne comprend que dix-huit années et finit en 1 550 , avec la guerre civile.
La première époque, quoiqu'elle comprenne une longue suite de siècles, estpourtant la plus courte pour l'histoire , par le manque de renseignements ; la seconde, qui dure cinq cents ans , donnerait abondance de matières , si l'on voulait unir la fable à des faits très-douteux ; je n'en rapporterai ici que ceux qui me paraissent le mieux avérés ; la troisième mérite d'être appelée historique ; mais la quatrième, quoiqu'elle n'ait duré que dixhuit ans, donnerait tant à dire que je serai obligé de me contenter d'une relation abrégée.
Pendant la première période, le royaume de Quito comprenait le pays situé sous la ligne équinoxiale depuis 4 ° de latitude nord jusqu'à V de latitude de sud, et entre les 80 et 82° de longitude ouest du méridien de Paris , et formait ainsi un quarré de 50 lieues du nord au midi et de l'orient à l'occident.
Ce pays, situé entre les deuxCordillières des Andes , et en grande partie montagneux , est le plus sain et le plus agréable de toute l'Amérique. Le climat y est doux et favorable à toute espèce de production : les premiers habitants qui vinrent s'y établir étaient de la nation appelée Quitu.
On ignore si les diverses tribus qui occupèrent ce pays étaient d'une même origine , ou si plusieurs nations en firent la conquête séparément , et s'unirent ensuite en un corps de nation pour former un seul royaume. On ne connaît pas mieux les noms de ces tribus , ni la situation des petites provinces qu'elles occupaient. On sait seulement que la voyelle
o n'entrait pas dans ces noms, parce que cette lettre n'existait pas dans leur langue et qu'ils n'avaient que l'a ; mais les conquérants introduisirent par la suite la lettre o : c'est pourquoi on la rencontre actuellement dans beaucoup de ces noms (1).
On comptait quarante provinces dans le royaume de Quito , mais il n'y en a que
(1) Quoique Ton parlât à Quito la langue péruvienne, elle était dénaturée par beaucoup de mots de la langue des Quitus , des Caraguis et des Scyris ; la prononciation était aussi très-différente : ceux de Quito mettaient souvent un c pour un g , nnp pour uni, uno pour un U , comme on peut le voir par le tableau suivant :
Français.
Quito.
Cuico.
Tigre ,
Otorungo ,
Uturuncu.
Cerf,
Taruga ,
Taruca.
Dix,
Cbunga ,
Chunca.
Bras ,
Rigra ,
Ricra.
Plaine ,
Pamba ,
Pampa.
Bande (Faxa),
Chumbi ,
Cbumpi.
Porte,
Pungu,
Ponco.
Cœur ,
Schungu,
Sonco.
Voyez Arte de la lengua commun de estos indios de la provineia de Quito. Lima , 1 753 , 8°.
trente-quatre dont on ait conservé les noms; ce sont les suivants :
Aloa.
Cumbayé.
Mindo.
Sangelqui.
Aloasi.
Galeâ.
Nodo.
Tumbaco.
Amaguaua.
Guapulo.
Perucho.
Turubamba.
Calacali.
Guayllabamba. Pifo.
Uguimbichu.
Cansacoto.
Laiigasi.
Pintac.
Yaruqui.
Ghillo.
Lloâ.
Pamasqui.
Ycbubamba .
Chilbogëlli.
Lulubamba.
Puembo.
Zambisa.
Coaocoto.
Machachi.
Paellaro.
Cotocallâ.
Malchingui.
Quinclri.
On ignorequels furentles premiers chefs qui gouvernèrent ce pays ; on ne connaît que le dernier qui s'appelait Quitu , et dont le nom désigna depuis le royaume et la nation entière. Il ne reste aucun renseignement sur leur religion , leurs lois et leurs mœurs : tout ce qu'on peut supposer, c'est qu'ils étaient barbares comme toutes les autres nations qui peuplèrent l'Amérique.
Ce petit royaume était environné de plus de cinquante provinces plus ou moins étendues, gouvernées par des chefs particuliers, perpé-
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tuellement en guerre les uns contre les autres.
La forme de leur gouvernement était la même que celle du royaume de Quito, surtout dans les quatre provinces de Ymbaya , Latacunga, Puruha et Carlar, qui vers la fin de la troisième période y étaient déjà réunies soit par conquête, soit par alliance. Pour comprendre cette union , il est nécessaire d'examiner tous ces divers états, de voir quelle était leur position relativement à Quito qui en était comme le point central.
On en comptait vingt-sept principaux, sans parler d'autres bien moins importants qui étaient alliés ou peut-être ennemis.
Six étals indépendants du nord.
(. Poritaco , Collahuaso et Linguachi , étaient les plus voisins de Quito. Les tribus qui les composaient sont éteintes ou ont pris d'autres noms, comme les Tabacundos , etc. , et dépendent d'autres provinces.
II. Cayambi comprenait plusieurs tribus, telles que les Cayambis, Guachalaès, Tocachis, et quelques autres qui font actuellement partie d'autres provinces.