‹ Voygae Autour du MondeChapitre 26 sur 53 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Description des Mollusques.

Genre CALMAR. — Lougo. Lamk.

CALMAR A CROCHETS. — Loligo uncinata. N.

PLANCHE 66, fîg. 7.

Loligo, corpore brevi , nigricante; alis subrubris; tentaculis subcârulets, duobus mu/oribus uncimitis , atcurbitulâ desùtuùs.

Ce calmar a étc pris dans la mer qui avoisine la terre d’Endracln ; il est représenté de grandeur naturelle, et a sept pouces de longueur. Son corps, oblong, a peu d 'étendue, et les ailes qui le terminent forment un losange transversal. Elles sont rougeâtres, tandis que le haut du corps est d’un bleu noir avec quelques taqjies blanchâtres. Une arcte*Iongitudinale règne sur la ligne qjçdiane. Les yeux sont saillans.

Les dix tentacules ont une couleur bleue piquée de noir ; huit,

garnis de ventouses, ont une médiocre étendue, tandis que ceux qui dépassent ordinairement les autres , sont très-longs dans cette espèce, et seulement munis de crochets acérés à la partie interne. Ce caractère a paru suffisant à M. Lesueur pour former le genre onychia, et notre individu a les plus grands rapports avec son onychia angulata, si toutefois ce n’est pas la même espèce. Voyez le Journal de l'Académie des sciences naturelles de Philadelphie , septembre 1822, planches r, 2 et j. •

Cette famille des sèches est plus commune qu’on ne pense dans les mers ; c’est la principale nourriture des oiseaux grands voiliers. Les albatros et les pétrels que nous avons tués, en avoient presque toujours des lambeaux dans leur estomac. En effet, la chair de ces animaux est très-nutritive, et ne ressemble en rien , si ce n’est par la couleur, à celle de quelques autres mollusques et zoophytes pélagiens dont les oiseaux ne paroissent pas se soucier; car nous les avons constamment vus paroître affamés au milieu de myriades de biphores, de méduses, de vélelles, de physalies, de porpites, &c.

Dans l’Océan atlantique, près de lequatcur, par un temps calme, nous recueillîmes les débris d’un énorme calmar ; ce que les oiseaux et les squales en avoient laissé, pouvoit encore peser cent livres, et ce n’étoit qu’une moitié longitudinale entièrement privée de ses tentacules; de sorte qu’on peut, sans exagérer, porter à deux cents livres la masse entière de cet animai. Quelles dévoient être la grandeur et la puissance de ses bras! A présent, si l'on veut transporter idéalement une dimension aussi considérable à un poulpe, dont les tentacules sont excessivement plûs longs, on concevra sans peine qu’un de ces effroyables mollusques puisse facilement enlever un homme d’un assez grand canot , mais non d’un navire de moyen tonnage, et encore moins faire incliner ce navire et le mettre en péril, comme on a voulu le faire croire. Péron a vu aussi un calmar gigantesque dans les

parages voisins de l’île Van-Diémen. Quelques-uns des viscères du nôtre sont déposés dans les galeries d'anatomie comparée du Muséum. Nous avons parlé, dans notre chapitre sur les Cétacés, de la singulière habitude qu’ont les dauphins de nos mers de ne manger que la tête des sèches.

Genre CLIODITE. — Cuodita. N

Corps oblong, membraneux , turbiné, rétractile, surmonté d’une tête saillante sans tentacules apparens , portée sur un cou gros etjtssez long, offrant deux petits points noirs, qui sont probablement des yeux. Deux nageoires subtriangulaires , insérées de chaque côté du cou *.

CLIODITE CADUCÉE. — Cuodita caduceus. N.

PLANCHE 66, fig. I.

Cliodita camosa, nigricans; ali s subtriangularibus , Claris , procumbentibus, cucullo ligatis; extremitate inferiore rolundâ.

Les particularités que présente ce nouveau ptéropode sont, une tcte obtuse, alongée, avec un léger enfoncement au milieu, et deu* points noirs, un de chaque côté, qui sont probablement des yeux. Au-dessous de la tête se voit une sorte de capuchon d’où partent les deux nageoires , subtriangulaires , inclinées en forme de caducée. Elles sont translucides, revêtues d’un réseau à mailles quadrilatères. Plus bas est un cou , gros, alongé, rétréci inférieurement à l’endroit où il s’insère au corps proprement dit, lequel est plus volumineux et arrondi par le bas.

