‹ Voygae Autour du MondeChapitre 16 sur 53 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Remarques sur les Oiseaux pélagiens et sur quelques autres Palmipèdes.

L'océan a ses oiseaux comme la terre. Forcés d’en parcourir sans cesse les solitudes pour y trouver leur subsistance, ils furent doués . d’une puissance de vol extraordinaire , afin de pouvoir, en quelques heures, franchir des espaces immenses et se porter où l'instinct les appelle.

Parmi ces nombreuses tribus , il existe des distinctions de mœurs aussi tranchées que les caractères physiques qui servent à les classer : c’est ce qui nous détermine à ne donner le nom d’oiseaux pélagiens proprement dits qu’aux pétrels et aux albatros. On trouve les premiers dans toutes les mers , sous tous les méridiens et presque par toutes les latitudes. Excepté le peu de temps qu’ils donnent à la reproduction , tout le reste de leur vie est employé à parcourir l'océan , et à rechercher péniblement, au milieu des orages , une nourriture rare, presque aussitôt digérée que prise: ce qui semble mettre ces animaux sous la dépendance d’une seule fonction, celle de la nutrition. Ainsi nous avons vu précédemment toute une famille d’oiseaux à langue plumeuse que cette organisation particulière contraignoit à être sans cesse en action pour.se nourrir. C’est vraiment de ces animaux qu’on pourroit dire avec justesse qu’au lieu de manger pour vivre, iis semblent ne vivre que pour manger.

Les frégates, les paille-en-queues, les fous, les noddis, quoique s’avançant quelquefois fort- loin sur l’océan , ne méritent point le nom de pélagiens. Ce sont pour eux de simples excursions; et, préfé-

rantatOc ondulations des flots leurs rochers solitaires, iis y reviennent ordinairement chaque soir. ' . \

Avant de parier successivement de ces diverses espèces, nous dirons que ia difficulté de se les procurer a fortement embrouillé leur synonymie. Des navigateurs de toutes les nations leur ont donné des noms différens et en ont fait des descriptions en les voyant seulement passer; de sorte que, excepté les espèces qu’on possède et dont on connoît avec précision les demeures habituelles, on doit se tenir en garde contre les méprises des nomenclateurs. Il seroit cependant utile de bien s’entendre sur les noms assignés à quelques-uns de ces oiseaux : tout n’étant pas encore découvert en géographie , la navigation , dans de certaines circonstances ,’pourroit en retirer des avantages.

C’est ce que l’expérience démontre chaque jour , principalement dans le grand Océan, ainsi que nous le dirons bientôt.

Nous étant particulièrement attachés à l’étude des oiseaux grands voiliers, et, dans nos navigations, leur ayant entendu donner des noms divers par les marins , comme ceux de coupeurs d’eau , de sardiniers , de manches de velours , de cordonniers , fous, &c. , nous avions essayé d’abord de faire concorder cette synonymie avec celle des naturalistes : mais bientôt nous abandonnâmes cette idée , en voyant que les navigateurs ne s’entendoient pas bien entre eux sur les noms imposés aux mêmes individus, et que beaucoup de ces animaux nous manquoient pour les reconnoître. Ainsi nous nous bornerons à parler dçs habitudes de quelques-uns , et nous commencerons par les albatros.

Ces oiseaux sont bien connus. Les personnes qui sont allées jusqu’à l’extrémité Sud de l'Afrique , savent que ce sont les moutons du cap des navigateurs français. C’est le plus grand des palmipèdes : très-rare dan$ le nord , il appartient plus spécialement à l’hémisphère antarctique : encore n’est- ce pas dans nos mers qu’on • l'aperçoit. Il faut dépasser l’équateur et visiter celles qui s’étendent

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depuis la Chine jusqu’aux côtes d’Amcrique. On dit qu’auf Kamtchatka il y en a beaucoup. '

Dans le Sud, on commence à voir des albatros au tropique, en petit nombre, il est vrai; nous n’en avons même aperçu qu’une fois de l’espèce chiororhynque, près du éap Frio, au Brésil. Ordinairement ils ne dépassent pas le trentième degré : on en trouve davantage à mesure qu’on s’élève en latitude. C’est du cinquante-cinquième au cinquante-neuvième parallèle que nous en vîmes le plus ; et probablement que , dans cette direction , ils ne reconnoissent de limites que les glaces polaires. Ils parcourent tous les méridiens de cet espace immense, les coupent ou les prolongent avec la vitesse de l’aigle, suivant qu’ils trouvent plus ou moins de nourriture. Cependant ils ont des parages de prédilection: ce sont les extrémités lès plus australes des deux continens, le cap Horn et celui de Bonne-Espérance , séjour des tempêtes ou de perpétuels frimas , où viennent se briser les flots de deux océans sans bornes. Tous les navigateurs, en voyant leurs troupes nombreuses, savent qu’ils sont peu éloignés du Cap de Bonne-Espérance. Le même signe se renouvela pour nous en approchant de la Terre de Feu. Nous avions franchi tout d’un trait l’espace qui sépare le Port-Jackson de l’Amérique : dès notre sortie, nous vîmes de ces oiseaux qui nous accompagnèrent presque constamment ; et lorsque , par une grosse mer et au travers des brouillards , nous reconnûmes la Terre de Feu dans le voisinage du cap de la Désolation , leur nombre augmenta considérablement.

Ces. oiseaux ayant une si grande dimension et passant très-près des navires , il seroit assez facile d’établir des espèces par la couleur du plumage, si les nuances n’en varioient pas à i infini dans les deux sexes, selon lage et les saisons, comme il arrive dans les goélands. Ainsi nous nous contenterons d’indiquer par localité; les espèces dont les caractères sont bien tranchés; et nous réunirons dans un même groupe, comme n’en constituant qu’une seule, le diomède »•

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exile [ ditm^dca exu/ans], plusieurs individus sur lesquels on n’a encore que fort peu de données.

C’est par cette dernière espèce que nous commencerons , parce que nous la vîmes la première aux approches du Cap de Bonne- Espérance, dans le mois d’avril, et qu’elle nous accompagna, en allant à i'île de France , jusqu’à cent lieues en-deçà du tropique du Capricorne. Nous la retrouvâmes , à la fin d’août, à-peu-près dans les mêmes parages jusqu’auprès de la baie des Chiens-Marins, à la Nouvelle-Hollande, par environ 26° en latitude. C’est encore à la même espèce qu’appartiennent les albatros du Port-Jackson et du cap Horn que nous vîmes dans ces mers depuis novembre jusqu’en février.

Les différences qu’ils nous ont offertes se réduisent à celles que nous allons indiquer pour chaque individu :

1 .* Dos et couvertures des ailes d’un brun sale ; ventre blanc. C’est probablement cette variété qui a servi de type pour l’espèce diomtdta spadicea.

2. ° Dos grisâtre; cette couleur s'étend sur les ailes et devient brune à mesure quelle approche de leur extrémité : le ventre est brun.

3. " Dos et poitrine, d’une couleur blanche éclatante, ainsi que les couvertures des ailes : le reste de ces mêmes ailes est noir endessus. Il existe de légères variétés à cet égard dans le blanc , qui s’étend plus ou moins loin.

