CHAPITRE XII
tDei Crustacés, des Arachnides et des Insectes. •' SECTION 1."
Des Crustacés.
(jette nombreuse et utile famille est non-seulement répandue sur toutes les plages du globe, mais encore dans les plus vastes mers, au milieu desquelles on en trouve des espèces errantes, soit quelles nagent isolées comme les phyllosomes, les érichthes, les smerdis, et même les phronimes, ou bien quelles soient groupées sur ces immenses bancs de fucus arrachés du fond des eaux par les ouragans , et dans lesquels elles semblent retrouver leurs rivages et leurs habitudes.
Tout le monde sait que les contrées les plus chaudes sont celles où ces animaux multiplient davantage et sont ornés des plus belles couleurs. En général, leurs mœurs sont assez connues, et ce que nous ayons à en dire n’est que ce simple aperçu que le voyageur saisit en passant.
Les bords des fleuves, les marais fangeux, les ruisseaux, les sables et les rochers de la mer ont leurs crustacés.
Les nombreuses rivières qui se jettent dans l’immense baie de Rio de Janeiro, forment dans son contour*de vastes marais qui ne présentent souvent qu’une vase très-molle. Ce sont ces
lieux que les thelphuses ont choisis pour leur domicile, et que des myriades de géiasimes, dont les couleurs sor\j en harmonie avec leurs habitudes, ont criblés de trous. Dès qu’on vient à troubler la solitude de ces derniers , on les voit s’ériger sur leurs pattes et menacer avec leur plus grosse pince qu’ils lèvent en l’air. Ils ne fuient vers leurs retraites que lorsqu’ils sont sur le point d 'être pris, tandis que les craintifs tourlourous se tiennent à l’entrée de leur terrier et y rentrent au moindre danger. Il est assez curieux dq^pur voir creuser leur profonde et dégoûtante demeure ; ils en sortent tout couverts d’une boue noire qu’ils portent à l’aide de leurs pinces et qu’ils vont entasser à quelque distance. Si la terre qu’habitent ces animaux ne contient pas de substance nutritive, nous ne savons ce qui peut fournir un aliment à un aussi grand nombre d’individus qui ne paroissent jamais abandonner leur stérile contrée.
Si nous dirigeons nos observations sur les bords de la mer du même pays, indépendamment des espèces connues, nous en verrons d’autres fuir la lumière et vivre constammen t sous les sables humides ; ce sont les hippes, dont le têt est ovalaire, presque cylindrique. Tous les jours on voit les pêcheurs venir remuer les sables avec les mains, et enlever ces crustacés, dont ils font des appâts. Les portunes et les maïas ne quittent pas le fond des eaux. Lorsque, à notre départ du Brésil, nous retirâmes nos ancres, nous trouvâmes sur les câbles un grand nombre de ces derniers, de même que des millions de nymphons, que leurs longues pattes déliées et fixées sur un corps très-mince , feroient prendre pour des faucheurs marins.
Par tout où les côtes découpées en baies ont des eaux peu profondes, les espèces de crustacés sont nombreuses; comme à l’île de France, aux Mariannes, aux îles des Papous, à la baie des Chiens- Marins, &c. : mais quand les rochers sont abruptes, battus par la tempête, et que les plages manquent, les grandes espèces seules s’y rencontrent en petit nombre; c’est ce que nous avons pareillement remarqué à i’île Bourbon, au Port-Jackson, aux îles Sandwich. Dans
ZOOLOGIE. 51 j>
ce dernier lieu , on prit à la ligne, par quatorze brasses de profondeur, un gros canine de couleur rouge, dont les pieds , à l’exception des serres, de forme aplatie et propre à la natation, Indiquent un séjour, habituel dans l’eau. Il nous paroit que c’est tout-à-fait à tort que des voyageurs ont dit que cet animal quitte la mer pour aller jusqu’au sommet des arbres les plus élevés.