La couleur de ce mollusque est noirâtre. Il se meut avec beaucoup de rapidité à l’aide de ses deux nageoires, qu’il tient un peu

* Ces mollusques ont avec les clios de très-grands rapports; mais, comme ils s’en éloignent aussi sous d'autres, nous avons cru devoir en former un genre particulier.

pius^relevces quelles ne le sont dans le dessin. Dans le repos , elles sont tout-à-fait abattues le long du cou.

CLIODITE EN FUSEAU. — Cuodita fusiformis. N.

# PLANCHE 66, flg. 2 et 3.

Cliodita fusiformis , carnosa, nigricans ; aüs subtriangularibus , claris , extensis; extremitatc i^rriore acuta.

Cette cliodite a, comme la précédente, une tête obtuse, avec deux points noirs ; mais elle manque de capuchon, et les nageoires partent immédiatement du cou , qui est aussi moins long et moins gros ' elles sont presque triangulaires , translucides , réticulées , étendues de manière à former un angle droit avec le corps, qui est gros, conique et terminé en pointe par le bas.

Ayant aussi pris ce mollusque vivant , nous pûmes, après l’avoir placé dans un vase , observer la rapidité des mouvemens qu’il se donne à l’aide de ses nageoires. Dans le repos , il tomboit au fond de l’eau, et scievoit dès qu’on l’excitoit. Un peu avant de mourir, il plia ses petites nageoires et se retira en lui-même , comme il est représenté (figure 3).

Ces deux espèces ont été recueillies dans l’hémisphère austral, plus près du Cap de Bonne-Espérance que de l’Ile-de-France, où nous allions , et dessinées par M. Arago. Les détails et la symétrie de ces animaux ne sont peut-être pas assez bien exprimés ; mais pris dans une mer assez agitée, et ayant par eux-mêmes des mouvemens très-rapides , il étoit difficile de mieux faire.

Genre CLÉODORE. — Cleodora. Péron.

CLSODORE OBTUSE. — Cleodora obtusa. N.

PLANCHE 66, 6g. y

Cleodora, testa cylindricâ, liyalinâ , extremitate obtusa; ails elongatis, apice rotundis.

Ce ptéropode a été pris dans la traversée de Bourbon à la Nouvelle-Hollande, par 31° de latitude Sud, la température de la mer étant à 17° centigrades.

Sa coquille, cylindrique, est transparente comme le verre le plus pur, et aussi fragile. Les deux petites nageoires en forme d’ailes qui débordent le têt à volonté , sont blanches ; elles conduisent l'animal, qui a la propriété de se rendre plus léger en dégageant de son intérieur une bulle d’air : mais alors il culbute , ses nageoires deviennent inférieures à la coquille, et il nage dans cette position.

Divers organes se dessinent au travers de son enveloppe vitrée: les plus saillans , d’un brun foncé, paroissent être ceux de Ja digestion.

Ce sont probablement aussi de nouvelles espèces de cléodores dont nous avons fréquemment rencontré des débris dans notre filet à mollusques. Le têt en étoit transparent, du diamètre d’une grosse aiguille à coudre, de la longueur d’un demi pouce, excessivement aigu à la pointe et recourbé comme une dentale. Ces enveloppes , toujours altérées à cause de leur grande délicatesse, offroient cependant, à leur unique ouverture, des restes informes des animaux qui les habitoient.

Genre TR1PTÈRE. — Triptera. N.

Corps oblong, charnu , contractile , à extrémité inférieure arroneiie , la supérieure présentant une ouverture large, dentelée sur ses bords, munie de deux petites nageoires latérales insérées en dedans du lintbe, et surmontées d’un voile membraneux de même forme et de même grandeur qu’ elles. Point d'apparence de tête ni d’yeux.

TRIPTÈRE ROSE. — Triptera rosea. N.

PLANCHE 66, fig. 6.

Triptera oblongula , rosea; extremitate oblusâ ; orificio crenato ; ah s subrotundis.

Nous établissons le genre triptère d’après ce singulier ptéropode, trouvé sur les côtes de la Nouvelle-Hollande, près du Port-Jackson.

Il étoit vivant, engagé dans les longs tentacules de la belle méduse rose de la phnche dp , figure t . Sa longueur est d’un demi-pouce; son corps est charnu , terminé en cu-de-sac arrondi, avec des fibres transversales, plus apparentes quand l’animal se contracte. L’ouverture unique est denticulée, et présente à son milieu un petit voile mobile, de chaque côté duquel sont deux nageoires arrondies, translucides et d’une couleur rosée moins foncée que le reste du corps ; elles s’insèrent un peu en dedans du limbe et se meuvent avec beaucoup de rapidité ; dans le repos, elles se resserrent sur elles-mêmes et ferment l’ouverture, au fond de laquelle se trouve l’ensemble des viscères. .