4. “ Ailes brunes, ventre et dos blancs. Cet individu est principalement distingué par une raie noire sur l’extrémité de la queue , qu’il porte en éventail : peut-être est-ce une espèce différente. Il habitoit avec les précédens à quelque distance de la baie des Chiens- Marins.

• • j.° Par 36° de latitude nord, en allant des Mariannes aux îles Sandwich , nous vîmes un albatros beaucoup plus petit que les précédens, mais marqué comme eux de taches d’un gris blanc Un

V*)Agt de l‘ Uranie. — Zoologie. J ^

caractère constant pour tous les individus, c’est d’avoir Ife dessous

des ailes blanc jusqu’à la pointe, qui est noire.

Les autres espèces bien distinctes sont : l'albatros* brun de la Chine , qui , à cause de sa couleur et de sa petite taille , peut être pris, en le voyant voler, pour un grand pétrel; le fuligineux, que, pour peu qu’il approche des vaisseaux, on distinguera toujours du pétrel géant-, à sa teinte brune plus foncée, à son bec blanc , et sur-tout au demi-cercle de la même couleur qu’il a autour des yeux*. Nous nous en procurâmes deux individus dans le grand Océan , par des latitudés bien opposées, d’abord en allant des Mariannes aux fies Sandwich , par le trente-sixième parallèle Nord, puis par le cinquantehuitième Sud , à quatre cents lieues du cap Horn.

Vient ensuite le chlororhynque , que l’on reconnoît de loin , parce qu’il est plus petit que le diomcdea exulans , et que, tout blanc du corps, les couvertures de ses ailes sont toujours noires. Ce signe ne varie jamais; il est plus saillant et pour le moins aussi positif que celui qu’on a tiré de la couleur du bec.

Cet oiseau n’approche jamais beaucoup les navires , ‘comme les autres espèces. Nous l’avons vu près de la Terre de Feu, par 5J°de latitude, dans la baie Française aux îlesMalouines.et enfin, longeant la côte orientale d’Amérique , s’avancer jusque sous le tropique.

Les pétrels , infiniment plus nombreux en espèces que le genre précédent, sont aussi beaucoup plus difficiles à déterminer. Ces oiseaux sont les compagnons inséparables des marins pendant leurs longues navigations. On les trouve, comme nous l’avons dit, dans toutes les mers et d’un pôle à l’autre. Tournoyant sans cesse autour des vaisseaux, ils ne les abandonnent que quand le vent cesse de les pousser, et cela par un instinct dont nous parlerons après avoir

* Cet oiseau a le corps d’un gris cendré, la tête, les ailes et le bout de la queue de couleur brune ; un demi-cercle blanc autour de Puril prend la largeur de la paupière ; la mandibule inferieure offre une ligne membraneuse d’un blanc bleu : contre l’ordinaire, les pattes ont postérieurement des rudimens d’onglets.

L’envergure est de six pieds deux pouces.

fait mention des caractères physiques de quelques-uns d’entre eux..

Nous avons vu le plus commun et le mieux Connu de tous, le damier, fréquenter en même temps , dans le mois de février, les parages brumeux des îles Malouines, par le cinquante-unième parallèle , et le beau ciel du Brésil , où nous le retrouvâmes encore en septembre. Ainsi, s’arrêtant en latitude vers les limites de la zone tempérée, il parcourt en longitude l’espace qui sépare l'Afrique du Nouveau-Monde et de la Nouveile-Hoflande. Ces oiseaux sont donc bien éloignés d’être relégués sous le quarantième degré de latitude australe, comme l’a dit Linné, sur le rapport des voyageurs; et nous-mêmes, à cet égard, nous ne faisons qu'avancer un fait, sans vouloir en inférer qu’ils ne poussent pas leurs courses plus loin que dans les parages où nous les avons vus. Dans certaines parties de l’histoire naturelle, l'époque n’est point encore arrivée , où , aidé d’un nombre suffisant d’observations précises, on pourra tirer des conclusions générales et invariables.

Il faut ajouter aux habitudes connues de ces oiseaux, celle dé ne pouvoir plus s’envoler lorsqu’on les pose sur une surface plane, le pont d’un navire par exemple. Cependant leurs ailes ne sont pas très-longues ni leurs jambes très-courtes.

Après les damiers, le groupe qu’on rencontre le plus fréquemment est celui des très-petits pétrels, dont on possède quelques espèces dans les collections. Mais il s’en faut beaucoup que toutes soient connues.

Il ne nous reste rien à dire de l’oiseau de tempête [ proccliaria pcLigicn], le sataniclc des matelots, qui se montre depuis les mers du Nord jusque vers le pôle Sud , sinon qu’on est bien revenu de l’opinion où l’on étoit que sa présence annonce la tempête.

Nous nous bornerons à indiquer quelques espèces différentes que les navigateurs confondent souvent, à cause de leur taille , avec celle-ci. Ainsi, sous l’équateuj atlantique , par 25° de longitude Ouest, en octobre, nous vîmes» pendant plusieurs jours de petits

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pétrels noirs , à croupion blanc , ayant sur chaque aile une large ligne

longitudinale d un noir plus fonce. *

Avant d’entrer au Cap de Bonne-Espérance, dans le mois de mars, des milliers de ces petits palmipèdes, noirs, taches de gris en-dessus , se tenoient constamment dans notre sillage.

Sous la ligne équinoxiale , dans le grand Océan , par environ i jo° de longitude à l’Ouest de Paris, nous filmes suivis par une espèce noire à ventre blanc , à queue fourchue , qui voloit avec beaucoup de rapidité.

Enfin , après notre départ du Port-Jackson , nous dirigeant vers l’extrémité Sud de l’Amérique , nous en vîmes beaucoup de noirs à ventre blanc , mais dont la queue étoit carrée.

Passant des plus petits de ces oiseaux aux plus grands de la même famille, qui sont entre eux, pour les dimensions , ce qu’un moineau est à une oie, nous dirons que le pétrel géant habite depuis le cap Horn et au-delà jusqu’à celui de Bonne-Espérance, et que ses limites en latitude paroissent être celles de la zone tempérée, hors de laquelle on l’aperçoit très -rarement. Nous l’avons rencontré aiix Malouines, où même il fit quelquefois partie des mauvais alimens qui composoient notre nourriture. Nous tenons du capitaine américain Orne, qui s’occupoit alors de la pêche des phoques dans ces parages , qu’au printemps ces pétrels venant en grandes troupes pondre sur la grève, son équipage se nourrissoit en partie de leurs œufs, dont il pouvoit charger des canots. D’après ce qu’a écrit Delano , autre capitaine américain , il semblerait que ces oiseaux sont susceptibles de mettre beaucoup d’ordre dans l'arrangement général de leurs œufs, et que, vivant à cette époque comme en république, ils exercent tour-à-tour une surveillance toute particulière dans l’espèce d’établissement temporaire qu’ils forment. Le capitaine Orne, qui connoît parfaitement les Malouines pour les avoir fréquentées plusieurs fois, ne nous ayant point parlé de cette particularité, nous n’y accorderons que le

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degré de croyance dû à un fait qui paroît extraordinaire et qu’on n’a point vu soi-même.

A la mer , le pétrel géant peut être pris pour l’albatros gris , dont il a la taille; toutefois, pour peu qu’il soit proche, on le distinguera facilement à la protubérance très-saillante que forment sur son bec les deux rouleaux de ses narines , protubérance qui , chez l’albatros, est à peine apparente.