Les hermites ou pagures sont ceux que nous avons trouvés le plus fréquemment : il n’existe peut-être aucun lieu où on ne les rencontre; mais les Mâriannes, les îles des Papous et Timor, nous en ont offert en plus grand nombre. Les grèves de la petite île Kéra, dans la baie de Coupang, en sont couvertes. A l'instant de la plus forte chaleur, ils cherchent l’ombre sous des touffes d’arbrisseaux; et, lorsque la fraîcheur du soir se fait sentir, on les voit sortir par milliers, roulant leur coquille, se heurtant, trébuchant, et faisant entendre par leur choc un petit bruit qui les annonce avant qu’on les aperçoive. Toutes les coquilles univalves leur sont bonnes , comme on sait ; cependant la plupart étoient logés dans des nérites marines, qui, très-communes dans les lieux où nous avons fait cette remarque, ne sont pas les coquilles les plus favorables au’ développement de ces animaux parasites.
Quand ils aperçoivent quelque danger , ils se sauvent en toute hâte, soit dans des trous qu’ils rencontrent et qu’ils ne creusent pas, soit préférablement sous les racines ou dans les troncs pourris des vieux arbres; rarement dans la mer, quelque près qu’ils en soient. Cette observation que nous avons faite bien souvent, prouve qu’il existe deux familles distinctes de ces animaux; celle qui habite dans les eaux, et celle qui n’y va jamais, ou du moins que très-rarement. Ce n’est pas que les individus de toutes deux ne puissent vivre plus ou moins de temps hors de l’élément qui leur est naturel , c’est-à- • dire, les uns dans l’air et les autres dans l’eau; ils en ,ont la faculté, comme nous nous en sommes assurés; mais le temps nous a manqué
pour dire jusqu’à quel point ils pourroient supporter ces expériences Nous avons remarqué que les espèces marines se distinguoient des »
autres par leurs yeux arrondis portés à l’extrémité de longs pédoncules cylindriques.
A Guam, à Vaigiou, on rencontre dans les forêts, à plus de mille pas du rivage, de très-gros pagures à pinces violacées, logés dans des buccins revêtus d’une croûte terreuse, qui, très-évidemment, paroissent être dans leur séjour habituel. Quelques-uns ont la faculté de rendre de l’écume lors'qu’on les tourmente. La lumière les attire; car une nuit que*nous étions campés autour ' d’un feu que nos matelots avoient allumé, nous entendîmes venir d’assez loin un gros pagure, qui, s’étant approché trop près, devint victime de sa curiosité ; il fut cuit dans sa maison et mangé.
Nous nous étions particulièrement attachés à faire une collection la plus complète possible de ces singuliers animaux, dont il nous avoit été facile de réunir un grand nombre , que nous comptions soumettre à l’observation du premier entomologiste de l’Europe,
M. Latreiile. Nos désirs n’ont pu se réaliser
Les crustacés les plus extraordinaires sont, sans contredit, les phyllosomes. Nous en vîmes pour la première fois, en novembre t 8 1 7, par j° de latitude Nord et 56° de longitude à l’Ouest de Paris, en allant des Canaries au Brésil. Nous crûmes être les premiers à les faire connoître, et leur configuration nous détermina à les nommer tyroïdes , ne sachant pas alors que M. Leach venoit de former le genre qui nous occupe. Nous ignorions aussi, ayec M. Leach lui-même, <pie, dès 1781, dans un journal allemand intitulé der Naturforscher , une espèce qui appartient bien certainement à ce genre, avoit été décrite et figurée par J. R.
Forster, sous le nom de cancer cassidtus. ( Voyez tom. 6, 1 6.' cah. ,
•pag. 206, pl. y. )
Depuis , nous avons retrouvé ces animaux dans plusieurs mers : aux environs de la Nouvelle -Guinée, par 20 de latitude^ Nord,
çn janvier 1819; dans le grand Océan austral, par 18“ de latitude Sud; et près des îles des Amis, dans le mois d’octobre de la même année. -,
Vivans, ils sont transparens dans toutes leurs parties comme du cristal, les yeux exceptés, qui sont bleu de ciel ; ce qui fait qu’il est impossible d’en donner, sous le rapport de la couleur, une figure rigoureusement exacte. La teinte jaunâtre de ceux qu’on a dans les collections est occasionnée par l’alcool ou la dessiccation. Il est vrai aussi que , par ce moyen , on aperçoit quelques parties de leur organisation , qui , dans l’état naturel , sont invisibles et confondues dans la transparence générale , comme les muscles des pattes et quelques canaux latéraux qui aboutissent au canal longitudinal; ce qu’on peut bien voir sur l’individu qui est dessiné dans la planche Sa , figure 1." On voit quelquefois circuler dans ces détours une espèce de sanie blanchâtre ; et nous y avons remarqué de petits points rouges.