Ce petit mollusque a été perdu avant que nous eussioifc pu examiner son organisation avec détail ; mais le dessin rend parfaitement ses formes extérieures.

Genre POLYCÈRE. — Polycera. Cuv.

POLYCÈRE DU CAP. — Poetcera capensis. N.

PLANCHE 66 , fig. 4.

Pofycera , corpore oblongo , posticè caudà instructo ; lineâ nigrâ Lit tribus ; tentaculis duobus subnigris, sex minimis lu tris.

Ce mollusque, long d’environ un pouce et demi, habite le Cap de Bonne-Espérance. Nous l'avons trouvé sur le grand fucus buccinalis, que la mer détache des rochers et que les courans entraînent au loin.

Son corps est oblong, blanchâtre , à pied légèrement frangé ; sa tête est surmontée de deux tentacules noirâtres, au bas desquels en sont six autres beaucoup plus petits , d’un jaune orangé. Parmi les franges des branchies, situées sur le dos, il s’en trouve une de cette même couleur. La partie postérieure de l’animal se termine en une queue assez alongée , bordée en haut d’une ligne jaune; tandis que sur les côtés du corps on en remarque une très -noire. Un peu plus en avant se trouve, au côté droit, l’ouverture des organes de la génération.

Voyage de l’Uranie. — Zoologie.

Genre SCYLLÉE. — Scyllæa. Linn.

SCYLLÉE FAUVE. — Sctllæa fulva. N.

PLANCHE 66, fi g. Ij.

Scyllæa , corporc oblongo, fulvo, infrà canahculato ; ait s quittants fimbriaùs ; tenta cuits api ce dilataùs.

Fl appartient à M. Cuvier, non-seuiement de donner l'anatomie de ce mollusque , mais encore de le faire revivre, pour ainsi dire, et de lui fixer sa vraie place ; car depuis Osbeck et Forskal , qui les premiers en avoient parlé, Linnæus, malgré toute sa sagacité à le reconnoître dans la figure informe de Séba, et Niebuhr, en avoient laissé des idées si peu exactes, que quelques auteurs modernes s’étoient, jusqu’à ce jour, abstenus d’en faire un genre à part, quoique Forskal en eût donné une assez bonne figure.

Notre scyllée , qui a quelque ressemblance avec celle du naturaliste suédois, a été prise sur des fucus, sous l’équateur, dans les environs de la Nouvelle-Guinée. Elle a un pouce et demi de longueur; sa couleur est fauve. Elfe a cela de remarquable, que ses branchies, très-nombreuses etdéliées, noccupent que les extrémités de ses nageoires, et qu'il ne s’en trouve point sur le reste du corps. L’animal a été dessiné dans l’eau, vu par le dos et ses ailes rabattues de chaque côté.

Genre PHYLLIDIE. — Phyllidia. Cuv.

PHYLLIDIE TROIS LIGNES. — Phyllidia trilineata.

Cuv. Annatis du Muséum, tom. j, pag. 166, pi. 18, fig. 1 et 4-

Phyllidia varicOSA. Latnk, Anim.sans rert.v. 6.1." partie, p. j 1 5.

PLANCHE 87, fig. 7, 8, 9 et I O.

Phyllidia, corpore ovato-elongato ; dorso convexo mgricante, varicibus longitudinalibus subnodosis lu tels ternis; lineâ nigrâ longitudinali subtils.

Nous donnons une figure coloriée de ce mollusque gastéropode, dont M. Cuvier a le premier fait connoître l’organisation ; et nous empruntons à ce savant les caractères qui servent à distinguer ce genre peu nombreux en espèces. « Le corps des phyl- » lidies est un ovale alongé ; le bouclier coriace qui en forme toute » la partie supérieure est légèrement bombé , et déborde le pied » de toutes parts. Celui-ci est plus étroit à sa partie supérieure qu’à » celle par laquelle il pose sur le sol ; et c’est dans le canal ovale » qui règne tout autour entre lui et le manteau, que sont les feuii- » lets minces, transverses et serrés les uns contre les autres, qui » constituent l’organe de la respiration.

» Ce cordon de feuillets branchiaux est interrompu en avant, » à l'endroit de la bouche , où l’on remarque deux petits tentacules m coniques , et au côté droit, vers le quart antérieur, par un tu- » hercule saillant, percé de deux trous, et qui sert d’orifice aux » organes de la génération. A la superficie du manteau , ou du » bouclier coriace , on remarque trois trous : deux pairs en avant » pour receyoir les tentacules supérieurs, car la phyllidie en a quatre » comme les doris; le troisième en' arrière est l’anus, placé paj;

4io VOYAGE AUTOUR DU MONDE,

n conséquent aussi comme dans les doris, mais non entouré comme » elles par un cercle de branchies.