Les caractères dont nous allons nous servir pour les espèces ou les variétés suivantes que nous avons à faire connoître, ne sont point assez exacts pour être donnés comme sûrs, puisque nous n’avons pu avoir à notre disposition les individus : c’est donc seulement d’après un examen attentif et souvent répété, auquel nous nous livrions lorsqu’ils passoient et repassoient à toucher notre bâtiment, que nous nous hasardons à les décrire; ce qui est bien insuffisant sans doute. Mais si l’on réfléchit qu’il n’y a que les albatros et les pétrels qui soient ainsi dans l’habitude d’accompagner les vaisseaux, il paroîtra aisé aux navigateurs d’appliquer aux uns ou aux autres ce que nous allons en dire, et de reconnoître les traits d’analogie qui existeroient entre les espèces qui s’offriront à leurs regards et celles que nous avons vues dans tels ou tels parages. Au reste, ce moyen, mis en pratique par des observateurs attentifs, est peut-être le seul à l’aide duquel on pourra éclairer l’histoire de ces oiseaux : car, comme ils n’entourent jamais Jes vaisseaux que quand la mer est agitée, il est assez facile de les tuer, et c’est ce que nous faisions quelquefois; mais il est rare qu’on puisse aller les chercher, sans compromettre l’existence des hommes qui s’y hasarderoient. D’un autre côté, la plupart des terres qu’ils fréquentent étant des rochers inaccessibles battus par les flots , on ignorera encore long-temps quelles sont leurs habitudes pendant la ponte et l’éducation de leurs petits.

Près du Cap de Bonne-Espérance, nous vîmes des pétrels gris, d'autres noirs avec une lunule blanche autour de l’œil; et entre ce

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lieu et l’îie de France, une grande espèce toute brune, qui parut

en même temps qu’une plus petite dont la couleur étoit presque

noire.

En allant de l’île Bourbon à la baie des Chiens -Marins, il s’en offrit successivement de tout noirs, d’autres joignant à cette couleur un ventre blanc avec des taches brunes sur la tête et le dos. La même espèce, sans taches brunes , nous a accompagnés depuis les Malouines jusqu’à Montévidéo, et de là au Brésil ; de sorte quelle habite en-deçà et au-delà du Cap de Bonne-Espérance, jusqu’au détroit de Magellan.

Le pétrel cendré se trouve à la baie des Chiens- Marins, à la N ouvelle-Hollande.

Non loin du Port-Jackson, nous rencontrâmes, en novembre, des troupes de ces oiseaux, qui suivoient la direction des bancs de poissons ou de certains mollusques, et pêchoient avec beaucoup d’activité: ils étoient noirs en -dessus, bruns en-dessous.

Par 5 3° de latitude Sud, aux environs de l’île Campbell, se montre un pétrel qui a la forme et le vol des damiers ; sa couleur est grisâtre. C’est probablement cet oiseau que le capitaine Cook compare aussi au procellaria capcnsis , sans qu’il soit cependant de la même espèce.

On en voit d’à-peu-près semblables près des Malouines, avec cette différence que l’extrémité de leurs ailes est marquée endessus d’une tache noire et blanche. Il ressemble beaucoup au pétrel colombe.

C’est aux approches de cette même île Campbell que nous vîmes , pendant plusieurs jours, de grands pétrels dont le corps étoit blanc, le dessus des ailes, le dos dans sa largeur, le bout de la queue, noirs ; en-dessous, les ailes étoient noires, avec une bande longitudinale blanche.

Une variété de ces oiseaux, au lieu d’avoir la tête blanche comme les précédens, l’a voit toute noire.

Peu après avoir laissé ce rocher, nous vîmes roder autour de nous un pétrel tout-à-fâit différent, pour la forme et le vol, de ceux que nous avions vus jusqu’à ce jour. Il est fort gros, d’un noir trèsfoncé, avec quelques taches blanches à l’extrémité de l’aile, d’un vol peu agile; ce qui tenoit probablement à ce que ses ailes n’avoient pas le développement de celles des grands voiliers.

Toutes les fois que les navigateurs verront leurs vaisseaux entourés et suivis assez long-temps par des oiseaux de mer planant sans cesse, ils pourront être assurés que ce sont des pétrels. Les grandes espèces peuvent quelquefois être confondues avec les albatros; mais, comme nous l’avons dit, on pourra, si elles approchent assez, les distinguer à la proéminence de leurs narines.

Ces oiseaux doivent être considérés comme essentiellement pélagiens. Ils fréquentent toutes les mers, et, pour ainsi dire, dans toutes les saisons. On peut croire séulement que, dans celle des amours, ils s’éloignent moins des rochers où sont leurs petits, qui demandent une nourriture continue.

Il est indubitable que des poissons servent de proie aux albatros et aux pétrels : cependant nous ne les avons jamais vus poursuivre les poissons volans , et nous n’avons point trouvé dans leur estomac de débris de ces animaux, pas plus que de certains mollusques qui parfois couvrent les mers , et dont un seul suffirait pour rassasier tout un jour un de ces oiseaux. Nous avions beau être entourés de méduses, de biphores, de physales, de vélelles, &c., ils ne s’en nourrissoient point et recherchoient avec activité d’autres alimens.

Il n’en est pas de même des sèches et des calmars , dont nous trou- •* vions toujours des fragmens dans leur ventricule.

Une circonstance qui n’a pu nous échapper pendant de longues navigations, c’est l’habitude, nous dirions presque la nécessité dans laquelle iis sont de fréquenter les mers agitées : la tempête même ne les effraie pas; et, lors du coup de vent, mémorable pour nous, que nous reçûmes dans le détroit de le Maire, nous voyions des

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pctreis entourer le cadavre d’une baleine, voler contre le vent, et

se jouèr entre les montagnes mobiles d’une mer en fureur.

Le calme , au contraire, aplanit-il la surface de l’Océan , ils fuient vers d’autres régions, pour reparoître avec les vents. Ceci tient, on ne peut en douter , à ce que l’agitation des flots ramène à leur surface une plus grande quantité des animaux marins qui servent de pâture à ces oiseaux. C’est par la même raison qu’ils se tiennent dans le tourbillon que forme le sillage du vaisseau, que la mer soit grosse ou belle. Cette cause nous fut démontrée de la manière la plus évidente, en abordant au Cap de Bonne-Espérance. Nous étions accompagnés par une grande quantité de petits pétrels de la grandeur de ceux qu’on nomme ordinairement alcyons , qui n’occupoient en volant à fleur d’eau qu’une ligne exactement de la largeur de notre sillage. Par-tout ailleurs on n’en voyoit point. Nous fîmes bien attention qü’on ne jetoit rien de la corvette; et cependant nous les voyions à chaque instant lancer des coups de bec comme pour attraper quelque chose que nous ne pouvions distinguer.

La durée, la rapidité, la force et le mode même du vol de ces oiseaux , en général , ont toujours été pour nous un sujet d’étonnement et d’étude. Leur agilité à s’abattre sur leur proie, comme un harpon qu’on lance , à l’enlever avec le bec , leur prestesse à frapper du pied le dos des vagues écumantes, ou bien à parcourir leurs longs sillons mobiles, étoient quelquefois le seul spectacle que, pendant des mois entiers, pou voient nous offrir les solitudes *• de l’Océan.

