ACTE III. SCENE IV. io
ROSINE chante.
(i) Qnarnl dans la plaine L'amour ramea€^« Le printemps , i
Si chéri des aroants ; Tout reprend l'être , Son feu pénètre Dans les fleui's Et dans les jeunes eœnrs.
On voit les troupeaux *
Sortir des hameaux ; Dans tous les coteaux , Les cris des agneaux
Retentissent; \
Ils bondissent ; Tout fermente ; Tout augmente ; Les brebis paissent Les fleurs qui naissent ; Les chiens nneles
(i) Cette ariette, dans le goût e^pignol, fut chantée le premier jour a Paris , malgré les huées , les rumeurs et le train usités au parterre en ces jours de crise et de combat. La timidité de l'actrice l'a depuis empêchée d'oser la redire , et les jeunes rigoristes du théâtre Fout fort louée de cette réticence. Mais <si la dignité de la comédie française y a gagné quelque chose , il faut convenir que le Barbier de Séville y a beaucoup perdu. C'est poiui|poi, sur les théâtres où quelque peu de musique ne tirera pas autant à conséquence , nous invitons tous directeurs à la restituer, tous acteurs à la chanter, tous spectateurs à l'écouter, et tous critiques à nous la pardonner, en faveur du genre de la pièce et du plaisir que leur fera le raoïceau.
Veillent sur elles ; Mais Liudor enflammé
Ne son<^e guère Qu'au b^nlieur d'être aimé
De sa berbère.
Même air.
Loin de sa mère , Cette bergère Va chantant Où son amant l'attend.
Par cette ruse L'amour l'abuse :
Mais chanter Sauve-t-il du danger ?
Les doux chalumeaux , Les chants des oiseaux , Ses charmes naissants , Ses quinze ou seize ans ; Tout l'excite, Tout l'agite ; La pauvrette S'inquiète ; De sa retraite Lindor la guette ; Elle s'avance ; Lindor s'élance ; 11 vient de l'embrasser :
Elle , bien aise , Teint de se courroucer, Pour c^u'on l'iipaise.
Petite reprise.
Les soupirs, Le.s soins , les promesses .
, ACTE III, SCENE IT.: ie5
Les vives tendresses ,
Les plaisirs , Le fin badiuage , Sont mis en usage ; Et bientôt la bergère Ne sent plus de colère.
Si quelque jaloux
Trouble un bien si doux , ».
Nos amants d'accord, Ont un soin extrême ....
.... De voiler leur transport ; Mais quand ou s'aime , La gène ajoute encor Au plaisir même.
(Ea Tecoutaut, Biirtliolo s'est assoupi. Le Comte , pendant la petite reprise, se hasarde à prendre une main qu'il couvre de baisers. L'émotion ralentit le chant de Rosine , TaffoiLlit et finit même par lui couper la voix au milieu de la cadeuce , au mot extiérne. L'orchestre suit le mouvement delà chanteuse, affoiljlit son jeu et se tait avec elle. L'absence du ])ruit , qui avoit endormi BlVttholo, le re'veille. Le Comte te relevé, Rosine et l'orchestre reprennent suliitemeut la suite de l'air. Si la petite reprise se répète , le même jeu recommence , etc. )
LE COMTE
En vérité, c'est un morceau charmant, et madame l'exécute avec une intelligence...
ROSINE
Vous me flattez , seigneur ; la gloire est tout entière au maître.
baRTHOLO, bâillant.
Moi , je crois que j'ai un peu dormi pendant le morceau charmant. J'ai mes malades. Je vas, je viens , je toupille, et sitôt quc^ je m assieds , mes pauvres jambes... f II se lere et poussa le fauteuil. )
io6 LE BARBIER DE SEVILLE.
ROSINE, bas, au Comte.
Figaro ne -vient poiut.
LE COMTE
Filons le temps.
B A R TH OLO.
Mais , bachelier, je l'ai déjà dit à ce vieux Bazilc : est-ce qu'il n'y auroit pas moyen de lui faire étudier des choses plus "aies que tontes ces grandes aria , qui vont en haut , en bas , en roulant , hi , ho . a , a , a , a , et qui -me serublent autant d'eaterreinents. Là,ïde ces petits airs qu'on cûantoit dans ma ^unesse , et que chacun retenoit facilement 2 J'en sâvois autrefois... Par ex.einple...
( Pendant la ritournclip , il cherche en se grattant la tète ,
et chante en faisant claquer ses pouces et dansant des
genuux comme les vieillards. )
Teux-tu , ma Rosinette , Faire emplette Du roi des maris...?
( An Comte , en riant. ) Il y a Fanchonuette dans la chanson; mais j'y gi substitué Rosinette pour la lui rendre plus agréable et la faire cadrer aux circonstances. Ha , ha , ha , ha I Fort bien î pas vrai ?^ LE COMTE, riant.
Ha, ha, ha ! Oui, tout au mieux.