» Dans l’espèce triiineata, les verrues du milieu sont alongées » et forment trois lignes presque continues qui régnent tout le long » du dos. Celles des bords sont transversales et coupent ces bords » perpendiculairement de toutes parts. Toutes ces verrues sont » jaunes sur un fond noir.

Notre individu, que nous avons rapporté de l’île Timor, présente quelques légères différences qui, à la rigueur, pourroient constituer une variété. Il est moins grand que celui qu’a représenté M. Cuvier; les tubercules de la ligne du milieu sont les seuls qui se touchent presque. Ceux des deux autres rangées latérales sont bien séparés les uns des autres; et ceux qui avoisinent le bord du bouclier, au lieu d’être transversalement placés, ont leur plus grand diamètre dirigé en avant, mais sans affecter des lignes droites.

Du reste, ces espèces de varices sont élevées, et d’un beau jaune sur un fond noir, ce qui donne à ce mollusque une couleur éclatante. Les branchies sont noires, et le pied blanchâtre, avec une raie noirâtre dans le milieu de sa longueur.

Cette phyllidie ayant été racornie par l’esprit de vin, est représentée de grandeur un peu moindre que la’ naturelle.

Genre APLYSIE. — Aplysia. Linn.

■ APLYSIE LONGUE QUEUE. — Aplysia loncicauda. N.

PLANCHE 66, fig. 8.

Apfysta viridis ; punctis supra cceruleo-rubris ; couda longissima, acutâ.

■ Cette élégante aplysie pélagienne a été prise sur des fucus, sous l’équateur, dans les parages de la Nouvelle-Guinée. Elle aura suivi la plante sur laquelle elle étoit lorsque les flots la détachèrent ; car il n’est pas dans la nature de ce gastéropode de quitter les rivages pour la haute mer.

Son cou est assez alongé; ses tentacules sont pointus, son corps ovalaire, l’ouverture de ses branchies peu élargie, sa queue excessivement longue, et sa couleur générale d’un joli vert parsemé de points rouges entourés d’un cercle bleu de ciel , et çà et là de quelques autres taches blanches et bleues.

Quoique cet animal ait été dessiné sur le vivant, il se trouve cependant que certains détails ne sont pas assez bien marqués, comme d’avoir le pied plus relevé sur le dos ; cela tient à ce que, dans l’instant où il a été esquissé , il embrassoit un fucus et ne pouvoit pas présenter ce caractère aussi saillant que lorsqu’il rampe sur une surface plane.

Nous avons trouvé des aplysies à l’Ile-de-France, aux Sandwich, à la baie des Chiens-Marins. Il y en a beaucoup dans la rade de Rio de Janeiro , sur-tout au bas du couvent des Capucins , près l’anse de la Gloria , où elles parcourent les rochers à marée basse , et par conséquent respirent l’air en nature. Nous insistons sur cette

4ii VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

remarque, parce qu'on a cru quelles n’étoient pas susceptibles de

sortir de l’eau.

Le même pays nous en a offert une espèce tout-à-fâit nouvelle qui a été perdue avant qu’on eût pu la dessiner.

Nous dirons un mot du genre dolabelle, qui vient immédiatement après celui-ci, et que nous avons rencontré à l'Ile-de-France, aux îles des Papous, sur les grèves de la petite île Rawak, et nous croyons aussi à Timor. "Mais c’est aux Mariannes que nous avons vu la plus belle , et probablement la plus grande des espèces. Elle avoit au moins dix pouces de longueur , et réfléchissoit une superbe couleur verte. Comme l’a supposé M. Cuvier par analogie avec les aplysies, cet animal laisse transsuder de la partie supérieure de son corps une matière colorante qui , dans le nôtre , teignit en violet une grande quantité d’eau dans laquelle nous voulions le conserver, et qu’à cet effet nous renouvelions souvent. Ce fut en vain, l’eau ayant manqué, la chaleur en détermina la putréfaction avant que nous eussions pu en avoir un dessin.

Genre BULLÉE. — Bullæa. Lamk.

BULLÉE FÉRUSSAC. — Bullæa guamensis. N.

PLANCHE <56, fig. IO, I 1 et 12.

Bullæa, corport vartegato, mato-oblongo, planiusculo, supernè lob a ta ; capitc duabus apptndicibus plants disùncto.

