ACTE I, SCENE TI
LE COMTE
Des conjectures ? Ali ! j 'en suis trop certain ! Mon grand chagrin est tle manquer de {tieuves. ■■. — Tant que luon pauvre fils \écut, j'y niettois fort peu d'importance. Héritier de mon nom, de mes places, de ma fortune... que me faisoit cet autre individu? Mou froid dédain, un nom de terre, une croix de ?.!alle, une pension, ra'auroient vengé de sa mère et de lui ! Mais , conçois-tu mon désespoir, en perdant un fils adoré , de voir un étranger succéder à ce rang , à ces litres ; et. pour irriter ma douleur , venir tous les jours me donner le nom odieux de son père ? bégearss.
Monsieur, je crains de vous aigrir en cherchant a vous apaiser ; mais la vertu de votre épouse... LE COMTE, avec colère.
Ah ! ce n'est qu'un crime de plus. Couvrir d'une vie exemplaire un affront tel que celui-là ! Commander vingt ans par ses mœurs et la piété la plus sévère , l'estime et le respect du monde ; et verser sur moi seul, par cette conduite affectée, tous les torts qu'eatraine après soi ma prétendue bizarrerie...! Ma haine pour eux s'en augmente.
EÉUEARSS.
Que vouliez-TOUS donc qu'elle fit , même en la supposant eoupahle.^Es(-il au monde quelque faute qu'un i-epentir de vingt années ne doive effacer à la fin ? Fùtes-vous sans reproche A^ous-raème.'' Et cette Kune Floresline , que vous nommez votre pupille ,. et qui vous tou-cîhe de plus près...
LE COMTE
Qu'elle assure donc ma vengeance î Je dénaturerai mes biens, et les lui ferai tous passer. Déjà trois millions d'or, arrivés de la Vera Crux, vout lui servir de dot ; et c'est à toi que je les donne
Aide-moi seulement à jeter sur ce don un voile impénétrable. En acceptant mon porte-feuille, et te présentant comme époux , suppose un héritage , un legs de quelque parent éloigné...
BÉGEARSS, montrant le crêpe de son hras. Voyez que pour vous obéir je me suis déjà mis en deuil.
LE COMTE
Quand j'aurai Tagrément du roi pour l'échange entamé de toutes mes terres d'Espagne contre des Liens dans ce pays, je trouverai moyen de vous eu assurer la possession à tous deux.
BÉGEARSS , vivement.
Et moi , je n'en veux point. Croyez-vous que, sur des soupçons... peut-être encore très peu fondés, j'irai me rendre le complice delà spoliation entière de l'héritier de votre nom .•' d'un jeune homme plein de mérite; car il faut avouer qu'il en a... LE COMTE, impatiente'.
Plus que mon fils , voulez-vous dire .•* Chacun le -pense comme vous ; cela m'irrite contre lui...l
BÉGEARSS
Si votre pupille m'accepte ; et si, sur vos grands biens, vous prélevez, pour la doter, ces trois raillions d'or , du Mexique , je ne supporte point l'idée d'en devenir propriétaire, et ne les recevrai qu'autant que le contrat en contiendra la donation que mon amour sera censé lui faire.
LE c O M T E , le serre dans ses bras.
Lovai et franc ami! quel époux je donne à ma fille..."'