Nous ne connoissons rien des mœurs de ces animaux, qui sont condamnés par leur fragilité à fuir les côtes pour vivre au milieu des flots. Ceux que notre filet nous amenoit encore en vie, avoient des mouvemens excessivement lents; bien différens en cela des agiles alimes, qui, transparens comme eux, s’agitoient et nageoient avec vitesse dans le vase qui les recevoit.
Genre CRABE. — Cancer. Fabr.
CRABE BRONZÉ. — Cancer æneus.
Linn. Séba. Fabr. Hcrbst. Latr. Lamk.
PLANCHE 76, fig. I.
Cancer , testa rugosissimâ, obtus A, utrinqui quadnlobâ , Jronle submarginatâ.
k Le dessus du tét est ciselé, comme sculpté, blanchâtre ou » roussâtre clair, avec des taches rougeâtres; le front est presque » droit, avec deux dents obtuses; chaque bord latéral et antérieur » a quatre lobes, avec une petite dent près des yeux. »
La description de ce brillant crustacé très-connu appartient à M. Latreille. Comme il avoit été assez mal représenté jusqu’ici, nous avons cru devoir en donner unê meilleure figure. On le trouve dans plusieurs lieux de la mer des Indes : celui-ci provient des îles Mariannes.
Genre GRAPSE. — Grapsus. Lamk.
GRAPSE PEINT. — Grapsus pictus. Lamk.
Cancer grapsus. Linn. Séba. Fabr. Herbst.
PLANCHE 76, fig. 2.
Grapsus , testa posticè lateribus pltcatâ , atiticè ad angulos bidentatâ; fronte plicis quatuor ; braehiis brevibus , digitis apice concavis.
Nous ne pouvons mieux faire que d’emprunter encore à M. Latreille la description de ce crustacé , en y joignant ensuitenos remarques particulières.
« Têt long d’environ deux pouces, sur près de deux et demi » de large, d’un rouge de sang, ponctué et rayé de jaune ; les côtés » bidentés près des yeux et plissés postérieurement; front divisé » par trois incisions en quatre lobes aplatis, dentelés; çôté interne » du corps dilaté en manière de dent, extrémité des doigts en » cuiller. Il habite la Caroline, les Antilles, la baie des Chierts- » Marins à la Nouvelle-Hollande et les îles Mariannes. »
En contournant l’île Guam, nous vîmes, sur les rochers du bord de la mer, une foule d’enveloppes de ces animaux, si parfaites et tellement intactes, qu’on eût dit qu'ils setoient desséchés eux-mêmes dans cette position. Mais, à la légèreté et au vide intérieur, nous reconnûmes que ce n’étoient que des peaux dont ces crustacés setoient dépouillés. Nous n’en surprîmes point dans ce travail, qui doit leur être très-pénible. Il étoit terminé alors, et nous étions en mai. On juge par l'examen de ces enveloppes que les grapsês emploient tous les moyens pour que cette opération réussisse. D’abord ils cherchent un lieu convenable hors de l’eau;
514 voyage autour du monde.
et lorsqu’ils l’ont choisi , ils se cramponnent de toutes leurs forces sur la pierre, et finissent par sortir, régénérés, par la partie postérieure, à l’endroit où les pattes s’insèrent au corps. Ils prennent tellement bien leurs précautions pour s’assujettir, qu’après qu’ils ont abandonné ce tét inutile, il tient encore aux rochers et résiste long-temps à l’effort des plus grands vents.