Testa ovata , pelluc 'tda , plurimis lintis nigris undulatis longitrorsùm , et tribus transversl sulcata. •

Le mollusque que nous donnons ici comme unebullée.en différé sous certains rapports , et seroit susceptible de former une section dans ce genre , caractérisée par le plus grand développement du disque tentaculaire, lequel recouvre une partie de la coquille et s'épanouit en avant sous forme de tentacules , et par deux petits lobes aplatis placés de chaque côté du corps.

Cet animal est ovale, assez déprimé. Le manteau qui tapisse la coquille a les bords peu épais ; il se prolonge par derrière en une sorte d’appendice festonné placé au-dessus du pied : entre ce dernier est la masse viscérale. Le pied est assez épais, également ovale en avant comme en arrière, bien distinct et non dilaté sur ses côtés.

La tête est considérable, épaisse, recouverte par une sorte de bouclier dermoïde qui s’élargit en arrière en deux grands lobes contractiles, susceptibles de cacher la partie antérieurede la coquille, et forme par- devant deux auricules subtentaculaires et aplaties. Nous n’avons pu apercevoir d’yeux; peut-être est-ce à cause de leur petitesse. La bouche, placée à l’extrémité d’une sorte de trompe

4z4 VOYAGE AUTOUR DU MONDE,

labiale, est armée de chaque côté de trois ou quatre aiguillons portés sur autant de tubercules. L’estomac ne contient point de plaques osseuses.

La cavité de la respiration, de grandeur médiocre, n’a qu’une •seule branchie oblique, dont l’extrémité, dirigée vers le côté droit, est flottante ; en arrière on aperçoit l’anus , qui est sessile.

L’orifice de l’oviduc est au côté droit sous un appendice palmé , pédiculé , placé au devant de l’extrémité de la branchie. Le côté gauche a aussi un semblable appendice, mais non palmé. Le trou par où sort l’appareil mâle est en avant de fauricule droite.

La longueur de ce mollusque, prise pendant toute son extension lorsqu’il rampoit, est de treize lignes. Sa couleur est d’un blanc bordé de bleu tendre nuancé de^aune et parsemé de petites taches plus blanches groupées deux à deux.

La coquille occupe à-peu-près le milieu de l’animal ; on n’en voit qu’une partie lorsqu’il est en mouvement Elle est recouverte d’un épiderme mince , évasée , et plus large par devant que par derrière ; la spire , obtuse , rentrée , décrit un peu plus de deux tours. Le fond est blanc, translucide, parcouru d’abord par trois lignes déliées, nettes, noires, un peu obliquement transversales et également écartées ; puis par environ dix autres de la même couleur, longitudinales, fortement et irrégulièrement ondulées, coupant les premières à angle droit Elle paroît être évidemment la même que là coquille représentée par Lister ( tab. jif ,fig. 7 4 ) , et que Martini a copiée ; mais ce n’est pas la bulta undata de Bruguières. Sa longueur est de cinq lignes et sa largeur de trois. Elle a été déposée parmi les bulles du Muséum, et l’animal dans les galeries d’anatomie comparée.

Nous avons trouvé ce mollusque devant Agagna, sur l’îleGuam. Il se tient ordinairement dans l’eau ; cependant à mer basse il rampe à l’air libre sans en paroître incommodé, ce que ne font pas les bulles, qui alors sont toujours contractées sur elles-mêmes et reti-

ZOOLOGIE. 4i 5

rées sous leur coquille. La figure n." i o a etc faite par M. Taunay sur l’animal vivant et pendant qu’il marchoit sur une fenêtre où nous 1 avions placé. Celle du n.° 12, qui le montre vu du- côté droit, est due àM. de Blainville, ainsi que les particularités anatomiques que nous venons d’indiquer.

l'yagt dt l'Uranie. — Zoologie.

Sous-genre LIMACE. — Limax. Lamk.

LIMACE GRANDE DENT. — Limax megai.odontes. N.

Limax, corpore luteo nigris macuhs varie gato ; maxillâ latâ, in medio acutâ.

Outre ses héiicarions, la Nouvelle-Galles du Sud a encore de^ limaces proprement dites. Elles y sont en petit nomhfe, il est vrai, vu la sécheresse de cette contrée pendant une partie de l’année.