* Encore un des caractères propres à ces palmipèdes, c’est que leur vol s’effectue presque toujours en planant. S’ils battent quelquefois des ailes, c’est pour s’élever avec plus de rapidité; mais ces cas sont rares. Ce mécanisme peut s’étudier principalement sur les albatros, comme étant plus gros et approchant davantage les navires. Nous nous sommes assurés, et nous avons fait observer à. diverses

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personnes de l’état-major de l’Uranie, que leurs ailes étendues et formant en-dessous une concavité , n’offroient point de vibrations apparentes, quelles que fussent les positions que prissent ces oiseaux , soit qu’effleurant la surface de fonde, ils soumissent leur vol à ses ondulations , soit que s’élevant ils décrivissent de grandes courbes autour du vaisseau. Les oiseaux de proie terrestres, qui planent beaucoup , ont coutume de s’abaisser quand ils tiennent cette allure. Les albatros et les pétrels au contraire s’élèvent avec facilité , tournent brusquement sur eux- mêmes à l’aide de leur queue, et vont contre le vent le plus fort, sans que leur marche en paroisse ralentie et sans imprimer à leurs ailes le moindre battement sensible.

Cependant , il faut bien admettre une action , une impulsion quelconque sur le fluide qui les soutient, qu’on ne peut apercevoir, il est vrai , parce quelle ne s’opère probablement qu’à l’extrémité de très-longs leviers, mais qui n’en existe pas moins; car autrement on ne pourrait pas concevoir comment la progression de l'animal pourrait avoir lieu.

Quelques-uns de ces oiseaux grands voiliers ont des ailes si démesurément longues, qu’après s’être abattus sur les eaux, ils les tiennent étendues un instant. Lorsqu’elles sont serrées, elles nuisent à l'élégance des formes par le renflement quelles produisent vers la partie postérieure du corps. Mais c’est dans le v.ol que* ces oiseaux déploient avec avantage leurs agrémens naturels : ils, sont doués, pour l’exécuter, d’une force prodigieuse; par $9° de latitude sud, où il n’y a presque pas de nuit quand le soleil est sous le tropique du capricorne , nous avons vu le^ mêmes pétrels voler sans interruption plusieurs jours de suite.

Les pétrels n’ont pas l'habitude de plonger pour atteindre leur proie; ils se reposent d’abord à la surface de la mer; et siTanhnal qu’ik guettent se tient à une certaine profondeur, ils s’efforcent de le saisir en enfonçant sous l’eau une partie de leur corps.

Il doit résulter de tout ce que nous venons de dire, que la pré-

VoyagtdtVUmùe. — Zoologie- • '20

i S4 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

scnce seule de ces oiseaux n’est point un signe assuré de l’approche

des terres.

Après cette nombreuse famille, viennent les frégates, oiseaux bons voiliers , mais qui ne méritent pas le nom de pélagiens , d’après le sens que nous avons attaché à cette dénomination, fondée sur des habitudes particulières. En effet, les frégates s’éloignent peu des côtes ; deux fois seulement nous en avons vu quatre très au large; et comme cetoit dans des parages peu connus, nous soupçonnâmes qu’il existoit quelques rochers aux environs. Ce genre est très-circonscrit; les espèces que nous avons vues nous ont toutes paru se rapprocher infiniment de la plus ordinaire , le pelecanus aquila, même celles que les habitans des Carolmes apportent en cadeau au gouverneur des Mariannes \ Par-tout les frégates font une grande consommation de nourriture ; à Rio de Janeiro, où elles viennent jusque devant le palais du roi chercher leur pâture parmi les immondices de la rade, nous avons vu un de ces oiseaux qu’on avoit tué, rejeter de son estomac, en expirant, plus de deux livres de poisson.

• Elles se tiennent le plus souvent dans les régions élevées, planent, ou battent des ailes d’une manière qui leur donne un air disloqué. Lorsqu’une proie se laisse apercevoir, elles descendent en tournoyant, fondent dessus, et, sans toucher à l’eau, l’enlèvent avec leur long bec.

Nous avcyis lu dans des relations de voyageurs, et souvent entendu dire S des marins, que plusieurs fois ils avoient vu très au large des frégates en grand nombre. La chose est possible ; cependant il seroit convenable de s’assurer y cetoit bien réellement cet oiseau tout noir, ou noir avec le ventre blanc, à longue queue fourchue, au cou alongé , avec ou sans le jabot rouge, volant fort haut et n’appro-chant presque jamais des vaisseaux. Pour nous , nous ne lavons vu

• Ces oiseaux, donnés par un peuple doux et simple, étoient apprivoises et nourris avec du poisson. Il y en a des individus au Muséum. La couleur fauve qui recouvre leurs ailes tient à leur jeune âge, ce qu'indiquent encore mieux des traces de duvet.

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qu’aux approches de l’île de l'Ascension dans la Mer atlantique; à Rio de Janeiro; près de l’fle Rose, que nous avons découverte dans le grand Océan; à Timor et dans quelques autres lieux, toujours près des terres. ‘

Les autres oiseaux de mer dont nous avons à parler, non-seulement s’éloignent et diffèrent des espèces precedentes par les formes, mais encore par les mœurs. Leur énergie dans le vol est moins puissante; ils sont dans la nécessité de se reposer souvent, soit sur les eaux, soit à terre. En général, ils s’éloignent peu et en grandes troupes des lieux qu’ils ont choisis pour demeure ; ils plongent ou s'abattent brusquement sur leur proie.

Nous mettrons les fous au premier ran£ Quoiqu’on en trouve rarement au milieu de l’Océan , ils sont au moins aussi répandus à la surface du globe que- les pétrels; avec cette différence que leurs espèces ne paroissent pas si régulièrement limitées à certains parallèles. La plus commune, celle qui est toute blanche avec le dessus des ailes noir [ pelecanus bassanus ], habite les côtes de France et d’Angleterre ; on la retrouve au Cap de Bonne-Espcrance , où nos navigateurs lui donnent le nom de martre de velours , comme les Portugais celui de manga de vdudo. Le célèbre marin et hydrographe d’ A près indique même la présence de ces oiseaux comme un des signes certains de l’approche de cette partie de l’Afrique.

Nous en vîmes de semblables à l’île de France; non loin des côtes de la Nouvelle-Hollande, en allant à la baie des Chiens- Marins ; ils nous annoncèrent Timor, placé sous une latitude brûlante , et les îles Howe, qui précèdent le Port-Jackson ; ils étoient en grand nombre devant Amboine, aux Mariannes, autour de l’île Rose ; enfin , si nous voulions citer les lieux qu’ik fréquentent , il faudrait presque énumérer toutes les terres que nous avons visitées ou seulement aperçues.

Cette espèce , par le noir qui couvre ses ailes en tout ou en partie , est très-facile à distinguer, même de loin.

li en est d'autres dont les couleurs incertaines varient avec l’âge: nous nous bornerons à les indiquer. Il n’en est pas de meme du fou boubie [ ptlccanus parvus ]. Sa taille moyenne , sa couleur toute brune , quelquefois avec le ventre blanc , le feront aisément reconnoître. Dans les mois de décembre et janvier, nous en vîmes beaucoup au Brésil ; ils hâbitoient , à cette époque , les nombreuses petites îles de la rade de Rio de Janeiro; et chaque jour, lorsque la brise agitoit la surface de la mer , nous les voyions accourir par centaines à l’entrée de la baie, plonger de très-haut, en se laissant tomber , les ailes pliées , comme un corps inerte. Dans cet exercice , qu’ils renouvellent jusqu’à ce que leur énorme estomac, soit rempli de poisson, ils demeurent de six à huit secondes sous l'eau. 11 paraît nécessaire , pour que leur pèche réussisse , que les ondes soient un peu troublées; car, retirés pendant le calme, ils ne se montrent que sur les dix heures , lorsque les vents réguliers commencent à souffler.