Genre OCYPODE. — Ocypode. Fabr.
OCYPODE BOMBÉ. — Ocypode convexus. N.
PLANCHE 77, fig. 2.
Ocypode , testa convcxâ, quadratâ; cheits granosis ; oculis extremitate obtusis, rotundis.
Le corps de cet ocypode est presque carre, bombé en dessus, chagriné et jaune ; les côtés du tôt sont un peu dentelés ; son bord antérieur est pointu aux deux extrémités, et présente deux ondulations dans la fossette de chaque œil. Les yeux, de forme elliptique , sont placés au milieu de leur pédicule, qui est arrondi par le bout, au lieu detre terminé en pointe aiguë, comme on le voit dans %gjusicurs espèces de ce genre.
* Les serres sont en cœur, la droite plus grosse que la gauche ; toutes deux chargées de petits tubercules, et dentelées sur leurs bords. Chaque pince a deux rangs de petites granulations à son extrémité. Les autres pattes sont denticulées sur leurs arêtes; elles se terminent par une surface triangulaire, concave en dehors, velue sur un de ses bords , et dont l’extrémité est munie d’un ongle acéré.
En arrière du corps, et de chaque côté, est une surface trian- • gulaire lisse, correspondant à la dernière paire de pattes; le premier article des troisième et quatrième est couvert de poils. Toutes sont d’un jaune plus beau que celui du corps.
. -Dans une exploration que nous fîmes sur l’îie déserte de Dirck- Hatichs, à la Nouvelle-Hollande, nous vîmes sur le rivage des milliers de ces crustacés, qui à notre aspect s’élevoient sur leurs longues pattes , dressoient leurs yeux et sembloient ntrns menacer
Si6 VOYAGE AUTOUR DU MONDE,
en fuyant et gagnant les trous qu’ils s’étoient creusés dans le sable. Il paroît qu’ils ne faisoient que de changer d’enveloppe ; car leur mollesse étoit extrême. La nuit, ils sortoient en si grand nombre, qu’en longeant la grève pour chasser des tortues, nous les. écrasions sous nos pieds. > '
Les matelots en prirent pour les manger ; mais à cette époque , qui étoit la mi - septembre de l’hémisphère austral , ils étoient comme vides et ne purent rien fournir à notre subsistance.
Genre THELPHUSE. — Thelphusa. Latr.
THELPHUSE CHAPERON-ARRONDI. — Thelphusa rotunda. N.
PLANCHE 77, fig. I.
Thelphusa , testa levi , lateribus turgjtdà , crenulatâ, antici rotunda; colore subtus viola ceo.
Le caractère spécifique de ce crustacé est d’avoir au-dessus de son chaperon rabattu, un renflement demi -circulaire très-saillant et bombé, se terminant latéralement par deux petits lobes arrondis, desquels partent deux raies profondes. Un sillon bifurqué en arrière divise ce renflement en deux parties. De chaque côté, le têt forme deux bosselures considérables, s’élevant au-dessus du centre, et ayant une arête denticulée à leur sommet; elles finissent en devant par deux pointes qui forment l’extérieur de l'orbite. L’œil est presque entièrement caché dans une fossette profonde.
Le dessus du têt est marqué de sillons et d’inégalités : il est d’un brun rougeâtre supérieurement, violacé en dessous; la queue, très-large, cordiforme, blanchâtre, est formée de six pièces. Les pinces sont grosses , alongées et brunes. Les huit autres pattes sont rayées en travers de taches d’un brun plus clair ; leur dernier article est denticulé sur les côtés et muni d’un ongle aigu.
Cette espèce a près de trois pouces de largeur; elle habite les bords des petites rivières de file Guam, où elle se creuse des trous profonds. Ces animaux, excessivement défîans, s’éloignent peu de leurs terriers et y rentrent au moindre bruit ; de sorte qû’ii faut être preste pour s’en emparer.
Genre PAGURE ou HERMITE. — Pagurus. Fabr.
PREMIÈRE DIVISION
PAGURE POINTILLÉ. — Pagurus punctulatus.