M. de Blainville, qui a examiné cette espèce et la suivante, les range toutes deux dans le groupe des limaces grises. Elle est fort petite; son corps, étroit, aiongé, esta peine caréné en arrière. Le pied, partagé en trois bandes longitudinales, n’est séparé du corps que par un léger sillon ; libre en devant , il se prolonge au-dessofis de la tête plus que dans les autres limaces. Le manteau, assez étendu, est ovale , et susceptible sans doute de recouvrir la tête. L’ouverture de la cavité pulmonaire est à l’extrémité d’une sorte de T que forme l’incisure du bord du manteau. Cette disposition est très-différente de ce qu’elle est dans l’espèce qui suit. L’alcool ayant racorni les tentacules, il est difficile de s’en faire une idée. La dent labiale est très-forte, épaisse, large, et son bord, tranchant, est armé, dans son milieu, d’une pointe très-prononcée.

La peau du dos est légèrement squammeuse par la disposition irrégulière des tubercules qui la recouvrent. La couleur de cet individu est d’un blanc jaunâtre parsemé de tacites noires. On remarque des taches plus claires sur le bouclier. Sa longueur est d’un pou^ huit lignes.

Il provient des environs du Port-Jackson.

LIMACE NÈGRE — Limax maurus. N. .

Umax mimmus ; corpore nigro, anticè tumescente , posticè acuminato , suprà carinata.

Le corps de cette espèce est plus court, plus renflé par devant, et caréné dans sa partie postérieure et supérieure. Le pied, partagé inférieurement en trois bandes longitudinales, n’est séparé du corps que par un sillon encore moins profond que celui de la limace précédente ; il ne présente pas d’avance antérieure séparée de la tête. Le bouclier est aussi pius petit, subcircuiaire et moins avancé sur le cou. L’ouverture de la cavité pulmonaire, très-reculée, est un . petit trou rond tout-à-fàit distinct de l’incisure oblique du bord du manteau, et de laquelle part un sillon oblique qui semble circonscrire la place de la coquille. La dent labiale est étroite et peu arquée. L’organe excitateur mâle est court, assez gros, en forme d'auricule.

La peau de ce mollusque présente, sur les côtés, des lignes obliques dirigées d’arrière en avant, à-peu-près comme dans l’hélicarion; sa couleur, noire en-dessus, est d’un brun foncé en-dessous. Sa longueur est d'environ dix lignes.

Il habite les mêmes lieux que le précédent.

Genre ONCHIDIE. — Onchidium. Buchanan.

ONCH1D1E APLATIE. — Onchidium planatum. N.

Onchidium, corporc ovalo, pLmo, virtsccnte ; dorso verruculis rot midis coopcrto.

Cette espèce, comme son nom l’indique, est très-aplatie. Le manteau qui déborde ic pied est parfaitement ovalaire et couvert " . en-dessus d'une grande quantité de petites verrues arrondies et sessiles. La couleur de l’animal est d’un vert glauque un peu sale.

Nous en trouvâmes plusieurs individus à Guam, dans les petites criques que la mer laisse à découvert en se retirant. Ils étoient un ' peu contractés sous l’eau et immobiles, lorsque nous les primes, de sorte que nous n’avons pas pu nous assurer si, comme le pense M. Cuvier d’après l’examen de l’organe de la respiration assez semblable à celui de la limace, ils viennent à la surface de l’eau respirer l’air en nature.

La longueur de cette onchidie est de deux pouces, sa largeur de dix-neuf lignes. Elle a quelques rapports avec l 'onchidium peronii, dont elle diffère par sa taille plus petite, sa couleur, la forme et la disposition de ses verrues.

M. de Blainville a remarqué, dans cette espèce, des yeux excessivement petits placés à la partie supérieure des tentacules.

ONCH1DJE DE VAIGIOU. — Onchidium vaigiense. N.

P nchidmm parvum , subglobosum ; dorso elevato , rotundo , tevi , macuüs rtigris notato.

Cette petite espèce est remarquable par sa forme presque globuleuse, par son dos élevé, lisse, ainsi que toutes les autres parties du corps, et marqué de quelques taches noires irrégulières sur un fond blanchâtre.

Cette onchidie, déposée, ainsi que la précédente, au Muséum de Paris , habite les fies Vaigiou et Rawak. Sa longueur est de six à huit lignes.

La baie des Chiens-Marins nous avoit fourni une nouvelle espèce de ce genre, que nous avons perdue. Elle étoit longue d’un pouce et demi, d’un noir velouté intense, avec de petites bosselures sur le dos. Comme elle rampoit sous l'eau par une petite profondeur, nous avons pu voir que ses tentacules étoient trèsalongés.

ONCHIDIE COUPÉE. Onchidium secatum. N.

PLANCHE 66, fig. p.

Corpore elongato, ovato, mgricante, insuper transversi quasi bipartito , margine cœruleo ; du abus appendicibus extremitate.

