‹ Voyageurs et romanciersChapitre 10 sur 40 · Dagneau · texte numérisé non relu

Dagneau

2i VOYAGEURS ET ROMANCIERS

On sait que Desnoireterres s'est voué — et peutêtre un peu trop — à la mémoire du xvm* siècle, dont il est à la fois l'historien et le romancier. Le xviif siècle a si souvent été décrit, vanté, retourné par les écrivains ennuyés du xix* qui voulaient s'amuser un peu, et qui, dans leur maussade époque, n'en avaient jamais l'occasion, que l'imagination s'est blasée et qu'il est bien difficile de faire renaître un intérêt quelconque pour une société dans les entrailles de laquelle tous les chiffonniers de la littérature contemporaine, ces chercheurs souvent sans lanterne, ont donné leur coup de crochet. C'est pourtant ce que Gustave Desnoireterres a entrepris, et il a réussi. Il s'est avisé, lui, de montrer, dans le xvm* siècle le côté qui est resté le moins connu et le plus voilé des mœurs d'un temps où ce n'était pas le vice que l'on gazait, mais la vertu. Il nous a montré une chimère peut-être, qu'il a rêvée, l'homme de tendre imagination qu'il est! Il nous a écrit enfin ces deux contes qui ne nous feront pas dormir debout, mais bien y veiller, de la vertu et des chastes amours du wm* siècle! D'autres nous avaient raconté comment les femmes cédaient et succombaient dans ce malheureux temps de perdition universelle. Il nous a montré, lui, comment elles résistaient et restaient vertueuses sans fracas, au prix d'une larme qu'elles essuyaient avec un bout de dentelle et qui ne revenait plus jamais rayer leur rouge sur leurs pauvres joues attristées.

cuampfleury; desnoireterres 25

Cela était hardi, cela était original, et cela était charmant ! Le Petit chien de la Maréchale et la Magnifique sont deux nouvelles de la plus chaste et de la plus douloureuse volupté. Quand on touche aux fils saignants des cœurs délicats avec cette délicatesse de main, on est mieux qu'un miniaturiste d'une époque fanée, on est un moraliste et un émouvant écrivain.

Page 1