Quand , trois ans après , nous revînmes dans les mêmes lieux , les mois de juillet, août et septembre se passèrent sans que nous vissions presque aucyn de ces oiseaux. Ils avoient changé de demeure ; quelques-uns seulement, qui n’avoient pas suivi l’émigration générale , se faisoient voir de temps à autre dans la rade.

Armés d’un bec très-fort et dentelé en scie, les fous sont susceptibles de faire des blessures d’autant plus dangereuses, qu’on a remarqué que , comme les hérons ,, ils s’élancent à la figure lorsqu’on veut les prendre après les avoir abattus.

Nous ne pouvons que faire mention d’une espèce que tua M. Bérard , en allant , dans les pros des Carolines , de Guam à Tinian. Elle étoit remarquable par la couleur rose des membranes qui recouvrent ordinairement la tête et le haut de la gorge. Les Carolinois , pour qui la chair de ces oiseaux est un mets friand , s’en régaloient avec un empressement tel , en se contentant de les présenter au feu pour faire tomber les plumes , que notre compagnon

put seulement nous apprendre, sur cette espèce nouvelle , ce que nous en rapportons.

Le signe le plus certain pour reconnoître les fous à la mer. seroit de les voir plonger et dispyoître sous l’eau. Nous nous exprimons ainsi, parce qu’il existe d’autres oiseaux- qui semblent plonger et qui ne font que s’abattre à la surface. Mais comme ceux • dont nous parlons ne sont pas dans l’usage de recourir souvent à cette immersion , et que même nous ne nous en sommes aperçus qu’une seule fois , on les distinguera aisément à leur cou alongé , étendu dans la même ligne que le corps , à leur vol lourd , s’exécutant moitié en battant des ailes, moitié en planant. Ils tournent un petit nombre de fois autour du navire qti’ils vont reconnoître, en portant la tête de côté et d’autre , puis gagnent le large.

Avec d’ Après, Bernardin de Saint-Pierre , Cook et Péron , nous dirons qu’il n’est pas d’oiseaux marins dont la présence soit un indice plus certain de la proximité des terres ; cependant il faut ajouter que c’est lorsqu’ils se montrent en troupes. En effet, on en rencontre quelquefois d’errans an nombre de trois ou quatre: mais il est facile de voir alors qu’ils ne suivent pas une direction fixe et constante, comme ceux qui, chaque soir, retournent vers leurs rochers accoutumés; et, quand la nuit .est close, on les voit se reposer sur l'eau. C’est ainsi qu'en allant des îles Sandwich à la Noüvelle-Galles du Sud , nous en vîmes à plusieurs reprises, d’abord deux, puis quatre, par 8’ de latitude Nord, nous estimant à cinq cents lieues de toutes terres connues.

En suivant la direction du vol de ces oiseaux réunis en grand nombre aux frégates , aux hirondelles de mer, aux pétrels, certains navigateurs ont découvert des terres. C’est ce qui arriva au capitaine américain Delano, qui , à l’aide de ces indices, n’hésita pas de dire à son frère : Allez reconnoître l'ite ou les rochers qu 'indiquent les oiseaux que vous voyez voler. Il y alla et découvrit la petite île Pilgrim.

Nous aurions pu en faire autant, si, au lieu d'arriver directement sur l 'Me Rose , nous en eussions passé à une certaine distance. C’est le soir sur-tout, lorsque ces animaux, s’étant occupés le jour à pécher, reviennent à leur gîte, .qu’on peut tirer plus davantage de la direction qu’ils prennent

Tous les marins parlent de fous qui , pendant les traversées , se reposent la nuit sur les agrès. Nous croyons le fait vrai dans quelques cas ; mais le plus souvent on se méprend sur le genre de ces oiseaux, qui sont des noddis [ noddi noir ,.sterna stolida ]. Aux yeux de personnes peu exercées à la méthode des naturalistes, ils peuvent bien passer pour des fous , dont ils ont un peu le port'; cependant ils en diffèrent , en ce qu’ils sont moins grands, de couleur noire, avec une calotte blanche sur la tête ; leur bec , moins fort , plus effilé, demeure toujours entrouvert à cause.de la courbure des deux mandibules, et il est dénué de peau nue à sa base. On peut ajouter que leur vol tremblotant ressemble- à celui d’un oiseau très-fatigué et qui est près de tomber. *

Cependant des personnes qui avoient navigué plusieurs fois entre les tropiques , nous ont tellement dépeint les oiseaux qui , chaque soir, venoient se reposer sur leur navire, que nous n’avons pu nous refuser à reconnoitre le boubie [ pelecanus parvus ]. Jamais semblable chose ne nous esp arrivée. Seulement une fois, dans les Moluques , un fou d'un brun foncé vint se faire prendre à bo'rd.

Nous joindrons dans un seul groupe , comme ayant des rapports de conformation , les paille-en-queues et les hirondelles de mer.

Les premiers , parfaitement connus des navigateurs pour annoncer l’approche des terres , habitent la zone torride , dont ils ne s'éloignent guère. Le plus loin qu’on les ait vus peut-être , hors de cette limite, est par le vingt-sixième parallèle Sud. Nous n’avons que peu de chose à dire sûr ce bel oiseau aux plumes satinées, qui, dès qu’il aperçoit un navire , vient le reconnoitre et planer au-dessus des mâts. On assure que, pour l’attirer, on n’a qu’à placer, un

pavillon rouge au sommet du plus élevé , et qu’il approche jusqu’à le becqueter. Nous avouons que l’expérience n’a pas réussi. Nous savons cependant' qu’à Bourbon on les fait venir sur la plage en agitant simplement un mouchoir. Du reste . à la mer , lorsqu’ils passent au-dessus du navire , on peut les tirer avec l’espoir qu’ils tomberont à bord. Nous en eûmes plusieurs ainsi, que nous dûmes à l’adresse de M. Bérard. •

Les espèces les mieux connues sont le phaéton aérien, dont le plumage d’un beau blanc est plus ou moins tacheté de noir, selon l’âge, et le paille-en-queue à brins rouges , beaucoup plus gros et plus rare, dont le bec est assez ordinairement rouge aussi. On trouve ce dernier à file de France, à celle de Norfolk; on en a vu par 2j° de latitude Sud; nous en avons* souvent rencontré dans notre traversée des îles Sandwich à la Nouvelle-Hollande, sur-tout une fois, sous Icquateur, par i jo" de longitude à l'Ouest de Paris. Il faut beaucoup d’attention pour distinguer en l’air les deux plumes rouges de leur queue.