Le mollusque que nous rangeons ici parmi les oncliidies, n’en est probablement pas une; mais l’ayant perdu peu d’instans après qu’il fut dessiné, et avant d’avoir pu indiquer les caractères susceptibles de le faire distinguer dé^onchidies, avec lesquelles il a

des rapports , nous le laissons sous ce nomjusqu’à ce qu’on soit à

portée de l’observer de nouveau.

C'est dans l’ile Guam, en parcourant les bords de la mer avec M. Pellion , que nous trouvâmes ce mollusque , dans un lieu où il y avoit peu d’eau. Ses couleurs, quoique sombres, étoient d’un velouté si pur, que notre compagnon désespéra de les rendre, malgré son habileté dans l’art du dessin.

Cet animai a deux pouces de longueur ; son corps est ovalaire , assez alongé, presque aplati, présentant en-dessus, vers les deux tiers postérieurs, une large rainure qui le fait paroître comme coupé en deux. Le manteau déborde le pied tout autour. A une des extrémités, on voit deux tentacules, ou plutôt deux renflemens, dépassant à peine le manteau , lesquels sont ornés dans leur contour, ainsi que ce dernier, d’un beau vert d’émeraude. La couleur du corps est bleu foncé avec des reflets verts.

L'ayant examiné dans l’eau pendant assez long-temps, nous avons positivement remarqué que, lorsqu'il rampoit, la partie qui se présentoit la première étoit celle qui, toute unie et lisse, se trou voit opposée à des appendices postérieurs qu’on pourroit prendre pour des tentacules, mais qui n’en sont pas.

Ce mollusque est rare aux Mariannes, car nous ne l’avons rencontré que cette seule fois.

Genre PORCELAINE. — Cypræa. Linn.

PORCELAINE GÉSIER — Cypræa ventriculus.

Lamk. Annales du Muséum, tome 1 5 , page 45**

PLANCHE 72, fig. 6 ei 7.

Cypræa ovato-vcntrlcosa , cas tança , subtùs alblda; macula dm sali albâ lanceolatâ ; latcribus cincrco-lividis , transvcrstm lincaùs.

Nous ne pouvons mieux faire que d’emprunter à M. de Lamarck la description qu’il a donnée le premier de cette porcelaine , qui n’a point encore été figurée.

» Cette espèce est voisine, par ses rapports, de la porcelaine sai- » gnantc et de la livide , mais elle en est bien distinguée par ses » caractères. C’est une coquille ovale , bombée sans être bossue, » épaisse , pesante et qui a deux pouces et demi de longueur. Elle » ressemble en quelque sorte à un estomac d’oiseau. Son dos , d’un » brun marron , présente dans le milieu une tache lancéolée hlanche » et longitudinale ; ses côtés sont d’un gris livide et finement rayés » en travers. Le dessous et les dents de l’ouverture sont blan- » châtres. » .

Elle habite la Nouvelle-Hollande.

Celles que nous avons rapportées proviennent de Guam. Elles présentent quelques légères différences entre elles dans la tache lancéofée de la partie supérieure, laquelle est, ou plus claire, ou plus ou moins large, et traversée par trois ou quatre petites bandelettes d’un roux clair. Ce dernier caractère existe dans toutes ces coquilles. La porcelaine gésier est rare dans le commerce et se vend ordinairement cent francs.

Genre OLIVE. — Oliva. Brug.

OLIVE LACERTINE. — Oliva lacertina.

PLANCHE yi, fig. 4 et 5.

Oliva cyhndracea, fusco-iantluna, puncùs albidis triangularibus et vitlâ tramversali fuscâ omata.

M. Dufresne, chef des laboratoires de zoologie du Muséum, a donné ce nom à une espèce envoyée de Manille parM. Perrotet, et que nous avons trouvée aux Mariannes et peut-être aussi à Timor.

Cette coquille est cylindracée, légèrement ventrue ; la spire en paroît assez courte, car, par une singulière fatalité, les exemplaires que nous avons rapportés , de même que celui du Muséum , étoient roulés et avoient perdu le sommet de leur spire.

Le fond de la couleur de l’olive lacertine est un brun violacé, tacheté de petits triangles blanchâtres, qui paroissent imbriqués comme les écailles d’un lézard ; leur direction a lieu de la columelle vers le bord droit. La partie postérieure de cette coquille est enveloppée d’une large bande brune transversale; une autre bandelette , plus foncée mais moins large , traverse le dos un peu obliquement L’ouverture est blanche dans ses deux tiers antérieurs; en arrière elle présente les mêmes bigarrures qu’on voit en dessus , seulement un peu moins foncées.