' Olivier , Emycl. méth. tom. 8 , a.* part, et 77." liv. pl. j 1 a , fig. 1 .
PLANCHE 78 , fig. 2.
Pagurus parasiticus , pajlidè rufus , acnlis albo-cceruleis punctoius , chelis hïrtis rubris ; sinistrâ majore. Oliv.
Ce crustacé, qu’OIivier a représenté en noir, nous le donnons colorié, en modifiant toutefois sa description d’après un individu dont les couleurs n’avoient point été altérées.
Il est grand , puisque de l’extrémité des pattes à celle de la queue , il n’a pas moins de six pouces. Son corselet est quadrilatère, ventru inférieurement, lisse, blanchâtre avec des taches rondes de la même couleur, et parsemé de faisceaux de poils rougeâtres. Nous dirons avec Olivier que le chaperon est presque tridenté, car la dent du milieu ne paroît pour ainsi .dire pas. En bas il est séparé du corselet par une ligne irrégulièrement demi-circulaire.
Les jeux sont placés à l’extrémité d’un pédicule gros , long et cylindrique, d’un brun violet; une écaille rougeâtre, velue, les accompagne à la base, et leur sommet est muni d’une petite houppe de poil très-courte. Les antennes sont de la longueur de la troisième paire de pieds, jaunâtres en grande partie , rouges à leur base, qui est munie de trois pointes couvertes de poils , celle du milieu
beaucoup plus forte. Les antennules , qui sont rosées, dépassent un peu les yeux.
La queue est vésiculeuse , translucide , terminée par six écailles coriaces; le dessus est revêtu de quatre plaques transversales un peu plus solides que le reste , et du bord gauche desquelles partent autant d’appendices lamelleux, trifides, et soyeux à leur extrémité. Ils semblent remplacés à droite par quelques poils.
Les pinces sont fortes , la gauche plus grosse que la droite ; toutes les deux hérissées de longs poils rouges et de forts piquans de la même couleur en dehors. Il en est de même des deux autres paires de pieds, qui n’ont d’aiguillons qu’aux deux derniers articles. Les dernières pattes sont grêles, et la petite pince qui les termine est munie d’une râpe brune propre à fixer l’animal à la coquille. Cette même particularité s’observe aussi à l’extrémité de la queue.
Le chaperon, les surfaces externes et internes des pattes, le dessus des serres excepté , sont couverts de taches oculées blanches au milieu avec un cercle bleu de ciel.
Cet hermite a été pris aux fies Mariannes ; il paroft habiter aussi Timor et quelques autres lieux entre les tropiques.
PAGURE CUIRASSIER, variété. — Pagurus clibanarius.
Cancer clibanarius. Herbu Cane. tom. a, pag. ao, tabf. aj, fig. i.
Pagure cuirassier. Bosc.OIiv. Latr.
PLANCHE 7 8, fig. t.
Pagurus parasiùcus , thorace integro /cri; carpis mambusque cequalibus , muricatis , hirsutes, vittis Icngitudinalibus sparsis
Nous ignorons ce qui a pu faire donner le nom de cuirassier à ce pagure. Olivier a omis, dans sa description, un caractère spécifique très-tranché; c’est celui des lignes longitudinales qui parcourent les pattes et tout le têt. Peut-être aussi , l’individu qui a
I oyagt dt VU rouit. — Zoologie. (yj
servi à sa description ne le présentoit-il pas. En décrivant le nôtre,
nous allons indiquer les particularités qui le distinguent.
Le chaperon est ovalaire, d’une seule pièce, un peu convexe, lisse au milieu , velu sur les côtés; son bord supérieur est taillé à quatre pans avec une très-petite pointe au milieu; l’inférieur est arrondi; sur les côtés sont deux pedtes saillies orbiculaires. Le fond de sa couleur est rougeâtre, avec trois lignes longitudinales, blanchâtres au milieu et rouges sur leurs bords.