On voit les paille-en-queues traverser l’île de France dans, tous les sens. Ils se reposent sur les arbres et font leurs nids entre des rochers inaccessibles. Nous nous plaisions souvent à les voir, flans les profondeurs des cascades qu'offre cette île , tournoyer en faisant entendre leur voix criarde; la blancheur de leur plumage contrastoit admirablement bien avec la teinte noirâtre des rochers volcaniques. Le même spectacle nous a été offert sur file Bourbon , sur-tout auprès de la ville de Saint-Paul. Les jeunes , encore dans le nid, ramassés en boule et couverts d’un duvet d’une éclatante blancheur, ressemblent parfaitement à des houppes à poudrer, en duvet' de cygne.

Ces oiseaux ont une manière de voier^qui leur est particulière. Ils semblent, par leur tremblement, êtaaî épuisés de fatigue et toujours sur le point de tomber. Quelquefois ils planent, mais rarement. Iis s'abattent de très-haut, en s’abandonant à l'impulsion de

i6o VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

leur propre poids, et saisissent le poisson sans plonger, comme les

hirondelles et les martins-pêcheurs.

Les hirondelles marines parcourent l’Océan en petites troupes, comme les phaétons. On les reconnoît à leur vol oblique, irrégulier, en zig-zag, à leurs grandes ailes triangulaires pointues, et au peu de saillie de leur tête. Plusieurs espèces joignent à cela une queue fourchue. La plupart font entendre par intervalles des cris aigres. Ordinairement elles ne suivent ni n’entourent les vaisseaux, et ne font que passer.

On ne peut rien présager de la présence de quelques- uns de ces oiseaux vagabonds. II n’en est pas de même lorsqu’ils apparoissent en grand nombre : réunis aux fous, iis nous annoncèrent dans le grand Océan l’îl^sablonneuse de Christmas , quoique nous en fussions assez éloignés. Dans les belles mers équatoriales , les hirondelles voyagent quelquefois la nuit; car nous les entendions pousser des cris perçans. •

Les îles et les côtes désertes en recèlent des milliers qui vivent en troupes. La baie des Chiens-Marins est le lieu qui nous en offrit le plus 'à-la-fois. Ces hirondelles indiquent , ainsi que plusieurs autres espèces aquatiques , des pfages poissonneuses : cependant , vu leur grand nombre, elles sont exposées. à de longues abstinences* sur-tout lorsque la mer est orageuse , ce qui n’est point pour elles , comme pour les pétrels, un instant favorable à la pêche; elles demeurent alors entassées en troupes sur le rivage.

Une espèce assez rare est la petite hirondelle toute blanche, dont les plumes sont soyeuses et satinées comme celles des pailleen-queiies. Sparmann fa figurée. Elle -habite le Cap de Bonne-Espérance , les environs de l’île Christmas et les Marianires : nous l’avons fréquemment ot^ervée à Guam. Elle pêche sur le rivage, et va se reposer sur les aires ; mais les pieds palmés de cet oiseau sont si courts , qu’il a beaucoup de peine à s’y percher. Sa peau et le duvet qui la recouvre sont d’un noir foncé, de même que le

"bec , dont la forme ne nous a pas paru être absolument la même que dans les autres hirondelles.

Il nous reste à parler des cormorans, des manchots, et de quelques autres palmipèdes qui , s’éloignant très-peu de terre , vivent dans les baies paisibles.

Pour cela, nous nous placerons aux îles Malouines, où, de toutes les parties de l’hémisphère austral, viennent se réunir des myriades de ces oiseaux. Nous y verrons les stupides cormorans couvrir de 'leurs essaims tous les rochers qui & «projettent dans la mer. Nous les abattions à coups de fusil ou en leur lançant des pierres , sans que notre présence , ni. le bruit , ni la vue de leurs compagnons blessés qui se débattoient, fussent capables de les inciter à fuir avec plus de hâte. Il est vrai que leurs petites ailes disproportionnées avec leur lourde masse, sont un obstacle physique à ce qu’ils puissent s’envoler facilement : s'élancer dans l’air est pour eux un travail pénible qu’ils n’exécutent que lorsqu’ils y sont foiyés; alors on les voit étendre le cou, déployer leur queue, battre long-temps avec • effort la surface de la mer, avant detppuvoir s’élever. La Surprise, l’effroi , leur font rendre le poisson dont leur ample estomac est rempli.

Il règne beaucoup d’incertitude relativement aux diverses espèces de ces oiseaux, dont le plumage varie selon l’âge, le sexe, les localités , et peut-être les saisons. Par exemple , parmi les innombrables bande j qui habitent le Cap de Bonne - Espérance , on peut en reconnoître une espèce unique et très -distincte dans le caria cristatus , dont la couleur paroît demeurer constamment brune.

Il n'en est pas ainsi de ceux de la baie des Chiens-Marins , du cap Horn et des Malouines, qui nous semblent ne former qu’une seule et même espèce, si variable, il est vrai, par la multiplicité des nuances, qu'on ne sait pas au juste quelle est celle qui lui est la plus ordinaire et qu’elle conserve après toute sa croissance. Voici cé que nous avons observé.

Yy&gt de l’ Uranie. — Zoologie. *2 |

La baie des Chiens -Marins a des cormorans tout noirs, et' d’autres qui ont le ventre blanc avec le tour des yeux jaune.

Ceux que nous avons vus, au cap Horn, tournoyer autour de nous, avoient de même le ventre blanc.

Aux îles Malouines, où notre séjour, prolongé assez long-temps après l’époque des couvées, nous permit de mieux observer ces oiseaux, nous avons remarqué que les jeunes, moins gros, sont d’un: noir verdâtre. A mesure qu’ils grandissent , leur cou d’abord , puis la poitrine, deviennent d’un blafic soyeux. Il paroît que lorsqu’ils ont atteint tout leur développement, un des sexes conserve le jabot blanc. Quelques-uns portent autour des yeux et à la racine du bec des caroncules jaunâtres. .

Des individus, beaucoup plus grands et plus gros, ont ces caroncules plu^ développées , le cou et la poitrine blancs.

L’incertitude qui existe sur la couleur la plus commune de ces oiseaux nous a empêchés d’en faire figurer quelques-uns.

• Ce sont eux qui le plus ordinairement blanchissent de leur fiente les rochers qu’ils habijatit, au point que dans l'éloignement on pourroit les supposer couverts de neige, sur-tout quand les localités peuvent favoriser cette illusion.

Les îles Malouines sont, sans aucun doute, l’endroit de l’hémisphère austral, et par conséquent de toute la terre, où il y a le plus de manchots [ aptenodytes dtmersa ]. Pernetty a déjà parlé de ces singuliers amphibies. Mais comme ils furent pour nous déjà plus haute importance, puisqu’ils contribuèrent à nous nourrir, et que nous fûmes obligés de les chasser souvent et d’étudier leurs .ruses pour nous en emparer, ce que nous avons à en dire pourra ajouter à ce qu’on sait déjà de leurs mœurs.

Les oiseaux nageurs ont ordinairement une portion du corps hors de J’eau; il n'en est pas de même des manchots , qui ne laissent paroftre que la tête. Cette allure est analogue à leur conformation : ne pouvant voler pour atteindre leur proie, et contraints de la

poursuivre à la nage, il falloir que la nature leur donnât la faculté de se maintenir sou$ feau par leur propre poids, afin qu’ils pussent, dans l’occasion , consacrer toutes leurs forces à l’action de nager. Aussi s'en acquittent-ils avec une rapidité qui égale et surpasse même celle de certains poissons. Ils citassent encore en sautant à la maniéré des bonites, et Ie6 imitent en cela au pornt qu’en-dehors des Malouines , nous les prîmes d’abord pour une troupe de ces scombres.

