ACTE l I , s Cli >s E Y 1 1 T. r
BARTHO LO.
Il n'en faut point douter, cela me regarde. Et que faire ?
BAZI LE.
Si c'étoit un particulier, on viendroit à boui Je récarter.
B A RTHOLO.
Oui , en «"embusquant le soir, armé , cuirassé ..
Bone Deus .' Se compromettre! Susciter une méchante affaire, à la bonne heure; et pendant la fermentation calomnier à dire d'experts; concedo. B A R T n o I, o.
Singulier moyen de se d* faire d'un homme !
B A z I LE.
La calomnie, monsieur? Vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j'ai vu les plus honnêtes gens j)rés d'en être accablés. Croyez qu'il n'y a pas de jilate méchanceté , pas d horreurs , pas de coûte absurde , qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande ville en s'y prenant bien : et nous avons ici des sens d'une adresse...! D abord un bruit lé^er. rasant le sol connue hirondelle avant l'orage , ^/anissimo murmure et file et semé eu courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano vous le glisse en l'oreille adroitement. Le mal est fait , il germe , il rampe , il chemine , et rinforzando de bouche en bouche il va le diable ; puis tout-à-coup , ne sais comment , vous voyez calomnie .se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'œil. Elle s'élance , étend son vol, tourbillonne , enveloppe , arrache, entraine, éclate, et tonne; et devient, grâce au ciel , un cri général , un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisteroit ?
74 LE BARBIER DE Sl.VILLE.