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CHAPITRE XXII

De leur religion.

Leur idole est une espèce de calebasse , environ de la grandeur d'une pinte; elle est creusée en dedans ; ils y adaptent un bâton , y font une fente qui ressemble à une bouche , et y mettent ensuite des petites pierres , ce qui produit un certain bruit quand ils chantent ou qu'ils dansent. Ils la nomment tammaraka , et chaque homme a la sienne.

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, Il y a parmi eux des espèces de prophètes^ qu'ils nomment pajgi. Ceux-ci parcourent le pays une fois par an, entrent dans les cabanes, et prétendent qu'un esprit, venant d'une contrée éloignée, les a doués de la faculté de parler avec toutes les tammarakas. Il leur a permis, disent-ils, de donner à ces idoles le pouvoir d'accorder tout ce qu'on leur demanderait. Chacun , désirant procurer cet avantage à sa tammaraka, leur fait fête : alors ils se mettent à boire, à chanter, et à faire toutes sortes de simagrées.

Ces prophètes font évacuer entièrement une cabane; et toutes les femmes et les enfants sont obligés d'en sortir. Ils ordonnent alors à chacun de leur apporter sa tammaraka , après l'avoir peinte en rouge et ornée de plumes, afin de leur donner le pouvoir de parler. Ils se réunissent ensuite dans cette cabane. Les paygi se placent à l'extrémité supérieure, et plantent leur tammaraka dans la terre devant eux. Chacun en fait autant de la sienne, et offre un

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présent aux prophètes, en flèches, plumes, pierres à mettre dans les oreilles, etc., afin que son idole ne soit pas oubliée. Quand ils sont réunis, ils prennent leur tammaraka à la main , et la parfument avec une herbe qu'ils nommentbittin.ïje paygi la place ensuite devant sa bouche, la remue, et lui dit dans sa langue : JVee rora. Parle et fais-toi entendre, si tu es dedans. Il lui parla ensuite si bas, que je n'ai pu entendre si c'est la tammaraka ou l'Indien qui parle ; mais les Indiens croient que c'est l'idole. Le paygi les prend toutes les unes après les autres, et fait la même chose. Ensuite tous les prophètes les excitent à aller à la guerre et à faire des prisonniers, les assurant que l'esprit qui habite la tammaraka a envie de manger de la chair humaine. Alors ils se mettent en campagne.

Quand le paygi a fait des' dieux de tous ces grelots, chacun emporte le sien, lui fait une petite cabane, l'appelle mon cher fils; lui offre à manger, et l'invoque toutes les

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fois qu'il veut en obtenir quelque chose , comme nous invoquons le Seigneur. Voilà toute leur religion. Ils ne connaissent pas le vrai Dieu , et croient que le ciel et la terre ont toujours existé. Ils ne savent rien de la création du monde.

Ils disent qu'autrefois il y eui une grande inondation; que tous leurs ancêtres furent noyés, excepté quelques-uns qui réussirent à s'échapper dans leurs canots, ou en montant sur de grands arbres. Je pense qu'ils veulent parler du déluge.

Lorsque j'arrivai parmi eux et qu'ils me parlèrent de tout cela , je crus d'abord que cet esprit devait être le démon; mais quand j'entrai dans la cabane, et que je les vis tous assis autour du prophète qui devait faire parler les tammarakas , je m'aperçus bientôt de la fourberie, et je sortis de la cabane en pensant combien il est facile de tromper le peuple.

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