Cet oiseau-poisson, qu’on nous passe ce terme, habite exclusivement les» petites îles qui se trouvent enclavées dans les Malouines. L’instinct l’a déterminé à prendre cette précaution , afin que lui et sa progéniture ne devinssent pas la proie des chiens antarctiques qui se trouvent sur la grande terre.

Pour faire connoître la natific de ces petits îlots, nous choisirons un de ceux qu’on voit dans la baie Française, et que fort à tort on a nommé 'île aux Pingouins V .

Il peut avoir quatre milles de tour environ. Dans toute sa circonférence, et sur le bord de la mer seulement, règne un cordon d’une belle verdure sombre, que de loin on prendroit pour des arbres; ce n'est qu’en arrivant dessus qu’on reconnoît quelle est produite par de grands dactvlis à larges feuilles. Ces plantes agglomérées en lâisceaux par le bas, s’élèvent sur des tertres et croissent jusque sur le rivage.de la mer. Chaque année leurs nombreuses feuilles se pourrissent en tombant et forment de nouvelles couches de détritus qui exhaussent le contour de l’île.

Ces manchots ont pris ces touffes d’herbes pour demeure pendant six mois de l’année, l’été et l’automne, c’est-à-dire, jusqu’à ce que leurs petits soient en état d’aller à la mer.. Ils s’) sont tracé des sentiers en tous sens, dans lesquels les hommes mêmes peuvent circuler librement , en .écartant le haut des feuilles avec

. * C’est )Ie aux Alanc hotsqhe l’on de vroit dire, les pingouins ne te trouvant pas dans l’hémisphcre

Sud. Il est vrai que le tlom de pingouins fut donne d’abord aux manchots parles Hollandais

la main. Leurs demeures sont des trous en forme de four, de deux à trois pieds de profondeur, dont l’entrée est assez large et très-basse. Il faut, toute la force du bec de cet oiseau pour pouvoir les creuser dans des racines. aussi tenaces. Quelques-uns sont tapissés d’herbes sèches. C’est là qu’ils déposent leurs œufs, d’un jaune sale-, et gros comme ceu£ de dinde. Ils ne doivent être' qu’au nombre de deux ou trois, autant que nous avons pu en juger par les jeunes qu’on rencontroit autour du mâle ou de la femelle.

De grand matin et le soir, tous les manchots sortent des trous et vont à la mer pêcher. Ceux qui ont l’estomac plein demeurent encore pendant quelque temps en troupes sur le rivage, oq ils ont l’air de faire assaut à -qui criera ou braira le plus fort: puis tous rentrent et demeurent pendant le jour au milieu des herbes ou dans "leurs trous. Cependant»on en voit quelques-uns qui, moins heureux que les autres dans leur pêche , regagnent l’îfe plus “tard. Ces oiseaux prennent tant de nourriture à-la-fois, qu’ils sont souvent obligés d’en dégorger ; on trouve alors, dans les sentiers où ils ont passé, des fragmens de sèches et de poissons.

Lorsque les petits ont acquis un accroissement convenable , un beau jour, à une heure fixe peut-être , la troupe entière abandonne fîle et gagne la haute mer. Où vont-ils!.,.. Nous n’en savons rien. Le capitaine Orne, qui habite souvent ces parages pendant toute l’année, pense qu’ils passent l’hiver à la mer. Lcmigration s’est faite, en 1 820, du 20 au 2$ avril. Nous ne fûmes pas peu surpris, en allant pour les examiner une dernière fois.de ne trouver qu’un malheureux infirme, là où la veille nous eussions pu les compter par milliers. A cette époque , il n’y eut que notre curiosité de trompée : mais si pareille chose avoit eu lieu un mois auparavant , nous eussions été probablement obligés de nous passer de manger ce jour-là; car, lorsque nous n’avions pas d’autres provisions, nous allions dé suite sur cette Jle, que nous considérions comme notre magasin de réserve. Voici comment nous découvrîmes cette ressource.

* ZOOLOGIE. * (é5

Deux ou trois jours après notre naufrage, chargés avec M. Bérard de foire une excursion dans le but de trouver des vivres quelconques, nous nous dirigeâmes sur ce point , espérant y rencontrer des phoques : nous fûmes trompés dans notre attente. En approchant de lïle, nous entendions un bruit épouvantable. Comme il étoit à peine jour , nous ne • pouvions distinguer ce qui le produisoit. Enfin, lorsqu’il fit plus clair, nous aperçûmes sur le rivage des centaines de manchots qui crioient tous à-larfois. On jugera quel vacarme ce pouvoit être, quând on saura que le cri d'un de ces oiseaux est semblable à celui d’un âne, et presque aussi fort. Nous .desirions bien nous çn procurer, mais comment foireî Instruits par ce que nous avions déjà vu au Cap de Bonne-Espcrance, qu’ils étoient fort durs à tuer, et qu’un coup de fusil bien ajusté n:er>procuroit jamais qu’un ou deux , attendu que les blessés gagnent promptement la mer ; voulant d’ailleurs Utiliser davantage nos muni1 tions, nous avions résolu d’abandonner cette citasse pour celle des oies. Mais en traversant les grandes herbes, nous rencontrâmes quelques manchots qui fuyoient devant nous dans leurs petites routes, et que nous tuâmes facilement. Dès-lors nous fûmes instruits de la manière dont il folloit s’y prendre pour en avoir : chaque fois que nous avions besoin de vivres, on se rendort à l’île avec huit ou dix hommes, dont quatre étoient armés dè bâtons courts; on savançoit en silence; et dès qu’on apercevoit ces oiseaux à travers les feuilles des graminées, on les assommoir Un seul coup sur la tète suffisoit pour les abattre et les étourdir, mais non pas pour les tuer; car, si on les abandpnnoit, ils revenoient à eux et s’échappoient; il folloit leur ouvrir la tête, pour être bien ! sûr qu’ils fussent morts. Lorsque ces malheureux animaux se voyoient surpris , ils poussoient des cris . vraiment lamentables , et se défendoient en lançant des coups de bec qui pinçoient jus- ’ qu’au sang. Les jeunes déedoient ordinairement leur gîte par un cri particulier que nous savions reconnoître ; nou% étions alors

assurés d’en rencontrer trois ou quatre avec quelques vieux. C’étoit la saison de . la mue pour ces derniers ; nous les surprenions quelquefois hAtant avec le bec la chute de la couche extérieure des plumes qui ne tomboient que lorsqu’elles étoient remplacées par d’autres. Des ricins dont ils ne peuvent pas toujours se débarrasser, les incommodent beaucoup.