Longueur, treize lignes; largeur, sept lignes. •’

La couleur des olives est tellement sujette à varier selon l’âge et certains accidens, le frottement par exemple, qu’il seroit possible que la lacertine fût la même que la tricolore, dépouillée de sa première couche verdâtre.

Genre TRITON.' — Triton. Lamk.

TRITON AUSTRAL. — Triton australis.

Lamk. Ânirn. sans vert, tome 7, page. 17p.

Murex tritonium australe. Chemnitz, conch. n, tab. 194» fig. 1867 et 1868.

PLANCHE 72, fig. I, 2 et 3.

Triton, teshî ovato-conicâ, tubiformi , infemè ventricosâ , transversim cingulalâ et striata , striis longitudinalibus tenuissimis decussatâ, albo et roseo-violacesccntc nebulosâ, maculis rufcsccntibus pictâ ; anfractibus dorso biseriatim tuberculatis ; columellâ superni umplicatâ , medio lœvigatâ , base rugosâ.

Cette description appartient à un individu de près de huit pouces de longueur, de la collection de M. de Lamarck. Le nôtre, tjui n’en a que deux et demi, est une variété ou un jeune âge que nous caractériserons ainsi : Testa rubrâ ; strigis transversalibus fusco punctaüs ; columellâ denticulatâ. • .

Ce triton est d’un joli rouge , ventru au milieu , terminé en pointe assez brusquement et également en avant et en arrière. Les deux ou trois rangées de tubercules des premiers tours de la spire , sont peu saillantes, obtuses. Deux autres rangées qui occupent le dernier tour sont également obtuses , rapprochées , mais plus développées. Le canal est plus alongé. L’ouverture est ovalaire , blanche, offrant à son angle postérieur une dent transversale d’une grande blancheur. La columelle est ch<£gée de plusieurs plis.

Le corps en dessus est par- tout strié transversalement de lignes fines , coupées en long par d'autres à peine perceptibles. Plusieurs

Voyait eit 1‘ Uranie. — Zoologie. f f

lignes de points bruns suivent les stries transversales du dernier tour de la spire. D’autres maculatures se voient à la base des plus gros bourrelets , au dedans et au dehors de la lèvre droite et sur le bord gauche de l’ouverture.

Cet individu , que nous avons recueilli au Port-Jackson , est placé dans les galeries du Muséum à la suite de deux autres plus grands du double et qui paroissent venir du même lieu. La couleur de l’un est rosée, avec des taches longitudinales rousses; celle de l’autre est grisâtre , avec une légère teinte de violet et des maculatures brunes. •

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Genre BUCCIN. — Buccinum. Lamk.

BUCCIN LISSE. — Buccinum lævissimum.

Gmelin. Dyllwyn. LamE. Anim. sans vert. tom. 7,p .265.

Buccinum flammeum. Bruguières.

Buccinum lævigatum. Chemnitz. Martini.

PLANCHE 7 2, fîg. 8 et J>.

■Testa ovato- oblongâ , lavissimâ, nitidâ , luteo-fulvâ et ccerulcscente ; anfractibus convexiuscu/is ; spirei brcvmsculâ , obtusiusculâ ; aperturâ lœvi ; labro arcuato , infemè répandu.-

C'est moins pour faire connoître la coquille de ce buccin, décrite par plusieurs auteurs , qu« nous en donnons une figure , que pour montrer son afiimal, qîfi étoit resté inconnu jusqu’à ce jour. *

L’animal du buccin lisse , dessiné d’après nature par M. Gaudichalid , est blanchâtre ; son pied est large , arrondi , débordant de beaucoup la coquille, découpé en cœur en devant et terminé en arrière par deux petites pointes rapprochées.

Sa tête est quadrilatère, alongée; de chaque côté de son bord antérieur partent deux tentacules coniques, portant les yeux à leur base , et du milieu , une trompe cylindrique très-longue. Le tube que le manteau forme pour la respiration, et qui passe par l’échancrure de la lèvre gauche, est très- développé et retourné en arrière.

L’opercule, placé au bord droit de la coquille , est très-petit et corné. * ; .

Cès buccins sont très-communs dans la baie de la Table au Cap

VOYAGE AUTOUR DU MONDE. • de Bonne-Espérance. Ils se tiennent ordinairement au fond de l’eau ; et pour en obtenir un grand nombre , il suffit de couler jusqu’à l’endroit où il^ sont , un filet garni de morceaux de chair crue, sur lesquels ces animaux voraces ne tardent pas à s’attacher.

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