Les pédoncules des yeux, cylindriques et déliés, sont très-alongés et marqués de plusieurs lignes rouges longitudinales. Les antennes extérieures dépassent les pinces ; les antennules sont à-peu-près de même longueur que les yeux. Le corselet est membraneux, trèsmince , parcouru en long par trois lignes rougeâtres. En général . cette partie a , dans tous les pagures de la première division , àpeu-près la même forme , de sorte qu’on ne doit pas s’y attacher pour les caractères spécifiques.
Les pinces sont presque égales dans toutes leurs dimensions; la troisième pièce est lisse, et la quatrième triangulaire, pourvue de tubercules épineux à sa partie supérieure : les serres en ont aussi de mêlée? à leurs poils roux; leurs extrémités noires, concaves, s’appliquent parfaitement l’une à l’autre. Les deux paires de pattes qui viennent après dépassent les pinces et les antennes; elles sont parsemées de poils rares et munies d'un ongle noir. Plusieurs lignes très-remarquables parcourent leur longueur. Ce sont ces raies qui , simplement jaunes dans le pagure cuirassier que possède le Muséum , sont bordées dans le nôtre de deux raies rouges. Les pinces en sont dépourvues et n’ont que des points blanchâtres. Les quatre dernières pattes sont courtes; la queue est transparente; ses quatre filets latéraux, placés à gauche, sont très-déliés et simplement bifurqués.
On trouve ce crustacé dans la mer des Indes. Notre individu, qui est peu grand, habitoit une volute lorsque nous le trouvâmes à la l>aic des Chiens-Marins.
PAGURE VIEILLARD. — Pagurus aniculus. Fabr. Oliv.
Cancer aniculus. Herbst. Cane. tom. 2 , pag. 37.
Pagurus urSus. Oliv. Encyclop. méth. pi. 312.
PLANCHE 79, fig. 1.
Pagurus par a si ti eu s ; pedibus muni b us que transver s'e strùitis, hirsutis; chelis feri æquahbus.
Il paroît qu’OIivier a, par inadvertance, décrit deux fois, dans l’Encyclopédie méthodique, ce pagure, sous les noms différens d’ûurs et de vieillard ; du moins on reconnoît parfaitement le meme individu d'après les deux descriptions ’. Nous allons indiquer ce que notre pagure offre de particulier.
Il est grand, d’un rouge pâle. Le chaperon est ovale bombe1 , tridenté et couvert de tâches rougeâtres. Les yeux, noirs à leur extrémité, sont portés sur des pédicules aiongés, cylindriques, plus minces au milieu. Leur base est munie d’une lame pointue hérissée de longs poils fauves , de meme que la bouche et le contour du chaperon. Les antennes extérieures dépassent un peu les pinces.
Le corselet est mou, arrondi inférieurement en deux lobes, strié longitudinalement , parsemé de poils et de quelques taches rouges. La queue, vésiculeuse, présente trois poches latérales. Son extrémité est testacée ; les quatre appendices latéraux sont munis d’une palette brune en râpe. Quatre plaques quadrilatères crustacées occupent sa partie supérieure. Du bord gauche des trois premières, partent autant de fausses pattes trifides, velues et recouvertes chacune par
1 Lorsque nous avons communiqué cette observation à M. Latreilie, nous avons eu la satisfaction de voir que ce savant entomologiste l’avait faite également, et qu’il l’avait consignée dans ses notes manuscrites.
une membrane foliacée , arrondie , contenant des œufs ; ce qui indique le sexe de ce crustacé.
Les pinces sont arrondies, obtuses, presque de longueur et de grosseur égales; elles sont marquées de plis transversaux rapprochés qui semblent se recouvrir en faisant le tour du membre. Le bord de chacun de ces plis est rouge, bordé d’une frange de petits poils -courts aplatis, égaux, serrés et blanchâtres. Indépendamment de ceux-ci, il en existe supérieurement et inférieurement, deux rangées dé très-longs, blanchâtres aussi et rassemblés en faisceaux. Ceux -de l’extrémité des serres, comme de toutes les autres pattes, sont d’un rouge cramoisi.