Lorsqu’ils ruyoient à travers les labyrinthes de leurs sentiers, on auroit cru entendre trotter de petits chevaux. Nous les poursuivions . avec tant d’ardeur, qu’ils nous échappoient rarement ; et quand ils se réfugioient dans leurs trous , un des nôtres , armé d’un fer pointu terminé en tire-bouclion , les amenoit facilement en-dehors. Ceux de ces oiseaux qui dans ces instans revenoient de la mer, tomboient aussi en notre pouvoir ; dès que nous apercevions au-dessus de l’eau leur tête en canuul , pour nous servir de l’expression caractéristique du bénédictin Pernetty, nous nous cachions jusqu’à ce qu’ils fussent engagés, en s’aidant péniblement de leurs pieds arrondis et de leurs très-petites ailes, au milieu des pierres qui recouvrent la plage , et alors il nous étoit facile de les tuer. Dans l’espace de six heures, nous en prenions de soixante à cent vingt : ce dernier nombre fournissoit pour deux jours de vivres à l’équipage. Chaque manchot pesoit de dix à douze livres : mais comme il avoit ,une masse considérable d’intestins, qu'on étoh forcé de lui enlever la peau pour le faire cuire, et. qu’il perdoit alors toute sa graisse, on n’en retiroit que trois ou quatre livres de viande tout au plus. C’est un très-mauvais aliment; et certes une dure nécessité pouvoit seule nous forcer à faire une guerre impitoyable à ces malheureux animaux. Quelques cochons que nous conservions et qui se nourrirent de leurs peaux huileuses , contractèrent un goût de . sardine vraiment détestable. . •

' Cette espèce de- manchôts ; la même que celle du Cap , nous a offert un canal intestinal de vingt-quatre pieds de long, à prendre seulement de la fin de l'estomac, qui s’étend, comme on sait, chez cet

animal, jusqu’à la partie inférieure de l’abdomen; ce qui donne un tube digestif d’environ vingt-cinq pieds, dont le rapport avec l’oiseau, qui avoit dix-neuf pouces, est à-peu-près comme quinze est à un.

On rencontre aussi aux Malouines, mais rarement, le manchot ' huppé et le grand manchot [ aptcnodytes patagonica ] ; un de cette dernière espèce pesoit vingt-neuf livres. Ils s'avancent très au large; nous en vîmes deux ou trois entre l’îlc Campbell et le cap Horn: Il est vrai qu’ils ont la faculté de se reposer sur les îlots de glaces flottantes qu’on trouvelflans ces parages.

Les troupes d’oies qui paissent dans c^s plaines herbeuses , et dont Bougainville a parié très au long, nous fttrent d’un grand secours. Elles ne demeurent dans les îles de la baie Française que le temps nécessaire pour élever leurs petits, après quoi elles émigrent vers d’autres parages. A la fin d’avril, époque où nous quittâmes les Malouines, on n’en voyoit presque plus dans les prairies. Elles different de l’oie commune, non-seulement par le plumage et les' tubercules quelles portent au pli de l’aile, mais encore par leur cri, qui n’est point retentissant ; il a quelques rapports avec de petits éclats de rire. Nous remarquâmes qu’elles n’alloient à l’eau que lors-, qu’on les y forçoit. • * . V - -

De petites sarcelles se tiennent dans les étangs d’eau douce, et les Canards dans toutes les anfractuosités de la rade. Nous ne reconnûmes que deux espèces de ces derniers : l’une, de moyenne grandeur, de couleur enfumée, voloit. très-bien ; l’autre, au contraire, très-grosse, a reçu, à .fause de la petitesse de ses ailes, qui ne lui permet pas de s’élever dans l’air, le nom de canard aux ailes courtes'. Nous le représentons planche 3p. Leur extrême défiance les sous-trayoif souvent à nos coups ; mais la nécessitë nous apprit bientôt qu’en lès poussant à terre avec un canot, ils ne pouvoient nous échapper.

Il nous falloit bien imaginer diverses rus’es afin de faire des vivres, comme disent les marins , pour cerit. vingt personnes privées de

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toute autre espèce de nourriture. Mais les navigateurs qui fréquenteront cette terre pour se reposer et se procurer du gibier en abondance, feront bien de négliger ces canards, qu’on ne peut plumer, et auxquels on est forcé d’enlever la peau.

Des légions de goélands , d’alouettes de mer , d’huîtriers revêtus de noir et de blanc ou tout noirs, se joignoient aux espèces que hous venons de citer, parmi lesquelles il ne faut pas omettre le stercoraire cataracte, qui est la poule du Port-Egmont des navigateurs anglais. Il sera facile dé le reconnoitrc-a la large bande transversale blanche qu’il a qp -dessous des ailes, et qui contraste avec la couleur brune de son corps. * '

L’hémisphère austral nous a montré dans plusieurs lieux les •espèces communes de mauves et de goélands, comme au Cap de Bonnp-Espérance, à la Nouvelle-Hollande, à la Laie des Chiens- Marins, aux îles Malouines, à Montévidéo et au Brésil, qui est la latitude la plus élevée par laquelle nous en ayons vu. A Rio de Janeiro, on en fait la chasse dans la rade, parce que leur chair y est autant estimée qu’on la dédaigne citez nous.

Quoique sans aucune ressource dans les solitudes des Malouines, d’où nous ne prévoyions pas sitôt sortir, nous n’abandonnâmes jamais l’étude de la nature ; nous y trouvions une distraction puissantecontre les inévitables et secrètes réflexions sur notre position, que l’hiver qui s’approchoit alloit rendre plus terrible. C’est dans nos chasses, en épiant les animaux, que nous surprenions quelquefois ces singularités de moeurs, ces habitudes sociales propres à chaque tribu, qui disparoissent et font place à l’effroi lorsque l’homme se montre à découvert.

11 résulte de ce que nous venons de dire des oiseaux d£ mer, relativement à l’utilité dont ils peuvent être pour fa navigation , qu’il n’y en a qu’un très-petit nombre qui soit susceptible d’annoncer avec quelque précision, et dans de certaines circonstances, le voisinage des terres; qu’on ne doit tirer aucune induction

semblable de l’apparition de quelques espèces qui errent sur l’Océan pour y chercher leur nourriture. En indiquant les parages dans lesquels nous les avons rencontrées, nous n’avons point prétendu les leur fixer pour limites; celles que trop tôt on sest empressé de vouloir leur assigner, ne reposent pas sur un assez grand nombre d’observations pour être exactes.. D’ailleurs, les saisons, les calmes ou les vents, les font se rapprocher ou s’éloigner plus ou moins de cçrtaines zones. • . ’

D’un autre côté, nous" ne pouvons nous dissimuler que toutes ces déterminations de genres, mais sur-tout d’espèces, sont assez difficiles à appliquer, à la simple inspection, aux oiseaux de mer, pour les marins qui, étrangers à l’histoire naturelle, se sont déjà fait une nomenclature usuelle, excessivement variable, comme nous l’avons dit, et qui laissera -long-temps du vague et de l'obscurité dans cette branche de l’ornithologie. Cependant s’il est possible Je faire faire des progrès 4 l’histoire de ces oiseaux, on doit s’attendre à y voir contribuer avec succès quelques-uns des officiers de /’ Uranie, qui, témoins de nos études en ce genre , y donnoient infiniment plus d’attention que n’ont coutume de le faire les personnes de leur profession. Nous citerons particulièrement M. Bérard, que son goût pour la chasse . joint à son adresse, portoit à nous procurer tous ceux de ces animaux qui s’offroient à ses coups. Cet officier , parcourant avec la plus grande’distinction sa carrière, est parti pour un second voyage autour du monde : il explore en ce moment de nouvelles contrées , affronte de nouveaux dangers , et satisfait ce besoin impérieux pour l’homme de mer, de sensations fortes et sans cesse renouvelées.

\ oyage dt l'Uranit. — Zoologie. 2 2.

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