Les quatre pieds suivans dépassent les serres ; ils sont velus et ont comme elles des plis transversaux , mais plus écartés , leur second tarse est très-comprimé. Les deux dernières paires sont petites, bifurquées, velues, sans plis; I antérieure a une petite palette brune et rugueuse.
Ce pagure, examiné de près, est élégamment orné. Toutes ses parties qui ne sont pas rouges, présentent une teinte très-légèrement jaunâtre et luisante. Il habite les lies Mariannes : on le trouve aussi àl’île de France et dans quelques autres lieux de 1 Océan austral.
PAGURE SANGUINOLENT. — Pacurus sanguinolentus. N.
PLANCHE 79, fig. 2.
Pagurus parasiticus, crutntatus ; thorace levi triangulari; mambus pedibusque hirsuùssimis ; chtlâ smistrâ majore.
On reconnoît ce crustacé à la longueur et à l’aplatissement de son chaperon, dont le milieu est formé par un écusson triangulaire d’une seule pièce. Il est lisse au centre, velu sur les bords, sans pointe antérieurement. Les pédoncules oculaires sont gros, longs.
cylindriques et fauves ; leur base est munie d’une simple lame hérissée de poils. Les antennes dépassent les pinces et égalent en longueur les plus grandes pattes. Les antennules sont un peu plus longues que les yeux, et pénicillées à leur extrémité. Le corselet est court , mou et plissé dans plusieurs sens.
La queue est très-vésiculeuse , munie latéralement à gauche de deux fausses pattes trifides , velues. Plus bas elle se dilate pour former un prolongement conoïde, recourbé, pointu et couvert de soies à l’extrémité. Les pinces sont d’égale longueur ; la gauche est plus grosse. Le dernier article et les serres sont recouverts de longs poils noirâtres, ainsi que les deux paires de pattes suivantes. Des deux dernières, l’une est aplatie avec une petite râpe noire à sa bifurcation ; l’autre est cylindrique.
Le chaperon, le corselet et toutes les pattes sont couverts de taches d’un rouge de sang ; aux extrémités cette couleur disparoit sous des poils noirs êt pressés.
Ce pagure est marqué venir de l’Ile-de-France, ce que nous n’assurons pas. Son corps aplati semble indiquer qu’il s’est développé dans une coquille à ouverture étroite.
PAGURE MOUCHETÉ , variété. — Pagurus guttatus.
Olivier. Encyclop. mrth. tom. 8 , pag. 64o et pl. 311, fig. a.
PLANCHE 79, fig. 3.
Pagurus parasiùcus , sanguinto-vioUiccus , albo rnaculatus ; ptdibus hispidis , oculis catruleis distinct! s; cite là sinistrà ma/ore.
Cette espèce est d’une taille moyenne; son corselet plan, ridé sur les côtés , blanchâtre et lisse au milieu , a deux lobes ventrus inférieurement; son chaperon est peu avancé, àpeine denté, hérissé de longs poils sur les bords , avec un large écusson au milieu ; sa couleur est d’un blanc de faïence, avec deux taches bleues. Les
yeux sont noirs, portés sur un pédicule cylindrique brun. Les an
tennules les dépassent.
Les pinces sont légèrement renflées et épineuses , la gauche un peu plus grosse que la droite. Les seconde et troisième paires de pattes, plus longues quelles, se terminent par un ongle noir.Toutes, ainsi que les pinces, sont couvertes de longs poils fauves. Leur couleur est un rouge violacé parsemé de petits points blancs en dessus et en dessous. Mais un caractère très-saillant qui fera reconnoître ce crustacé au premier aspect, et dont on a omis de parler, ce sont de larges lunules , d’un blanc bleuâtre, qui occupent le troisième tarse des trois premières paires de pattes.
La queue, vésiculeuse , est munie du côté gauche de plusieurs appendices profondément trifides et poilus. Ce pagure habite les îles Sandwich. Son corps est excessivement aplati , comme si l’on eût employé un effort mécanique; mais on sait que le plus souvent cette particularité tient à l’étroitesse de l’ouverture de la coquille dans laquelle ces animaux vivent.